Mariage  (sociologie)

Une des institutions sociales les plus anciennes, habituellement entérinée par la loi, unissant un homme et une femme dans une forme spéciale de dépendance mutuelle, souvent en vue de fonder et d'entretenir une famille. Les soins qu'il faut prodiguer aux enfants avant qu'ils atteignent leur majorité semblent avoir été un stimulant majeur de l'évolution de la structure familiale.

Coutumes

La coutume du mariage varie considérablement d'une culture à l'autre, mais l'importance de l'institution est universellement reconnue. Dans certaines sociétés, l'intérêt communautaire pour les enfants, pour les liens entre familles et pour les droits de propriété créés par le mariage sont tels qu'ils ont donné naissance à des dispositifs et à des coutumes destinés à préserver ces valeurs. Les fiançailles ou le mariage entre mineurs, répandus dans des régions comme la Mélanésie, sont une conséquence directe de l'importance accordée à la famille, à la caste et aux alliances de propriété. Le lévirat, coutume en usage principalement chez les Hébreux, qui obligeait un homme à épouser la femme de son frère défunt, était destinée à perpétuer un lignage déjà établi. Institué pour la même raison, le sororat est une coutume encore usitée dans certaines parties du monde, qui permet à un homme d'épouser une ou plusieurs des sœurs de sa femme, généralement en cas du décès ou de stérilité de celle-ci. La monogamie, union d'un homme et d'une femme, est considérée aujourd'hui comme le prototype du mariage et sa forme la plus largement acceptée, au point qu'elle est dominante même dans les sociétés qui tolèrent d'autres formes de mariage. Celles-ci relèvent de la polygamie, qui comprend à la fois la polygynie, union matrimoniale d'un homme avec plusieurs femmes, et la polyandrie, union d'une femme avec plusieurs maris.

Selon le droit islamique, un homme est légalement autorisé à avoir jusqu'à quatre femmes, qui ont toutes droit au même traitement. La polygynie fut brièvement mise en pratique au XIXe siècle par les Mormons de l'Utah, aux États-Unis. La polyandrie est rare et limitée à l'Asie centrale, au Sud de l'Inde et à quelques régions du Sri Lanka. La polygynie et la polyandrie impliquent souvent le mariage d'un homme ou d'une femme à une ou plusieurs sœurs ou à un ou plusieurs frères. Si la polygynie se traduit parfois par l'entretien de foyers séparés pour chacune des femmes, elle implique plus fréquemment le système de domicile partagé, comme dans les tribus amérindiennes de l'époque précolombienne.

Rituel

Dans la plupart des sociétés, le mariage est conclu par une procédure contractuelle, qui s'accompagne généralement d'une forme de sanction religieuse. Dans les sociétés occidentales, le contrat de mariage est souvent considéré comme un sacrement religieux, qui n'est indissoluble que dans l'Église catholique et l'Église orthodoxe d'Orient. La plupart des mariages sont précédés d'une période de fiançailles durant laquelle divers rituels, comme l'échange de présents et les visites, préparent à la cérémonie finale du mariage qui rend publique la volonté des partenaires. Dans les sociétés où le mariage arrangé domine encore, les familles peuvent négocier la dot, les conditions de vie futures et d'autres questions importantes. La plupart des cérémonies nuptiales comprennent des rituels et une symbolique reflétant le désir de fertilité, comme la coutume consistant à jeter du riz sur le couple des nouveaux époux, ou à orner la mariée de fleurs d'orangers, ou encore les rondes autour du feu sacré qui font partie du rituel nuptial dans l'hindouisme. L'ancienne cérémonie hindoue du svayamvaram prévoyait que la femme choisisse son futur époux parmi tous les partis rassemblés en le ceignant d'une couronne de fleurs.

Les hindouistes, les bouddhistes et nombre d'autres communautés consultent des astrologues avant et après que les mariages soient décidés, afin de choisir les dates et les horaires propices. Dans certaines sociétés, la peur des mauvais esprits conduit les couples d'époux à porter des déguisements à leur mariage, ou même à envoyer des époux de substitution à la cérémonie. Dans certains pays, comme l'Éthiopie, la tradition a longtemps prescrit de placer un garde en armes près du couple durant la cérémonie nuptiale, afin de protéger ceux-ci des démons.

La rupture des liens familiaux ou communautaires, implicite dans la plupart des mariages, s'exprime souvent au moyen de cadeaux faits à la famille de la mariée, comme chez les Amérindiens ainsi que dans nombre de sociétés africaines et mélanésiennes. Les nouveaux liens entre les mariés sont fréquemment représentés par un échange de bagues et / ou par le geste de se tenir par la main. Enfin, l'intérêt de la communauté s'exprime de multiples façons, par la fête et la danse, la présence de témoins et l'établissement officiel des documents de mariage.

Régulations sociales

Les tabous et restrictions qui ont pesé sur le mariage au cours de l'histoire ont été aussi nombreux que complexes. L'endogamie, par exemple, limite le mariage aux partenaires qui sont membres de la même société ou de la même partie de la société, aux adeptes de la même religion ou aux membres d'une même classe sociale. La prohibition de l'inceste est une restriction universelle à la liberté du mariage, même si elle n'englobe pas les mêmes parents ou les mêmes personnes, suivant les sociétés humaines. Dans les sociétés occidentales, l'union est interdite entre la mère et son fils, le père et sa fille, et de façon générale entre les enfants de mêmes parents. Parmi les rares exceptions à cette règle figurent les dynasties de l'Égypte ancienne, où le mariage entre le pharaon et sa sœur était ordonné par la religion dominante.

Nombreuses sont les sociétés où la prohibition de l'inceste s'étend aux mariages entre oncle et nièce, tante et neveu, entre cousins germains et, parfois, entre cousins issus de germains. L'exogamie — mariage hors d'un groupe spécifique — peut impliquer une division de la société en deux groupes entre lesquels les mariages sont interdits, ce qui représente une extension de la prohibition de l'inceste.

L'importance de la tradition du mariage apparaît dans les coutumes réglementant le veuvage, notamment la durée prescrite avant le remariage, le port de vêtements de deuil et l'observance des cérémonies à la mémoire du mort. La tradition la plus extrême, en vigueur en Inde jusqu'à son abolition en 1829, était celle de la sati, qui exigeait que la veuve se sacrifie sur le bûcher funéraire de son mari.

Dans la mesure où la famille constitue le cadre d'une grande partie des activités sociales et le fondement de l'organisation sociale dans la plupart des civilisations, le mariage est étroitement lié à l'économie, au droit et à la religion. Cependant, on constate de nos jours, en France notamment, une baisse importante du mariage institutionnel au profit du concubinage.