25 avril 1792

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

Rouget de Lisle chante la Marseillaise

Le 25 avril 1792, à Strasbourg, dans le salon du baron de Dietrich, maire de la ville et ami de Lafayette, l'effervescence est à son comble. Cinq jours plus tôt, la France a déclaré la guerre à l'Autriche.

Le maître de maison s'adresse au jeune Joseph Rouget de Lisle, officier de son état et violoncelliste à ses heures, originaire de Lons-le-Saulnier (32 ans). «Monsieur de Lisle, vous qui parlez le langage des Dieux, vous qui maniez la harpe d'Orphée, faites-nous quelque beau chant pour ce peuple soldat qui surgit de toutes parts à l'appel de la patrie en danger et vous aurez bien mérité de la nation», lui aurait demandé son hôte.

Rouget de Lisle chante l'hymne révolutionnaire devant DietrichLe capitaine de garnison s'exécute avec fougue. Il s'inspire pour les paroles d'une affiche de la Société des Amis de la Constitution intitulée «Aux armes, citoyens!» et d'une ode de Boileau.

Pour la musique, de mauvaises langues prétendent qu'il aurait repris l'air de la Marche d'Assuérus, d'un certain Lucien Grisons.

Son chant patriotique apparaît moins cru que les chants traditionnels des sans-culottes comme la Carmagnole ou le Ca ira. Cela lui vaut un succès rapide. 

D'abord baptisé Chant de guerre pour l'Armée du Rhin, il est repris par les fédérés marseillais à leur entrée dans Paris en juillet 1792. D'où le nom définitif de Marseillaise que lui attribuent les Parisiens.

La Marseillaise va scander la charge des soldats de Valmy et deviendra suivant le mot d'un contemporain le «Te Deum de la République». Elle sera décrétée chant national en 1795 par la Convention et deviendra hymne national en 1879, quand triomphera la République.

C'est la première fois, avec La Marseillaise, qu'un peuple se reconnaît dans un hymne. «Il fut le chant du patriotisme, mais il fut aussi l'imprécation de la fureur. Il conduisit nos soldats à la frontière, mais il accompagna nos victimes à l'échafaud. Le même fer défend le coeur du pays dans la main du soldat et égorge les victimes dans la main du bourreau» (Alphonse de Lamartine, L'Histoire des Girondins).

Pour la petite histoire, précisons que de Dietrich fut fort mal récompensé de son patriotisme car il finit sur la guillotine quelques mois plus tard. Rouget de Lisle échappa au même sort par la fuite. 

 

Mise à jour le 23 février 2003