Ordre des Templiers ou chevaliers du Temple
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aussi Encarta ou Universalis
Ordre religieux et militaire créé en 1119 par Hugues de Payns pour protéger les pèlerins en Terre sainte. Le Temple, qui reçut une règle relativement ascétique en 1128, s’enrichit rapidement grâce à de nombreux dons. Il se dota très vite d’une organisation internationale: le grand maître, assisté du chapitre général, dirigeait, depuis Jérusalem, les commandeurs de l’Orient latin et d’Occident; en fait, chaque établissement du Temple était une seigneurie, appelée commanderie (on a dénombré jusqu’à 9000 commanderies). Lors de la chute de l’Orient latin, les Templiers se replièrent en Europe, où leur richesse fit d’eux les trésoriers du roi de France et du pape. En 1307, Philippe le Bel, accusant l’ordre de corruption et voulant s’en approprier les richesses, ordonna l’arrestation de 138 templiers et fit pression sur le pape Clément V, qui prononça la dissolution du Temple (3 avril 1312). Les biens immobiliers de l’ordre se trouvèrent dévolus aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem (V. ordre de Malte). Le grand maître Jacques de Molay et plusieurs de ses compagnons, torturés, puis condamnés à l’issue d’un long procès (1307-1314), moururent sur le bûcher (1314).
© Hachette Livre, 1997
Ordre du Temple - Templiers (Encarta) voir aussi Universalis
Ordre de moines combattants, fondé en 1119 et dissous en 1311 par Philippe le Bel.
L'ordre du Temple fut créé par quelques chevaliers (Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Omer) croisés en Terre sainte (voir Palestine). Le roi de Jérusalem, Baudouin II, les installa près de l'église du Temple après qu'ils eurent fait vœu de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. La règle fut publiée par le concile de Troyes en 1128 ; saint Bernard de Clairvaux, pourtant promoteur des ordres de chevaliers, fut assez hostile aux Templiers qui avaient admis le comte de Champagne Hugues de Troyes. Le succès du Temple fut pourtant rapide ; de nombreuses donations — dont le legs, d'ailleurs refusé par l'ordre, d'une partie du royaume d'Aragon par le roi Alphonse le Batailleur — vinrent remplir ses caisses et lui permirent une politique systématique d'acquisition de terres et de défrichements.
La règle des Templiers était très stricte. Les punitions imposaient des jeûnes sévères (deux jours à terre par exemple) pour des délits concernant toute entorse aux trois règles fondamentales de l'ordre. Le trousseau, réduit, marquait la hiérarchie de l'ordre : si tous les manteaux étaient frappés de la croix rouge, symbole de l'ordre depuis 1149, les chevaliers portaient un manteau blanc, les sergents, les chapelains et les écuyers un manteau noir.
Au sommet de l'ordre se trouvait le maître, dont l'autorité était limitée par un chapitre composé par les dignitaires de l'ordre : le sénéchal, le maréchal, le commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem, le drapier, les commandeurs des autres provinces (la cité de Jérusalem, Antioche, Tripoli étaient les trois principales). Les commandeurs des maisons, les chevaliers, les sergents, le commandeur du port d'Acre venaient ensuite dans l'ordre hiérarchique, puis les casaliers chargés des fermes, les turcoples (troupes auxiliaires), les chapelains et les frères de métiers.
Cette hiérarchie suggérait une réelle étendue des possessions de l'ordre : en 1257, elles s'élevaient à 3 468 châteaux, forteresses et maisons dépendantes réparties dans 19 provinces et sous-provinces. La maison de Jérusalem comprenait deux couvents avec 350 chevaliers et 1 200 sergents. Les pays de combat étaient ceux de la Reconquête : Palestine, péninsule Ibérique, Hongrie ; les activités militaires étaient bien réelles : sur 14 maîtres que connut l'ordre, 5 périrent au combat. Ces activités militaires étaient largement financées par les revenus des pays de rapport : ces provinces, divisées et subdivisées en régions, baillages et maisons, se trouvaient dans toute l'Europe catholique. Le baillage d'Arles comprenait ainsi les commanderies avec juridiction d'Aix, Col de Cabres, Richerenches, Arles ; 8 commanderies sans juridiction (dont Nice ou Avignon) ; 23 commanderies dépendantes ; une vingtaine de maisons du Temple et une centaine de biens fonciers divers. Cette richesse, inégalée dans tout l'Occident chrétien, permit au Temple de subventionner largement les papes et les rois pour les entreprises de la croisade.
Les statuts de l'ordre du Temple furent réformés à cinq reprises ; Boniface VIII souhaitait au début du XIVe siècle unir le Temple et les Hospitaliers (un autre ordre combattant), mais Jacques de Molay, alors maître, refusa cette proposition.
Or, à cette période, les données de la croisade avaient profondément changé : l'Empire latin d'Orient, avec la chute de Saint-Jean-d'Acre en 1291, avait cessé d'exister et les Templiers survivants se replièrent en France — dont le roi, Philippe le Bel, s'était vu refoulé à l'entrée de l'ordre. Malgré le passé glorieux de l'ordre (Damiette, Alep, Las Navas de Tolosa), Philippe le Bel, en manque de numéraire, fit emprisonner les Templiers, les fit torturer par l'Inquisition après avoir fait main basse sur leurs richesses et leurs livres de comptes ; les aveux de 137 templiers — qui reconnurent tout ce que l'on voulait pourvu que l'on cessât de les torturer — justifièrent la suppression de l'ordre au concile de Vienne en 1312 devant le pape Clément V, alors que les rois et princes d'Angleterre, d'Espagne, d'Écosse, d'Allemagne entre autres avaient reconnu l'innocence du Temple. Le maître Jacques de Molay fut brûlé en 1314. Les biens du Temple revinrent aux Hospitaliers ou aux ordres successeurs qui furent créés en Espagne : l'ordre de Montesa en Aragon et l'ordre du Christ au Portugal.
Entré dans l'imaginaire collectif à cause de l'extraordinaire opération de propagande menée par Philippe le Bel et inlassablement reprise ensuite sous forme de légendes, l'ordre du Temple fut sans doute, au total, l'une des créations les plus représentatives de l'époque des croisades.

TEMPLIERS (Universalis)
Les Templiers, ordre monastico-militaire, réalisèrent
l’idéal de cette double vocation apparemment contradictoire de moine et de
soldat. Ils répondirent à un besoin particulier de l’Église à une époque où
celle-ci s’efforçait d’humaniser la guerre et où la lutte entre deux
civilisations, chrétienne et musulmane, exigeait l’action d’une élite. Le
dépouillement de centaines de documents a permis de poser en termes nouveaux le
problème du Temple et de mettre en valeur le gouvernement, la grandeur militaire,
l’influence internationale dans l’économie et les finances, et les données
réelles de l’existence de l’ordre. Il faut se garder d’inclure dans les
problèmes relatifs au Temple bon nombre de questions encore mal élucidées et
dont rien ne prouve qu’elles soient effectivement rattachées à cet ordre. Les
Templiers eurent une vie et une observance beaucoup plus simples qu’on ne l’a
cru. Ils furent avant tout des religieux et des soldats, mais encore des
administrateurs, des diplomates et des financiers.
Origines et gouvernement
Deux chevaliers français, Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Omer, fondèrent à la fin de l’année 1119 l’ordre des Pauvres Chevaliers du Christ, que l’on appellera plus tard l’ordre du Temple. Les deux fondateurs décidèrent de se mettre au service des pèlerins et se placèrent sous la protection de Baudouin II, qui venait d’être couronné roi de Jérusalem le jour de Noël de cette même année dans l’église de Bethléem. Le patriarche Garimond reçut les vœux des premiers frères, selon les us et coutumes des chanoines réguliers du Saint-Sépulcre, dont les Templiers conservèrent les rituels; ces rituels provenaient de Saint-Victor de Paris par l’intermédiaire de Godefroi de Bouillon.
Le courageux et actif Hugues de Payens s’installa avec
ses premiers frères dans une demeure que leur assigna le roi Baudouin dans la
partie méridionale du Temple de Salomon. Dès le début, plusieurs frères vinrent
grossir la jeune milice, et notamment Hugues de Troyes, comte de Champagne (au
grand scandale de saint Bernard), et Foulques d’Anjou, qui servira en qualité
de «frère à temps» (pendant une durée limitée). Le recrutement se fit
progressivement puisque les actes révèlent les noms de quatorze frères
chevaliers à l’ouverture du concile de Troyes (1128).
En 1127, Hugues de Payens passe en Occident avec cinq
frères pour obtenir du Saint-Siège la confirmation de son institut. Il est
renvoyé devant le concile de Troyes qui s’ouvre sous la présidence du cardinal
d’Albano, ancien prieur de Saint-Martin-des-Champs de Paris. L’assemblée
conciliaire comprenait, outre le légat, douze archevêques et évêques, quatre
abbés bénédictins et quatre abbés cisterciens. Les Pères mirent au point la
règle donnée par Garimond, en louant ce qu’ils estimaient profitable et en retranchant
ce qui ne leur semblait pas justifié. Bernard de Clairvaux s’étant dérobé, Jean
Michel écrivit les soixante-douze articles approuvés par le concile. Le premier
maître parcourut ensuite une partie de la France et de l’Angleterre. De
nombreuses donations furent faites alors par des évêques, des chanoines, des
seigneurs, des abbés, et par le grand nombre de prosélytes partis vers la Terre
sainte dès 1131. Hugues de Payens demanda plusieurs fois à l’abbé de Clairvaux
d’encourager la jeune milice, mais Bernard ne fut jamais très favorable à ce
système de vie monastique; le souvenir d’Arnaud, abbé de Morimond, ainsi que le
choix du comte de Champagne semblent être à l’origine de cette hargne.
Toutefois, il écrivit vers 1135-1136 le De laude novae miliciae , traité dans lequel il signale ne pas connaître
l’ordre du Temple. Au mois de mars 1139, le pape Innocent II confirme
l’institution des moines combattants par sa bulle Omne datum optimum .
Cette confirmation favorisa le développement temporel de l’ordre, auquel s’ajoutèrent de nombreux privilèges et exemptions. Il en résulta, aussi bien en Orient qu’en Occident, un accroissement considérable des biens et du nombre des frères. À la mort du deuxième maître du Temple, Robert de Craon, on comptait uniquement pour la maison de Jérusalem deux couvents – ensemble des troupes de combat, comprenant trois cent cinquante chevaliers –, environ mille deux cents sergents, sans compter les autres membres donnés ou à temps. Au XIIIe siècle, plusieurs provinces étaient établies: Provence, France, Poitou, Bourgogne, Angleterre, Aragon-Catalogne, Castille, Portugal, Toscane-Lombardie, Sicile-Pouilles, Hongrie, Magdebourg, Mayence, et les deux sous-provinces de Trèves en Allemagne et du royaume de Valencia en Espagne, dès 1242. En Palestine, le Temple comprenait trois grandes provinces: Jérusalem, Tripoli, Antioche et, vers 1257, la sous-province commerciale de Petite Arménie. L’ensemble de ces provinces groupait trois mille quatre cent soixante-huit châteaux, forteresses et maisons dépendantes. Tout ce monde était placé sous la juridiction du chapitre général, seule autorité de l’ordre qui désignait les commandeurs de province. Dans les pays de combat, comme la Palestine et la péninsule Ibérique, les châteaux étaient soumis à la juridiction de ces commandeurs de province ou «commandeurs de terre» qui nommaient à leur tour les commandeurs de leur choix. En revanche, dans les pays de rapport, un système hiérarchique de maisons fut établi: chaque province était divisée en régions, ayant chacune à sa tête le commandeur régional, membre de droit de la chambre priorale et capitulaire; venaient ensuite les commandeurs majeurs, ou baillis, qui supervisaient plusieurs maisons dans une région.
Le chapitre général, représenté hors des sessions par
le maître, se réunissait tous les ans en Palestine; tous les dignitaires y
participaient, tandis que les grands baillis et prieurs des territoires
d’Europe ne s’y rendaient que tous les cinq ans. Le premier chapitre connu eut
lieu en 1147 et fut ouvert à Paris sous la présidence du pape Eugène III et du roi de France Louis VII. Dès cette époque
furent édictées les prérogatives du maître, qui se bornaient au maintien de
l’observance et à la nomination des petits officiers de l’ordre.
Organisation
Au sommet de la hiérarchie se trouvait le maître, aux pouvoirs limités, malgré une souveraineté représentative du chapitre général. Pour toutes les décisions importantes, il devait consulter le chapitre dans lequel il n’avait qu’une seule voix et devait se ranger à l’avis de la majorité. Son «équipement domestique» se composait du chapelain, d’un clerc, de plusieurs sergents, d’un écrivain sarrasinois servant d’interprète, et enfin d’un ou plusieurs turcoples et écuyers. Il était en outre assisté de deux ou trois chevaliers de rang élevé, membres de droit de son conseil, et, en campagne, il se faisait escorter du gonfanon baussant qui était l’étendard blanc et noir de l’ordre.
Le sénéchal venait après le maître, et le remplaçait
en cas d’absence. Le maréchal disposait de l’autorité militaire suprême. Il
pouvait au besoin tenir le rôle du maître ou du sénéchal. Le commandeur de la
terre et du royaume de Jérusalem est le grand trésorier de l’ordre et chef de
la première province. Le drapier s’occupait de l’habillement des frères.
Venaient ensuite les commandeurs dont les trois principaux étaient celui de la
cité de Jérusalem ou hospitalier de l’ordre, chargé des pèlerins, celui
d’Antioche et celui de Tripoli, puis les commandeurs des autres provinces. À
ces grands dignitaires s’ajoutaient les commandeurs des maisons, qui pouvaient
être chevaliers ou sergents, les commandeurs des chevaliers, les chevaliers,
les sergents (parmi lesquels se recrutaient le sous-maréchal, le gonfanonier,
le cuisinier, le maréchal-ferrant) et le commandeur du port d’Acre, amiral de
la flotte du Temple. Les casaliers étaient chargés des fermes tandis que le
turcoplier commandait les turcoples, formant les troupes légères auxiliaires.
La règle mentionne ensuite les frères chapelains, dépendant directement du
Saint-Siège, puis, en dernier lieu, les frères de métiers: maçons, selliers,
bourreliers, tailleurs.
Histoire du Temple
L’histoire du Temple se confond avec celle des croisades en Terre sainte et avec celle de la Reconquête dans la péninsule Ibérique. On peut y voir la cause de la popularité dont l’ordre jouit dès les origines. La milice ne se concentra pas uniquement en Palestine. En 1131, Alfonso le Batailleur, roi d’Aragon, cède une partie de son royaume aux Templiers, qui eurent la sagesse de la refuser peu de temps après sa mort. Tout en étant un ordre militaire, le Temple accomplit, dans les pays qui n’étaient pas le théâtre de combats contre les infidèles, une œuvre civilisatrice importante en défrichant et en aménageant de vastes domaines à l’égal de l’ordre de Cîteaux. Souverain par son maître représentant le chapitre général, lequel était la personne morale de tout l’ordre, le Temple acquit une richesse immense et un pouvoir synarchique qui lui suscitèrent des ennemis implacables et qui furent à l’origine de sa perte. Aucun prince souverain ne possédait autant de richesses. Le Temple était devenu le banquier des papes et des rois. L’histoire de l’ordre reste cependant une véritable épopée, et sa valeur militaire est attestée par divers combats au Moyen-Orient (Ascalon, Ansur, Gaza, Daroum, Ramlah, Damiette, Alep et Mansourah) et par la participation des chevaliers au manteau blanc à croix rouge dans toutes les grandes batailles de la péninsule Ibérique: Las Navas de Tolosa, la conquête de Majorque, Badajoz, Cáceres, Alarcos, Salvatierra.
Cinq réformes furent opérées dans le Temple, réformes qui aboutirent à un durcissement des statuts et des retrais (articles des statuts traitant spécialement de la juridiction et des fonctions des Templiers). Nicolas IV et Clément IV promulguèrent de nombreuses bulles de confirmation de privilèges, à l’exemple de leurs prédécesseurs, tandis que Martin IV essaya d’unir, sous l’impulsion de Raymond de Lille (l’un des deux templiers qui devaient être canonisés par la suite), les Templiers et les Hospitaliers. Cette première tentative échoua. Boniface VIII ayant repris ce projet, ce fut alors le grand maître Jacques de Molay qui refusa.
La chute de l’Empire latin d’Orient en 1291 précipita
les événements, et, lorsque Saint-Jean-d’Acre tomba aux mains des musulmans le
16 juin 1291, il ne restait plus que dix-huit templiers et seize hospitaliers.
Au lieu de déployer leur vaillance dans la péninsule Ibérique, les templiers se
concentrèrent en France où ils n’avaient pas de raison d’être; les jugeant trop
encombrants et ayant besoin d’argent, Philippe le Bel décida de les faire
supprimer; l’entrée dans l’ordre lui avait été, en effet, refusée.
Le vendredi 13 octobre 1307, à l’aube, tous les templiers de France furent arrêtés et jetés en prison. Le roi prit aussitôt possession de la tour du Temple où se trouvaient le trésor et les livres de comptes. Les cent quarante templiers de Paris subirent les pires tortures de la part des inquisiteurs dominicains, qui usèrent de tous les moyens en leur pouvoir (ruse, mensonge, chevalet, bûcher). Cent trente-sept d’entre eux avouèrent des ignominies incroyables; mais, par la suite, plusieurs se rétractèrent. L’Angleterre, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, l’Écosse reconnurent l’innocence du Temple et de ses membres. De son côté, le pape Clément V, faible et lâche, circonvenu par Philippe le Bel, fit lire à l’ouverture de la deuxième session du concile de Vienne, le 3 avril 1312, la bulle Vox clamantis qui portait la suppression par provision de l’ordre en attendant le jugement définitif d’un prochain concile; celui-ci ne devait jamais se réunir. Il fut décidé qu’en attendant la réunion d’une assemblée tous ceux qui porteraient le costume et continueraient à se faire appeler templiers seraient excommuniés. Le soir du 18 mars 1314, le maître Jacques de Molay et le commandeur de Normandie furent brûlés vifs dans l’île aux Juifs.
Partout les Hospitaliers de Saint-Jean héritèrent des biens du Temple, sauf en Aragon et au Portugal, pays où furent créés de nouveaux ordres, successeurs légitimes du Temple : Montesa, en Aragon, par une bulle du pape Jean XXII datée du 10 juin 1317; l’ordre du Christ, au Portugal, par une autre bulle du même pape, datée du 15 mars 1319.
Les prétendues vies secrètes du Temple ne sont que
légende, dont rien ne peut prouver l’existence.
Vie conventuelle, costume
La règle donne de nombreux détails sur la vie conventuelle. Les devoirs religieux se bornaient à l’assistance aux offices dits par les frères chapelains et à la récitation pendant les heures canoniales d’un certain nombre de patenôtres . Les jeûnes étaient rigoureux: ils étaient observés tous les vendredis de la Toussaint à Pâques et la veille des grandes fêtes. L’usage du maigre était ordonné quatre fois par semaine. Les frères mangeaient dans le palais – nom donné au réfectoire – à deux par écuelle ; les restes étaient distribués aux pauvres.
Le code disciplinaire était rude et exposait en dix parties les diverses peines encourues: l’exclusion, ou perte de la maison , était appliquée en cas de simonie, révélation des choses du chapitre, meurtre d’un chrétien, larcin, évasion d’une maison, complot, trahison, désertion, sodomie et mensonge lors de la réception d’un frère; la privation du port de l’habit pour un an et un jour sanctionnait le refus d’obéissance en cas de bataille avec un frère, blessure, compagnie de femmes, émission contre un frère d’accusations calomnieuses, etc. Il y avait encore la perte de l’habit pour trois jours avec jeûne; le jeûne de deux jours à terre; le jeûne pendant un jour; la discipline en communauté; la mise en répit , c’est-à-dire en quelque sorte en pénitence en attendant qu’une décision soit prise ; la remise du fautif au frère chapelain; le relaxe; l’emprisonnement.
Le trousseau pour la vie conventuelle comprenait: deux chemises, deux paires de chausses, deux braies, un justaucorps, une pelisse, deux manteaux dont un avec fourrure pour l’hiver, une chape, une tunique et une ceinture.
Les frères sergents étaient vêtus comme les chevaliers, cependant les étoffes étaient plus grossières et la couleur du manteau différente: blanc pour les chevaliers, noir pour les chapelains, les sergents et les écuyers. La croix rouge de l’Ordre, donnée par le pape Eugène III en 1146, était appliquée sans distinction sur tous les manteaux.
Les frères couchaient avec leurs vêtements de dessous sur un sac ou paillasse. Ils avaient droit à un linceul , ou drap, ainsi qu’à deux couvertures: une étamine et une carpite . La tenue de campagne comportait un haubert et des chausses de fer, un heaume, des espalières , des souliers d’armer , un jupon d’armer . L’armement se composait d’un écu en bois recouvert de cuir, d’une épée, d’une lance, d’une masse turque et d’un couteau d’arme . Deux sacs servaient à porter tout cet équipement. Aucune arme ni aucun écu ne devait être peint ou fourbi.
L’ordre du Temple fut supprimé mais non condamné. Il fut injustement anéanti. La bulle de Clément V abolissait l’ordre sous l’influence de Philippe le Bel, qui ne pardonnait aux frères du Temple ni leur richesse ni surtout d’avoir participé contre lui à la bataille de Courtrai en 1302. Après le concile de Vienne, les templiers se retirèrent dans diverses maisons religieuses ou dans l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, comme le signalent de nombreux actes.
Dans la péninsule Ibérique, deux ordres succédèrent de plein droit aux Templiers, l’ordre de Notre-Dame de Montesa et l’ordre du Christ. Au XVIIe siècle et surtout au XVIIIe, certaines observances maçonniques prétendirent avoir une filiation avec les Templiers. Sortirent alors plusieurs chronologies de grands maîtres, qui se révélèrent sans fondement. Au début du XIXe siècle apparut un mouvement se réclamant du Temple, d’inspiration plus folklorique que spirituelle, avec Raymond-Bernard Fabré-Palaprat. Après plusieurs luttes intestines, les néo-templiers disparurent eux aussi. Vers 1936, quatre commissaires de police belges créèrent une nouvelle milice du Temple, complétant la généalogie des néo-templiers.
Quoi qu’il en soit, parmi les quarante-sept ordres du Temple actuellement connus et les quelque soixante ordres militaires prétendant à une certaine spiritualité templière, en dehors des grades maçonniques, on peut dire que seul l’ordre de Montesa peut se qualifier de véritable successeur du Temple; il ne reste en effet de l’ordre du Christ que son nom attribué à la première décoration du Portugal; quant à l’ordre de Malte, il n’a fait qu’hériter des biens temporels du Temple.

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