Querelle des investitures   (voir Universalis)

Controverse entre l'Église et l'État aux XIe et XIIe siècles, au sujet du rôle des princes laïques dans la nomination des évêques et des abbés. Elle portait spécifiquement sur les usages instaurés par les princes, en vertu desquels ils conféraient aux prélats l'anneau et la crosse, symboles de l'autorité spirituelle.

La pratique de l'investiture par le pouvoir laïque se développa au début du Moyen Âge, lorsque les empereurs et les rois tentaient de s'emparer de la richesse et de l'autorité dont disposaient les prélats en leur offrant en retour leur protection. Cette pratique était une conséquence du système féodal, dans lequel les prélats étaient souvent des seigneurs séculiers (et donc des vassaux du roi). Les princes laïques se préoccupaient davantage de la loyauté des évêques et des abbés à leur égard que de leur rigueur morale.

Henri IV à Canossa

L'empereur germanique Henri IV vient implorer, en habit de pénitent, le pardon du pape Grégoire VII, en 1077. Il reprit pourtant les hostilités peu après. L'expression demeure : « aller à Canossa » signifie faire amende honorable.

Le mouvement de réforme

Au milieu du XIe siècle, un mouvement pour la réforme de l'Église avait gagné certaines parties de la France et de l'Allemagne. Affirmant que l'investiture laïque n'était pas conforme aux anciennes lois de l'Église, les réformateurs condamnaient cette pratique, qu'ils considéraient comme une manifestation de la déchéance morale du clergé au même titre que la simonie — l'achat et la vente de charges religieuses — ainsi que le concubinage.

Le mouvement de réforme connut une grande audience à Rome sous le pape Léon IX, et les papes devinrent bientôt les chefs de file de la réforme. L'investiture laïque fut condamnée par le pape Nicolas II en 1059; simultanément, il exclut l'empereur de la participation aux élections papales. Lorsqu'en 1075, le pape Grégoire VII interdit formellement toute investiture laïque, il provoqua la colère de l'empereur Henri IV. La querelle des Investitures entra alors dans une phase d'hostilité ouverte entre le pape et l'empereur, qui prononcèrent une série de dépositions et d'excommunications mutuelles. Cet affrontement se termina avec le décès de Grégoire en exil, en 1085, et l'apparente défaite de sa campagne contre l'investiture laïque.

Solutions adoptées

Les successeurs de Grégoire, tout en restant attachés aux mêmes idéaux que celui-ci, firent preuve d'une attitude plus souple pour désamorcer le conflit. La principale préoccupation de l'Église était d'éviter que les dirigeants laïques puissent conférer des charges spirituelles. Les souverains cherchaient avant tout à faire admettre l'autorité royale aux évêques dotés également de pouvoirs séculiers. Lorsque saint Anselme fut nommé archevêque de Canterbury, il entra violemment en conflit avec le roi Henri Ier d'Angleterre à ce sujet mais, en 1107, il put trouver une solution satisfaisante tant pour l'archevêque que pour le roi.

Le concordat de Worms en 1122 entre le pape Calixte II et l'empereur Henri V reprit la solution anglaise et définit un modèle de relations entre l'Église et les pouvoirs temporels; ce concordat est parfois considéré comme la fin de la querelle des Investitures. Selon ce concordat, l'Église avait le droit d'élire les évêques, et l'investiture par l'anneau et la crosse serait effectuée par le clergé. Cependant, les élections se dérouleraient en présence de l'empereur, qui conférerait les terres et revenus attachés à l'évêché à travers l'investiture par le sceptre, symbole sans connotation spirituelle. Malgré le concordat, l'Église ne put jamais exercer au Moyen Âge un contrôle complet sur la nomination des évêques, et le problème resurgit sous différentes formes. L'investiture constituait un point de litige entre l'État français et l'Église gallicane au XVIIe siècle, et donnait lieu à des controverses en Espagne dans la deuxième moitié du XXe siècle.

QUERELLE DES INVESTITURES         Universalis

Conflit qui, au milieu du XIe siècle, éclata entre le pape et l’empereur à propos de la pratique de l’investiture accordée aux évêques par les pouvoirs laïcs (investiture ecclésiastique). Des clercs réformateurs, désireux de lutter contre la simonie dans le clergé et contre le concubinage des prêtres, dénoncèrent alors une telle pratique comme la racine du mal. En 1059, Nicolas II promulgua un décret interdisant cet usage. La mesure fut reprise par ses successeurs, Alexandre II et Grégoire VII, qui l’inclurent dans un programme plus vaste de réforme de l’Église et de la société. L’empereur Henri IV, qui tenait à contrôler la désignation des évêques de l’Empire parce qu’il leur déléguait des pouvoirs régaliens, s’opposa à ces décisions. Il en résulta un long conflit, qu’on a appelé la querelle des Investitures.

Henri IV ouvrit le feu en faisant déposer le pape par une assemblée d’évêques allemands et italiens. Grégoire VII riposta par l’excommunication et la déposition de l’empereur (1076), contre lequel, profitant de l’occasion, une partie des princes allemands se révolta. À Canossa (1077), le monarque sollicita son pardon en reconnaissant ses péchés . Mais, désormais plus libre, il reprit une politique indépendante et lutta avec succès contre l’anti-roi que lui opposaient ses adversaires. En 1080, Grégoire VII l’excommunia et le déposa de nouveau. Henri réagit, fit élire un antipape, força Grégoire à quitter Rome et à se réfugier à Gaète, où il mourut abandonné de presque tous. Après le bref pontificat de Victor III, Urbain II (1088-1099) reprit la condamnation de l’investiture, mais il agit avec prudence et habileté; et il se gagna de nombreuses sympathies. Au début du XIIe siècle, le conflit rebondit avec le fils d’Henri IV, l’empereur Henri V, qui intimida un moment le pape Pascal II et le força à renoncer aux objectifs fixés par ses prédécesseurs. La papauté se ressaisit sous Gélase II, qui excommunia le souverain allemand en 1118.

Finalement, la lassitude aidant et des solutions logiques et pratiques ayant été suggérées par des canonistes (Yves de Chartres), en parlant de la distinction, dans les fonctions de l’évêque, entre la charge temporelle de l’office spirituel, on parvint à un accord connu sous le nom de Concordat de Worms (1122) et conclu par le pape Calixte II. Il fut décidé qu’à l’avenir les évêques seraient élus par le clergé en présence d’un représentant du monarque, puis qu’ils prêteraient serment à celui-ci, après quoi ils seraient consacrés par l’archevêque métropolitain. Une procédure du même type entra en vigueur dans le reste de la chrétienté latine.