MÜNZER, MÜNTZER ou MUNCERUS THOMAS (1489 env.-1525)

Dirigeant révolutionnaire, chef religieux de la guerre des Paysans et l’un des protagonistes les plus importants de la Réforme, Thomas Münzer (ou Müntzer, ou Muncerus), fils de bourgeois, est d’abord un prêtre itinérant qui a fait de solides études à Leipzig et qui possède une grande culture classique et patristique, ainsi qu’une connaissance étendue des écrits mystiques et de la littérature joachimite. En 1520, sur la recommandation de Luther, il est nommé à Zwickau en Saxe, où il rejoint les communautés ou conventicules groupés autour de Nicolas Storch et fondés sur l’illuminisme individualiste, sur la docilité à l’Esprit; il reçoit «l’idée d’une effusion nouvelle des dons pneumatiques de la grâce avant l’imminente fin du monde» (E. Troeltsch). Expulsé en 1521, il retrouve Storch et les autres «prophètes de Zwickau» à Wittenberg, où l’accueillent Carlstadt, sur qui il aura une grande influence, et Melanchthon lui-même. Devenu, en 1523, curé à Allstedt en Thuringe, il institue une liturgie en allemand, la première liturgie en langue vernaculaire demeurée longtemps en usage à Erfurt. Ayant, à Zwickau, appris à «prophétiser», Münzer aspire désormais à réaliser un royaume de Dieu au bénéfice, principalement, du «petit peuple, si brave, si pauvre, si misérable», et qui a tant «soif de la parole de Dieu». Il constitue à Allstedt une société secrète qu’il prépare à une tâche violente et dangereuse: «Qui ne veut pas du Christ amer, dit-il, mourra pour s’être gavé de miel [...]. Celui qui veut être une pierre d’assise de la nouvelle Église, il faut qu’il risque sa tête [...]. Songez, mes frères, que celui qui, en ces temps périlleux, ne risque pas sa tête n’est pas sûr de posséder la foi.»

Emporté par son élan, Münzer commence à s’en prendre violemment à Luther, notamment par deux écrits, De la foi inventée et Adresse de Thomas Müntzer, pasteur d’âmes à Allstedt, au sujet de sa doctrine et, pour commencer, de la véritable foi et du baptême; après avoir appelé les princes de Saxe à prendre la tête d’une révolution religieuse par le moyen des armes, il s’attire une riposte sévère du Réformateur (Lettre aux princes de Saxe sur l’esprit de rébellion). En août 1524, Münzer doit s’enfuir d’Allstedt et rejoint, au bourg voisin de Mühlhausen, un groupe de révolutionnaires du peuple dont il devient le doctrinaire, lançant des appels à la révolte et ironisant sur Luther, le «docteur Mensonge», le «premier des porcs à l’engrais», «Mademoiselle Martin», le «pape de Wittenberg, païen corps et âme». Chassé de Mühlhausen avec les agitateurs, Münzer y revient le 16 mars 1525. Une théocratie populaire est instituée dans la ville et le mouvement s’étend à toute l’Allemagne du Sud. Le rôle de Münzer est alors lié au déroulement de la guerre des paysans, qui se sont insurgés dans la Souabe. Il dirige, «ceint de l’épée de Gédéon», le soulèvement de la Thuringe et lance un appel à l’insurrection contre les châteaux et les couvents. Fait prisonnier à la bataille de Frankenhausen, Münzer est exécuté douze jours plus tard (27 mai 1525).

Münzer a été un penseur original et influent, qu’on a considéré parfois comme un précurseur du marxisme et dont certaines idées ont marqué l’anabaptisme. «Plus qu’aucun autre novateur du temps, ce personnage, qui mêlait quelque folie et beaucoup d’orgueil à une réelle science, à un zèle religieux certain et à un amour sincère des humbles, pouvait disputer à Luther l’orientation de la Réforme. On comprend que les Modernes qui ne veulent voir en celle-ci que l’affabulation d’aspirations sociales trouvent en Münzer le grand homme du temps. Mais c’est le diminuer et le rendre incompréhensible que de le réduire à un chef social, ou socialiste» (E. G. Léonard).

© 2000 Encyclopædia Universalis France S.A. Tous droits de propriété intellectuelle et industrielle réservés.