ZARATHUSHTRA ou ZARATHUSTRA
( lire Zoroastre - dictionnaire philosophique de Voltaire )
Nom véritable de celui que Platon (qui le premier révéla son existence à l’Occident) appelait Zoroastre. C’est ce qu’atteste l’Avesta, où le prophète se nomme lui-même à maintes reprises (dans les gatha, hymnes qu’il composa en l’honneur de son dieu). La tradition zoroastrienne unanime le fait vivre au ~ VIIe siècle (de 660 à 583), si l’on en croit la précision donnée par les Parsis, c’est-à-dire juste avant la fondation de l’Empire perse par Cyrus le Grand (~ 546).
Les Grecs cependant préféraient le situer «six mille ans avant Alexandre»; et bien des savants européens, sans accepter une date reculée, inclineraient à le placer au ~ IIe millénaire. Leurs arguments se fondent, d’une part, sur la philologie (le dialecte des gatha est aussi archaïque que celui du Rig-Veda), d’autre part, sur la comparaison avec l’Inde (les gatha ressemblent, sur bien des points, aux hymnes védiques, qui datent à coup sûr du début du ~ IIe millénaire. Néanmoins, si l’on admet que Zarathushtra naquit dans une petite communauté archaïsante du nord-est de l’Iran, on peut s’en tenir aux dates traditionnelles. D’ailleurs, la langue littéraire utilisée par le prophète pouvait fort bien être une survivance liturgique, comme le fut le latin bien après la disparition de l’Empire romain.
La biographie traditionnelle (telle qu’elle figure dans les portions les plus récentes de l’Avesta) fait de Zarathushtra un réformateur de l’ancienne religion: il aurait proscrit les sacrifices sanglants, le culte orgiaque des devas (fondé sur les féeries procurées par le haoma) et aurait fondé le culte monothéiste d’un Seigneur Sage (Ahura Mazda), promu par lui au rang de dieu suprême, régnant sur la création entière et favorisant les entreprises de l’Esprit Saint (Vohu Manah, la Bonne Pensée) en lutte contre l’Esprit Mauvais (Angra Mainyu). Secondairement, il aurait favorisé l’agriculture, préconisé la sédentarisation des tribus nomades et appelé de ses vœux l’instauration d’un empire fondé sur la justice. Sa prédication aurait rencontré l’hostilité de la caste sacerdotale, mais le prophète aurait été soutenu par Vishtaspa, souverain d’un petit royaume des confins de l’Afghanistan. Parvenu à un âge avancé, il aurait péri de mort violente.
Mais presque tous les détails du récit traditionnel font problème, si l’on se réfère à l’Avesta et particulièrement aux propres déclarations de Zarathushtra (telles qu’elles apparaissent dans les gathas). Ainsi le prophète ne prêche-t-il pas l’agriculture, mais l’amélioration de l’élevage des bovins; il ne prétend pas fonder une religion nouvelle, ni même réformer l’ancienne, mais seulement rétablir la pureté de la doctrine et du culte, altérés par de mauvais prêtres. Peut-on dire qu’il supprime le sacrifice du haoma, quand on voit que celui-ci est encore célébré, au nom de Zarathushtra, par les Guèbres et les Parsis? Il est vrai qu’il proscrit l’idolâtrie, mais les anciens dieux ne sont-ils pas réintégrés par lui dans le «panthéon» sous la forme d’archanges (les «saints immortels», Amesha Spenta) ?
D’aucuns sont allés jusqu’à nier l’existence de Zarathushtra, voyant en lui une simple «entité liturgique»; d’autres voient en lui une sorte de Calvin du mazdéisme, dépouillant le culte de tout ce qui pouvait prêter à l’idolâtrie. On pourrait énumérer encore beaucoup d’autres opinions parmi celles qui ont été émises depuis deux cents ans, par A. H. Anquetil-Duperron qui le premier traduisit l’Avesta (1771), par Jacques Duchesne-Guillemin et Humbach qui en donnèrent d’autres versions (1948 et 1959). Du moins les gatha témoignent-elles de la personnalité de Zarathushtra; et elles la montrent si forte qu’il serait paradoxal de vouloir trop réduire le rôle d’un homme qui certainement détermina de quelque manière l’évolution de la religion iranienne pendant le Ier millénaire.
Pour les Parsis d’aujourd’hui, Zarathushtra est comparable au Bouddha, au Christ, à Mahomet.
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