Catéchisme du Concile de Trente

Chapitre 6 - Du cinquième article du Symbole

QUI EST DESCENDU AUX ENFERS, ET LE TROISIÈME JOUR EST RESSUSCITÉ DES MORTS.

Il importe extrêmement, disons-le bien haut, de connaître la gloire de la sépulture de
Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont nous venons de parler dans l'article précédent ; mais il
importe bien plus encore de connaître les victoires éclatantes qu'Il a remportées sur le
démon vaincu et sur l'enfer dépouillé ! C'est ce que nous allons expliquer en même temps
que sa Résurrection. Sans doute ces deux vérités pouvaient fort bien être séparées. Mais
pour suivre l'usage et J'autorité des Pères, nous avons cru devoir les réunir.

§ I. - IL EST DESCENDU AUX ENFERS.

La première partie de cet article nous propose à croire qu'aussitôt après la Mort de
Jésus-Christ son âme descendit aux Enfers, et y demeura aussi longtemps que son Corps
resta dans le tombeau.

Mais ces paroles nous obligent aussi à reconnaître et à croire, que la même Personne de
Jésus-Christ était en même temps dans les Enfers et au fond de son tombeau. Et ce point de
notre Foi n'étonnera personne, surtout si l'on veut se rappeler comme nous l'avons dit tant
de fois, que, bien que l'Âme eût quitté le Corps réellement, jamais pourtant la Divinité ne
fut séparée ni de l'Âme ni du Corps.

Le Pasteur pourra jeter une grande lumière sur les premiers mots de cet article, s'il a soin
d'apprendre et de bien expliquer aux Fidèles ce qu'ils doivent entendre par cette expression :
les Enfers, qui ne signifient pas ici le sépulcre, comme quelques-uns l'ont pensé avec autant
d'impiété que d'ignorance. En effet, l'article qui précède nous enseigne positivement que
Notre-Seigneur Jésus-Christ a été enseveli. Par conséquent les Apôtres n'avaient aucune
raison, en nous transmettant la règle de la Foi. de répéter la même vérité, d'une manière
différente et beaucoup plus obscure.

Ce mot : les Enfers, désigne donc ici ces lieux, ces dépôts cachés où sont retenues
prisonnières les âmes qui n'ont pas encore obtenu la béatitude céleste. C'est dans ce sens que
l'Ecriture Sainte l'emploie dans beaucoup d'endroits. Ainsi nous lisons dans l'Apôtre S. Paul
: (Phil., 2, 10.) Au nom de Jésus, tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les Enfers.
Et dans le Livre des Actes, S. Pierre nous assure que (Act., 2, 24.) Jésus-Christ ressuscita,
après avoir été délivré des douleurs de l'Enfer.

Mais ces lieux ne sont pas tous semblables. L'un est une prison affreuse et obscure, où les
âmes des damnés sont tourmentées avec les esprits immondes par un feu perpétuel et qui ne
s'éteint jamais. Ce lieu porte le nom de géhenne, d'abîme ; c'est l'Enfer proprement dit.

Il y a un autre Enfer où est le feu du Purgatoire. C'est là que les Aines des justes se purifient
dans des souffrances qui durent un temps déterminé, en attendant qu'elles soient dignes
d'entrer dans la Patrie éternelle, (Apoc., 21, 26.) car rien de souillé ne peut y pénétrer. Cette
vérité s'appuie sur le témoignage des Écritures et sur la tradition apostolique en même
temps qu'elle est confirmée par les décrets des saints Conciles. (ibid., Conc., Sess., 25.) Les
Pasteurs auront soin de la prêcher souvent et de l'établir sur les raisons les plus solides. Car
nous sommes dans un temps où les hommes ne veulent plus supporter la saine doctrine.
(Tit., 2, 4, 3.)

Un troisième Enfer est celui où étaient reçues les Aines des Saints avant la venue de
Notre-Seigneur Jésus-Christ, et où elles jouissaient d'un séjour tranquille, exemptes de
toute douleur, et soutenues par l'heureuse espérance de leur rédemption. Or, ce sont
précisément ces Aines saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d'Abraham, que
Jésus-Christ délivra lorsqu'Il descendit aux Enfers.

Et il ne faut pas s'imaginer que Notre-Seigneur descendit aux Enfers uniquement par sa
Puissance et par sa Vertu, et que son Âme n'y pénétra pas réellement. Nous devons croire au
contraire, et de la manière la plus formelle, qu'elle y descendit véritablement et qu'elle y fut
présente substantiellement. C'est le témoignage positif de David : (Psal., 15, 10.) Vous ne
laisserez pas mon Âme dans l’Enfer.

Mais en descendant aux Enfers, Jésus-Christ ne perdit rien de sa Puissance ; et l'éclat de sa
Sainteté ne fut point obscurci. Au contraire, cet événement ne servit qu'à mettre en évidence
la vérité des magnifiques descriptions tracées par  les Prophètes, et à faire voir de nouveau
qu'Il était vraiment le Fils de Dieu, comme Il l'avait déjà prouvé Lui-même par tant de
prodiges. C'est ce que nous comprendrons aisément, si nous prenons soin de comparer
ensemble les différentes causes qui ont fait descendre aux Enfers Jésus-Christ et les autres
hommes. Les hommes y étaient venus en captifs. Lui, Il était libre au milieu des morts,
(Psal., 87, 5, 6.) libre et vainqueur, puisqu'Il venait terrasser les démons qui y retenaient les
hommes enfermés et enchaînés à cause de leurs péchés.

Parmi tous ces prisonniers, les uns enduraient les peines les plus cruelles ; les autres,
quoique exempts de châtiments, souffraient cependant de la privation de Dieu, et ne
pouvaient qu'espérer sans cesse la Gloire qui devait les rendre heureux. Jésus-Christ, Lui,
non seulement n'y souffrit point, mais Il n'y parut que pour délivrer les Saints et les Justes
des douleurs de leur triste captivité, et pour leur communiquer les fruits de sa Passion.
Ainsi donc sa descente aux Enfers ne lui fit rien perdre de sa Dignité, ni de sa Puissance
souveraine.

Ces premières explications données, le Pasteur devra ensuite exposer que Notre-Seigneur
Jésus-Christ descendit aux Enfers, non seulement pour enlever aux démons leurs
dépouilles, et briser les chaînes des saints Patriarches et des autres Justes, mais encore pour
les introduire avec Lui dans le Ciel. Ce qu'Il fit d'une manière admirable et infiniment
glorieuse. Car sa seule Présence répandit immédiatement au milieu d'eux une lumière
resplendissante, les remplit d'une joie et d'une allégresse ineffable, et les mit en possession
de cette béatitude qu'ils désiraient tant, et qui consiste dans la vue de Dieu. Alors se trouva
vérifiée la promesse que Notre-Seigneur avait faite au bon larron : (Luc., 23, 43.)
Aujourd'hui même tu seras avec Moi en Paradis.

Cette délivrance des Justes, le Prophète Osée l'avait prédite longtemps auparavant : (Osée,
13, 14.) ô Mort, avait-il dit, je serai ta mort ; ô Enfer, je te déchirerai. Le Prophète
Zacharie l'avait également annoncée en ces termes : (Zach., 9, 11) Vous aussi, par le Sang
de votre Alliance, vous avez tiré vos captifs de la fosse, où il n'y a point d'eau. Et enfin
l'Apôtre S. Paul exprime la même vérité en disant de Notre-Seigneur Jésus-Christ : (Col., 2.
15) Il a désarmé les Principautés et les Puissances, Il les a exposées en spectacle avec une
pleine autorité, après avoir triomphé d'elles en sa propre personne. - Mais pour mieux
comprendre encore la portée de ce Mystère, nous devons nous rappeler souvent que les
Justes, non seulement ceux qui vécurent après Notre-Seigneur, mais encore ceux qui
L'avaient précédé depuis Adam, et ceux qui viendront après Lui jusqu'à la fin des siècles,
tous ces justes, sans exception, ont été sauvés par le bienfait de sa Passion. Voilà pourquoi
avant sa Mort et sa Résurrection, les portes du Ciel n'avaient jamais été ouvertes à personne.
Les Ames des Justes, en se séparant de leurs corps, étaient portées dans le sein d'Abraham,
ou bien comme il arrive encore aujourd'hui à celles qui, en quittant ce monde, ont quelque
souillure à laver et quelque dette à payer, elles allaient se purifier par le feu du Purgatoire.

Enfin une dernière raison pour laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ descendit aux Enfers,
c'est qu'Il voulait y manifester sa Force et sa Puissance, aussi bien qu'au ciel et sur la terre,
afin qu'il fût absolument vrai de dire (Phil., 2, 10.) qu'à son Nom tout genou fléchit au
Ciel, sur la terre et dans les Enfers.

Qui n'admirerait ici la Bonté infinie de Dieu envers les hommes ? qui ne serait saisi
d'étonnement en voyant son Fils unique non seulement endurer pour nous la mort la plus
cruelle, mais encore pénétrer jusqu'aux plus basses parties de la terre, afin d'en arracher les
Ames qui lui étaient chères et de les conduire au séjour du bonheur ?

§ II - IL EST RESSUSCITÉ DES MORTS.

Cette seconde partie de l'article cinquième veut être expliquée avec le plus grand soin. Le
Pasteur y prendra garde. C'est l'avertissement de l'Apôtre : ( 2. Tim., 2, 8.) Souvenez-vous
que Notre-Seigneur Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts. Or cette recommandation
de S. Paul à Timothée s'applique évidemment à tous ceux qui ont charge d'âmes.

Voici maintenant le sens de cette partie de l'article : Après que Jésus-Christ, le sixième jour,
à la neuvième heure, eut rendu l'esprit sur la Croix, et que le même jour, vers le soir, Il eut
été enseveli par ses disciples – lesquels avec la permission du Procurateur romain Ponce
Pilate, avaient descendu son Corps de la Croix, et L'avaient transporté dans un sépulcre
neuf, au milieu d'un jardin voisin – le troisième jour après, qui était le Dimanche, de grand
matin son âme se réunit de nouveau à son corps. Ainsi, après être resté mort durant ces trois
jours, Il reprit la vie qu'Il avait quittée en mourant, et ressuscita.

Et, par ce mot de Résurrection, il ne faut pas seulement entendre que Jésus-Christ s'est
réveillé d'entre les morts, comme cela est arrivé à plusieurs autres, mais qu'Il est ressuscité
par sa propre Force, par sa Puissance personnelle, ce qui ne peut convenir qu'à Lui seul, car
il est contraire à la nature, et personne n'a jamais eu ce pouvoir, de passer par sa propre
vertu de la mort à la vie. Cela était réservé à Dieu seul, à sa souveraine Puissance. L'Apôtre
nous le dit : (. II Cor., 13, 4.) S'Il a été crucifié dans son infirmité d'homme, c'est par sa
Puissance de Dieu qu'Il est revenu à la vie. Et en effet, la Divinité n'ayant jamais été
séparée, ni du Corps de Jésus-Christ pendant qu'Il était dans le tombeau, ni de son Aine
pendant qu'elle était descendue aux Enfers, ce Corps et cette Aine conservaient une Vertu
divine. Et c'est par cette Vertu divine que le Corps pouvait être réuni à l'Aine, que l'Aine
pouvait retourner au Corps, et que Jésus-Christ pouvait revivre et ressusciter des morts par
sa propre puissance.

David, rempli de l'Esprit de Dieu, avait annoncé ce prodige quand il avait dit : (Ps., 97, 1)
Sa droite et son bras puissant l'ont sauvé. Notre-Seigneur Lui-même nous en avait donné
l'assurance de sa propre bouche : (Joan., 10, 17.) Je quitte mon âme pour la reprendre de
nouveau. J'ai le pouvoir de la quitter, et J'ai le pouvoir de la reprendre. C'est pour
confirmer cette vérité qu'Il disait aux Juifs : (Joan., 2, 19, 21.) Détruisez ce temple, et dans
trois jours Je le rebâtirai. Sans doute les Juifs croyaient qu'Il parlait de ce magnifique
temple de pierre qu'ils avaient sous les yeux ; Lui, voulait parler du temple de son corps,
comme le dit saint Jean en termes formels. Et si nous lisons dans quelques passages de nos
saints Livres que Jésus-Christ a été ressuscité par son Père (Act., 2, 24 ; 3, 15 ; Rom., 8,
11.), ces paroles se rapportent à Lui, comme homme; de même qu'il faut rapporter à sa
divinité ces autres paroles de la sainte Écriture (Rom., 8, 34) Il s'est ressuscité par sa
propre vertu.

Il y a encore ceci de particulier dans la Résurrection de Jésus-Christ, c'est qu'Il a été le
premier de tous qui ait participé à ce bienfait divin. Voilà pourquoi la Sainte Écriture
L'appelle (Apoc., 1, 5. - Col., 1, 18.) le premier né d'entre les morts, et le premier né des
morts. Et S. Paul nous dit de Lui : (1. Cor., 15, 20 et seq.) Le Christ est ressuscité d'entre
les morts, comme les prémices de ceux qui dorment. Car si la mort est venue par un
homme, c'est aussi par un homme qu'arrive la résurrection. Et de même que tous meurent
en Adam, ainsi tous revivront en Jésus-Christ, mais chacun dans son rang, Jésus-Christ
d'abord comme les prémices, puis ceux qui sont à Jésus-Christ.

Ces paroles doivent s'entendre de la résurrection parfaite, qui détruit pour nous toute espèce
de nécessité de mourir une seconde fois, et nous met en possession d'une vie immortelle.
Or, dans ce genre de résurrection, Jésus-Christ tient le premier rang. S'il n'était question en
effet que de ce retour à la vie qui n'enlève pas la nécessité de mourir une seconde fois,
plusieurs, avant Jésus-Christ, étaient ressuscités aussi ; mais en revenant à la vie ils étaient
toujours obligés de mourir de nouveau ; Jésus-Christ, au contraire, vainquit et dompta
tellement la mort par sa Résurrection qu'Il ne pouvait plus mourir. C'est l'enseignement
formel deS. Paul : (Rom., 6, 9.) Jésus-Christ ressuscité des morts ne meurt plus. Et la mort
désormais n'aura plus d'empire sur Lui.

§ III. - LE TROISIÈME JOUR.

Ces mots sont ajoutés à l'article. Le Pasteur aura soin de bien les expliquer aux Fidèles, afin
qu'ils ne s'imaginent point que Notre-Seigneur Jésus-Christ demeura trois jours entiers dans
le tombeau. En effet, Il n'y fut renfermé qu'un jour entier, une partie du jour précédent et
une partie du jour suivant. Cela suffit pour que nous puissions dire en toute vérité qu'Il
resta trois jours dans le sépulcre et qu'Il ressuscita le troisième jour.

Pour montrer qu'Il était Dieu, Il ne voulut pas différer sa Résurrection jusqu'à la fin du
monde ; pour prouver qu'Il était vraiment homme, et réellement mort Il ne ressuscita pas
immédiatement après sa mort, mais seulement le troisième jour après. Cet intervalle de
temps Lui parut suffisant pour garantir la réalité de sa mort.

Les Pères du premier concile de Constantinople ont ajouté ceci : selon les Ecritures. Ces
mots sont empruntés à l'Apôtre, et les Pères dont nous parlons ne les ont transportés dans le
Symbole de leur Foi que parce qu'ils avaient appris du même Apôtre combien le mystère de
la résurrection était nécessaire. (1 Cor., 15, 12.) Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, dit S.
Paul aux Corinthiens, notre prédication est vaine, et vaine aussi est votre Foi. Et encore :
Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, votre Foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés.
Aussi S. Augustin plein d'admiration pour cet enseignement de notre Foi, s'écriait : (S. Aug.
in Ps., 120, 4.) C'est peu de croire que Jésus-Christ est mort ; les païens, les Juifs, les
méchants le croient. Oui, tous croient qu'Il est mort, mais ce qui caractérise la Foi des
Chrétiens, c'est sa Résurrection. Ce qui fait sa grandeur, c'est que nous croyons qu'Il est
ressuscité. Voilà pourquoi Notre-Seigneur parlait si fréquemment de sa Résurrection. Et
même Il ne s'entretenait pour ainsi dire jamais de sa Passion avec ses disciples, sans ajouter
quelques mots sur sa Résurrection. Ainsi, après avoir dit : (Matt., 16, 21) Le Fils de
l'homme sera livré aux gentils, Il sera outragé, fouetté, couvert de crachats, et mis à mort
après avoir été flagellé, Il terminait en disant : Et le troisième jour Il ressuscitera. Et
lorsque les Juifs Lui demandaient de prouver sa doctrine par un signe, par un prodige
quelconque, Il leur répondit : (Luc., 11, 29.) que nul autre signe ne leur serait donné que
celui du prophète Jonas, (Matt., 12, 39) et que comme Jonas avait été trois jours et trois
nuits dans le ventre d'une baleine, ainsi le Fils de l'homme serait trois jours et trois nuits
dans le sein de la terre.

Mais pour mieux pénétrer la profondeur et le sens de cet article, nous devons étudier et
savoir trois choses : 1° le pourquoi la Résurrection de Jésus-Christ était nécessaire ; 2°
quels étaient la fin et le but de cette Résurrection ; 3° enfin, quels fruits et quels avantages
nous en avons retirés.

§ IV. - CAUSES, FIN ET FRUITS DE LA RÉSURRECTION.

Et d'abord, il était nécessaire que Jésus-Christ ressuscitât, pour faire éclater la justice de
Dieu. En effet, Dieu se devait à lui-même de glorifier Celui qui, pour obéir, S'était
volontairement humilié et avait accepté tous les outrages. C'est la raison même que nous
donne l'Apôtre écrivant aux Philippiens : (Phil., 2, 8, 9.) Il s'est humilié Lui-même, se
rendant obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu L'a élevé.

Une seconde raison de la Résurrection, c'est qu'elle était nécessaire pour fortifier en nous la
Foi sans laquelle l'homme ne saurait être justifié. Car ce qui prouve le mieux que
Jésus-Christ est le Fils de Dieu, c'est sa Résurrection d'entre les morts, et par sa propre
vertu.

En troisième lieu, la Résurrection de Notre-Seigneur était nécessaire pour nourrir et
soutenir notre espérance. En effet, par le seul fait que Jésus-Christ est ressuscité, nous
avons le droit d'espérer d'une manière certaine que nous aussi nous ressusciterons. Car les
membres doivent, de toute nécessité, partager le sort de la tête. C'est à cette conclusion que
l'Apôtre veut arriver dans ses lettres si motivées aux Fidèles de Corinthe (I Cor., 15, 12.) et
de Thessalonique (Thess., 4, 13.) ; c'est également le raisonnement du Prince des Apôtres,
qui nous dit : (I Petr., 1, 3.) Béni soit Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui,
selon sa grande miséricorde, nous a régénérés par la Résurrection de Jésus-Christ
d'entre les morts, en nous donnant l'espérance vive d'un héritage incorruptible !

Enfin, ajoutons que la Résurrection du Sauveur était nécessaire pour achever le mystère de
notre Salut et de notre Rédemption. Par sa mort, Jésus-Christ nous avait délivrés de nos
péchés ; par sa Résurrection, Il nous rendait ces biens précieux que le péché nous avait fait
perdre. Voilà pourquoi l'Apôtre n'a pas manqué de dire : (Rom., 4, 25.) Jésus-Christ a été
livré pour nos péchés, et Il est ressuscité Pour notre justification. Afin que l’œuvre de
notre salut fût complète, la Résurrection de Notre-Seigneur était donc nécessaire, aussi bien
que sa mort.

Par tout ce que nous avons dit jusqu'ici, il est facile d'apprécier les avantages considérables
que la Résurrection de Notre-Seigneur nous a procurés.

Et d'abord, nous voyons dans ce prodige un Dieu immortel, plein de gloire, vainqueur de la
mort et du démon, car tous ces titres appartiennent à Jésus-Christ ; nous le croyons
fermement, et nous faisons profession de le croire.

Ensuite la Résurrection du Sauveur nous mérite et nous assure notre propre résurrection.
D'une part elle en est la cause efficiente, et d'autre part elle est le modèle d'après lequel nous
devons tous ressusciter. Voici en effet ce que nous affirme l'Apôtre en parlant de la
résurrection des corps : (I. Cor., 15, 21.) La mort est venue par un homme, et la
résurrection des morts arrivera aussi par un homme. Tant il est vrai que tout ce que Dieu
a fait dans le mystère de notre rédemption, Il l'a fait en se servant de l'humanité de son Fils
comme d'un moyen efficace. Ainsi sa résurrection a été comme un instrument pour opérer
la nôtre. Et nous disons encore qu'elle est le modèle de la nôtre, parce qu'elle est la plus
parfaite. De même que le corps de Jésus-Christ, en ressuscitant, s'est élevé dans sa
transformation à une gloire immortelle, de même aussi nos corps, aujourd'hui faibles et
mortels, seront, après la résurrection, revêtus de gloire et d'immortalité. Car, dit l'Apôtre,
(Phil., 3. 20, 21.) nous attendons le Sauveur Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui réformera
notre corps humilié, en le rendant semblable à son corps de gloire.

Ce que nous venons de dire du corps peut s'appliquer à l'âme morte par le péché. La
Résurrection de Jésus-Christ est le modèle de la sienne. L'Apôtre nous l'enseigne clairement
: (Rom., 6, 4, 5.) De même, dit-il, que Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la
gloire de son Père, ainsi devrons-nous marcher nous-mêmes dans une vie nouvelle. Car si
nous avons été entés en lui par la ressemblance de sa mort, nous y serons entés aussi par
la ressemblance de sa Résurrection. Et un peu plus loin il dit encore (Rom., 9, 10, 11) :
Nous savons que Jésus-Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus, et que la mort
n'aura plus d'empire sur Lui. Car s'Il est mort pour le péché, Il n'est mort qu'une fois ; et
maintenant qu'Il vit, Il vit pour Dieu. Ainsi considérez-vous vous-mêmes comme morts au
péché, et comme ne vivant plus que pour Dieu en Jésus-Christ.

Nous avons donc deux choses à faire pour imiter la Résurrection de Jésus-Christ. D'abord,
après nous être lavés des souillures du péché, nous devons embrasser un nouveau genre de
vie, où l'on puisse voir briller la pureté des mœurs, l'innocence, la sainteté, la modestie, la
justice, la charité et l'humilité. Ensuite, il est nécessaire de persévérer dans cette vie
nouvelle, de manière à ne jamais nous écarter, avec la grâce de Dieu, de la voie de la justice.

Or, les paroles de l'Apôtre que nous venons de citer ne nous apprennent pas seulement que
la Résurrection de Jésus-Christ nous est proposée comme modèle de la nôtre, mais qu'elle
nous donne en réalité la vertu de ressusciter un jour, et que, en attendant, elle nous
communique les lumières et les forces nécessaires pour persévérer dans la sainteté, dans la
justice et dans l'accomplissement des préceptes divins. De même en effet que la mort de
notre Sauveur est un modèle de la mort au péché, et que, de plus, elle nous donne la vertu
de réaliser en nous ce genre de mort ; de même aussi sa Résurrection nous procure les
forces suffisantes pour acquérir la justice, pour servir Dieu dans la piété et dans la sainteté,
et pour marcher définitivement dans cette vie nouvelle où nous entrons. Voilà en effet ce
que Notre-Seigneur a surtout voulu obtenir par sa Résurrection, c'est que nous, qui
auparavant étions morts avec Lui au péché et au monde, nous puissions ressusciter avec Lui
à une vie toute nouvelle et parfaitement réglée.

Quelles sont les marques principales de cette résurrection spirituelle ? L'Apôtre a voulu
nous en prévenir. (Col., 3, 1.) Si, dit-il, vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, cherchez ce
qui est en haut, où Jésus-Christ est assis à la droite de son Père. C'est bien nous montrer
clairement que ceux qui ne cherchent et désirent la vie, les honneurs, le repos. les richesses
que là où est Jésus-Christ, ceux-là sont vraiment ressuscités avec Lui. Et quand il ajoute
(Col., 3, 2.) : Aimez les choses du ciel et non celles de la terre, n'est-ce pas nous donner
encore une autre marque pour reconnaître si vraiment nous sommes ressuscités avec
Notre-Seigneur ? Comme le goût indique habituellement les dispositions du corps, et son
degré de santé, de même dès que quelqu'un (Phil., 4, 8.) goûte tout ce qui est vrai, tout ce
qui est honnête, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint, dès qu'il éprouve au dedans de
lui-même la suavité des choses célestes, c'est la preuve qu'il est vraiment ressuscité à une
vie nouvelle et spirituelle, avec Notre-Seigneur Jésus-Christ.