RENAUDOT THÉOPHRASTE (1586-1653)
La carrière de Renaudot est des plus curieuses: elle révèle une grande opiniâtreté, beaucoup d’intelligence, de réels talents d’intrigue et surtout une remarquable curiosité. Bien que trop souvent ignoré par l’histoire, le père de La Gazette fut un des esprits les plus remarquables de son temps.
Né dans une famille protestante aisée, Renaudot quitta Loudun (Vienne) en 1605 pour faire ses études de médecine à Montpellier: il y fut reçu docteur en 1606, à vingt ans! Il voyagea ensuite plusieurs années avant de se fixer en 1612 dans sa ville natale. Un Traité des pauvres lui valut en 1612 un premier brevet royal pour un projet de «bureau d’adresses». En Poitou, Renaudot connut Richelieu, évêque de Luçon, réfugié près de Poitiers, et le père Joseph. En 1624, ses deux protecteurs firent confirmer ses brevets; en 1626, Renaudot, qui s’était installé à Paris, se convertit au catholicisme. En 1629, il put enfin ouvrir dans l’île de la Cité, rue de Calandre, à l’enseigne du Grand Coq, son bureau d’adresses.
À l’origine, il ne s’agissait que d’un bureau de placement officiel destiné à offrir du travail à la masse des gueux qui encombraient les hospices et les bas quartiers de Paris. Mais très vite ce bureau diversifia ses activités: ce fut une véritable agence de renseignements de tous ordres qui enregistrait les demandes d’emploi, les propositions de vente ou d’achat les plus diverses, les propositions de voyages à frais partagés, les déclarations de toute nature; ce service de petites annonces eut un très grand succès, car il correspondait à un véritable besoin.
Petit à petit, Renaudot élargit les activités de son bureau d’adresses. En 1631, il y installa sa Gazette et son imprimerie ; il y édita à partir du 1er juin 1632 sa Feuille du bureau d’adresses, véritable feuille d’annonces, décadaire puis hebdomadaire avant de reprendre, quelques années plus tard, la publication du Mercure français. En 1633, deux ans avant la création de l’Académie française, en marge de ses activités de gazetier il ouvrit les conférences du bureau d’adresses, qui, consacrées à des sujets non politiques, étaient l’occasion de rencontres entre beaux esprits et d’échanges des informations. En 1637, un brevet vint consacrer les opérations «de grâce», prêts sur gage et vente aux enchères qui transformaient une partie du bureau d’adresses en une salle des ventes et en un mont-de-piété. La même année, un autre brevet royal reconnaissait le dispensaire de soins gratuits que Renaudot avait créé avec l’appui de pharmaciens, de chirurgiens et de docteurs en médecine: commissaire général des pauvres du royaume, historiographe du roi, Renaudot, à l’apogée de sa carrière, créa en 1641 une succursale de son bureau d’adresses, rue Saint-Thomas aux galeries du Louvre. Mais ses activités lui avaient créé bien des ennemis, à Paris, au Parlement, qui supportaient mal de se voir imposer les «innocentes inventions» du protégé de Richelieu, et surtout à l’École de médecine, où les créations charitables et les enseignements originaux de Renaudot, suppôt de méthodes et de théories médicales contraires à l’enseignement scolastique, soulevaient l’indignation.
Après la mort de Richelieu en 1642 et de Louis XIII l’année suivante, privé de protection, Renaudot perdit toute une série de procès qui aboutirent en 1644 à la fermeture du bureau d’adresses. Renaudot, qui sut heureusement convaincre Mazarin de l’utilité de La Gazette, consacra la fin de sa vie à son métier de gazetier, malgré les multiples difficultés que la Fronde et ses crises entraînèrent, dès 1648, dans la publication de cette feuille officielle. Renaudot mourut en 1653 à demi ruiné, déçu par ses échecs, mais fier de pouvoir transmettre La Gazette à ses héritiers.
En 1925, quelques journalistes fondèrent un nouveau prix littéraire, le prix Théophraste-Renaudot, qui, décerné tous les ans, perpétue le souvenir de leur illustre ancêtre.
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