SANUSIYYA

Fondée en 1837 par Muhammad ibn ‘Ali as-Sanusi (1787-1859), la confrérie musulmane de la Sanusiyya (ordre des Senousis ou Senousites) s’implanta d’abord en Cyrénaïque, par où s’explique son rôle dans l’histoire politique de la Libye, pour étendre ensuite son influence jusqu’en Afrique centrale. À la mort de son fondateur, le mouvement fut dirigé par le fils de ce dernier, Muhammad al-Mahdi, et eut pour centre, pendant près de quarante ans (1859-1895), Jaghbub, d’où il rayonna par l’intermédiaire de nombreuses zawiya: 45 en Cyrénaïque, 31 en Égypte, 27 dans le Hidjaz, 18 en Tripolitaine, 15 dans le Fezzan, 6 à Kofra, 14 au Soudan. Il en vint à inquiéter à la fois le sultan ottoman ‘Abd al-Hamid (qui essaiera ensuite d’annexer le mouvement senousite) et les puissances occidentales, si bien que al-Mahdi transféra le zawiya mère à Kofra (1895) puis à Gouro (1898) et enfin à Kanem, où un affrontement avec les troupes françaises entraîna la défaite des senousites (1902) et l’arrêt de leur expansion. Après la mort de al-Mahdi (1902), le nouveau chef de la confrérie, Ahmad ash-Sharif, organisa la résistance, dans le Sud, contre la pénétration française (Gouro, Oudai, Tibesti, Borkou), puis, dans le Nord contre l’invasion italienne (1911). Condamné à l’exil en 1918, ash-Sharif (mort en 1933) fut remplacé par le petit-fils d’as-Sanusi, Muhammad Idris al-Mahdi, qui fut écrasé en 1931 par les Italiens, avant de devenir roi de Libye, lorsque fut proclamée en 1951 l’indépendance du pays. Il fut renversé en 1969 par la junte que conduisait le colonel Kadhafi.

Comme dans tous les ordres ou confréries islamiques, la zawiya joue son rôle essentiel dans la structure de la Sanusiyya; mais elle devient, pour cette dernière, le centre d’un pouvoir théocratique qui gouverne les collectivités locales ainsi que les tribus avoisinantes et gère leur vie économique et sociale. Les zawiya senousites, dont la plus petite comptait cinquante habitants et la plus grande, celle de Jaghbub, environ un millier, avaient chacune à sa tête un chef, al-moqaddam, entouré d’un conseil, et étaient soumises au pouvoir suprême du grand shaykh, Sanusi ou son successeur. Essentiellement agricoles, ces communautés possédaient parfois des domaines fort étendus: en Cyrénaïque, la Sanusiyya détenait environ un demi-million d’hectares. Les terres étaient cultivées par les adeptes du mouvement, avec l’aide de la population qui devait fournir annuellement à la zawiya trois journées de travail: pour le labour, pour les semailles et pour la moisson.

La Sanusiyya possède les structures de toute confrérie religieuse traditionnelle: le maître de l’ordre (shaykh at-tariqa), les adeptes (al-moridun), les formules liturgiques (al-awrad). Les adeptes eux-mêmes sont distribués en trois catégories qui correspondent au degré de culture et dans lesquelles certains ont vu le reflet d’une hiérarchisation sociale, tandis que d’autres les fondent sur des critères essentiellement spirituels. Soucieux de revenir à l’intégrité du Coran et de la Sunna, l’ordre vise à établir un lien direct avec le Prophète plutôt qu’à rechercher, comme les autres ordres mystiques, l’union avec l’Être divin.

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