NAZARÉENS

Les auteurs du Nouveau Testament appellent Jésus soit le « Nazôréen » (nazôraios ; cf. Matth., II, 23:   « On l’appellera Nazôréen »), soit le « Nazaréen » (nazarênos ) : ces deux formes ont la même signification et sont dérivées de Nazareth, le village d’où, selon la tradition des Évangiles, Jésus était issu. Cependant — l’adjectif «nazôréen» en effet ne vient pas forcément de Nazareth —, il est possible qu’il y ait eu des croisées ou confusions étymologiques, au sein de l’Église primitive, entre «Nazareth» ou «nazaréen» et l’hébreu néser  (« branche », « rejeton »: Is., XI; ce terme est employé à plusieurs reprises dans les Hymnes  de Qumran pour symboliser la communauté de la Nouvelle Alliance: VII, 19, etc.) ou même nazîr  (en grec : naziraios ; ce terme, qui signifie « séparé », « consacré », désigne l’homme qui était lié à Dieu par une promesse particulière — tel Samson dans Juges, XIII — et qui devait s’abstenir de plusieurs choses, touchant par exemple à l’alimentation ou au vêtement), voire nasôrayya  («mainteneurs», «fidèles»; la secte gnostique des mandéens, dans ses Écritures rédigées dans un dialecte araméen oriental, se nommait indistinctement mandayya  ou nasôrayya ; l’hérésiologue du IVe s., Épiphane, mentionne les nazaréens dans sa liste des sectes juives préchrétiennes). Ce dernier nom fut peut-être donné aux disciples de Jean-Baptiste.

Dans le livre des Actes (XXIV, 5), l’apôtre Paul est accusé d’être un meneur du parti des nazaréens. Cette appellation de nazaréens — tombée en désuétude lorsque christianos  («chrétien»), terme utilisé pour la première fois, d’après le livre des Actes (XI, 26), à l’endroit des disciples de Jésus, à Antioche, s’imposa — désigne les sectateurs de Jésus de Nazareth. Il semble que les nazaréens aient été d’abord les judéo-chrétiens de la communauté jérusalémite dont Jacques était le chef. Au fur et à mesure que l’Église évolua et s’ouvrit aux personnes et à la culture du monde gréco-romain, ils ont été sans doute relégués au rang d’une secte judéo-chrétienne, fixée dans les positions doctrinales et éthiques de l’observance mosaïque traditionnelle.

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