La Première Croisade
La Croisade populaire
La Croisade des Chevaliers
Les États latins
La Croisade populaire
La ferveur que souleva l'appel de Clermont gagne toutes les couches sociales de l'époque. Les villes et les campagnes sont parcourues par des prédicateurs, on assiste à une levée en masse, des villages entiers se vident et beaucoup partent avec femme et enfants sans idée de retour. La plupart sont des villageois mais on trouve aussi nombre de brigands fuyant la prison. Le 12 avril 1096, ce sont 50 000 hommes qui arrivent à Cologne en Allemagne où ils sont rejoint par des milliers d'autres. Dans la précipitation, tous ces villageois ne prennent pas le temps d'attendre les forces armées et c'est sous l'égide de Pierre L'Ermite (ou d'Amiens) et du chevalier Gautier Sans Avoir que part la première Croisade populaire.
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Pierre l'Ermite s'adressant aux Croisés
Ces hommes connaissent très vite la famine et n'ayant pas d'argent commettent toutes sortes d'exactions, notamment des pillages et des incendies de villages dans toutes l'Europe centrale, notamment en Hongrie et en Bulgarie. Mais beaucoup périssent en chemin. Notamment en Bulgarie, où le duc Niketas inflige une sévère défaite aux Croisés et ce ne sont que 12 000 hommes qui arrivent en Asie Mineure, à Constantinople le 1er août. Le basileus Alexis Comnène s'empressa de les faire traverser le bars de St George afin d'éviter les pillages de sa ville. La troupe rejoint donc Civitot, en Nicomédie, dernier territoire byzantin en Asie Mineure, ils dressent un campement. A partir de ce camp, ils se livrent ici encore à des pillages et massacrent même des chrétiens grecs.
Pierre l'Ermite, conseillé par Alexis Comnème veut attendre la troupe des barons, mais le peuple en a décidé autrement, ils sont si proches du but....
Le sultan de Nicée, Kilij Arslan envoie alors un détachement de cavaliers afin de ralentir la progression des Croisés qui se rapprochent de Nicée. Les turcs se font tués, engloutis par le nombre.
N'étant pas assez armés pour prendre Nicée, une troupe de quelques cavaliers et quelques milliers de pillards contournent la ville et vont s'emparer de la forteresse de Xerigordon, à l'est.
A la tête de ses hommes, le sultan va faire le siège de la forteresse où les Croisés vont très vite se retrouver à court d'eau. En octobre, quelques cavaliers font savoir aux assiégeants qu'ils sont prêts à rejoindre l'Islam. Une poignée s'en sortira comme ça, les autres sont tués.
Le sultan envoie alors des espions au camp de Civitot afin de faire courir le bruit que Nicée est prise. Après l'effervescence, la réaction ne tarde pas et le plus fort de la troupe se met en route vers Nicée pour partager le butin. Nous sommes le 21 octobre 1096 et l'embuscade des Turcs est prête. Avec quelques volées de flèches, les chevaliers qui se trouvent en tête ainsi que la plupart des fantassins se font exterminer et quand le corps à corps s'engage, il ne reste déjà plus de force armée croisée, c'est la déroute. Les Croisés se trouvant à l'arrière retournent vite au camp, mais il est déjà trop tard. Deux ou trois mille hommes se réfugient dans une forteresse désaffectée adossée à la mer. Le sultan ne voulant pas prendre de risques, les laisse. Ce seront les seuls survivants. Quelques femmes et quelques enfants seront vendus comme esclaves, les autres, près de 20 000 seront tués.
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Les Turcs massacrant les pelerins à Civitot (miniature du XVème)
Pierre l'Ermite se trouvant à Constantinople à ce moment là s'en sortira aussi.
Le sultan Kilij Arslan jubile, il vient d'écraser l'armée franque que l'on disait si redoutable. Ce sera d'ailleurs sa trop grande confiance en lui, suite à cette victoire, qui lui coûtera la défaite plus tard.Lorsqu'en 1097, Foulcher de Chartres cheminant avec les barons aperçoit des ossements, il écrit :
"Que de têtes coupées, que d'ossements d'hommes tués nous trouvâmes étendus par les champs, au delà de cette dernière cité! c'était les nôtres, qui, novices, (...) avaient été massacrés par les Turcs".Ainsi se termine la Croisade populaire, dans un bain de sang.
La Croisade des Chevaliers
La troupe des chevaliers comprend 4 groupes:
- Godefroy de Bouillon et son frère Baudouin, à la tête des Français du Nord, des Lorrains et des Allemands, ils prennent la route de la Hongrie,
- Hugues, Comte de Vermandois, frère du roi de France, Philippe 1er et Robert Courteheuse, duc de Normandie et fils aîné de Guillaume le Conquérant sont à la tête des Normands et des Français du centre,
- Raymond de St Gilles, Comte de Toulouse et Adhémar de Monteil, légat pontifical sont à la tête des Français du Midi et partent en direction de l'Illyrie,
- Bohémond de Tarente et son neveu Tancrède sont à la tête des Normands de Sicile et partent par mer et par terre en passant par Durazzo, l'Épire et la Macédoine.
Ces quatre groupes représentent environ 30 000 hommes.
Ils se retrouvent à Constantinople en mai 1097. Ils jurent alors fidélité à l'Empereur Alexis Comnène et lui promettent de lui rendre les terres reconquises sur les infidèles.
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Les armoiries de la première Croisade
(Dans l'ordre: Godefroy de Bouillon, Bohémond 1er, Raymond de St Gilles, et Hughes VI de Lusignan) La première rencontre avec les Turcs se déroule devant Nicée.
La cité tombe facilement aux mains des Croisés. Mais le 1er juillet 1097, le sultan Kylydj Arslan 1er, voulant se venger de la perte de Nicée, prépare une embuscade à Dorylée. Toute l'avant garde, menée par Bohémond est encerclée. Les pertes sont lourdes et les Francs allaient céder après plus de 5 heures de combat quand le cœur de l'armée, mené par Godefroy arriva et la situation se retourna. La bataille fut acharnée, mais finalement, les Francs l'emportèrent.
L'objectif suivant est la Syrie afin d'atteindre Antioche. La prise de la ville permettrait de protéger les arrières lors de l'avancée vers Jérusalem.
Les Francs arrivent devant la ville fin octobre 1097. Le siège dure 8 mois et la cité tombe finalement le 3 juillet 1098. Mais il aura fallu la trahison d'un Arménien musulman d'Antioche qui ouvrit une tour aux hommes de Bohémond. Les Turcs sont alors exterminés. Mais les Francs passent vite du statut d'assiégeant à celui d'assiégé.
L'Émir Karbogha de Mossoul assiège à son tour la ville. Les Francs allaient succomber à la famine quand un pèlerin, Pierre Barthélemy ou Bartholomé découvre la Sainte-Lance dans une des églises d'Antioche. Le sursaut de foi et la ferveur firent le reste.
Bohémond fonde alors la principauté d'Antioche.
Les ambitions personnelles commençant à reprendre le dessus, Baudouin avait franchit l'Euphrate en 1097 pour aller à Édesse afin d'aider un Arménien, Thoros, à se débarrasser des Turcs. Baudouin fondit ainsi le Comté d'Édesse.
Le 13 janvier 1099, l'armée se remet en route. Elle arrive devant Jérusalem le 7 juin et la ville tombe le 15 juillet après un effroyable assaut de 2 jours.
Les Croisés se livrent alors à un massacre systématique de la population, femmes et enfants compris. On raconte que le sang coulait en ruisseau dans les rues. Ce massacre retardera la paix durant de nombreuses années.
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Le massacre des Sarrasins à Jérusalem
Le but de la Croisade est atteint: Jérusalem est libérée des Sarrasins.
Les États latins
Jérusalem tombe le 15 juillet 1099. Cependant, les Croisés n'entendent pas restituer les conquêtes à l'Empereur byzantin comme promis. Ils décident donc de s'organiser politiquement en Terre sainte. Ils choisissent le modèle féodal occidental. Quatre États sont fondés: le royaume de Jérusalem, le comté de Tripoli, la principauté d'Antioche et le comté d'Édesse. Le plus important est le royaume de Jérusalem.
Son premier souverain est Godefroy de Bouillon. Celui-ci refuse le titre de roi et lui préfère celui d'Avoué du Saint-Sépulcre. Il ne voulait pas porter une couronne d'or où le Christ n'avait porté qu'une couronne d'épines. Cela a son importance car il dépend alors toujours du Pape.
Sa première action est de défendre son territoire, notamment contre le sultan d'Egypte qui venait tenter de secourir Jérusalem. La bataille eût lieu à Ascalon en juillet 1099. Godefroy remporte alors sa première victoire au nom des territoires conquis et affirme ainsi la présence occidentale.
La deuxième difficulté rencontrée par Godefroy de Bouillon est le départ en masse des Croisés. En effet, le but de la croisade étant atteint, beaucoup préfèrent retournés en Occident retrouver famille et amis.
Après quelques mois, Godefroy se retrouve avec seulement trois cents chevaliers et deux mille piétons.
Le 18 juillet 1100, Godefroy succombe sans qu'on en sache vraiment la cause. Pour certains, c'est la peste, pour d'autres il fût empoisonné par son médecin ou encore percé d'une flèche selon les Arabes. C'est ici que le titre d'Avoué du Saint-Sépulcre et non de roi est important. A la mort de Godefroy, tout devait revenir au patriarche de Jérusalem, représentant du Pape en Terre Sainte. Il s'agit de Daimbert qui avait intrigué pour se retrouver à ce poste.
Le frère de Godefroy, Baudouin, alors comte d'Édesse, en apprenant la mort de celui-ci, se décide à se rendre à Jérusalem en comptant bien se faire couronner roi. Il arrive à Jérusalem le 10 novembre. Il est accueillit par une ovation par la population, il est reconnu comme le successeur naturel de Godefroy. Daimbert n'a d'autre choix que de laisser faire... Baudouin ira même jusqu'à se faire couronner par Daimbert le jour de Noël de l'an 1100.
Sacré à Bethléem, il devient Baudouin Ier.
Baudouin poursuit une politique de conquête dans une guerre contre l'Égypte. En effet, les Fatimides n'ont pas renoncé à récupérer la Terre Sainte et débarquent à plusieurs reprises. Cependant, Baudouin, grand stratège résiste et réussit même à agrandir son territoire en s'emparant de Arsuf, Jaffa, Césarée, Tripoli, Saint Jean d'Acre, Beyrouth et Sidon. Il ne reste plus d'émirats sur la côte méditerranéenne hormis Ascalon et Tyr.
L'œuvre de Baudouin Ier aurait pu être encore plus grande s'il avait eu plus de moyens et avait pu suivre son plan au lieu de sans cesse improviser en fonction des moyens du moment. Il épousa Adélaïde de Sicile pourvue d'une forte dot. Un mariage qui faillit tourner court car Baudouin se retrouve alors bigame, intolérable pour le gardien du Saint-Sépulcre! L'affaire traîne en longueur... En 1117, Baudouin est blessé lors d'une expédition sans importance par une lance dans les reins. Même s'il se remet, une infection le mine peu à peu. Ne voulant mourir bigame, il se résout à congédier Adélaïde ne pouvant de toutes façons pas lui rendre sa dot, elle était entièrement dépensée! Lors d'une nouvelle expédition, Baudouin retombe malade et décide de rentrer à Jérusalem. Il n'y parviendra pas. Il meurt le 2 avril 1118. Il est enterré à coté de son frère.
C'est Baudouin du Bourg, comte d'Édesse qui est sacré roi le 14 avril. Il devient Baudouin II.
Ce sera au début de son règne et sous son impulsion qu'émergeront les ordres du Temple et des Hospitaliers quelques années plus tard.
Hospitaliers et Templiers
