MIRACLE DE LA SAINTE-ÉPINE

Prêtée par un ami du monastère, une épine de la couronne du Christ (fragment de la relique pour laquelle Saint Louis avait fait bâtir la Sainte-Chapelle) est vénérée à Port-Royal de Paris au cours d’une cérémonie célébrée le vendredi 24 mars 1656. Dans la procession qui se déroule, marche une pensionnaire âgée de dix ans, Marguerite Périer, nièce de Pascal, affligée depuis plusieurs années d’une fistule lacrymale, ou plutôt d’une sorte de tumeur suppurante à l’œil gauche. La maîtresse des pensionnaires, la sœur Flavie Passart, applique la relique sur le mal. Quelques heures après, l’enfant se déclare guérie.

La guérison persiste et, au bout de quelques jours, le mot de miracle est prononcé. Des chirurgiens, des médecins délivrent des attestations. En mai-juin, l’archevêché de Paris entreprend une enquête auprès de la miraculée et de nombreux témoins, parmi lesquels se trouvait Pascal. Le 22 octobre, il rend une sentence d’approbation.

Comment interpréter cet épisode ? Historiquement parlant, ce serait peine perdue que de s’interroger sur la réalité du miracle. Mais la portée attribuée à l’événement offre plusieurs significations. Elle révèle l’existence, en un Port-Royal volontiers raisonneur, d’un sentiment très fort de l’irrationalité de Dieu. Au sein d’un groupe soumis alors à une vive persécution (et qui se défendait à la même époque par Les Provinciales ), elle marque la volonté d’en appeler à Dieu contre ses adversaires, le miracle devenant signe discriminant; il en résulte une abondante littérature polémique. Tandis que la piété populaire se manifeste, tout au long de l’année 1656, par une grande affluence à la chapelle de Port-Royal de Paris et par l’annonce de nouveaux miracles, Pascal amorce une réflexion en profondeur, qui, s’élargissant, donnera naissance au discours apologétique des Pensées .

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