Louis XV
exile les parlementaires
Dans la nuit du 20 janvier 1771, Louis XV fait arrêter
et exiler cent trente magistrats du Parlement de Paris.
Les Parlements avaient été constitués au Moyen Âge en vue d'appliquer les lois et de
rendre la justice. Ils étaient présents à Paris et dans une douzaine de métropoles
provinciales.
Au gré des conflits avec le gouvernement royal, ils avaient peu à peu acquis le droit de
vérifier les lois avant qu'elle puissent avoir autorité. Ils étaient ainsi devenus des
corps politiques incontournables.
Louis XIV restreint ces droits politiques, en particulier le droit de remontrance. Mais
après sa mort, au début du XVIIIe siècle, le duc Philippe d'Orléans s'empresse de les
restituer aux parlementaires pour s'acquérir leurs faveurs et se voir confirmer la
régence du royaume pendant la minorité de Louis XV.
Le Régent, une fois installé au pouvoir, tente à son tour de dépouiller les Parlements
de leurs droits politiques.
Sous le règne de Louis XV, sous couvert de défendre les libertés publiques, les
magistrats s'opposent systématiquement aux réformes qui menacent les privilèges.
Le Parlement de Rennes est au premier rang des protestataires. Il prend fait et cause pour
la noblesse, en prétextant des franchises de la province.
A l'instigation du procureur général Caradeuc de La Choletais, les parlementaires
s'opposent au gouverneur de Bretagne, le jeune duc d'Aiguillon, qui désire lever un
impôt supplémentaire sur la province.
Les parlementaires démissionnent en bloc le 12 mai 1765. Mais le roi fait arrêter La
Chalotais, ennemi des Jésuites et acquis aux idées «philosophiques», et
réduit le Parlement à l'obéissance.
Comme le Parlement de Paris rejoint celui de Rennes, il lui impose à son tour le silence.
Cependant, de sa prison, La Chalotais continue d'agiter les esprits. Le duc de Choiseul
(50 ans), qui gère les affaires de l'État avec l'appui de la maîtresse du roi, Madame
de Pompadour, hésite à sévir contre les empiètements des parlementaires sur le pouvoir
royal.
Favorable aux «philosophes», aux Encyclopédistes et sensible comme sa
protectrice à l'esprit des «Lumières», le duc plaide la clémence auprès du
roi sans comprendre qu'il sape de la sorte les fondements de la monarchie absolue.
Cependant, l'étoile de la Pompadour ternit au profit de la du Barry.
Le garde des sceaux et chancelier de France, René Nicolas de Maupeou, protégé de la
nouvelle favorite du roi, obtient en décembre 1770 le renvoi de Choiseul.
Le duc est remplacé par un triumvirat de trois ministres, le duc d'Aiguillon,
l'abbé Terray et surtout Maupeou à la justice.
Comme le Parlement de Rennes s'en prend au duc d'Aiguillon, le roi casse la procédure
selon le droit qui est le sien et déclare irréprochable la conduite du duc.
Là-dessus, le Parlement de Paris vient au secours de son confrère. Il publie un arrêt
de remontrance au roi. Mais cet arrêt est aussitôt cassé par le Conseil d'Etat.
Le 7 décembre 1770, le roi fait enregistrer solennellement en lit de justice un édit de
discipline. En représailles, les parlementaires suspendent leurs travaux et présentent
une nouvelle fois des remontrances, imités par leurs collègues de province
Le 18 janvier 1771, le Parlement de Paris ayant réitiré son refus de siéger pour
entériner les décisions royales, le garde des sceaux Maupeou convainc le roi de briser
son opposition systématique.
Louis XV envoie ses mousquetaires au domicile des récalcitrants et les fait exiler en
province, sans tenir compte des protestations de l'opinion éclairée, des bourgeois et
même des princes du sang (sa propre famille), en ignorant superbement aussi les pamphlets
de Beaumarchais.
Le chancelier Maupeou abolit les Parlements coupables de vénalité, forme un nouveau
Parlement avec des magistrats dociles et par un édit
révolutionnaire, il supprime la vénalité des offices et introduit l'égalité de tous
les sujets devant la justice...
Mais ces mesures tardives ne font qu'aggraver l'impopularité du roi vieillissant,
entouré de ses maîtresses et impuissant tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Son successeur, le jeune Louis XVI (20 ans) a la faiblesse, à son avènement, en
1774, de restaurer les magistrats dans l'intégralité de leurs charges, croyant de bonne
foi retrouver la faveur du public éclairé.