LIVRE D’HEURES

Vers la fin du Moyen Âge se manifeste le besoin d’un
livre rendant accessible aux laïcs certains éléments du bréviaire utilisé par
les prêtres. D’après ce modèle liturgique s’est développé lentement pendant le
XIVe siècle un livre de dévotions privées qui reprend
le rôle antérieur du psautier. Ces livres d’heures se sont surtout répandus en
France, dans les Pays-Bas du Sud, en Angleterre et, plus tard, en Italie et en
Espagne. Ils constituent une part considérable de l’ensemble des textes
médiévaux conservés. Chaque chrétien désirait en posséder un ou même plusieurs,
et, selon sa situation, il les faisait exécuter d’une façon somptueuse ou
modeste. Malgré des variations de format et l’abondance de l’illustration, tous
les livres d’heures sont composés selon un même schéma, qui souffre cependant
des exceptions. Les livres d’heures commencent par un calendrier rédigé
exclusivement en fonction des fêtes religieuses et des saints (on trouvera une
excellente analyse des calendriers dans E. König, Das Vatikanische
Stundenbuch Jean Bourdichons, Belser Facsimile Editionen, 1984, p. 32
sqq.). Suivent deux longues prières, «Obsecro te» et «O intemerata», qui
implorent la grâce de voir apparaître la Vierge au moment de la mort. Puis
viennent des extraits des Évangiles racontant des épisodes importants de la vie
du Christ. Ces fragments des quatre Évangiles sont illustrés d’enluminures
représentant soit les évangélistes, soit les épisodes du récit rapporté. Le
noyau du livre est formé par l’office, les heures de la Vierge (voir le texte
de l’abbé V. Leroquais, Les Livres d’heures manuscrits de la
Bibliothèque nationale, t. I, Introduction, Paris, 1927). Les prières,
composées en grande partie par les psaumes, suivent le rythme quotidien. Les
matines, laudes, prime, tierce, sexte et none, les vêpres et les complies
scandent la journée. Les mêmes divisions sont appliquées aux heures plus
courtes de la Croix et à celles du Saint-Esprit. Les psaumes pénitentiaux
(psaumes 6, 32, 38, 51, 102, 130 et 143), un des éléments les plus anciens
de la liturgie, sont récités à des occasions fort diverses, dédicaces des
églises, consécrations, etc. Les litanies, invocations courtes en l’honneur de
Dieu, de la Vierge et des saints, terminent cette partie des heures. Restent
deux parties non négligeables, l’office des morts et les suffrages des saints,
courtes prières invoquant individuellement un certain nombre de saints et de
patriarches, les apôtres et les martyrs, les confesseurs. Ce schéma général est
sujet aux caprices de la clientèle, qui souvent modifie l’ordre, ajoute des
prières ou, au contraire, réduit l’ensemble coutumier des prières.

Parmi les milliers de livres d’heures conservés, les
plus modestes mais souvent les plus lus (au Moyen Âge la lecture se faisait à haute
voix) ne sont pas illustrés, tandis que pour les plus luxueux, qui offrent une
grande variété de parchemins et de reliures, on faisait appel à des
calligraphes raffinés et aux services de grands enlumineurs. Citons parmi les
plus célèbres Les Très Riches Heures enluminées au début du XVe siècle
par les frères Limbourg, celles illustrées par un maître anonyme pour le
maréchal de Boucicaut (musée Jacquemart-André, Paris), les Heures de Bedford
(British Library, Add. ms. 18850), les Heures de Rohan (Bibl. nat., ms. lat. 9471, Paris), les heures
exécutées autour de 1450 pour le trésorier de Charles VII, Étienne
Chevalier, par Jean Fouquet, les chefs-d’œuvre réalisés pour la cour de
Bourgogne, par exemple par le maître de Marie de Bourgogne (voir O. Pächt,
The Master of Mary of Burgundy, Londres, 1948), les heures exécutées par
Jean Colombe et son atelier pour Louis de Laval illustrées par plus de mille
deux cents enluminures (autour de 1485, Bibl. nat., ms. lat. 920), les Grandes
Heures de la reine Anne de Bretagne, enluminées par Jean Bourdichon (Bibl.
nat., ms. lat. 9474, avant 1508). (On consultera le panorama d’ensemble des
heures de luxe dans John Harthan, Books of Hours and their Owners,
Londres, 1973; ou l’ouvrage de l’abbé Leroquais, op. cit.)

Les enlumineurs sont souvent simultanément des
peintres de chevalet, mais l’énorme demande provoque la formation d’ateliers
spécialisés. Au cours de la seconde moitié du XVe siècle,
l’invention de l’imprimerie répond aux besoins de cette évolution. Parmi les
incunables figurent bon nombre de livres d’heures multipliés ainsi par tous les
imprimeurs célèbres (voir A. Labarre, «Livres d’heures», in Dictionnaire
de spiritualité ascétique et mystique, vol. VII, 1968).
Depuis les années 1960, on a reconnu l’intérêt capital
de ces manuscrits pour déterminer et localiser les ateliers qui les ont
fabriqués. Des études très fouillées sur des détails liturgiques, sur la
calligraphie (que le client choisit), sur le choix des illustrations, sur la
vente et la diffusion des manuscrits ont enrichi nos connaissances sur la
société à la fin du Moyen Âge. La multiplication des éditions en fac-similé
contribue d’ailleurs au renouveau d’intérêt pour les livres anciens.

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