7 décembre 1975

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Pour Vava, par Marc Chagall (1955)
Ce jour-là...

L'Indonésie envahit Timor-Est

Le 7 décembre 1975, l'armée indonésienne envahit l'ancienne colonie portugaise de Timor-Est. C'est le début d'une longue lutte ponctuée par de grands massacres de civils.

L'île de Timor, aussi appelée Loro Sae ou Tim-Tim, se situe à l'extrémité orientale des îles de la Sonde (Sumatra, Java, Bali, Flores,...).

Son climat est relativement sec du fait de sa proximité de l'Australie, dont elle est éloignée de seulement 500 km.

Cette île sans attrait touristique particulier est à peine plus grande que la Bretagne (33.000 km2) et aujourd'hui peuplée de 3.500.000 habitants, dont 800.000 dans la partie Est.

Elle représente peu de chose au milieu des 200 millions d'habitants très divers qui peuplent l'Indonésie.

Le destin tragique de Timor est le résultat des vieilles rivalités coloniales du XVIIe siècle.

Histoire coloniale


Les Portugais sont les premiers Européens arrivés dans les îles de la Sonde au XVIe siècle, dans la foulée de Vasco de Gama.

Au siècle suivant, les Hollandais, que leur indépendance a rendus audacieux, délogent les Portugais de l'Insulinde et ne leur laissent que l'extrémité orientale de l'île de Timor.

Les Hollandais, avides seulement de commerce et de profit, s'accommodent des religions indigènes ainsi que de l'islam qui commence à se répandre dans l'archipel et deviendra largement majoritaire à 80%.

Les Portugais, quant à eux, exploitent le précieux bois de santal qui constitue la seule ressource notable de l'île. Mais ils se soucient plus encore du salut des indigènes et introduisent la religion catholique dans leur territoire.

L'île participe à la Seconde guerre mondiale avec l'irruption des Japonais et la contre-offensive des Australiens, courageusement appuyés par la population locale.

Le 25 avril 1974, à Lisbonne, le gouvernement autoritaire de Caetano, héritier du dictateur Salazar, est renversé au cours de la "Révolution des oeillets".

Les militaires progressistes qui prennent le pouvoir décident de liquider sans tarder le passif colonial qui fait du Portugal la dernière puissance coloniale d'Europe occidentale.

Génocide caché


L'armée et l'administration portugaises évacuent les colonies d'Afrique ainsi que le très humble territoire de Timor-Est (capitale: Dili).

Ils livrent à la guerre civile ces nouveaux États nullement préparés à l'indépendance.

A Timor-Est, le Fretilin (Front Populaire pour l'indépendance de Timor), à orientation communiste, engage la guerilla contre les mouvements minoritaires qui prônent le rattachement à l'Indonésie.

Le dictateur Suharto ordonne alors l'occupation de Timor-Est et annexe le petit territoire en 1976, en faisant la 27e province de l'Indonésie.

Le Fretilin poursuit la guerilla malgré l'assassinat de son chef. Le clergé catholique devient de son côté le fer de lance de la résistance civile

En 1981, l'armée indonésienne engage une opération de répression brutale qui se solde par une vaste famine et la mort d'environ 250.000 habitants, soit le tiers de la population.

Cette affaire proprement indonésienne n'émeut pas outre-mesure les opinions occidentales et démocratiques qui ont d'autres soucis en tête (Afghanistan, missiles soviétiques SS 20, Cambodge,...).

En 1989, un relatif apaisement permet au pape Jean-Paul II de rendre visite à ses catholiques du bout du monde. La tension reste néanmoins vive et le territoire est mis en coupe réglée par les chefs militaires.

Il faudra la crise de 1997 et l'effondrement de l'économie indonésienne, artificiellement nourrie par des investissements spéculatifs, pour que le dictateur Suharto soit contraint à une retraite dorée.

Son successeur désigné, Habibi, proposera un référendum d'auto-détermination à Timor-Est dans l'espoir de se concilier les bailleurs de fonds des pays démocratiques.

Mené dans la précipitation mais sous contrôle de l'ONU, le référendum se soldera par le franc succès des partisans de l'indépendance.

Comme ils l'avaient annoncé, les militaires et les miliciens pro-indonésiennes entreprennent aussitôt de ravager l'île et de déporter la population.

Mais l'implication officielle de l'ONU ne leur permet plus d'agir en toute impunité et à l'abri des regards comme 15 ans auparavant. L'indépendance de Timor-Est devient une réalité.

En Indonésie et dans les grandes chancelleries, cependant, on craint que le succès des Timorais n'encourage d'autres revendications autonomistes, avec au final l'éclatement de l'archipel en États rivaux.

 

Mise à jour le 22 février 2003