Purgatoire (voir Universalis)
Dans la théologie chrétienne, état d'expiation dans lequel, selon les Églises catholiques et celles d'Orient, les âmes après la mort sont soit purifiées des péchés véniels, soit subissent la punition temporaire que le pécheur doit endurer après la rémission des péchés mortels. Les âmes accèdent ainsi à la béatitude. Les Églises d'Orient et d'Occident sont d'accord sur l'existence du purgatoire et elles considèrent que c'est une situation de souffrance. Alors que, selon l'Église d'Occident, les pécheurs subissent l'épreuve du feu, l'Église d'Orient ne précise pas le type de souffrance imposé. Le concile de Florence (1439) a considéré ce sujet comme ouvert à la discussion.
La doctrine et la pratique médiévales concernant le purgatoire étaient des sujets de controverse et furent rejetées par les réformateurs. Les protestants prétendaient que le salut de l'humanité avait été réalisé par le Christ et que le salut venait de la foi pour le Christ seul. Une croyance dans un état intermédiaire et dans une période d'éducation et de probation après la mort fut enseignée par l'Église anglicane. Le chef religieux britannique John Henry Newman puisa dans la théologie du purgatoire pour écrire son poème le Rêve de Gérontius, qu'Edward Elgar mit en musique sous la forme d'un oratorio du même titre.
PURGATOIRE Universalis
Il prolonge l’ambivalence du sentiment de la mort dans la tradition catholique. Apparue avec le péché, contre le dessein du Créateur, la mort est une malédiction (Rom., V, 12); mais le Christ, vainqueur à la fois du péché (par la Rédemption) et de la mort (par la Résurrection), a transformé toute malédiction en épreuve, en chance de rachat — jusqu’au trépas, sanctifié dans le martyre. Il est des pécheurs qui meurent pardonnés, mais sans avoir tout à fait purgé leurs fautes. Sainte Catherine de Gênes identifie pour eux le feu du purgatoire (similaire à la peine infernale du «sens» — précisément signifiée par le feu) au «feu amoureux», tourment mystique du manque et du désir de Dieu (peine du dam); la souffrance croît avec le désir, le mal devient la simple privation du bien: les âmes justes se trouvent enfin purifiées (Traité du purgatoire , éd. posthume, 1571). La doctrine n’a pas voulu préciser la réalité de ces peines (leur détail, leur localisation, leur durée), laissant aux fidèles leur opinion. Le concile de Florence (1439) se refuse ainsi à condamner la tradition grecque, qui voit au mieux dans le feu du purgatoire un feu métaphorique (A. Michel, «Feu du purgatoire», in Dictionnaire de théologie catholique , t. V, 1913); il est acquis depuis Bellarmin que la tradition romaine, qui ne doute pas de cette réalité mais dont la base scripturaire est assez faible (essentiellement I Cor., III, 13-15), ne saurait valoir comme certitude. Seul, pourrait-on dire, le processus purgatoire appartient au dogme.
Jacques Le Goff (La Naissance du purgatoire , 1981) a pu montrer, en effet, que «le besoin du purgatoire» correspond surtout à «une exigence de la masse»: il procède du grand renouveau de la spiritualité occidentale au XIIe siècle, centrée désormais moins sur la figure terrible du Père que sur celle du Sauveur, du Fils de l’homme, moins sur l’Apocalypse que sur le Jugement dernier... Pour ceux, de plus en plus nombreux, qui ne se satisfont pas de la condamnation du monde (contemptus mundi ) et de la soumission aveugle aux pasteurs, il importe — parfois jusqu’à détailler le compte des peines — que les laïcs puissent participer à leur propre salut, que les vivants puissent aider les morts par leurs suffrages, que tous enfin puissent espérer en un temps de purgation outre-tombe. L’historien des religions retiendra peut-être moins les emprunts obligés à d’autres traditions (topographie de l’au-delà, vertu purificatrice du feu, etc.) que l’éclatement des catégories dualistes. Cette promotion, dans tous les domaines, du milieu fait alors du christianisme une croyance en une voie médiane de salut, comparable par exemple à la métempsycose hindoue ou à la réincarnation platonicienne, mais subordonnée au jugement suprême, qui décide entre deux destinées définitives: la damnation ou la béatitude.
Le «dogme» du purgatoire permet cependant à la doctrine catholique d’éviter deux tendances hétérodoxes: d’une part, l’apocatastase origéniste (ou restauration finale de tous, même les damnés et les démons, dans l’amitié de Dieu), qui suppose l’homme libre après sa mort d’opter pour le bien et qui ouvre un cycle infini de consentements et de refus, une extension indéterminée de la miséricorde divine, contraire à l’idée du jugement comme sanction irrévocable de la liberté des créatures (il n’y a au purgatoire que des élus); d’autre part, la double prédestination, qui, à l’opposé, nie cette même liberté durant notre passage sur terre (le purgatoire suppose une sorte de bilan des vies humaines). La principale assise de la doctrine se trouve, en fait, dans une pratique que Rome juge fondée par l’Écriture (II Macc., XII, 39-46) et par la Tradition: la prière pour les défunts — pratique commune avec les Églises d’Orient, mais généralement rejetée (sinon comme consolation pour les vivants) par les Églises protestantes, ce qui rend plus radical le différend avec elles sur ce point (A. Michel, «Purgatoire», in Dictionnaire de théologie catholique , t. XIII, 1936).
On peut se demander si l’étude de la croyance au purgatoire, de son ampleur dans la sensibilité catholique post-tridentine comme de sa désaffection au XXe siècle, n’exige pas quelques préliminaires: sur les relations entre culture savante et culture populaire (sociologie des comportements et histoire des doctrines); sur la caractérisation (analysée par Michel de Certeau, deuxième partie de L’Écriture de l’histoire , 1975) des Églises des Temps modernes plus par leurs pratiques que par leurs doctrines; en un mot, sur la place de la religion dans la société, notamment sur la fonction de l’au-delà comme «espace de sa théorie» (M. de Certeau), impossible depuis l’émergence en nombre des infidèles, athées, primitifs et indifférents.
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