HOMÉOPATHIE  -  Hahnemann

L’homéopathie est fondée sur une pratique médicale unique en son genre, dont les sources remontent à la tradition hippocratique. Hahnemann , le fondateur de l’homéopathie, est dans la lignée directe de cette tradition. Le traitement des semblables par les semblables, le primum non nocere (d’abord ne pas nuire), l’individualisation des traitements sont des notions qui étaient prônées par Hippocrate en son temps. C’est pourquoi, cette pratique médicale, cette «médecine de l’expérience» qu’est l’homéopathie repose principalement, en l’état actuel de nos connaissances, sur des données empiriques et conceptuelles.

Il n’est donc pas étonnant que depuis sa création, il y a deux siècles, l’homéopathie déchaîne régulièrement passions et excès. Les malades s’engouent volontiers pour elle, mais la noient dans la constellation des prétendues «médecines douces» à la mode. Les médecins qui n’y ont pas recours se sentent tenus – fonction oblige – d’émettre à son propos opinions et jugements, le plus souvent intuitifs, parfois arbitraires, presque toujours non avisés.

Pourtant l’homéopathie est utilisée régulièrement par près de 36 p. 100 des Français, son exercice est admis par les pouvoirs publics, le remboursement des actes médicaux et des médicaments homéopathiques est une réalité. De même, environ trois mille médecins homéopathes exerçaient cette thérapeutique en France en 1995.

Ces constatations ont amené – pour la première fois depuis qu’elle existe – le Conseil national de l’ordre des médecins (213e session, 11-12 déc. 1997) à reconnaître que l’homéopathie est une méthode thérapeutique et qu’elle doit être réservée aux médecins. Cette reconnaissance devrait permettre aux médecins homéopathes de sortir du «ghetto» dans lequel certains voudraient enfermer cette discipline. Pour cela, le Conseil national de l’ordre des médecins fait – à juste titre – une série de propositions concrètes. Il insiste sur la nécessité d’une expérimentation et d’une évaluation larges de l’homéopathie, réalisées non seulement par des méthodes scientifiques, mais aussi en s’appuyant sur une assise universitaire, ce qu’il est pratiquement impossible d’effectuer aujourd’hui en France. Les autres propositions – et non des moindres – sont, d’une part, la création d’un enseignement hospitalo-universitaire validé par un diplôme interuniversitaire qui servirait de base à la reconnaissance de la mention «Homéopathie»; et, d’autre part, la nécessité d’une formation médicale continue spécifique à l’homéopathie.

Si ces souhaits ne restent pas lettre morte, et si des moyens lui sont donnés, l’homéopathie pourra enfin sortir de sa marginalité pour le plus grand profit de la collectivité des soignants et des soignés.

1. Historique de l’homéopathie: Samuel Hahnemann

Christian Friedrich Samuel Hahnemann est né le 10 avril 1755 à Meissen, en Saxe, au cœur du siècle des Lumières. Il est le troisième d’une fratrie de quatre enfants; son père, Gottfried, était peintre sur porcelaine. À l’âge de dix ans, le jeune Samuel entre à l’école princière de Saint Afra, où il apprend de nombreuses langues dont l’anglais, le français, le latin, le grec et l’hébreu. Il fait ses études de médecine à Leipzig, présente sa thèse de doctorat en médecine en 1779. Dans celle-ci, intitulée Examen des causes et du traitement des affections spasmodiques, pointent déjà des réflexions qui amèneront Hahnemann, dix-sept ans plus tard, à la thérapeutique homéopathique. Il est initié à la chimie par Leonhardi, et suit un stage fondé sur l’observation et l’enseignement clinique au lit du malade à l’école de médecine de Vienne.

En 1780, il exerce son art à Hettstedt, où il a une activité modeste. Il pratique la chimie chez le pharmacien Haeseler et en épouse la fille adoptive, Henriette Kuchler, dont il aura onze enfants.

Il commence un important travail de traduction et écrit de nombreux articles de chimie. Il publie ensuite plusieurs ouvrages médicaux qui expliquent le cheminement de sa pensée. Dans la Méthode pour traiter soigneusement les vieilles plaies et les ulcères putrides, il dénonce le manque de rigueur dans la démarche diagnostique des médecins de l’époque ainsi que l’incohérence et le danger des traitements alors proposés. Contrairement à la pratique de ses contemporains, il ne prône l’utilisation que de quelques médicaments. Il propose cette démarche pour essayer de rendre la thérapeutique plus cohérente et d’éviter les interactions médicamenteuses inconnues. Cette méthode est vivement contestée par le corps médical, car Hahnemann repousse les traitements toxiques de son époque. Il met en avant, sous l’influence probable de Franck, fondateur de l’hygiène moderne, l’hygiène de vie, le régime alimentaire, l’exercice physique et l’air pur. Il conseille aussi l’utilisation de bains froids à visée thérapeutique.

Il propose les méthodes révolutionnaires que sont alors l’hygiène, l’hydrothérapie et l’idée hippocratique de la vis medicatrix naturae (l’action médicale de la nature). Hahnemann est déjà un adepte de la médecine expérimentale. Selon lui: «La médecine ne doit pas s’éloigner d’un seul pas de la sphère des expériences et des observations pures si elle veut éviter de tomber dans le néant et le charlatanisme.»

En 1789, Hahnemann, dans le Traité des maladies vénériennes, reprend les théories du brillant chirurgien écossais Hunter sur l’irritabilité nerveuse. Celles-ci expliquent qu’une substance thérapeutique agit – grâce à sa force de stimulation propre – en s’opposant à l’irritation générale provoquée par la maladie. De même, le déclenchement artificiel d’une fièvre combattrait celle de la maladie naturelle et aurait les mêmes vertus curatives.

À trente-quatre ans, Hahnemann renonce à une pratique médicale qui ne le satisfait pas. Il choisit de vivre de ses travaux de chimiste et de ses traductions. Au cours d’une de celles-ci, Hahnemann remarque – à propos d’une expérimentation que le médecin écossais William Cullen décrit dans sa Materia medica – que le quinquina guérit chez le malade les fièvres intermittentes car il occasionne, à assez fortes doses, une fièvre semblable chez le sujet sain: «Il nous faut réfléchir à ce qui suit. Les substances qui engendrent une forte fièvre anéantissent les types de fièvres intermittentes.» Ainsi, il énonce pour la première fois, en marge du texte, une hypothèse de travail portant sur le principe de similitude, et décrit l’expérimentation qu’il fait pour vérifier ses propos.

Hahnemann est alors reconnu; il est d’ailleurs distingué pour ses nombreux travaux de traduction, et est élu membre de l’Académie des sciences de l’Électorat de Mayence.

L’année 1796 marque, pour les historiens, la naissance officielle de l’homéopathie avec la parution de l’Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives des substances médicinales, suivi de quelques aperçus sur les principes admis jusqu’à nos jours. C’est aussi la date de la première vaccination antivariolique par Jenner, qui n’est rien d’autre, à l’époque, que la démonstration expérimentale d’un principe en vogue depuis de nombreuses années: la protection de la maladie par l’inoculation de la maladie.

Vient ensuite, à partir de 1805, la publication de textes majeurs de la thérapeutique homéopathique, à savoir: Æsculape dans la balance, la Médecine de l’expérience, et les Fragments sur les effets positifs des médicaments observés chez l’homme sain, qui constituent la première matière médicale homéopathique. En 1810 paraît la première édition de l’Organon de la médecine rationnelle, qui pose les fondements de la doctrine homéopathique; elle s’intitulera ensuite l’Organon de l’art de guérir, et connaîtra six éditions différentes, dont la dernière, posthume, ne paraîtra qu’en 1921.

À partir de 1811, Hahnemann s’installe à Leipzig, où il reprend avec succès sa pratique médicale; il acquiert une grande renommée grâce aux succès qu’il obtient dans la lutte contre l’épidémie de typhus. Il enseigne l’homéopathie à la faculté de médecine de Leipzig et s’oppose à la médecine de son époque. Durant ces années, à la suite de ses expérimentations, il fait paraître les six tomes de la Matière médicale pure qu’il réactualisera ensuite. Entre 1828 et 1839, dans Les Maladies chroniques, leur nature particulière et leur traitement homéopathique, Hahnemann émet des théories pour tenter d’expliquer les récidives des maladies. Sa femme meurt en 1830. Hahnemann se remarie à soixante-dix-neuf ans avec une jeune Française de trente-quatre ans venue le consulter, Mélanie d’Hervilly. Il s’installe à Paris, où il reprend une activité médicale. Il meurt à quatre-vingt-huit ans et repose au cimetière du Père-Lachaise.

2. Expansion de la médecine homéopathique

Malgré ses débuts difficiles, l’homéopathie réussit à se développer grâce à l’importante correspondance qu’Hahnemann entretient avec ses confrères et au dynamisme de ses élèves: E. Stpaf, C. Hering, C. de Bœnninghausen, C. H. G. Jahr.

L’apparition de l’épidémie de choléra qui envahit l’Europe en 1831, les revers de la médecine officielle et les succès de l’homéopathie contre cette pathologie amenèrent de nombreux médecins, militaires en particulier, à utiliser et à répandre cette méthode. En 1833, le premier hôpital homéopathique est inauguré à Leipzig, et l’homéopathie commence à être diffusée à travers l’Europe, d’abord en Allemagne, naturellement.

Le départ outre-Atlantique de C. Hering, un des élèves d’Hahnemann, a permis la naissance et le développement de l’homéopathie aux États-Unis, où l’on dénombra au XIXe siècle plus de treize mille médecins et quelque soixante-dix hôpitaux homéopathiques. À sa suite, des médecins homéopathes de grande renommée – Allen, Dunham, Lippe, Farrington, Nash, Kent – contribuèrent aussi à son succès.

L’homéopathie fut introduite en Grande-Bretagne grâce à F. H. F Quin en 1832, lors de l’épidémie de choléra. Elle devint ensuite une tradition britannique, puisque toute la famille royale utilisa et soutint cette thérapeutique. De nombreux hôpitaux homéopathiques existent encore: le plus important est The Royal London Homeopathic Hospital, fondé en 1850. Il est inclus dans le National Health Service, l’équivalent de notre système de Sécurité sociale.

Sébastien Des Guidi, médecin français formé à l’homéopathie par Hahnemann, fait connaître cette thérapeutique à Pierre Dufresne, qui l’importera en Suisse, puis à Benoît Mure, qui la diffusera dans de nombreux pays. En effet, grâce à lui, l’homéopathie est introduite en Sicile et au Portugal, mais aussi sur la plupart des continents: au Brésil et dans d’autres États d’Amérique du Sud, aux Indes, en Égypte...

En France, Sébastien Des Guidi introduit l’homéopathie en 1830. Puis Jahr, rapidement entouré de Petroz et Léon Simon, en permet la diffusion.

Le développement de l’homéopathie se fait aussi grâce à l’ouverture de consultations dans les dispensaires, et par le changement d’orientation de médecins des hôpitaux qui passent de l’allopathie à l’homéopathie. En France, sont créés successivement l’hôpital Hahnemann, la maison Saint-Jacques et l’hôpital Saint-Luc. Nebel, Gallavardin, Duprat, Léon Vannier, Rouy, sont les chefs de file de l’homéopathie française du début du XXe siècle.

Le docteur Léon Vannier étudie avec un pharmacien, René Baudry, les méthodes de fabrication des médicaments homéopathiques et constitue en 1926 la Société des laboratoires homéopathiques de France. En 1931, il crée un centre d’enseignement, le Centre homéopathique de France.

Au début des années 1930, on ne compte à Paris que vingt-cinq à trente officines, dites pharmacies homéopathiques spéciales, qui délivrent des médicaments homéopathiques. Cette époque marque le début de l’industrie du médicament. Dans les années qui suivent, des laboratoires spécialisés sont créés: les Laboratoires homéopathiques de France, fondés par Léon Vannier en 1926; le Laboratoire homéopathique moderne, en 1933, dirigé par René Baudry et Henri Boiron; la Pharmacologie homéopathique; les laboratoires Dolisos, créés en 1936 par Jean Tétau.

En 1927, Maurice Delpech crée le Syndicat des pharmacies et laboratoires homéopathiques spéciaux, qui deviendra le Syndicat de la pharmacie homéopathique. En 1965, grâce aux travaux de recherche sur les techniques de fabrication et de contrôle des médicaments homéopathiques des professeurs Netein, Cier et Aubry, la France officialise l’homéopathie en l’introduisant dans sa huitième édition de la Pharmacopée française.

Parallèlement, le développement important de l’industrie pharmaceutique favorise, grâce à une recherche de qualité rapidement entreprise, la reconnaissance officielle du médicament homéopathique. Jean et Henri Boiron, Lise Wurmser, pour les pharmaciens, Denis Demarque, Michel Aubin, pour les médecins, furent les pionniers de cette recherche qui donne lieu chaque année à des assises scientifiques organisées par l’Association française pour la recherche en homéopathie.

En ce qui concerne l’enseignement, la modernisation des concepts médicaux homéopathiques fut l’œuvre de médecins tels les docteurs Michel Conan Mériadec, Denis Demarque, Michel Guermonprez, Jacques Jouanny, Roland Zissu. Elle favorisa une approche méthodique, logique et rationnelle de la thérapeutique homéopathique.

3. Les principes hahnemanniens

Hahnemann fonde l’homéopathie sur un trépied conceptuel comportant le principe de similitude, l’individualisation du malade et du médicament, l’infinitésimalité.

Le principe de similitude est la relation qui existe entre les symptômes du malade – c’est-à-dire l’ensemble des caractéristiques de l’individu – et ceux qui sont provoqués par le médicament chez le sujet sain soumis à son action. Classiquement, le principe de similitude est défini comme la possibilité, plus ou moins importante, qu’a une substance de provoquer chez l’homme sain certaines manifestations qu’elle peut faire disparaître chez l’homme malade, quand celles-ci sont semblables. Ainsi, Apis mellifica, l’abeille entière vivante, dont chacun sait que la piqûre provoque un œdème de la peau, est source d’une préparation homéopathique agissant contre les œdèmes d’apparition brutale qui surviennent chez l’homme malade.

Plus globalement, l’individualisation du sujet a pour objet de définir sa constitution, de reconnaître ses réactions tempéramentales et d’observer ses réactions pathologiques afin de les comparer aux manifestations provoquées par le médicament chez le sujet sain (pathogénésies). On comprend que, dans les maladies chroniques en particulier, l’interrogation soit longue, précise et minutieuse, car cette notion d’individualité rejoint celle de globalité et prend ainsi en compte l’ensemble des symptômes. Ainsi sont concernés l’individu, la maladie et le médicament. Le médecin homéopathe analyse d’une part les réactions du sujet face à la maladie, d’autre part son terrain et sa constitution. Il recherche les signes actuels de la maladie mais aussi ses signes antérieurs; il s’intéresse à son évolution, à son rythme, ainsi qu’à ses circonstances d’amélioration ou d’aggravation.

De cette manière, l’homéopathie analyse le sujet dans sa globalité à partir des symptômes de la maladie et de la totalité de ses réactions. Le médecin homéopathe a pour but de dresser un portrait synthétique de l’individu, de la maladie et de ses réactions à celle-ci afin de les comparer aux différents tableaux médicamenteux disponibles pour permettre la guérison.

L’individualisation du médicament et la personnalisation du traitement sont possibles grâce à l’expérimentation sur l’homme sain et la recherche de symptômes similaires sur le malade.

La notion d’infinitésimalité découle directement de l’expérience, puisque Hahnemann a d’abord expérimenté le principe de similitude à doses pharmacologiques, c’est-à-dire subtoxiques à son époque. C’est parce qu’il constata que les guérisons survenaient au prix d’une aggravation passagère qu’il diminua les posologies. À force de dilutions successives de la substance de départ, il arriva à des préparations médicamenteuses dépassant le seuil théorique de présence moléculaire (nombre d’Avogadro égal à 6,023 Z 1023 molécules ou atomes par mole). De là est née la notion d’infinitésimalité, qui correspond en fait aujourd’hui à une pharmacologie des hautes dilutions.

4. Le terrain individuel

La notion de terrain repose entièrement sur l’expérience clinique de générations de médecins homéopathes. Hahnemann le premier a constaté la diversité des réactions individuelles face à la maladie. Son but a été de mettre en relation, d’une part, le malade et son individualité, la maladie et la spécificité des réactions individuelles qu’elle provoque chez le malade, et, d’autre part, les réactions provoquées par la substance médicamenteuse quelle que soit sa posologie.

La notion de terrain développée postérieurement par les médecins homéopathes permet d’entrevoir chez l’individu sain ses possibilités de réagir face à la maladie. Ces modes de réaction générale de l’organisme varient en fonction de l’individu et de la maladie. Ils manifestent des dispositions générales latentes, soit inhérentes à l’individu – donc héréditaires et immunitaires –, soit acquises, c’est-à-dire déterminées par des conditions environnementales subies par le sujet, par exemple la pollution, le climat, les conditions de travail, ou provoquées par celui-ci, comme l’hygiène de vie – bonne ou mauvaise – qui est la sienne. On comprend dès lors la multiplicité des réactions individuelles à une cause en apparence unique et l’intérêt de connaître le mode réactionnel de chacun afin d’envisager un traitement individualisé.

Ces modes réactionnels généraux sont donc indissociables de la notion de globalité ou de maladie étendue à l’homme. Ces terrains sont des «cadres d’attente», ce ne sont pas des «maladies homéopathiques», mais des cadres physiopathologiques dans lesquels le patient a le plus de risque de se trouver quand il devient malade. Mais ces similitudes de réactions de défense d’une catégorie de sujets n’excluent pas une capacité de réponse individuelle liée, nous l’avons vu, à une prédisposition génétique et à un environnement particulier. Elles correspondent le plus souvent aux récits des malades et à leurs tendances réactionnelles face à la maladie ou à un événement déclencheur.

C’est pourquoi, les terrains – dont les expressions sont des modes réactionnels généraux – sont aussi des moyens de classer les médicaments dans de grands cadres afin de permettre une prescription plus aisée. Ainsi, le malade présente un ensemble de symptômes que le médecin homéopathe regroupe, analyse et classe dans un grand mode réactionnel afin de choisir le ou les médicaments homéopathiques adaptés le plus exactement possible à la maladie et aux signes de réaction de l’individu malade.

Au terrain sont souvent associés la constitution et le type sensible.

Les constitutions datent de la fin du XIXe siècle et ont été décrites d’abord par Grauvogl, puis reprises par Antoine Nebel, Léon Vannier et Henri Bernard (école de Bordeaux). Celles-ci correspondraient à des morphologies et à des tempéraments caractéristiques, prédisposeraient à des pathologies, et orienteraient vers certains médicaments. Ainsi ont été représentés des carboniques, petits et trapus de tempérament lymphatique, des phosphoriques, longilignes nerveux et fatigables, des sulfuriques, qui seraient «normaux», et enfin des fluoriques, qui présenteraient des troubles nerveux et physiques aux limites du pathologique. Ces constitutions sont des modèles de théorisation des malades et des maladies qui relèvent à la fois de la culture d’une société et du dogmatisme médical d’une époque. Elles ne peuvent donc être universelles, puisque la prétendue normalité de l’homme dépendrait de ces deux facteurs. Elles sont d’un intérêt thérapeutique limité, ne permettent pas la prescription d’un médicament homéopathique, et peuvent au mieux orienter vers certains terrains. Elles n’ont pas le caractère universel du mode réactionnel de l’individu: c’est la raison pour laquelle seuls les signes homéopathiques qui définissent le terrain sont des signes de prescription.

La notion de type sensible est différente et découle directement de l’expérimentation et de l’expérience clinique. En effet, le type sensible est reconnu par la manière particulière de réagir de l’individu, soit expérimentalement au médicament homéopathique, soit cliniquement à la maladie. L’expérimentation d’une substance déclenche les signes habituels du médicament homéopathique, sauf chez les sujets dits sensibles, qui développent, pour un même produit, plus de signes homéopathiques que les autres. Le type sensible permet donc de mettre en évidence, d’une part, les réactions caractéristiques du sujet au médicament et, d’autre part, la majorité des signes de ce médicament. Il ne tient pas compte de la constitution du sujet, car il doit pouvoir être distingué quelles que soient la race, l’ethnie. Il considère avant tout le mode réactionnel de l’individu, sans s’attarder sur ses éventuelles particularités morphologiques et caractériologiques.

5. Évaluation et recherche

Évaluation

L’évaluation de l’homéopathiea pour but de fournir une information neutre et objective aux professionnels de santé, aux patients, aux gestionnaires du système de santé et aux industriels fabriquant les médicaments. Une meilleure connaissance de l’homéopathie nécessite la réalisation d’enquêtes auprès des utilisateurs, des prescripteurs, sur les différents types de pratique, leur efficacité en situation réelle et leur coût, leur complémentarité avec les autres pratiques médicales classiques ou alternatives. Sur ces différents thèmes, le Bureau des médecines alternatives, créé en 1991 aux États-Unis, dans le cadre du National Institute of Health, a défini une stratégie de recherche. Plusieurs commissions créées par l’Union européenne travaillent sur des sujets similaires. L’O.M.S. s’intéresse également à l’homéopathie dans le cadre de son programme sur les médecines «traditionnelles», l’homéopathie étant une thérapeutique officiellement reconnue et intégrée dans des pays tels que l’Inde, le Brésil, le Mexique. En France, le Conseil national de l’ordre des médecins a émis en décembre 1997 un avis favorable sur la création d’un diplôme interuniversitaire en homéopathie. Si, actuellement, les médicaments homéopathiques sont inscrits à la pharmacopée et remboursés par la Sécurité sociale dans de nombreux pays, la pratique médicale de l’homéopathie reste mal définie. L’évaluation de l’homéopathie par des instances neutres et son enseignement universitaire sont nécessaires à son intégration dans les systèmes de santé, à la protection des patients et au développement de la recherche sur cette thérapeutique scientifiquement controversée.

La recherche en homéopathie

Après deux siècles d’existence, l’homéopathie est-elle devenue une pratique médicale reposant sur des bases scientifiques? Les travaux effectués sur ses sources cliniques symptômes contenus dans les matières médicales –, sur son efficacité clinique effet spécifique ou effet placebo –, et en recherche fondamentale, sur l’activité de ses médicaments, particulièrement des hautes dilutions, apportent des éléments de réponse à cette question décisive pour l’avenir de la thérapeutique homéopathique.

L’étude des sources de cette thérapeutique est déterminante pour son approche scientifique. Lorsque, en 1796, Hahnemann définit l’homéopathie, il attribue l’action thérapeutique des médicaments à leur capacité de provoquer des symptômes, et décrit les trois sources de cette symptomatologie caractéristique: expérimentation sur l’homme sain avec des doses subtoxiques et/ou très faibles; données toxicologiques et pharmacologiques; résultats des observations thérapeutiques. Selon les résultats d’une étude critique des expérimentations sur l’homme sain, celles-ci ont été le plus souvent réalisées avec une méthodologie inadaptée. Cela a conduit à une surestimation des effets médicamenteux et à une inflation de symptômes sans signification. Les sources les plus fiables restent les données toxicologiques et pharmacologiques, et les symptômes observés par les praticiens homéopathes. L’homéopathie apparaît ainsi comme une thérapeutique aux sources beaucoup plus empiriques qu’expérimentales, et c’est à la lumière de cette réalité que son expertise clinique est effectuée.

L’étude de l’efficacité clinique de l’homéopathieest récente. Depuis 1980, un nombre croissant d’essais contrôlés a permis de comparer les effets des médicaments à usage homéopathique et ceux du placebo. Selon les résultats d’analyses qualitatives et quantitatives globales de ces essais, les effets de l’homéopathie ne peuvent être attribués au seul effet placebo, ce qui donne une base objective à cette thérapeutique. Cependant, l’action d’un traitement homéopathique précis dans une pathologie donnée n’a pas encore été clairement établie, même si des champs d’action privilégiés se dessinent, tels la prévention des maladies infectieuses ou le traitement complémentaire des maladies allergiques. Pour préciser les indications préférentielles de l’homéopathie, d’autres essais cliniques sont nécessaires. Ils devront respecter au mieux deux critères: amélioration de la qualité méthodologique des essais; respect de la pratique homéopathique, en particulier de l’individualisation thérapeutique. Un autre obstacle, de nature épistémologique, existe: pour de nombreux scientifiques, l’établissement d’une théorie scientifique solide sur l’action pharmacologique des hautes dilutions constitue un préalable indispensable à sa reconnaissance en tant que «fait» scientifique.

Deux types de travaux existent sur les mécanismes d’action des hautes dilutions. Les premiers, relatifs à leur action biologique,s’intègrent dans la pharmacologie classique et font l’objet de publications régulières. Les principaux axes ont été, en toxicologie, l’étude de l’action de toxiques minéraux (dérivés de l’arsenic, sels de mercure) et végétaux (Cocculus), en immunologie, celle de l’action de la silice et de substances immunomodulatrices, et celle de dilutions d’aspirine en hématologie. En allergologie expérimentale, les résultats obtenus sur l’activation des basophiles ont été controversés, et les conditions d’étude de ce système sont actuellement modifiées.

L’action biologique des hautes dilutions se heurte à un obstacle majeur: au-delà d’un certain seuil de dilution (fonction du nombre d’Avogadro), la présence de molécules de la substance étudiée devient théoriquement très peu probable. Un tel «paradoxe» moléculaire rend une deuxième approche indispensable: l’étude des caractéristiques physico-chimiques des hautes dilutions.Les travaux sont peu nombreux sur ce sujet en regard des multiples hypothèses émises. Cependant, le rôle de plusieurs facteurs est acquis: la spécificité moléculaire des constituants, la «dynamisation» et les phénomènes qu’elle induit (turbulence, cavitation), la température, l’oxygène atmosphérique. De nombreux facteurs, telle l’interaction avec les phénomènes électromagnétiques, restent inconnus. Les travaux actuels sur ce thème s’avéreront décisifs pour déterminer si l’homéopathie est une hypothèse scientifique plausible et pour préciser sa place en pharmacologie.

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