Rouget de
Lisle chante la Marseillaise
Le 25 avril 1792, à Strasbourg, dans le salon du baron de Dietrich,
maire de la ville et ami de Lafayette, l'effervescence est à son comble. Cinq jours plus
tôt, la France a déclaré la guerre à l'Autriche.
Le maître de maison s'adresse au jeune Joseph Rouget de Lisle, officier de son état et
violoncelliste à ses heures, originaire de Lons-le-Saulnier (32 ans). «Monsieur de
Lisle, vous qui parlez le langage des Dieux, vous qui maniez la harpe d'Orphée,
faites-nous quelque beau chant pour ce peuple soldat qui surgit de toutes parts à l'appel
de la patrie en danger et vous aurez bien mérité de la nation», lui aurait
demandé son hôte.
Le capitaine de garnison s'exécute avec fougue. Il s'inspire
pour les paroles d'une affiche de la Société des Amis de la Constitution intitulée «Aux
armes, citoyens!» et d'une ode de Boileau.
Pour la musique, de mauvaises langues prétendent qu'il aurait repris l'air de la Marche
d'Assuérus, d'un certain Lucien Grisons.
Son chant patriotique apparaît moins cru que les chants traditionnels des sans-culottes
comme la Carmagnole ou le Ca ira. Cela lui vaut un succès
rapide.
D'abord baptisé Chant de guerre pour l'Armée du Rhin, il est repris par les
fédérés marseillais à leur entrée dans Paris en juillet 1792. D'où le nom définitif
de Marseillaise que lui attribuent les Parisiens.
La Marseillaise va scander la charge des soldats de Valmy et deviendra suivant le
mot d'un contemporain le «Te Deum de la République». Elle sera décrétée
chant national en 1795 par la Convention et deviendra hymne national en 1879, quand
triomphera la République.
C'est la première fois, avec La Marseillaise, qu'un peuple se reconnaît dans un
hymne. «Il fut le chant du patriotisme, mais il fut aussi l'imprécation de la
fureur. Il conduisit nos soldats à la frontière, mais il accompagna nos victimes à
l'échafaud. Le même fer défend le coeur du pays dans la main du soldat et égorge les
victimes dans la main du bourreau» (Alphonse de Lamartine, L'Histoire des
Girondins).
Pour la petite histoire, précisons que de Dietrich fut fort mal récompensé de son
patriotisme car il finit sur la guillotine quelques mois plus tard. Rouget de Lisle
échappa au même sort par la fuite.