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Le 10
avril 1919, à Cuernavaca, au sud de Mexico, Émiliano Zapata tombe dans un guet-apens tendu par un colonel de
l'armée mexicaine qui s'était fait passer pour un ami.
Dix ans plus tôt, ce paysan indien illettré d'une trentaine d'années avait soulevé les
misérables paysans (ou peones) de l'État de Morelos, à quelques kilomètres au sud de Mexico, contre le
vieux dictateur Porfirio Diaz, lui-même d'origine indienne, au pouvoir depuis 35 ans.
En 1910, Zapata avait rallié l'insurrection de Francisco Madero, de même que Pancho
Villa, un métis à la tête des farouches cavaliers des steppes du nord.
Arrivé au pouvoir, Madero, bourgeois vertueux mais malhabile, conserve les hommes de
l'ancien dictateur, n'ose fusiller personne et rechigne à distribuer les terres aux peones,
comme Zapata le lui demande.
Le révolutionnaire paysan reprend alors les armes contre Madero et ses successeurs, les
dictateurs Huerta et Carranza.
Solidement établi dans l'État
de Morelos, dont Cuernavaca est la capitale, il publie le 25 novembre 1911 le «Plan de Ayala».
Ce texte prophétique réclame la restitution aux Indiens d'au moins un tiers des
territoires communaux qui leur ont été volés par les grands propriétaires. C'est la
première fois au monde qu'est évoquée la nécessité d'une réforme agraire.
Le 6 décembre 1914, Pancho Villa et Émiliano Zapata entrent triomphalement à Mexico.
Le premier est surnommé par ses ennemis le «Centaure du
nord», le second, l'«Attila du sud»!
Ils sont accompagnés de leurs troupes respectives de cavaliers rutilants et de
paysans en haillons.
Ces derniers, les zapatistes, se font précéder par l'effigie de la Vierge de Guadalupe,
sainte patronne du Mexique.
Ils portent aussi en bannière un mot d'ordre voué à une célébrité mondiale, «Tierra y Libertad» (Terre et Liberté).
Le retour en force de Carranza oblige Villa à l'exil et entraîne la mort de Zapata.
Le général qui combat Zapata au Morelos feint d'humilier en public l'un de ses colonels.
Celui-ci déserte avec ses hommes et fraternise avec Zapata. Il l'invite dans son hacienda...
Ses soldats, sous prétexte de présenter les armes, tirent à bout portant sur le
révolutionnaire.
Une guerre religieuse contre les peones catholiques prend le relais de la guerre
civile. Le bilan total d'un quart de siècle de guerres meurtrières s'élève à un
million de morts (sur 15 millions d'habitants!).
Le Mexique ne retrouve la paix qu'en 1934, avec l'avènement de Lazaro Cardenas.
Les Indiens bénéficient d'une réforme agraire partielle mais sont désormais tenus à
l'écart du pouvoir (au siècle précédent, deux des leurs, d'origine populaire,
avaient dirigé le pays d'une manière ferme et globalement positive; l'un, Benito Juarez, de 1858 à sa mort en 1872, l'autre, Porfirio Diaz,
de 1876 à son éviction en 1910).
Au gouvernement... comme à la tête du mouvement zapatiste lui-même, les descendants des
conquérants espagnols ont évincé les Indiens.
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