retour au sommaire Réforme  Jean Calvin

          Du bon usage de la vie présente

         
(extrait de "Traité De La Vie Chrétienne")



Un principe fondamental


L'usage des biens donnés par Dieu n'est pas répréhensible, s'il va dans le sens voulu par le Créateur lui-même, à savoir : notre bien, et non notre perte. En ce qui concerne les aliments, nous trouverons que Dieu ait tenu compte non seulement de nos besoins, mais aussi de notre agrément. De même pour les vêtements, qui nous sont indispensables, il les a voulu élégants et agréables à porter.

Toute la Création est là pour nous faire connaître son auteur, et nous pousser à lui rendre grâce pour sa bonté. Mais comment en sera-t-il ainsi, si une abondance excessive développe en nous des mauvais penchants et corrompt notre esprit au point de ne plus savoir distinguer le bien du mal ? Comme l'apôtre Paul nous y exhorte, et je cite : "Ne vous mettez pas en souci de la chair, pour en satisfaire les convoitises" (Romains 13:14). Car si on s'y soumet, elles nous asservissent.


Mais comment donc "user de ce monde" ?

La voie à suivre la plus sûre et la plus rapide, consiste à faire peu de cas de la vie présente, et à méditer sur la vie éternelle. Trois règles s'en suivent : La première, est d'avoir un même état d'esprit : que l'on traite ou non des affaires, que l'on soit marié ou non, que l'on achète ou non, suivant en cela les conseils de l'apôtre Paul en 1 Corinthiens 7:30 et suivants.

La seconde, est d'apprendre à supporter avec sérénité et patience la pauvreté, et à user avec modération de l'abondance. En bref, les chrétiens sont libres, certes, mais sous réserve de ne pas se permettre n'importe quoi. Ils veillent à supprimer tout superflu dans leur train de vie, évitent bien sûr l'intempérance, et font bien attention aussi de ne pas devenir esclaves des biens destinés d'abord à être à leur service.

Troisième règle énoncée dans l'Écriture, tous les biens terrestres sont des cadeaux que Dieu nous fait dans sa bonté. Ces cadeaux, qui sont destinés à nous être utiles, nous sont confiés comme en dépôt, et nous aurons un jour à rendre compte de leur gestion.

Enfin, point essentiel, le Seigneur nous demande de ne pas perdre de vue en toutes circonstances, notre vocation "personnelle". Chacun d'entre nous a reçu une vocation bien déterminée, dont l'accomplissement empêche la vie d'être une course perpétuelle. Obéir à sa vocation est le principe de base d'une conduite saine. Ne pas l'admettre, c'est faire fausse route devant Dieu, même si éventuellement on jouit de l'estime des autres. Il n'existe aucune tâche si méprisée, si obscure, qu'elle n'ait devant Dieu valeur et éclat, si du moins elle correspond à notre vocation. C'est là pour nous, une précieuse consolation !


transmis par P.Cusson