• 1128. Durant ce temps à Alep et Mossoul de 1123 à 1127 trois atabeks se succédèrent et moururent rapidement : Timurtash, Bursuqi et Ma'Sud. Le nouveau roi d'Alep et Mossoul s'appelle ZINKI ou Zenkî- son père s'appelait Aq-Sonqor (le faucon blanc), c'était un brillant officier turc qui fut gouverneur d'Alep jusqu'à ce qu'un jour, le débile roi Tutush ordonne sa mise à mort.

    Exilé à Mossoul le jeune Zenkî s'était fait remarquer par son courage en 1113 dans une guerre contre les croisés au Lac de Tibériade, ce qui lui valut d'être nommé gouverneur de Bassora (Iraq). En 1127 Zenkî s'était couvert de gloire en combattant le calife de Bagdad qui s'était révolté contre ses protecteurs. A la mort du sultan Mahmoud de Perse, (l'ancien allié de Zenkî) le roi de Mossoul veut renouveler sa victoire et empêcher le nouveau prince des croyants de Bagdad de prendre trop d'importance !

    Mais le calife qui s'est ressaisit entre temps, vient à sa rencontre pour lui livrer bataille au Nord du Tigre avec plusieurs milliers d'hommes. Zenkî sera battu et ne devra son salut qu'au gouverneur de Tikrit qui l'aide à traverser le grand fleuve pour échapper à ses ennemis. Ce jeune officier kurde s'appelle : AYYOUB, et il a un fils qui s'appelle SALADIN ... Jamais Zenkî n'oubliera le geste de cet homme qui lui a sauvé la vie.

    A Bagdad, MASSOUD, le frère de Mahmoud est intronisé sultan de Perse par le calife Al Moustarchid. Ce même Calife vient en 1133 avec son armée pour assiéger Mossoul où Zenkî s'est réfugié. Hélas après 3 mois de vaine attente le calife abandonne et retourne à Bagdad où la plupart de ses émirs l'abandonnent. En juin 1135 le grand calife sera capturé et assassiné par son protégé : le sultan Massoud.

    Zenkî rêve de devenir le roi de toute la Syrie lorsque soudain le jeune Ismaël lui propose sur un plateau d'accepter le trône de Damas. En effet Ismaël vit dans l'anxiété permanente depuis qu'AIBA un de ses esclaves a essayé sans succès, de l'assassiner. Avant de mourir l'esclave soumis à la question avait déclaré :

    " c'est pour gagner les faveurs de Dieu en débarrassant ton peuple de ton existence malfaisante que j'ai agi ainsi. Tu opprimes les faibles, les pauvres, les artisans et les paysans."

    Et le vieil homme de citer les noms de tous ceux qui selon lui désirent voir disparaître Ismaël. Son maître les fera tous arrêter sans vérifier si oui ou non ils sont coupables ! Un véritable climat de terreur envahira Damas, où un climat de haine et de suspicion se développera proportionnellement aux exécutions. Ismaël fera même mourir Sawinj, un de ses frères d'inanition dans sa cellule.

    Bientôt Ismaël voit des meurtriers partout et conscient de ne pas pouvoir toujours vivre dans la crainte, il décide de livrer la ville à Zengî et de se retirer dans une de ses forteresses.

    Mais six années se sont seulement écoulées depuis le rapt et la séquestration des 500 soldats de Damas et la rancune est encore très vive contre le maître d'Alep et Mossoul. Mis au courant des intentions de son fils, la reine Zomorrod décidera de faire exécuter son enfant Ismaël le 30 janvier 1135 pour éviter le déshonneur.

    Zenkî qui a reçu entre-temps le message d'Ismaël accourt vers Damas en ignorant que Zomorrod (l'émeraude) a donné l'ordre de faire abattre son fils Ismaël. Déjà elle a installé Mahmoud, un autre de ses fils sur le trône et confié au général " Moinud din 0UNAR " surnommé le vieux rusé la défense de Damas. Celui-ci n'aura pas de peine à convaincre les défenseurs qu'ils doivent se battre pour éviter que le parjure Zenkî, ne prenne la ville.



     

  • 1135 - Après 45 jours de siège inutile, Zenkî s'en retourne enragé vers sa capitale non sans enlever au passage quatre places fortifiées appartenant aux francs dont la tristement célèbre ville de Maara, reconstruite par les colons. Zenkî désire ainsi se refaire une gloire et redonner du moral à ses troupes exaspérées par un siège aussi long et absurde.

  • 1136 - Mélisende fille de Baudouin II obtint de son époux Foulques la réhabilitation de sa soeur ALIX, qui devenue veuve de Bohémond II, voulait remettre Antioche aux musulmans (1130). Malgré sa destitution et son exil, la jeune veuve Alix (30 ans) se retrouvait régente de sa principauté, sa fille Constance n'ayant que huit ans. Pour éviter une mésalliance Foulque envoya chercher Raymond de Poitiers - fils cadet de Guillaume IX- Duc d'Aquitaine. Comme Raymond avait déjà 36 ans on le présenta à Alix comme prétendant au mariage. Mais en secret le patriarche Raoul maria Raymond à la petite Constance qui devint ainsi Prince d'Antioche.

  • 1137 - Juin, Zenkî assiège HOMS une ville que se disputent Alep et Damas. Or le gouverneur d'Homs est justement OUNAR. Il envoie un message aux francs dans lequel il écrit qu'il doit capituler. Ne voulant pas voir tomber Homs aux mains de Zenkî (Cette ville étant trop proche de leurs garnisons) les chevaliers de Tripoli accourent.
    Voyant qu'il risque de se retrouver coincé entre deux armées, Zenkî conclut alors rapidement une trêve avec 0unar et se retourne contre les francs en allant assiéger la forteresse de BAARIN, qui aussitôt demandent l'aide du roi Foulque. Celui-ci accourt de Jérusalem, mais trop épuisés par la très longue marche forcée (environ 140 km) les cavaliers francs ne pourront soutenir les assauts des cavaliers musulmans et se feront massacrer par eux.
    Le roi Foulque et son entourage ont à peine le temps de se mettre à l'abri derrière les murs de Baarin. Après d'âpres négociations un compromis est trouvé. Le roi Foulque accepte de payer 50 000 dinars pour livrer la forteresse de Baarin au roi Zenkî ! Tout heureux de s'en tirer, le roi Foulque et les chevaliers s'enfuient à bride abattue, lorsqu'ils croisent en chemin d'importants renforts venus pour leur assurer la victoire ...

  • 1138 - En mars, l'Empereur de Byzance Jean C0MNENE vient mettre le siège devant Antioche avec des dizaines de milliers de soldats. Mais rapidement byzantins et francs se réconcilient et trouvent un arrangement : les francs rendront Antioche à Byzance et l'empereur s'engage à prendre quelques villes de Syrie aux turcs et à les remettre aux francs. C'est donc pour cette raison qu'un mois après, que Jean Comnène entreprend de mettre le siège devant Chaysar, une cité dirigée par le vieil émir Soultan ibn-Mounqidh.
    Malgré que la ville ne lui appartient pas, Zenkî ameute tout l'0rient et mobilise tous les émirs en leur demandant d'envoyer des troupes pour délivrer Chaysar. Sur de fausses nouvelles faisant état d'importantes arrivées de troupes appartenant au sultan de Perse, le siège byzantin est levé le 21 mai.
    Mais Zenkî n'a toujours pas renoncé à conquérir Damas, il propose le mariage à la princesse Zomorod qui en guise de dot, lui offrira la ville de Homs, dont Ounar est le gouverneur. Le mariage a lieu, mais Zenkî n'a toujours pas pu prendre possession de Damas.

  • 1139 - en juillet Zomorode qui hésite encore à livrer Damas à son nouvel époux très courroucé par une aussi longue attente, lui fait parvenir un jour un message urgent où elle lui annonce que son fils le roi Mahmoud vient d'être poignardé par trois de ses esclaves.
    Persuadé que la voie royale est enfin ouverte, Zenkî accourt pour conquérir la ville. Rempli d'optimisme et pour que ses hommes se fassent la main, il assiège au passage la vieille ville de Baalbek, qui malgré sa vétusté lui résiste deux longs mois avant de se rendre.
    Dans un état d'excitation impossible à décrire, il fait crucifier " 37 défenseurs et écorcher vif le commandant de la place ! " Zenkî croit que cet acte de barbarie va pousser les citadins de Damas à se rendre sans conditions, c'est le contraire qui va se produire : les habitants décident de se battre jusqu'au dernier.

    Il faut préciser que le vieil OUNAR, qui vient d'être déposé de son poste de gouverneur d'Homs pour cause de dot, s'est justement installé une maison dans Damas pour y écouler ses vieux jours, or dès qu'on lui a révélé l'assassinat de Mahmoud il s'est empressé de prendre en mains les intérêts de la ville. Grâce à lui le siège de Zengî va durer de l'automne jusqu'au printemps...
    C'est justement à cause de ce climat d'insécurité, qu'il y a deux ans, Ounar avait envoyé en mission diplomatique son ami Oussama chez les francs afin d'étudier avec eux un pacte d'assistance en cas d'agression par Zenkî. En contrepartie Ounar s'engageait à verser aux francs 20 000 dinars pour couvrir les frais de campagne et s'engageait en plus à leur prêter main forte pour s'emparer de la cité fortifiée de Banias défendue par un vassal de Zenkî.
    Tout se passa comme prévu, Damas fut libéré grâce aux francs !  Ounar rentra dans Banias pour la redonner aux francs et ceux-ci invitèrent OUNAR en visite officielle à Jérusalem. Fou de rage, Zenkî nomma Ayyoub le père de Saladin au poste de gouverneur de Baalbeck dans l'espoir de jours meilleurs !

  • 1143 - 8 avril, Mort de Jean Comnène, Manuel Comnène devient empereur de Byzance. En novembre, mort de Foulque d'un accident de cheval et régence de son épouse Mélisende avant l'avènement de son fils : BAUD0UIN III né en 1129. (futur roi de Jérusalem)

  • 1144 - le 30 novembre en l'absence du comte Jocelin II (habituellement dans son domaine de Turbessel) Zengî met le siège devant les remparts d'Edesse (la ville la plus exposée à l'intérieur de Syrie) Le comte n'avait même pas songé à la protéger d'une garnison suffisante, ni de lui faire amasser suffisamment de vivres pour tenir un siège. Edesse tomba la veille de Noël sans aucun secours extérieur. Les musulmans commencèrent par massacrer 5000 habitants, Ne pouvant pénétrer dans le coeur de la citadelle, à cause des ordres de l'évêque, beaucoup de femmes et d'enfants se suicidèrent plutôt que de devenir esclaves.
    Tout à coup Zenkî arrêta les massacres dans la population. Il permit aux syriens et arméniens de rentrer chez eux, mais on rassembla les prêtres et les notables qu'on dépouilla avant de les emmener enchaînés à Alep. Zengî remit les artisans au travail et ordonna l'exécution d'une centaine de soldats. Puis il s'attaqua à plusieurs petites places fortifiées du comté qui ne lui offrirent que peu de résistances. (chroniques d'Ibn al-Qalanissi).

  • 1146 - Janvier, Jocelin organise avec les arméniens une révolte dans Edesse. Elle est rapidement matée par Zengî qui fait exécuter les instigateurs du complot et installe à leur place 300 familles juives qui lui offrent plus de garanties de soumission.
    Alors qu'il assiège depuis trois mois le bourg de Jaabar, le 15 Septembre Zenkî est assassiné par son eunuque (Yarusqtash) qu'il a surpris à boire du vin dans sa coupe. Pour éviter d'être puni, l'eunuque a poignardé son maître en plein sommeil et s'enfuit dans Jaabar en emportant des bijoux de son maître. Dès le matin c'est l'anarchie qui règne, les soldats s'emparent de tout ce qu'ils trouvent et se dispersent. Lorsqu' Ounar apprend la nouvelle il s'empare de Baalbeck, tandis que Jocelin essaye de récupérer son comté.

    Dès lors, le royaume est partagé entre ses deux fils :

    - l'aîné : le SAIF el Din GHAZI reçoit ... Mossoul  
    - le cadet : NUR al-DIN (Noureddin) hérite d'Alep

  • 1146 - Fin septembre 1146 Nur al-Din s'installe à Alep avec l'émir kurde Chirkouh son nouveau bras droit qui est aussi l'oncle de Saladin.

  • 1146 - Fin octobre, lors d'une révolte Jocelin reprend Edesse et attends le renfort d'autres croisés. Mais ni la régente Mélisende, ni Raymond de Poitiers ne bougèrent. Jocelin affolé devant le peu de moyen dont il dispose imagine de faire protéger sa fuite en envoyant devant lui des milliers de civils destinés à occuper l'ennemi.

    C'est un nouveau massacre où TOUS les civils d'Edesse furent exterminés, pillés ou réduits en esclavage, pendant que l'égoïste comte Jocelin allait se réfugier au château de Samosate.
    Le syrien Michel estime que les deux sièges d'Edesse coûtèrent la vie à 30 000 vies humaines et que plus de seize mille femmes et enfants furent vendus comme esclaves ! Il s'avérait que Nur al Din était encore plus fanatique et plus intégriste orthodoxe que son père.