La Légion
résiste à Camerone
Le 30 avril 1863, dans le village de Camerone, au Mexique, soixante
cinq légionnaires français, sous les ordres du capitaine Jean Danjou, résistent à une
armée mexicaine de plus de deux mille hommes.
La guerre
du Mexique
Un an plus tôt, la France, l'Angleterre et l'Espagne étaient intervenues militairement
au Mexique pour obliger le président Benito Juarez à honorer les dettes de son pays.
Tandis que les Anglais et les Espagnols se retirent, l'empereur français Napoléon III
forme le projet de renverser le président mexicain et de transformer le Mexique en un
empire latin et catholique. Il serait en Amérique du nord le pendant des États-Unis
anglophones et protestants, au même moment à feu et à sang en raison de la guerre de Sécession.
La couronne mexicaine serait confiée à l'archiduc Ferdinand-Maximilien, le frère cadet
de l'empereur autrichien François-Joseph 1er. Napoléon III compte de la sorte s'allier
l'Autriche.
Cette «plus grande pensée du règne» de Napoléon III va sombrer dans le drame
car l'armée française, d'abord placée sous le commandement du général Forey, se
heurte à la résistance farouche des Mexicains.
Sacrifice
Tandis que l'armée française assiège la ville de Puebla, en vue de
s'ouvrir la route de Mexico, une compagnie de légionnaires chargée de protéger ses
lignes de ravitaillement voit surgir des cavaliers juaristes.
Après avoir repoussé une première charge, le capitaine Jean Danjou (35 ans) décide de
placer ses hommes dans le village abandonné de Camerone (Camaron pour les
Mexicains).
Suite à une démonstration de force, les Mexicains du colonel Milan offrent le reddition
à la Légion Étrangère. Le capitaine refuse et jure de ne jamais se rendre. Ses hommes
font de même. Danjou est bientôt tué en inspectant les positions.
Le colonel Milan lance un assaut auquel la Légion résiste héroïquement. Les huit
derniers survivants se retranchent dans un hangar où ils tiennent encore plus d’une
heure avant d'être faits prisonniers. Ils acceptent de se rendre à condition de
conserver leurs armes et d’avoir leurs blessés soignés, ce qu'acceptent les
Mexicains.
L'héroïsme de ces légionnaires n'empêchera pas l'échec final de Napoléon III.
Après l'entrée des Français à Mexico et l'octroi de la couronne à Maximilien, le
général François Achille Bazaine prend le commandement de l'armée française.
Il doit faire face à la guerilla des partisans juaristes et peine à former une armée
mexicaine au service de Maximilien.
En désespoir de cause, il demande au malheureux empereur le droit de faire fusiller tous
les rebelles pris les armes à la main, décision qui a pour effet de relancer la
guerilla.
Entretemps, les États-Unis, arrivés au terme de leur guerre
civile, exigent le retrait de la France. En Europe même, la situation internationale
se dégrade rapidement. Une guerre se profile entre la
Prusse et l'Autriche.
Fiasco
En avril 1866, Napoléon III décide de rapatrier le corps expéditionnaire en
catastrophe. Il laisse sur place quelques rares volontaires au service de l'armée
mexicaine.
Après avoir longtemps hésité, l'éphémère empereur du Mexique refuse au dernier
moment de s'enfuir, sur les instances de son épouse, l'archiduchesse Charlotte, fille du
roi des Belges, Léopold. Ayant renoncé à ses droits sur la couronne d'Autriche, il n'a
rien à espérer en Europe.
Ferdinand-Maximilien
(36 ans) est pris et fusillé par les juaristes le 19 juin 1867 à Queretaro, avec deux de
ses généraux.
Son épouse sombre dans la folie la même année après avoir tenté de mobiliser
les souverains d'Europe et le pape en sa faveur.
Napoléon III est lui-même battu et fait prisonnier par les Prussiens à Sedan, trois ans plus tard. Bazaine, rentré du Mexique avec
une épouse métisse et devenu maréchal, se rend aux mêmes Prussiens avec son armée à Metz.
Reste le souvenir de Camerone. Depuis 1906, l'anniversaire de ce fait d'armes est
commémoré avec faste par la Légion étrangère. Les légionnaires réunis à Aubagne
rendent à cette occasion les honneurs à... la main en bois du capitaine Danjou.