Mort de
Montcalm
Dans la nuit du 12 au 13 septembre 1759, les Anglais donnent
l'assaut aux troupes françaises regroupées près de la ville de Québec.
Cette attaque est le point culminant de l'offensive entreprise deux ans plus tôt par le
Premier ministre anglais, William Pitt the
Elder (l'Ancien).
La perte de la Nouvelle-France
Appelé au gouvernement par le roi Georges III en 1757, il a engagé toutes ses forces
contre les possessions de la France en Inde et au Canada.
Face à cette agression, la France de Louis XV s'est abstenue de répliquer. Elle devait
mener en même temps, sur le continent européen, une guerre très dure contre la Prusse
de Frédéric II, avec ses alliés autrichiens et russes. C'est ce qu'on appellera plus
tard la guerre de Sept Ans.
Dans une première phase, les Français du Canada remportent de nombreuses victoires avec
l'appui de leurs alliés indiens.
Leurs bandes, formées pour l'essentiel de Canadiens nés dans la Nouvelle-France,
opèrent des coups de main audacieux. Elles s'emparent du fort Oswego en 1756 puis du fort
William Henry en 1757.
Mais le gouverneur Vaudreuil doit céder le commandement des armées au marquis de
Montcalm.
Ce général venu de la métropole ne manque pas de courage mais ignore les conditions de
la guerre en Amérique.
Montcalm change de tactique et mène une guerre à l'européenne, en se concentrant sur
les centres, en renonçant aux coups de main et en délaissant les alliés indiens.
Or, il ne dispose pour cela que de quelques milliers d'hommes tandis que William Pitt peut
en aligner des dizaines de milliers, venus de Grande-Bretagne et des colonies anglaises
d'Amérique.
À coups de boutoir, les Anglais enlèvent un à un tous les forts qui protègent les
principaux centres, Montréal, Québec et Trois-Rivières.
C'est ainsi que le 20 juin 1759, une armée de 40.000 hommes appuyée par 150 vaisseaux
commence le siège de Québec, que protègent 6.000 soldats.
Dans la nuit du 12 au 13 septembre, sous le commandement du général anglais James Wolfe
(32 ans), 5.000 soldats escaladent le promontoire situé en amont de la ville.
Le marquis Louis Joseph de Montcalm de Saint Véran, qui commande les troupes françaises,
accourt et met en ligne 4.000 hommes dans les plaines d'Abraham.
Wolfe meurt dans la fusillade cependant que Montcalm est mortellement blessé. Il meurt le
lendemain, le 14 septembre.

Les Français tentent de regrouper leurs forces mais la ville de Québec, lassée des
bombardements, finit par se rendre aux Anglais le 18 septembre, à la grande indignation
du chevalier Gaston-François de Lévis: «Il est inouï que l'on rende une place sans
qu'elle soit attaquée ni investie».
Au printemps 1760, arrivé de Montréal, le chevalier de Lévis tente de reprendre Québec
aux Anglais. Il les défait non loin de la ville, à Saint-Foy.
Mais au lieu des renforts qu'il attend, c'est une escadre anglaise qui arrive sur le
fleuve, pour secourir les assiégés.
Le gouverneur Vaudreuil n'a plus qu'à capituler en demandant l'assurance pour les
habitants de pouvoir continuer à pratiquer leur religion catholique.
C'est peu après le tour de Montréal, dernière ville encore
française.
Trois armées anglaises d'un total de 11.000 hommes l'encerclent. Lévis demande au
gouverneur la permission de tenter une sortie avec ses 2400 hommes. L'honneur de l'armée
française est en jeu. Le sort des habitants de Montréal aussi.
Le gouverneur de Vaudreuil choisit celui-ci. Le 8 septembre 1760, il signe une
capitulation qui garantit l'intégrité physique et les droits des habitants (à son
retour en France, cette capitulation sans gloire lui vaudra d'être enfermé à la
Bastille).
De son côté, le chevalier de Lévis ordonne à ses troupes de «brûler leurs
drapeaux pour se soustraire à la dure condition de les remettre aux ennemis».
Par le traité de Paris du 10 février 1763, Louis XV
cèdera la Nouvelle-France aux Anglais.
Bien qu'abandonnés par la mère patrie, les habitants de la province, arrivés un siècle
plus tôt de la région de Mortagne-au-Perche, resteront attachés à leur langue et à
leur religion.
Au nombre de 65.000 environ, ils résisteront avec succès aux pressions de
l'administration anglaise grâce à leur détermination... et à une fécondité
exceptionnelle, l'une des plus élevées du monde.
De 70 000 au XVIIIème siècle, les Québécois sont devenus 7 millions aujourd'hui. Leur
présence constitue la principale différence entre les sociétés canadienne et
étasunienne. Elle préserve le Canada de la tentation de fusionner avec les États-Unis.