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Il est difficile de parler de la Vulgate sans parler de saint - Jérôme [347 ? - 420], tout comme l'on ne peut manquer d'évoquer longuement la Vulgate quand on parle de l'œuvre de Jérôme. Toute sa vie durant, Jérôme a montré une ardeur particulière pour l'étude des Écritures, ardeur qui s'est traduite par son oeuvre jalonnée de nombreux commentaires sur les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, de ses traductions latines des textes sacrés sur le grec de la Septante pour les Évangiles ou sur l'hébreu un peu plus tard pour l'Ancien Testament. Vulgate : le terme est emprunté au latin " editio vulgata " signifiant " édition courante ". Deux erreurs ne doivent pas être commises à son sujet. Tout d'abord, ne considérons pas la Vulgate comme la seule ou la première des traductions latines de la Bible. Nous avons vu dans un autre chapitre, que la " vieille latine " ou " itala " l'avait précédé d'au moins 250 ans. Ensuite, n'attribuons à Jérôme que ce qui appartient à Jérôme. Toute la Vulgate n'est pas hiéronymienne; bien qu'il en soit le principal auteur, nous verrons que la traduction de certains textes ne lui doivent rien. Parce qu'en 1546 le Concile de Trente consacrait la Vulgate comme la version officielle de la Bible Latine, il est certain que ce travail réalisé par Jérôme durant 12 années de sa vie tient une place de choix dans son oeuvre. Mais nous verrons aussi que l'initiative de Jérôme n'a pas toujours été vue d'un aussi " bon oeil " par ses contemporains; en revenant à l'hebraica veritas (la vérité hébraïque) par sa traduction des textes de l'Ancien Testament directement sur l'hébreu, Jérôme a été accusé par plus d'un d'avoir " changé toutes les Ecritures ".
C'est en fait les limites du texte existant, les multiples divergences des traductions latines en usage qui poussèrent Jérôme à entreprendre ce fantastique travail de révision. Il fut sans doute encouragé dans cette entreprise par le Pape Damase, qui lui demanda d'utiliser ses compétences pour réviser tout d'abord le texte latin des 4 Evangiles en revenant au texte grec original. C'était en 382, alors que Jérôme effectuait un retour à Rome après une période de presque 10 années passées en Orient. L'entreprise était risquée. Jérôme n'était pas sans savoir que les critiques de ses contemporains ne manqueraient pas de pleuvoir pour dénoncer celui qui venait déranger les habitudes de tous! Ecoutons ce qu'il nous dit dans sa préface au texte révisé des Évangiles.
Mais dans le passage qui suit, il souligne cependant très clairement la nécessité d'entreprendre ce travail de révision. " ... Ensuite, ce qui fait l'objet de variations ne peut être vrai, les méchants eux-mêmes le reconnaissent. De fait, s'il faut accorder foi aux exemplaires latins, qu'on me dise lesquels: il y en a presque autant que de manuscrits. Et si la vérité doit être demandée au grand nombre, pourquoi ne pas revenir à la source grecque et amender les éditions fautives [...]. " L'enjeu est clair ! Il ne peut y avoir de vérité où il y a variations. L'exactitude du texte sacré passe donc pour Jérôme avant le respect des traditions qui ne seraient qu'habitudes. Cette quête de la vérité sans cesse recherchée, il en fera l'application à Rome sur le texte grec des Évangiles, à Bethléem ensuite sur les textes hébreux de l'Ancien Testament. ;
Tout ce qui est Vulgate n'est pas attribué à Jérôme, et tout ce qui est attribué à Jérôme n'est pas traduit de l'hébreu. Essayons d'y voir un peu plus clair. Pour le Nouveau Testament, c'est relativement simple.
Pour l'Ancien Testament, c'est un peu plus compliqué.
La traduction des textes de l'Ancien Testament demanda environ 12 années à Saint - Jérôme, années durant lesquelles il fit parvenir au fur et à mesure à ses amis romains et à quelques correspondants plus lointains les livres traduits. Le témoignage d'Augustin atteste que la Vulgate avait atteint rapidement l'Afrique, puis, dès le Vième siècle (soit peu de temps après sa finalisation par Jérôme) les traductions émigrent de l'Italie vers la Gaule, l'Espagne, l'Angleterre jusque en Irlande, où peu à peu elles supplantent les " vieilles latines ". Le début du IXième siècle voit apparaître en Gaule deux grandes éditions de la Vulgate.
En 1546 le Concile de Trente consacre un état de fait déjà ancien en décidant de retenir comme texte officiel de la Bible latine "la vieille édition de la Vulgate, approuvée dans l'Eglise par le long usage de tant de siècles ". Il définit son contenu comme règle de la foi et des mœurs: " Si quelqu'un ne reçoit pas ces livres dans leur intégrité [...] et tels qu'on les trouve dans la vieille édition latine de la Vulgate; s'il méprise de propos délibéré les traditions susdites, qu'il soit anathème ". Dès lors, cette version latine des Écritures n'était plus à la vérité une version; c'était une Bible, bien plus : la Bible. Tel est désormais le sens effectif du mot Vulgate. En 1592 paraissait l'édition dite " Clémentine " du nom du pape Clément VIII, qui révisait celle du pape Sixte Quint de quelques années antérieures. C'est la Vulgate Sixto - Clémentine " Biblia sacra juxta vulgatam clementinam " qui fera autorité jusqu'à notre époque. Décidée par le pape Pie X, une révision justifiée par les progrès entrepris dans les travaux bibliques est menée par les bénédictins de l'abbaye San Girolamo à Rome. Cette recension scientifique moderne, menée sur les manuscrits latins, abouti aujourd'hui à la parution de tous les livres de l'Ancien Testament. Quand à la " Nouvelle Vulgate " entreprise à l'initiative du pape Paul VI et promulguée en 1979 par le pape Jean - Paul II comme nouveau texte latin officiel de la Bible, elle renouvelle la démarche hiéronymienne puisqu'elle est fondée sur le retour aux manuscrits hébreux et grecs. |