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La spiritualité définit une aspiration personnelle ou collective, ou l'ensemble des croyances, pratiques et études qui ont trait à la nature essentielle de l'être vivant, à l'âme, à ce qui est en-deçà ou au-delà des besoins matériels ou des ambitions terrestres, voire à la relation à Dieu dans le cas d'une spiritualité non athée. La spiritualité est généralement associée à une quête d'éternité et de sens en opposition à l'évanescence apparente du monde. Pour réaliser cet objectif, elle s'appuie parfois sur une ascèse afin de libérer l'individu des attachements qui empêchent le progrès spirituel. Vue d'ensembleChaque religion, courant ou tradition, est fondée sur une spiritualité propre. Il existe cependant des convergences au niveau fondamental de leurs motivations et de leurs manifestations. Origine et perspectivesBien que les traditions spirituelles se soient développées de façon souvent très normative (dans le cadre d’Églises établies, ou de rites traditionnels), l’aspiration spirituelle est antérieure aux religions historiques, liée à l'espoir d'une survie après la mort physique ainsi qu'à des rites propitiatoires proches du chamanisme (pour appeler une bonne chasse, de bonnes récoltes etc., voir les rites funéraires préhistoriques). Certains ont pu y lire un moyen de ne pas se confronter à la réalité de notre condition de mortels[1]; selon d’autres il révèle la mémoire intrinsèque de l’immortalité de l’âme[2]. La spiritualité a connu dans le monde contemporain des prolongements en philosophie (avec des courants de spiritualité laïque ou athée), mais aussi en psychologie, des thérapies l'intégrant dans leur champ. La spiritualité se situe donc sur un terrain où se rencontrent religions, philosophie, psychologie, dont les différentes approches sont souvent conflictuelles mais interagissent également. Nature d'une expérience spirituelleLa spiritualité conduit à des démarches qui ne sont pas seulement intellectuelles mais également mentales, émotionnelles et mystiques, cherchant à générer une expérience transcendante, une relation (selon l'une des étymologies de religion) avec Dieu, le Soi, la Conscience, l’Âme, le Monde, le Devenir etc. Pour certains, le but de la spiritualité est l'éveil spirituel, l'accession à un état de conscience amélioré et durable. La liberté, le sens de la vie, l'amour, la paix, sont des problématiques de la quête spirituelle plus spécifiquement en rapport avec l'expérience mystique. Pratiques associées à la spiritualitéD'un point de vue plus concret, on remarque dans les différentes traditions un certain nombre de pratiques qui donnent corps à la spiritualité:
Certaines de ces activités sont solitaires, d'autres collectives, certaines se vivent dans la retraite (cellule, enclos monastique) et d'autres « à l'extérieur » (dans la société civile). Certaines sont contemplatives, d'autres plus pratiques. Le choix des activités et l'importance relative donnée à chacune permet de définir la « spiritualité » propre à chaque courant spirituel. Toutes ces activités sont expressément définies et organisées lorsque l'expérience spirituelle est vécue au sein d'un monastère (ou son équivalent couvent, ashram, confrérie), les tâches domestiques étant alors également incluses dans le champ de la pratique spirituelle et donc stipulées par la Règle monastique. Spiritualité religieuseLa spiritualité religieuse se rapporte à l'aspiration à se « relier » (du latin religare, racine possible de religion). Il s'agit alors essentiellement de se relier à Dieu, au Divin, à une réalité transcendante[3]. Par extension, la religion est parfois ce qui tend à relier les hommes à la nature ou à l'univers. Les principes religieux exposent les raisons et les méthodes de ce « lien » mais la religion peut produire des effets tout à fait opposés en conduisant l'humanité à la guerre et à la division[4]. Après avoir supplanté les spiritualités plus ou moins déstructurées du paganisme ou de l'animisme, la spiritualité religieuse s'est développée sans véritable concurrence pendant de nombreux siècles pour les chrétiens, jusqu'à l'apparition des sectes chrétiennes (au sens de « branches nouvelles »), qui ont séparé les catholiques des protestants, puis de l'islam. Dans tous les pays où le christianisme n'était pas parvenu à s'imposer par la force ou l'évangélisation, les spiritualités locales ont continué à se développer. Spiritualité non religieuseLa religion est une organisation collective alors que la spiritualité est de plus en plus perçue comme un cheminement individuel. Selon certains sociologues, la spiritualité organisée des religions subirait aujourd'hui l'effet de l'individualisme de l'époque contemporaine[5]. Depuis la naissance de la philosophie, certains revendiquent leur spiritualité sans appartenir à aucune religion: ils expriment, par exemple, une préférence pour l'humanisme (pouvant relever de l'athéisme ou non)[6]. À partir de la seconde moitié du XXe siècle se développent des approches spirituelles non religieuses, parmi lesquelles une mouvance qui se fait appeler spiritualité laïque[7]. La spiritualité laïque se présente comme une vision universelle de l'intuition spirituelle propre à chaque être humain, intuition qui peut être définie comme un ressenti d'unité avec la totalité et une perception d'un état d'être transcendant la matière. La spiritualité laïque se dit non dogmatique, non sectaire et ouverte au débat et à l'élaboration progressive d'une société plus unie et partageant des valeurs communes. Le philosophe Vladimir Jankélévitch déterminait ainsi, à la suite de Bergson, les fondamentaux d'une spiritualité humaine. En 2006, le philosophe André Comte-Sponville relance l'idée d'une spiritualité athée, c'est à dire sans avoir recours à la croyance en Dieu ou en dieux, dans son ouvrage « L'Esprit de l'athéisme »[8]. Le bouddhisme exprimait déjà à son émergence le besoin d'une régénération de la spiritualité hors des dogmes des religions établies. Selon Matthieu Ricard, interprète français du 14e Dalaï Lama: « Très attaché à la notion de « spiritualité laïque »[9], le Dalaï-Lama déclare que « la religion est un choix personnel et que la moitié de l’humanité n’en pratique d'ailleurs aucune et qu'en revanche les valeurs d’amour, de tolérance, de compassion prônées par le bouddhisme concernent tous les humains, et cultiver ces valeurs n’a rien à voir avec le fait d’être croyant ou non »[9]. » Le néo-paganisme du XXe siècle est une résurgence des croyances et pratiques, plus ou moins revisitées, qui précédaient le christianisme avant la fin du IVe siècle. Spiritualité et psychothérapieLors de l'apparition des premières psychothérapies (Freud, Jung), quelques psychanalystes en vinrent à conclure que certaines pathologies pouvaient ne pas trouver de résolution par l'analyse seule. Après avoir montré le rôle important de la société dans la névrose, l'analyse débouchait parfois sur des problèmes qualifiés de « spirituels ». Certains psychanalystes, dont Jung, se tournèrent vers l'étude de pratiques issues de certaines religions traditionnelles afin de « guérir l'âme »[10]. Dans les doctrines comme le soufisme, le taoisme, l'hindouisme, le bouddhisme, l'être humain est considéré comme souffrant du déséquilibre de ses émotions, de ses fixations mentales, de ses « mémoires » (vasanas et samskaras en sanscrit)[11] et du manque d'harmonie entre l'intellect, le corps et la parole. La « guérison spirituelle » est généralement recherchée avec l'appui et l'encadrement d'un maître, d'un guide, dénommé lama, gourou ou cheykh selon les traditions. Au travers de la relation entre le disciple et le maître, ce dernier jouait parfois le rôle d'un thérapeute avant l'heure, proche du « patient » de la médecine moderne. Cette approche spirituelle reste cependant limitée aujourd'hui aux régions du monde où la relation de maître à disciple est acceptée. Dans les pays occidentaux et particulièrement ceux où la laïcité est combative à l'égard du religieux, et où les institutions tendent à encadrer fortement les processus de soins et de thérapie, cette combinaison de la thérapie et de l'approche spirituelle (parfois appelée « psycho-spiritualité ») demeure assez rare et est souvent jugée suspecte. Références
Bibliographie
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