Torquemada




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Dans l'ombre de nos cathédrales en ce lieu de recueillement, de foi et de calme s'agitent d'invisibles démons.
Il en est un, grand, maigre et de haut maintien. Il dormait sur une simple planche et ne mangeait jamais de viande, l'évocation de son nom suffit à faire trembler le plus téméraire des nôtres. Il fut le confesseur d'Isabelle de Castille mais aussi l'exécuteur de 25 000 condamnés qui hurlent encore dans les limbes de l'histoire.
Par une simple permission de la reine d'Espagne en 1478, il donna vie à la broyeuse d'âmes et de chair, la
sainte Inquisition


Torquemada de son prénom Thomas, né à Valladolid entra très tôt dans les ordres casuiste et théologien. Son parcours fut très rapide, inquisiteur de Castille, d'Aragon, il termina comme grand inquisiteur d'Espagne par l'effet d'une nomination du pape en personne .

Llolente dit de lui le choix fut justifié par les résultats, il semblait presque impossible de rencontrer un autre homme capable, au même degré, d'exécuter les intentions du Roi Ferdinand .
Aucun homme ne pouvait le faire plier, donner un tel pouvoir à cet homme c'était se donner un maître.

Quatre tribunaux permanent furent établis : Séville, Cordoue, Jaen, Villa Real dont il désigna les inquisiteurs. Il en nomma d'autres, des volants qui parcouraient la péninsule, ayant le droit d'établir des tribunaux temporaires .
Il s'installa à la cour et créa en plus des quatre conseils royaux pour la conduite des affaires publiques un cinquième pour les questions inquisitoriales, la
Suprema dont le chef suprême et incontesté n'était autre que lui même.


Le code de justice

Page de titre des instructions de Torquemada .

Torquemada précisa les travaux de ses prédécesseurs : Bernard Gui, Nicolas Eymerich d'une façon extrêmement pointue. Le principe était fort simple, l'inquisition était le dernier rempart face à un monde de pécheurs et de péchés.
Elle s'intéressa à la bigamie, la sodomie mais surtout aux sorciers, les adorateurs du démon, elle y joindra les avorteurs et les blasphémateurs mais son principal gibier fut les athées, les juifs et les maures. Convertir un chrétien méritait la peine de mort et le bourreau de la chrétienté n'était autre que
Torquemada .

L'interrogatoire

La prison . Une voûte basse . Un banc de pierre pour s'asseoir ou se coucher, aucune lumière, deux yeux cruels et froids scrutent un visage implorant, aucun sentiment ne peut se lire sur le visage des créatures de Torquemada
Aux cotés de l'inquisiteur, l'ordinaire diocésain, l'avocat du fiscal. Plus loin le notaire chargé d'établir le procès verbal. Cela débute par la prestation de serment sur les évangiles, puis un interrogatoire d'état civil, sa vie, ses proches, connaît-il ce qui lui est reproché ? quand s'est il confessé pour la dernière fois ?
L'inquisiteur peut employer toutes les ruses notamment le Mouton qui occupe la même cellule que l'accusé dont la mission est de le faire parler. Des lors on pratique un trou dans le mur pour ainsi entendre la conversation. Le mensonge est autorisé et même recommandé, tous les moyens sont valables, un seul but confondre l'homme, obtenir ses aveux.

La torture

Selon les textes, on ne l'employait que lorsque l'accusé osait nier le fait principal ou en cas de délit de fuite, cette dernière étant considérée comme un demi aveu. Les instruments sont étalés, les tourmenteurs présents. Deux flambeaux éclairent la chambre des tortures. Les tourmenteurs sont vêtus d'une longue robe noire, ils portent sur la tête une cagoule. L'homme est déshabillé, l'un des supplices commence.

L'homme le plus robuste n'est pas forcement le plus courageux, d'autres à la moindre vision du chevalet dénoncent n'importe qui. Le sang se mêle aux larmes, le cri au sourire mais avant on peut découvrir sur le corps la Stigma Sigillum, figures étranges, figures géométriques. Derrière l'hérésie, l'inquisiteur découvre toujours le grand Bouc.

Les moyens les plus connus sont encore les plus surs, flagellation pour les femmes, l'estrapade, l'eau et le feu pour les hommes... Torquemada, cet homme étrange, l'égal d'un roi disposant d'un pouvoir sans limite vivait en toute pauvreté mais la confiscation des biens des hérétiques revenant au saint office étaient colossales.
Cinquante cavaliers, deux cents hommes à pied, tous bien armés escorté en permanence
Torquemada, nul n'osait lui résister.
L'une des plus grandes affaires fut celle de Santa cruz, elle montra une fois de plus la puissance de cet homme.
L'inquisition venait d'arrêter un simple soldat, Domningo de Santa Cruz, le capitaine général estima que cela relevait des tribunaux militaires, il ordonna donc de saisir par tous les moyens le soldat enfermé dans les geôles de l'inquisition.
C'était mal connaître
Torquemada .
Aussitôt les inquisiteurs adressèrent une plainte à la
Suprema , on ordonna au capitaine général de comparaître, ce dernier ne put qu'obéir, il demanda humblement l'absolution, le pardon....

Le nombre des adversaires de Torquemada ne cessa d'augmenter, peu à peu il fût dessaisi mais jusqu'à sa mort il aura été le moteur central, le rouage essentiel de l'inquisition espagnole .
Ses dernières instructions sont de 1498, en cette année il réussit a avoir le dessus sur l'évêque d'Amanda, le tribunal le condamna à perdre ses dignités, bénéfices et son château, lieu ou il mourut de désespoir.
A son heure dernière, 8800 personnes avaient été brûlées, 6500 en effigie, 90 000 condamnées à des pénitences diverses et un million de personnes chassées du pays.

Le corps de Torquemada fût déposé dans la chapelle de son monastère mais plus tard les libéraux espagnols brisèrent sa tombe, saisirent les ossements et les dispersèrent....

Torquemada donnant la communion à Isabelle de Castille


Exécutions et pénitences imposées par l'Inquisition en Espagne, de 1481 à 1820

Date

Brûlés Vifs

Brûlés en effigie

Affligés d'une pénitence

De 1481 à 1517

16376 

9901 

178382 

De 1517 à 1551

6254 

4722 

50736 

De 1556 à 1597

3990 

1845 

18450 

De 1597 à 1621

1840 

692 

10716 

De 1621 à 1665

2852 

1428 

14080 

De 1665 à 1700

1632 

540 

6512 

De 1700 à 1746

1600 

760 

9120 

De 1746 à 1759

10 

170 

De 1759 à 1788

56 

De 1788 à 1808

42 

Nous pouvons remarquer que l'inquisition est particulièrement terrible sous Torquemada durant le règne d'Isabelle et de Ferdinand V en 1481. L'inquisition fut supprimée par Napoléon par décret en 1808. Elle sera rétablie en 1814 pour être supprimée à nouveau en 1820 sous le règne de Ferdinand VII. Le dernier autodafé date de 1826.


Gravure espagnole du XVIIe siècle





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