Tatien et le Diatessaron

Né vers les années 120 en Syrie, dans une famille païenne, Tatien se convertit certainement à Rome où il se mit à l'école de Justin (mort en 165). Dans un discours aux Grecs, il se définit lui même comme "un philosophe barbare, né au pays des Assyriens".

L'Église orientale respecta en lui le disciple de Justin et l'auteur du Diatessaron. En effet, Tatien fit une tentative, qui ne fut sans doute pas unique, mais certainement la plus réussie pour rassembler en un seul récit les 4 Évangiles. Son ouvrage s'intitule le Diatessaron, littéralement (l'Évangile réalisé) au moyen des quatre. En grec le mot désigne un terme musical, la consonance de la quarte juste ; il évoque ainsi la " consonance " ou " harmonie " des quatre Évangiles.

Il s'agit d'un effort audacieux pour trouver une solution aux divergences ou aux différences qui apparaissaient dans les Évangiles sur la vie et les paroles de Jésus en tentant de les harmoniser dans un unique écrit. Il est encore impossible de déterminer si Tatien a composé son ouvrage en occident ou seulement vers 175 - 180 après son retour en orient : nous ne savons pas non plus s'il l'a composé en grec ou en syriaque, même si le syriaque est le plus probable. Un court fragment du Diatessaron grec a été retrouvé lors des fouilles de Doura Europos. Aucun manuscrit de la version syriaque n'a été conservé. Nous savons, grâce au commentaire qu'il en a rédigé, que Saint - Ephrem (306 ? - mort en 373 à Édesse) utilise ordinairement le Diatessaron, qui, au milieu du IVième siècle, est à Édesse " l'Évangile ", l'Écriture employée de façon exclusive dans la liturgie.

Le Diatessaron a été utilisé dans l'Église syriaque comme seul Évangile pendant plus de trois siècles. Nous savons par Théodoret, évêque de Cyr de 423 à 458 qui met fin à cet état de fait, qu'il était encore utilisé dans deux cents des quelques huit cents églises de son diocèse. C'est dire l'influence incontestable et le rayonnement d'une solution originale.

Lucile Villey, dans " Supplément au Cahier Évangile 77 " (pages 101 - 102)

TATIEN env. 120 – après 173

Apologiste chrétien originaire de Syrie. D’abord philosophe païen, Tatien entre à l’école de Justin. Il compose un Discours aux Grecs d’une extrême violence, dans lequel il rejette toute la culture helléniste. Il quitte l’Eglise judéo-chrétienne et devient membre de la communauté encratite « sur la terre des Assyriens ». Selon Irénée, il aurait soutenu des idées gnostiques. La célébrité de Tatien vient surtout du Diatessaron (« tiré des quatre »). Il s’agit d’une tentative d’harmonisation des évangiles ; la seule qui ait été utilisée dans la liturgie. Dans le Discours aux Grecs, Tatien applique des éléments bibliques, pauliniens et moyen-platoniciens à la critique systématique de la civilisation hellénique. L’exposé de la supériorité du christianisme vise une théorie de la liberté qui est commandée par un dualisme entre la psyché et le pneuma. Seul ce dernier contient l’esprit « lumière » à la ressemblance de Dieu, tandis que l’âme psychique est un esprit « matériel » déchu. Le chrétien doit retrouver l’esprit supérieur. La fin de la déchéance correspond à la vraie liberté retrouvée. Elle signifie l’affranchissement du déterminisme démoniaque dont l’astrologie est la manifestation la plus éclatante. Tatien est amené à refuser la définition antique de l’homme comme « être raisonnable ». Les communautés encratites de Tatien pourraient ajouter un lien historique entre le christianisme et le manichéisme.

Référence : Tatian, Oratoria ad Graecos, Edition et traduction anglaise de M. Whittaker (Oxford 1982).

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