La France
soumet la Corse
Le 9 mai 1769, au terme d'une bataille de plusieurs jours, les
indépendantistes corses sont défaits par l'armée française à Ponte-Novo (ou
Pontenuovo), entre Corte et Bastia.
C'en est fini d'une guerre de quarante ans qui a mis aux prises le peuple corse avec la
République de Gênes puis le roi de France.
Une Histoire
tourmentée
A peine moins peuplée qu'aujourd'hui, avec près de 200.000 habitants, la Corse avait
vécu pendant de nombreux siècles dans une certaine autonomie, sous la souveraineté
théorique de Gênes, qui en avait chassé les musulmans au XIe siècle.
Cette société de pasteurs et de paysans avait forgé son esprit de résistance en
luttant contre les pirates barbaresques venus de la côte nord-africaine. Le drapeau de la
Corse perpétue ce souvenir avec le profil d'un prisonnier maure.
La Corse avait aussi du résister aux représentants de l'Office Saint-Georges (ou «Casa
San Giorgio»), une compagnie parapublique qui avait reçu de Gênes délégation
pour exploiter le pays.
Sous la Renaissance, certaines parties de l'île, comme le pays de l'En-deça des Monts,
avaient pu conserver une démocratie locale héritée du Moyen Âge à l'image des
montagnards suisses, tandis que les grands États européens s'orientaient vers la
monarchie absolue.
A noter que, dans ces communautés, les femmes corses participaient aux débats publics.
Ce droit de vote leur sera confirmé par la Constitution de 1735, au XVIIIe siècle.
A l'orée du «siècle des Lumières», Gênes est au plus mal. Le port est même
bombardé par la flotte française d'Abraham Duquesne. Fait sans précédent, le doge doit
s'agenouiller humblement devant Louis XIV, le Roi-Soleil.
Les Corses ne supportent plus leur allégeance à la République gênoise. Ils s'insurgent
en 1729 et le général Giacinto - ou Hyacinthe - Paoli prend bientôt la tête du
mouvement.
Les insurgés adoptent pour hymne national le «Dio vi Salvi Régina» et se
dotent d'une Constitution républicaine le 30 janvier 1735, à Corte. Rédigée par
l'avocat ajaccien Sebastianu Costa, elle n'entrera jamais vraiment en application.
Les Anglais s'allient aux insurgés et songent à tirer parti de la situation pour prendre
pied en Corse. Le Premier ministre français, le cardinal Fleury, riposte en promettant
son aide aux Gênois en 1737.
Après bien des déboires, Pasquale - ou Pascal - Paoli prend la relève de son père et
se fait proclamer général en chef à la consulte (assemblée) de 1755.
Une nouvelle Constitution est votée la même année à Corte. Elle établit la
séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Elle accorde aussi le droit
de vote aux citoyens... et citoyennes de plus de 25 ans. Les circonstances ne permettront
pas de l'appliquer intégralement.
Pasquale Paoli repousse les Gênois sur la côte, modernise les institutions de l'île et
demande même au philosophe Jean-Jacques Rousseau, qui vient de publier le «Contrat
social», un nouveau projet de constitution pour la Corse (1765).
Il fait assécher les marais, fonde l'Ile Rousse, ouvre une Université à Corte,...
Intervention française
Lassée de la guerre, Gênes cède ses droits sur la Corse à la France par le traité de
Versailles du 15 mai 1768, pour 40 millions de livres.
Le duc de Choiseul est à l'origine de la transaction. Il veut offrir aux nobles français
une occasion de guerre et une revanche après l'humiliant traité
de Paris qui a mis fin à la guerre de Sept Ans.
Il veut aussi offrir à la France une base stratégique en Méditerranée pour faire front
aux Anglais, présents à Minorque et surtout à Gibraltar.
Il veut enfin détourner les esprits des problèmes intérieurs qui minent la France sous
le règne finissant de Louis XV. Les privilégiés et les parlementaires
repoussent toute réforme de l'Etat cependant que la haute noblesse accapare les
évêchés et les commandements militaires.
Pas moins de 20.000 hommes débarquent en Corse pour soumettre les Corses sous le
commandement du lieutenant-général Chauvelin puis du comte de Vaux. Les Français
finissent l'emporter après quelques revers initiaux.
Pasquale Paoli gagne la côte et s'embarque sur un navire à destination de Livourne, en
Italie, avec 300 fidèles.
Parmi les partisans qui l'accompagnent jusqu'à la côte figure son aide de camp, un
avocat d'Ajaccio du nom de Carlo - Charles - Buonaparte. Sa jeune épouse, Laetitia (18
ans) est alors enceinte de sept mois. Après une fuite dans la montagne corse, elle
donnera le jour à un petit Napoléon...
Les Français établissent en Corse un Conseil supérieur... comme dans leurs colonies des
Antilles, sous le gouvernement de Marbeuf.
Ils invitent les nobles à faire enregistrer leurs quartiers de noblesse. Seules 86
familles se résoudront à cette démarche. Parmi elles, la famille Bonaparte, ce qui
permettra au jeune Napoléon d'obtenir plus tard une bourse pour entrer dans une école
militaire réservée à la noblesse.
Pasquale Paoli reviendra en Corse au début de la Révolution pour gouverner celle-ci au
nom de l'Assemblée Législative avec le titre de lieutenant-général. Mais bientôt
déçu par les députés jacobins de la Convention, il livrera la Corse aux Anglais.
Il appartiendra au général Napoléon Bonaparte d'organiser la reconquête de l'île à
partir de 1796.
Sous le Premier Empire, la pacification sera confiée au général Morand. Elle prendra un
tour extrêmement brutal, ternissant à jamais l'image que gardent les Corses de
Napoléon, leur plus illustre compatriote.
Il faudra attendre 1975 et le drame d'Aléria pour que
soit à nouveau ensanglanté le lien qui relie l'île de Beauté à la France.