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Saint François
d'Assise meurt en odeur de sainteté dans une simple cabane pendant la nuit du 3 au 4
octobre 1226. Il a une quarantaine d'années.
Il est encore aujourd'hui l'un des saints les plus populaires de l'Occident chrétien. Sa
personnalité radicale en appelle aux croyants comme aux non-croyants.
Un saint anticonformiste
François d'Assise n'a rien d'un saint béat
de l'imagerie sulpicienne. En révolte contre sa famille et les institutions, il illustre
à loisir les propos que prête l'évangéliste Matthieu au Christ: «car je suis venu
mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la
belle-fille et sa belle-mère» (Matthieu 10.35).
De son vrai
nom Giovanni Bernardone, le futur saint naît vers 1182 dans la famille d'un riche drapier
d'Assise, en Italie centrale (Ombrie).
C'est l'époque où l'artisanat et le commerce textile avec les Flandres entraînent la
naissance d'une civilisation urbaine florissante dans la péninsule.
L'institution ecclésiale triomphe en la personne du pape Innocent
III.
Le père de l'enfant, qui rentre de France peu après son baptême, le surnomme François
(ou Français)... un surnom appelé à une immense diffusion par la seule vertu de son
titulaire.
L'enfant mène joyeuse vie dans sa ville natale et ne rêve que plaies et bosses dans le
contexte des guerres entre cités italiennes.
À vingt ans, en 1202, il participe à une guerre contre Pérouse et est fait prisonnier.
Il tombe alors malade et part illico en pèlerinage à Rome.
En chemin, il reçoit la révélation de la présence du Christ qui lui demande en songe
de «réparer sa maison qui tombe en ruine». François pense qu'il s'agit de la
chapelle où il prie, Santa Maria degli Angeli.
C'est ainsi qu'il vend ses biens pour acheter pierre et ciment.
Son père le déshérite. Qu'à cela ne tienne. François se dépouille en public de ses
luxueux habits pour ne plus porter qu'un froc en mauvais drap.
En rupture avec les us de son époque, François fait vœu de pauvreté et témoigne
d'une très grande humilité. Il mendie sa nourriture et remet en état des chapelles de
la région.
Il est rejoint par de nombreux disciples dans son ermitage du Portioncule, près
de la chapelle de Santa Maria degli Angeli.
François exige le renoncement personnel et collectif à la propriété: «Si nous
possédions des biens, il nous faudrait les défendre!»
François et ses disciples s'en vont dans les villes mendier et prêcher. Par la vertu de
leur exemple, ils développent chez les humbles gens la piété et la dévotion à
l'enfant Jésus.
À une époque où l’étude est encore considéré comme un luxe, François s’en
méfie: «Le Seigneur m'a dit qu'il voulait faire de moi un autre fou dans le monde et
Dieu ne veut pas nous conduire par une autre science que celle-là.»
La joie et l'amour de la nature sont une constante dans sa prédication. Le Cantique
des créatures est le premier grand poème en langue italienne. Le Cantique au
Soleil reste le plus célèbre de ses écrits.
François se résout à fonder l'ordre des frères mineurs sans être lui-même prêtre,
ce qui est chose rarissime dans l'histoire de l'Église. En 1210, avec ses disciples, il
se rend à Rome et obtient du pape Innocent III la reconnaissance de sa règle.
D'autres ordres se réclament bientôt de François d'Assise: les capucins, les
conventuels et le tiers-ordre de Saint François, sans parler de la communauté des
clarisses, ordre féminin fondé par Claire en 1212 sous le nom des pauvres dames.
En 1214, François part en Espagne pour convertir les Maures mais, malade, doit bientôt
revenir. Il n'a guère plus de chance avec la Croisade qu'il rejoint en Égypte avec le
désir de convertir le sultan!
En septembre 1224, peu avant sa mort, François se retire sur la montagne de l'Alverne où
il reçoit les stigmates de la Passion de Jésus. Il s'agit de cinq plaies sur les mains
les pieds et la poitrine qui rappellent les blessures du Christ sur la croix.
François est canonisé deux ans à peine après sa mort par le pape Grégoire IX.
Ses disciples et successeurs: Saint Bonaventure, Saint Antoine de Padoue,... poursuivent
sa tâche avec bonheur.
Un siècle plus tard, sur les murs de l'église d'Assise, le peintre Giotto
l'immortalise prêchant aux oiseaux ou apprivoisant le loup de Gubbio.
La vie du saint donne aussi naissance à un récit mystique et naïf, les Fioretti di
San Francesco qui inspire en 1950 un film atypique au cinéaste italien Roberto
Rossellini.
Au XVIè siècle, Luther reproche aux Franciscains de vénérer leur fondateur en lieu et
place de Dieu.
Aujourd'hui, c'est sous le patronage de Saint François que les catholiques placent la
protection de la Nature.
Les ordres franciscains sont toujours prospères et Francesco Forgione (le Padre Pio),
récemment canonisé, bénéficie lui-même d'une étonnante popularité.
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