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Union
d'Utrecht
«Il n'est point besoin
d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer»
(Guillaume le Taciturne, 1533-1584)
Par l'Union
d'Utrecht du 23 janvier 1579, sept provinces à majorité protestante du nord des Pays-Bas
se constituent en confédération. C'est la naissance des Pays-Bas actuels.
Le sud des Pays-Bas, catholique, reste fidèle à son souverain espagnol et deviendra
beaucoup plus tard la Belgique.
De Groningue, au nord, à Cambrai, au sud, le pays appartenait un siècle plus tôt au duc
de Bourgogne Charles le Téméraire.
Par le hasard des successions et des mariages, il échoit à l'empereur d'Allemagne,
Charles Quint de Habsbourg, puis à son fils, le roi d'Espagne Philippe II.
Philippe II gouverne les Pays-Bas par l'entremise de sa demi-soeur, Marguerite de Parme,
et d'un groupe de fonctionnaires bourguignons aux ordres du cardinal de Granvelle.
Vers l'affrontement
On est en pleine guerre de religion et les catholiques et les protestants s'affrontent aux
Pays-Bas comme ailleurs en Europe.
Guillaume de Nassau a hérité de la principauté d'Orange, au sud de la France, d'où la
couleur de ses armoiries. Ce jeune noble catholique d'origine allemande, élevé à la
cour de Charles Quint, reçoit de Philippe II la charge de gouverner la province de
Hollande.
Avec d'autres nobles néerlandais, qui craignent d'être dépouillés au profit de
gouverneurs espagnols, il dénonce les persécutions contre les protestants calvinistes et
obtient la mise en congé du cardinal de Granvelle.
Les protestataires, quoique nobles, s'énorgueillissent de l'appellation de «gueux»
que leur a lancé un conseiller de Marguerite. Ils adoptent pour insignes l'écuelle et la
besace.
Philippe II, chef de la Contre-Réforme catholique, nomme un nouveau gouverneur en la
personne du duc d'Albe, à la sinistre réputation.
Le duc d'Albe s'offusque d'une agression perpétrée par les calvinistes contre des lieux
catholiques.
Le 5 juin 1568, il fait juger deux chefs des gueux, les comtes d'Egmont et de
Hornes, par le Conseil des troubles, que les habitants surnomment le Conseil du
sang («bloedraat»). Les deux nobles sont décapités le 5 juin 1568.
Guillaume d'Orange, dit «le Taciturne», arrive à
s'enfuir en Allemagne. Il se convertit au calvinisme et revient en mars 1572 aux Pays-Bas
avec une petite armée de 20.000 hommes et des marins, les «gueux de la mer».
Il devient le chef de l'insurrection avec le titre de «stathouder» (chef, en
néerlandais).
Après la prise de Leyde par les «gueux» et le sac d'Anvers par les Espagnols,
Guillaume reçoit un soutien fervent de l'ensemble des Néerlandais, unis contre
l'oppression espagnole.
Il obtient des représentants des Dix-Sept Provinces qu'ils signent la Pacification de
Gand, le 8 novembre 1576, par laquelle les habitants de la
Hollande et de la Zélande obtiennent le droit de pratiquer le calvinisme à leur gré.
Triomphe calviniste
Le nouveau gouverneur n'est autre que le jeune et prestigieux don Juan d'Autriche,
demi-frère de Philippe II et héros de la victoire de Lépante
sur les Turcs.
Il feint de retirer les troupes espagnoles et d'accepter les termes de la Pacification.
Là-dessus, il s'empare de Namur. Comme les armées de Philippe II sont retenues en France
dans d'autres guerres de religion, il lui est cependant impossible de restaurer
l'autorité du roi sur l'ensemble des Pays-Bas.
Le successeur de don Juan, Alexandre Farnèse, monte habilement les catholiques du sud
contre les calvinistes du nord.
Craignant l'hégémonie protestante, les représentants des dix provinces du sud concluent
l'Union d'Arras, le 6 janvier 1579, par lequel elles rejettent
l'allégeance à Guillaume d'Orange.
La division du pays devient irrémédiable. Il ne reste plus aux Provinces Unies du nord
qu'à confirmer à Utrecht leur propre union autour de la Hollande.
Fortifiées par leur révolte, les Provinces Unies deviendront le premier des États
modernes, avec une économie capitaliste et des colonies très riches.
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