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QUAKERS
Peu nombreux – deux cent vingt mille environ dans le
monde, dont cent vingt mille en Amérique du Nord et moins de vingt-cinq mille
en Europe –, les quakers sont néanmoins très connus. L’aide
matérielle qu’ils ont apportée aux victimes des deux dernières guerres
mondiales a beaucoup fait pour leur réputation. Pourtant la Société des Amis,
nom officiel des quakers, n’est pas une société philanthropique, mais un
groupement religieux. Par sa structure, elle se rapproche de la secte. Par le
contenu de ses croyances et de ses pratiques, elle appartient à l’aile mystique
du protestantisme, au «spiritualisme» (E. Troeltsch). Elle a poussé à l’extrême
le dépouillement de l’expression cultuelle dans la ligne de la Réforme
radicale.
Les principes
Les quakers croient à la présence en chaque homme
d’une «semence ou d’une lumière divine» qu’il doit retrouver dans la méditation
silencieuse. Le culte est donc chez eux, en principe, entièrement spontané. Les
exhortations que chacun des participants est libre de faire doivent être le
fruit de la communion réussie avec la Lumière d’en-haut, dans le silence. Le
même Esprit qui a inspiré la Bible peut inspirer tous les croyants. Les quakers
ne connaissent pas d’autre canal à la grâce divine que celui de cette
inspiration directe. Aussi rejettent-ils tous les sacrements, même le baptême
et la Cène. Chaque acte du chrétien doit être un signe de la grâce de Dieu pour
lui-même et pour les autres hommes. À ces conceptions il faut relier la
pratique de la conduite des affaires de la Société dans les réunions (meetings ) mensuelles, trimestrielles ou annuelles, dans
lesquelles réside l’autorité en matière de foi et d’administration. Tous les
quakers, hommes ou femmes, y participent à égalité. Les «Anciens» n’y jouissent
d’aucun pouvoir particulier, à part l’autorité morale qu’ils peuvent s’être
acquise. Les décisions ne sont pas prises à la majorité des voix, mais à
l’unanimité. Il s’agit d’arriver à dégager the sense of the meeting («le sentiment de l’assemblée»), ce qui se fait soit
naturellement, soit par recours à des moments de méditation silencieuse (quiet
time )
George Fox et les premiers quakers
Toutes les particularités du quakerisme s’expliquent
par les conditions ecclésiastiques de sa naissance. Son fondateur, George Fox
(1624-1691), anglican par sa famille, avait été choqué dès la fin du règne de
Charles Ier, et encore plus pendant le Commonwealth cromwellien,
par l’abondance des groupements, sectes et Églises qui prétendaient tous à la
vérité et dont le formalisme et l’exclusivisme lui inspirèrent de l’aversion.
Il devint alors un «chercheur» (seeker ),
c’est-à-dire un homme détaché de toute appartenance ecclésiastique, en quête
d’une vérité à découvrir personnellement. La mystique de Jacob Boehme, dont les
écrits venaient d’être traduits en anglais, semble l’avoir beaucoup influencé.
À cela il faut ajouter une introversion quasi maladive qui joua, chez Fox, dans
le sens de l’individualisme mystique. Comme beaucoup de seekers de son temps, le père de la Société des Amis a
participé à la fermentation antinomienne caractéristique des sectes du
Commonwealth. Il n’hésitait pas à interrompre les cultes de l’Église officielle
pour proclamer son message, à braver les autorités ou à les apostropher
durement. Ainsi, le sobriquet de quakers (c’est-à-dire
trembleurs) attribué à ses disciples viendrait, selon certains, du conseil
qu’il aurait donné à un juge qui l’interrogeait: «Fais ton salut avec crainte
et tremblement.» À moins que les «Amis» n’aient été dénommés trembleurs à cause
des manifestations d’émotion frénétique qui se produisaient habituellement dans
leur culte et leurs prédications. Parmi les premiers Amis, certains donnèrent
le spectacle de véritables déviances, tel James Nayler, qui se prenait pour
Jésus lui-même. Quoi qu’il en soit des liens possibles entre les quakers –
pacifistes absolus et se refusant à tout serment – et certains mouvements
révolutionnaires du Commonwealth, tels les diggers , les levellers et
les ranters , le quakerisme se caractérise par une attitude de
protestation radicale, sociale et religieuse. En rejetant le voussoiement, les
formules et les gestes de politesse, les appellations traditionnelles des jours
de la semaine, en refusant même de donner aux églises d’autre nom que celui de
«maisons à clocher» (steeple houses ), les
premiers quakers mettaient en cause toutes les relations sociales et
religieuses de l’époque et du lieu, de même qu’ils dénonçaient, avec toutes les
branches de la Réforme radicale, le lien entre la culture de la société globale
et le christianisme.
Évolution du quakerisme
Comme la plupart des dissidences, le quakerisme fut persécuté. Fox lui-même passa six ans de sa vie en prison. De 1650 à 1689, plus de trois mille de ses disciples connurent l’emprisonnement, la torture, les vexations; trois cents à quatre cents d’entre eux sont morts en prison. L’Amérique du Nord leur fut secourable, où se déploya l’extraordinaire fortune de l’État quaker, la Pennsylvanie, le «pays sans armée», qui demeura, de 1682 à 1756, sous la responsabilité des Amis.
Après l’époque exubérante des commencements, les quakers passèrent par une longue période de repliement, caractérisée par la sclérose de la pensée. De ce phénomène témoigne déjà, au sein de la première génération, Robert Barclay, dont l’Apologie de la véritable religion chrétienne (Londres, 1712) est un exposé en forme scolastique d’une doctrine mystique. La non-mondanité quaker devint vite aussi une simple affaire de conformisme à des modèles vestimentaires et autres. Les infractions en ce domaine étaient sévèrement punies, en particulier par l’excommunication. Ce fait et le manque de prosélytisme expliquent qu’aujourd’hui le nombre des quakers soit si minime.
Les Amis ont joué un rôle de pionniers dans l’utopie sociale et politique. Ils se sont distingués dans l’éducation, mais aussi par leur aptitude à bâtir d’énormes fortunes grâce à leur maîtrise d’eux-mêmes, à leur tempérance. Aujourd’hui, ils se distinguent par leurs œuvres charitables et sociales et par leurs convictions pacifistes. Ils collaborent avec le Conseil œcuménique des Églises et sont partisans d’une coopération des chrétiens plus que de l’unité visible des Églises.
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