Mort du Président Pompidou

La disparition du président Georges Pompidou le 2 avril 1974, à 63 ans, coïncide en France avec la fin des «Trente glorieuses», selon l'expression heureuse de l'économiste Jean Fourastié pour désigner les 30 années de l'après-guerre.

Né à Montboudif (Cantal) dans un ménage d'instituteurs, Georges Pompidou reste le seul président de la Ve République d'origine populaire.

Son ascension doit tout à l'école républicaine. Élève de l'École normale supérieure, il devient professeur de lettres. Pendant la guerre, il ne prend pas parti comme d'autres qui se rendent à Londres ou bien à Vichy.

À la Libération, tout en devenant un proche du général de Gaulle, il exerce ses talents dans la banque en devenant le fondé de pouvoirs des Rothschild.

Le général de Gaulle fait appel à lui en 1962 pour succéder à Michel Debré comme Premier ministre. Georges Pompidou conservera cette fonction pendant six ans, réalisant un record dans l'histoire de la France post-révolutionnaire.

Élu président en 1969, Georges Pompidou se fait le chantre du développement industriel de la France avec de premiers investissements dans le programme ferroviaire à grande vitesse (TGV), la modernisation du téléphone, la construction d'autoroutes, y compris en centre-ville (voie sur berges à Paris).

L'époque laisse le souvenir d'une embellie économique et sociale sans précédent.

On rêve en France d'égaler la puissance industrielle allemande et le président Pompidou offre à ses concitoyens la perspective d'une société aussi égalitaire et prospère que la Suède de l'époque, «avec le soleil en plus».

Plus que sa mort prématurée, c'est la guerre du Kippour qui va interrompre le processus. La guerre d'octobre 1973 entre Israël et les pays arabes a été suivie d'un choc pétrolier en raison de l'embargo sur le pétrole organisé par les pays exportateurs. Il s'ensuit pour cette raison une hausse brutale du chômage.

Les Français se rappellent avec nostalgie le «bon vieux temps» où la gauche dénonçait une société qui fabriquait pas moins de... 200.000 chômeurs !

L'année 1974 est aussi marquée par un retournement démographique concomitant dans tout les pays d'Europe occidentale. D'une année sur l'autre, les indices qui mesurent la fécondité, c'est à dire le nombre moyen d'enfants par femme, chutent de l'ordre de 10 à 20%.

Election de VGE


Bien que la maladie du président fût depuis plusieurs mois devenue visible à tout un chacun, la classe politique se laisse surprendre par sa mort.

Cependant que le président du Sénat, Alain Poher, assure pour la deuxième fois l'intérim présidentiel, le ministre de l'économie, Valéry Giscard d'Estaing (48 ans), prend les devants dans la campagne électorale.

Malgré la faiblesse de son parti centriste, il marginalise le candidat du puissant parti gaulliste, Jacques Chaban-Delmas, grâce à la «trahison» du jeune Jacques Chirac (42 ans).

VGE se fait élire de justesse au second tour face à François Mitterrand. Devenu président, il récompense Jacques Chirac en lui offrant l'hôtel Matignon (la fonction de Premier ministre).

Pendant deux ans, le Premier ministre mène une politique d'endiguement de la crise qui n'est pas sans rappeler celle de Pierre Mauroy en 1981: relance de l'activité minière avec l'embauche de nouveaux mineurs, notamment marocains, indemnisation des chômeurs à hauteur de 90% de leur ancien salaire, politique sociale hardie (instauration du collège unique, droit de vote à 18 ans, légalisation de l'avortement,...).

À droite comme à gauche, l'opinion publique et les responsables se rallient à une politique de «préférence nationale» en matière d'emploi. C'est ainsi que le ministre Lionel Stoleru interdit l'immigration légale de jeunes travailleurs du tiers monde.

Jusqu'en 1974, la plupart de ces immigrants venaient travailler quelques années en France avant de retourner chez eux jouir de leurs économies, laissant la place à de plus jeunes.

La nouvelle réglementation met fin à cette «noria». Elle ouvre la voie à de multiples filières clandestines et à de nouvelles formes d'esclavage.

Elle encourage d'autre part les travailleurs réguliers à s'établir définitivement en France avec leur famille. Elle entraîne aussi une diminution des transferts financiers vers les pays d'origine des immigrants, ces derniers n'ayant plus le souci de nourrir leur famille restée au village.

Dans le monde, la fin des Trente glorieuses entraîne de nouveaux déséquilibres géopolitiques. L'Occident doit bientôt faire front au génocide de Pol Pot, à la montée de l'intégrisme en Iran, à l'invasion soviétique de l'Afghanistan, à la déstabilisation de l'Afrique (et ne parlons pas de la tragédie yougoslave).

Bibliographie


Sur l'histoire politique de la France contemporaine, il existe peu de livres aussi clairs et bien documentés que celui de René Rémond: Notre siècle 1918-1988 (Fayard, existe en collection de poche).

 

Mise à jour le 23 février 2003