RICHERISME
Premier ordre du royaume, «l’Église de France» tint, à partir de 1567, des assemblées régulières : organisation et privilège dont la noblesse ne disposa jamais. Une des manifestations les plus originales du gallicanisme ecclésiastique fut le richérisme. Edmond Richer (1559-1631) était un ligueur repenti. Il édita les œuvres de Gerson, devint syndic de la faculté de théologie de Paris, mais dut abandonner cette fonction après la publication de son De ecclesiastica et politica potestate libellus (1611). Adversaire du théologien jésuite Bellarmin, héritier des théories conciliaristes antiromaines des XIVe et XVe siècles, il conçut l’Église comme une démocratie où l’autorité avait été confiée par Jésus à l’ensemble des fidèles, ceux-ci commettant le pouvoir sacerdotal aux pasteurs – c’est le «parochisme» – et la juridiction appartenant souverainement aux évêques. Richer donnait aux conciles l’autorité ecclésiale suprême et refusait au pouvoir pontifical une origine divine. Il attribuait au souverain le droit de décider si l’organisation de l’Église dans le royaume était conforme aux règles canoniques. Le Libellus fut interdit par les synodes provinciaux et par Rome. On a pu dire cependant que «ce petit traité de trente pages à dominé l’Église de France jusqu’à la Constitution civile du clergé». À partir du De antiquo jure presbyterorum de l’abbé Boileau (1676) – le frère du poète – et des Réflexions morales sur le Nouveau Testament de Quesnel, dont la publication débuta en 1671, jansénisme et richérisme se trouvèrent liés.
Universalis - article Gallicanisme