DAVID environ 1000 avant J.-C.
Roi d’Israël de 1004 à 965
avant J.-C., David marqua son peuple d’une empreinte indélébile tant par ses
qualités humaines que par ses réalisations politiques. Au cours d’une existence
tourmentée, il fit des tribus hébraïques un royaume ayant pour capitale
Jérusalem. Il exprima dans le recueil des Psaumes sa foi et son espérance dans
le Dieu d’Israël. La tradition populaire juive adopta le roi David comme le roi
juste par excellence, père du Messie. Le christianisme voit en Jésus le Fils de
David, tandis que l’islam recueille et amplifie les traditions sur Nébi Da’ud,
le prophète David. Liturgie juive et liturgies chrétiennes puisent le meilleur
de la prière aux Psaumes de David; les Psaumes sont un des quatre livres
bibliques que connaît Muhammed.
David, roi d’Israël
Vers 1004, les tribus d’Israël vivent depuis trois
siècles en «terre de Canaan», de part et d’autre du Jourdain , entre les cités maritimes des Phéniciens au nord,
des Philistins à l’ouest. Face aux Philistins en pleine expansion, qui
détiennent les techniques du fer, les tribus hébraïques se donnent un premier
roi : Saül (1020-1004). Surtout militaire, le règne de Saül est une suite de
guerres contre les Philistins.
À Bethléem, bourg de la tribu de Juda, le jeune David,
fils de Jessé, reçoit du prophète Samuel l’onction sainte qui fait de lui le
roi choisi par Dieu (I Sam., XVI). Admis à la cour de Saül, il joue de la harpe
pour le roi et tue le géant philistin Goliath dans un combat singulier (I Sam.,
XVII) . Il épouse Mical, fille de Saül. L’animosité
croissante de ce dernier contraint David à s’enfuir dans le désert avec ses
partisans. À la tête d’une petite troupe, David vit sur le pays, toléré par le
roi philistin Akish, dont il est vassal plusieurs années (I Sam., XXVII). Après
la mort de Saül à la bataille de Gilboâ, son fils Ishbaal est reconnu roi par
les tribus israélites du Nord, tandis que David, proclamé roi à l’assemblée de
Hébron, règne sur le Sud (1004-997). La défection, puis le meurtre d’Abner, général
d’Ishbaal, valent à David le ralliement des tribus du Nord. Cependant
l’allégeance d’Israël à David restera précaire. En 997, la cité jébuséenne de
Jérusalem est conquise par Joab, général de David, et devient la capitale du
royaume d’Israël (II Sam., V).
Des trente-trois années du règne de David à Jérusalem,
les sources bibliques ne préservent que certains épisodes : campagnes militaires
contre Philistins, Ammonites, Moabites, Araméens; alliances avec Tyr et Sidon;
achat en bonne et due forme du mont Moria, «esplanade du Temple» à Jérusalem
(II Sam., XIV); la danse de David devant l’arche d’alliance (II Sam., VI);
l’adultère du roi avec Bethsabée, épouse du Hittite Urie (II Sam., XI); les
révoltes de son fils Absalon (II Sam., XV-XIX) et de Chéba, fils de Bikhri (II
Sam., XX); l’organisation du culte à Jérusalem (I Chron., XV-XVI, XXIII-XXVI);
le sacre de Salomon (I Rois, I)...
Lors d’une assemblée du peuple tenue à Jérusalem peu
avant sa mort, David lègue à son fils Salomon l’œuvre du Temple à accomplir et
à son peuple la Loi du Seigneur à mettre en pratique (I Chron., XXVIII). La
dynastie de David devait régner quatre siècles sur les Hébreux (965-586).
Israël sous le règne de David
Le territoire d’Israël s’étend de l’Euphrate à la
Méditerranée et de Tyr à la mer Rouge; une étroite bande littorale demeure
philistine avec les villes de Jaffa, Ashdod, Ascalon, Gaza, Rafiyah. Sa
population est nombreuse : 1 570 000 combattants, soit plus de 3 millions d’âmes selon
le recensement royal (I Chron., XXI, 5), qu’il conviendrait de réduire à
quelque 750 000 âmes selon certains historiens modernes.
Le royaume est divisé en douze districts : le roi tente
de substituer aux conseils d’Anciens des tribus des préfets dépendant de lui
seul. Le peuple hébreu vit surtout d’agriculture et d’élevage; quoique
nombreuses, les villes n’ont qu’une population mi-artisanale, mi-paysanne; ce
sont : Hébron, Bethléem, Arad, Meggido, Sichem, Hazor, Teqoa, Rama, Esdrelon,
Beersheva, Ezion Géber sur la mer Rouge...
Autour du roi siègent les yoasim (conseillers), le mazkir (héraut), le sopher (scribe), le sar saba (général). Des mercenaires crétois (Krétim et
Plétim ) constituent la garde royale. Des conseillers royaux,
les plus marquants sont Ahitophel et Hushaï; son meilleur général est Joab. La
maison royale reçoit les redevances en nature des Domaines grâce à des
administrations spécialisées : Trésor et Dépôts; services des ouvriers agricoles
et viticulteurs; services des chais, oliveraies et dépôts d’huile; élevage des
bœufs, ânesses et moutons. Les vassaux étrangers paient tribut au roi. Divisés
en douze classes, les notables fournissent par roulement chaque mois 24 000 hommes à l’armée. Sous l’impulsion du roi se
développe la métallurgie du fer : un verset rappelle que les tribus livrent à
David 100 000 talents de fer, soit 3 500 tonnes (Ier livre des Chroniques, XXIX, 7).
Jérusalem, la capitale, est installée hors des
territoires propres des tribus afin de contrecarrer des tendances centrifuges
encore vivantes. David y construit un palais et assemble plan et matériaux pour
la construction du Temple. En grande pompe, il conduit l’entrée à Jérusalem de
l’arche d’alliance contenant des tables de la Loi, et institue une liturgie
grandiose confiée aux prêtres de la descendance d’Aaron et aux Lévites sous la
direction d’un grand prêtre : Abiathar, puis Sadok, dont la dynastie durera huit
siècles.
David dans la tradition juive
Un thème neuf émerge dans l’idéologie hébraïque :
l’Alliance entre le Dieu d’Israël et la dynastie de David (Ps. LXXXIX et CXXXII).
Roi «selon le cœur de l’Éternel». Arrière-petit-fils de Ruth la Moabite, qui
«vint s’abriter sous les ailes du Dieu d’Israël», David suscita un attachement
sans borne chez tous les siens. Courageux : il affronta Goliath; chevaleresque :
il épargna Saül à sa merci; séduisant : il fut aimé par Mical et la sage
Abigaïl; attentif à autrui : il modifia ses résolutions pour suivre un conseil
avisé; simple devant Dieu : il dansa devant l’Arche; sensible : il fit une
complainte sur la mort de Saül; faible : il fut séduit par Bethsabée et fit
mourir son mari; malheureux : il dut s’enfuir de Jérusalem devant la révolte de
son fils Absalon; juste : il admit le blâme du prophète Nathan sur sa conduite
privée; poète et musicien : il écrivit des élégies, des complaintes et les
Psaumes. Plus qu’un roi juste et averti, David fut un homme en quête de Dieu.
Homme de guerre, il renonça à construire le Temple, qui doit être une œuvre de
paix : le caractère inachevé de l’existence de David exprime l’espérance
messianique juive : «Voici que des jours viennent, dit l’Éternel, où je
susciterai à David un rejeton juste, qui régnera en roi, agira avec sagesse et
exercera le droit et la justice dans le pays. En ces jours, Juda sera sauf et
Israël habitera en pleine sécurité, et voici le nom qu’on lui donnera :
L’Éternel-est-mon-droit» (Jér., XXIII, 5-6). Thèmes qu’amplifient Aggada , liturgie et Kaballe pour laquelle David symbolise la
Sefina Malkhut (Royaume).
La tradition chrétienne sur David
Jésus-Messie est fils de David, d’où la naissance à
Bethléem de Jésus de Nazareth; d’où la généalogie davidique du père putatif de
Jésus, Joseph (Matth., I), d’où les derniers mots de Jésus en croix : «Mon Dieu,
mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» empruntés au début du psaume XXII de
David. Sur un plan purement spirituel, le Christ réalise la promesse
messianique, ouvrant à tous le céleste royaume. Si forte est la tradition
davidique qu’elle s’exprime non seulement dans la liturgie, imprégnée des
Psaumes, l’art sacré (peinture byzantine, statues des cathédrales, l’enluminure
du manuscrit médiéval), mais dans l’art humanisé de la Renaissance, qui sculpte
à l’envi le jeune David.
David dans la tradition islamique
Maintes surates du Coran traitent de David,
transcrivant certaines traditions non recueillies par les sources écrites
juives (ainsi l’invention par David de la cotte de mailles, les entretiens de
David avec les anges, la division de la semaine en jours de prière, de
jugement, de prédication, d’affaires, de jeûne...). Dans son livre Prairies
d’or , Mas’udi évoque au Moyen Âge le mihrab Da’ud,
l’oratoire de David (actuelle tour de David à Jérusalem). Le sanctuaire de Nébi
Da’ud (actuel tombeau de David) devint pèlerinage musulman au XVIe siècle. Une mosquée, enfin,
fut édifiée sur l’emplacement supposé du tribunal de David. Une secte kurde,
dite des davidiens (au nord de Bagdad), considère David comme le plus important
des prophètes.
La critique biblique met en doute l’épisode de Goliath
(dont la mort est attribuée à Elhanan, II Sam., XXI, 19) et l’onction de David
par Samuel (I Sam., XVI), qui ne pouvait échapper à la police du roi Saül.
Faut-il admettre que David créa un royaume unifié ou qu’il réunit en sa
personne, et autour de ses titres militaires, religieux, nobiliaires, des
unités politiques distinctes ? On analyse dans cette optique, les morceaux
narratifs uniques dans la littérature historique du Proche Orient antique
préservés dans I Sam. XVIII-XXVI et II Sam. X-XX.
Traditionnellement attribués à David, les Psaumes
auraient été composés plusieurs siècles après sa mort, selon la critique du XIXe siècle. Mais on sait
maintenant, grâce aux analogies relevées avec d’autres littératures du
Moyen-Orient antique, que le fond du recueil remonte à David (au moins les
soixante-quatorze psaumes qui portent son nom). Certains psaumes évoquant
l’exil de Babylone, par exemple (LXXXVII), sont cependant postérieurs au Ve siècle avant J.-C.
Enfin, la signification de la promesse divine à David est au cœur du débat entre Israël et la chrétienté : le règne du Messie est-il promis dans les cieux ou sur la terre ? Du Talmud (Roš ha Šana, 25 a) au folklore hébreu moderne, Israël voit en David son roi («David, roi d’Israël, vit et existe») et en Dieu le roi du Monde.
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