Catéchisme du Concile de Trente
Chapitre cinquième - Du quatrième article du Symbole
QUI A SOUFFERT SOUS PONCE PILATE, A ÉTÉ CRUCIFIÉ, EST MORT, ET A ÉTÉ ENSEVELI.
Pour montrer combien la
connaissance de cet article est nécessaire, et avec quel zèle le
Pasteur doit exhorter les Fidèles à se rappeler le plus souvent possible la
Passion du
Sauveur, il suffit de citer ces paroles du grand Apôtre dans lesquelles (1 Cor.,
2, 2.) il fait
profession de ne savoir rien autre chose que Jésus-Christ crucifié. Le Pasteur
devra donc
employer tous ses soins et tous ses efforts à bien faire ressortir cette
vérité, afin que le
souvenir d'un si grand bienfait fasse impression sur les Fidèles et les porte à
reconnaître et à
admirer sans réserve la bonté et l'amour de Dieu pour nous.
§ I. - QUI A SOUFFERT SOUS PONCE-PILATE
La première partie de cet article
(on parlera de la seconde un peu plus loin) nous propose à
croire que Notre Seigneur Jésus-Christ a été crucifié dans le temps où Ponce
Pilate
gouvernait la Judée, au nom de l'empereur Tibère. En effet Il fut arrêté,
accablé de railleries
et d'injures, tourmenté de diverses manières, et enfin attaché à une croix. Et
il n'est pas
permis de douter que son âme, dans sa partie inférieure, n'ait été sensible à
ces tourments.
Car par le seul fait qu'Il avait revêtu la nature humaine, nous sommes obligés
de reconnaître
qu'Il ressentit dans son âme la plus vive douleur. Aussi dit-il Lui-même : (Matth., 26, 38,
Marc., 14, 34.) mon âme est triste à en mourir. Sans doute la nature humaine se
trouvait
unie en Lui à une personne divine, mais il n'en est pas moins vrai qu'Il
souffrit toute
l'amertume de sa Passion, comme si cette union n'avait pas existé. Les
propriétés des deux
natures furent conservées dans la Personne unique de Jésus-Christ. Par
conséquent ce qui,
en Lui, était passible et mortel, demeura passible et mortel ; et ce qui était
impassible et
immortel, c'est-à-dire la nature divine, ne perdit rien de ses qualités
essentielles.
Quant au soin particulier avec
lequel on a voulu rappeler ici que Jésus-Christ souffrit dans
le temps où Ponce Pilate gouvernait la Judée, réduite en province romaine, le
Pasteur ne
manquera pas d'en donner la raison ; c'est que la connaissance d'un événement
si
considérable, et en même temps si nécessaire pour l'humanité, devenait beaucoup
plus facile
pour tous, en précisant l'époque certaine de son accomplissement. C'est ce que
l'Apôtre S.
Paul avait fait. (1 Tim., 6, 13.) De plus, il faut voir dans ces paroles
l'accomplissement de
cette prophétie du Sauveur disant de Lui-même : (Matt., 20, 19.) Ils le
livreront aux Gentils
pour être outragé, flagellé et crucifié.
Ce fut également par un conseil
particulier de Dieu qu'Il voulut mourir sur une croix. Ne
fallait-il pas que la vie nous revînt par où la mort nous était venue ? (Préf. Pass.) Le
serpent qui avait triomphé de nos premiers parents avec le fruit d'un arbre,
fut vaincu à son
tour par Jésus-Christ sur l'arbre de la Croix. Les Saints Pères ont longuement
développé un
bon nombre de raisons que nous pourrions reproduire, pour faire comprendre
toutes les
convenances de ce genre de mort, plutôt que tout autre. Mais le Pasteur
avertira les Fidèles
qu'il leur suffit de croire que Jésus-Christ a choisi la Croix pour y mourir,
parce qu'il la
trouvait la plus convenable et la mieux appropriée à la Rédemption du genre
humain. En
effet, il n'y avait rien de plus honteux ni de plus humiliant. Et ce n'étaient
pas seulement les
paiens qui regardaient ce supplice comme abominable,
et Plein de honte et d'infamie ; la loi
de Moïse elle-même prononçait l'anathème contre celui qui est pendu au bois. (6
Deut.,
21, 23., Ga]., 3, 13)
Le Pasteur n'oubliera pas non plus
de raconter l'histoire des souffrances de Jésus-Christ, si
soigneusement décrites par les Évangélistes. Tout au moins il fera connaître
aux Fidèles les
points principaux de ce mystère, c'est-à-dire ceux qui semblent plus
nécessaires pour
confirmer la vérité de notre Foi. C'est sur cet article en effet, que la Foi et
la Religion
chrétienne reposent comme sur leur base. Si l'on a soin de bien l'établir, tout
le reste se
soutient parfaitement. Car si l'esprit humain trouve ailleurs des difficultés,
c'est sans
contredit dans le mystère de la Rédemption qu'il en rencontre le plus. Nous
avons peine à
concevoir que notre salut dépende de la Croix et de Celui qui s'y laissa clouer
pour notre
amour. Mais c'est en cela même, selon l'enseignement de l'Apôtre, qu'il faut
admirer la
souveraine Providence de Dieu. Car (1 Cor., 1, 21.) voyant que le monde, avec
sa sagesse,
ne L'avait point reconnu dans les œuvres de sa divine Sagesse, il lui a plu de
sauver par
la folie de la prédication ceux qui croiraient. Il n'y a donc pas lieu d'être
surpris que les
Prophètes, avant son arrivée dans le monde et les Apôtres, après sa Mort et sa
Résurrection,
aient fait tant d'efforts pour persuader aux hommes que Jésus-Christ est leur
Rédempteur, et
pour les amener à reconnaître la puissance de ce Crucifié, et à Lui obéir.
On peut dire que le mystère de la
Croix, humainement parlant, est plus que tout le reste, en
dehors des conceptions de la raison ; voilà pourquoi, depuis le péché d'Adam,
Dieu n'a point
cessé d'annoncer la mort de son Fils, tantôt par des figures, tantôt par des
oracles de ses
Prophètes. Ainsi, pour dire un mot des figures, Abel (Gen.,
4, 8.) tué par la jalousie de son
frère, Isaac (Gen., 22, 6, 7, 8) offert par son père
en sacrifice, l'agneau (Exod., 12, 5, 6. 7.)
immolé par les Hébreux à leur sortie d'Égypte, le serpent (Num-,
21, 8, 9.) d'airain que
Moïse fit élever dans le désert, voilà bien autant de figures qui
représentaient par avance la
Passion et la Mort de Notre Seigneur Jésus-Christ ! Quant aux Prophètes,
presque tous les
ont prédites ; et leurs prophéties sont trop connues pour que nous ayons à les
rapporter ici.
Mais outre celles de David (Ps., 2, 21, 68 et109), qui a embrassé dans ses
Psaumes tous les
mystères de notre Rédemption, est-il possible d'en trouver de plus claires et
de plus
évidentes que celles d'Isaïe ? (Is., 53, 7.) Et ne dirait-on pas que ce voyant
raconte des faits
accomplis, bien plus qu'il ne prophétise des événements futurs ? (Hier., Ep.,
ad Paul.)
§ II –EST MORT, ET A ÉTÉ ENSEVELI.
(Matt., 27, 50.,
Marc, 15, 37.. Luc, 23, 46., Joan.,
19, 30.)
Le Pasteur enseignera que ces paroles nous obligent à croire que
Jésus-Christ, après avoir
été crucifié, mourut véritablement et fut enseveli. Et ce n'est pas sans raison
que les Apôtres
ont fait de cette vérité un article spécial de leur Credo. Car il s'est trouvé
des hommes, et en
certain nombre, pour soutenir que Notre Seigneur n'était pas mort sur la Croix.
Les Apôtres,
ces personnages si saints et si vénérables, ont donc fait preuve de sagesse en
établissant ce
point particulier de notre Foi pour repousser cette erreur. Du reste,
l'authenticité du fait ne
laisse aucune place au doute. Tous les Évangélistes sont d'accord pour dire que
Jésus-Christ
rendit l'esprit. Au surplus, notre Sauveur étant vraiment et parfaitement homme
pouvait par
là même mourir véritablement. Or l'homme meurt, lorsque son âme se sépare de
son corps.
Ainsi lorsque nous disons que Jésus-Christ est mort, nous entendons que son âme
a été
séparée de son Corps. Mais nous n'admettons pas que la Divinité en ait été
séparée. Non, car
nous croyons fermement, au contraire, et nous faisons profession de croire
qu'après la
séparation du Corps et de l’Âme, la divinité demeura inviolablement unie au
Corps dans le
sépulcre, et à l'Âme dans les Enfers. Or (Heb., 2,
14) Il convenait que le Fils de Dieu
mourût, afin que par sa mort, Il détruisît celui qui avait l'empire de la mort,
c'est-à-dire
le démon, et qu'Il délivrât ceux que la crainte de la mort tenait pendant toute
la vie dans
un état de servitude.
Mais ce qu'il y a d'extraordinaire
dans la Mort de Jésus-Christ, c'est qu'Il mourut
précisément en Maître de la mort, au moment même où Il avait décrété de mourir,
et de plus
que sa mort fut l'effet de sa volonté, et non de la violence de ses ennemis. Il
avait, en effet,
non seulement réglé et arrêté sa mort, mais encore Il en avait fixé le lieu et
le moment. Isaïe
avait dit de Lui : (Isaïe.,53, 7.) Il a été offert
(c'est-à-dire immolé), parce qu'Il l'a voulu.
Lui-même, avant sa Passion disait à son tour : (Joan., 10, 18.) Je laisse mon
âme pour la
reprendre de nouveau. Personne ne Me l'enlève mais je la quitte de Moi-même.
J'ai le
pouvoir de la quitter, et J'ai le pouvoir de la reprendre. Et pour le temps et
le lieu de sa
mort, voici comment Il s'en explique lorsque Hérode Lui tendait des embûches
pour Le
faire périr : (Luc., 13, 32, 33.) Allez dire à ce renard - Je chasse les
démons, et J'opère des
guérisons aujourd'hui et demain' et le troisième jour Je mourrai. Et cependant
il faut que
Je marche aujourd'hui et demain et le jour suivant : car il ne faut pas qu'un
Prophète
périsse hors de Jérusalem.
Ce ne fut donc ni malgré Lui ni par
contrainte, ce fut au contraire par sa pleine volonté qu'Il
s'offrit Lui-même, et qu'il dit en s'avançant vers ses ennemis : (. Joan., 18,
5.) c'est Moi ! Et
ce fut de son plein gré qu'Il endura tous les tourments injustes et cruels dont
ils
L'accablèrent.
Rien n'est plus capable de nous
émouvoir et de nous toucher profondément que le souvenir
et la méditation de toutes ses souffrances et de toutes ses tortures. Si
quelqu'un avait
souffert pour nous toutes sortes de douleurs, non pas volontairement, mais par
nécessité et
par contrainte, peut-être pourrions-nous ne voir dans ces souffrances qu'un
bienfait relatif.
Mais au contraire, s'il s'agissait de quelqu'un qui, pour nous, uniquement pour
nous, aurait
bien voulu souffrir la mort de son plein gré, et lorsqu'Il pouvait s'y
soustraire, ce trait de
bonté serait si beau et si grand, que le cœur le plus reconnaissant, non
seulement ne saurait
exprimer, mais même ressentir, toute la gratitude qu'Il mériterait. Quelle est
donc
l'excellence de la charité de Jésus-Christ envers nous, et comment mesurer tout
ce qu'il y a
d'immense et de divin dans le bienfait de la Rédemption ?
Nous confessons ensuite qu'Il a été
enseveli. Mais nous ne considérons pas ces paroles
comme une vérité particulière qui offrirait des difficultés nouvelles, après
les explications
que nous avons données sur sa mort. En effet dès lors que nous croyons que
Jésus-Christ
est véritablement mort, il n'est plus difficile de nous persuader qu'Il a été
enseveli. Si donc
on a ajouté ces mots, c'est d'abord afin de supprimer tout prétexte de doute
sur sa mort, car
l'une des plus grandes preuves de la mort d'un homme, c'est le fait même de sa
sépulture.
C'est en second lieu afin de rendre plus sensible et plus éclatant le miracle
de sa
Résurrection.
Mais par ces paroles nous ne
reconnaissons pas seulement que le Corps de Jésus-Christ a
été enseveli, nous admettons de plus, et surtout ainsi que l'Église nous le
propose à croire
(Matth., 27, 60. Marc., 15, 46. - Luc., 23, 53. -
Joan.,19, 38.), que c'est un Dieu qui a reçu
la sépulture, comme nous disons en toute vérité, selon la règle de la Foi
catholique, que
Dieu est mort, que Dieu est né d'une Vierge. Et de fait, puisque la Divinité de
Jésus-Christ
n'a pas été séparée de son Corps renfermé dans le tombeau, nous avons le droit
de dire que
Dieu a été enseveli.
En ce qui regarde le genre et le
lieu de cette sépulture, le Pasteur se contentera du texte des
saints Évangiles. Toutefois il fera ici deux observations très importantes : la
première, que
le Corps de Jésus-Christ dans le tombeau fut exempt de toute corruption, ainsi
que le
Prophète l'avait annoncé en ces termes : (Psal., 15,
10. Act., 2, 31.) Vous ne permettrez
point, Seigneur, que votre Saint éprouve la corruption. La seconde, c'est que
toutes les
parties de cet article, la Sépulture, la Passion et la Mort ne conviennent à
Jésus-Christ qu'en
tant qu'Il est homme, et non en tant qu'Il est Dieu. Car la souffrance et la
mort sont le triste
apanage de la nature humaine. Cependant ces choses sont attribuées à Dieu dans
le Symbole,
parce qu'il est clair qu'on peut les dire avec raison de la Personne qui est
tout à la fois Dieu
parfait et homme parfait.
§ III. - CAUSES DE LA MORT DE JÉSUS-CHRIST.
Ces vérités ainsi exposées, les
Pasteurs auront soin de développer, sur la Passion et la mort
de Jésus-Christ, certaines considérations propres à faire méditer aux Fidèles,
la profondeur
d'un si grand mystère.
Et d'abord, ils diront quel est
Celui qui a enduré toutes ces souffrances. C'est Celui dont la
dignité est telle que nous ne pouvons ni la comprendre ni l'expliquer -, Celui
dont S. Jean a
dit (Joann., 1, 1.) qu'Il est le Verbe qui était en
Dieu ; Celui dont l'Apôtre S. Paul a fait ce
magnifique éloge (Hebr., 1, 2, 3.), qu'il a été
établi de Dieu héritier de toutes choses, que
les siècles ont été faits par Lui ; qu'Il est la splendeur de la gloire et le
caractère de la
substance du Père ; qu'Il soutient tout par la parole de sa Puissance, qu'Il
nous a
purifiés de nos péchés, et qu'en conséquence, Il est assis à la droite de la
Majesté
suprême, au plus haut des cieux. Et, pour tout dire en un mot, Celui qui a
souffert pour
nous, c'est Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble. Oui, c'est le Créateur
qui souffre
pour ses créatures ; c'est le Maître qui souffre pour ses esclaves. C'est Celui
qui a créé les
Anges, les hommes, le ciel et tous les éléments, enfin (Rom., 11, 36.) Celui en
qui, par qui,
et de qui toutes ces choses subsistent. Il ne faut donc pas nous étonner que
lorsque l'Auteur
de la nature fut si violemment agité par tant de tourments, l'édifice tout
entier n'ait été
ébranlé, et que, selon le récit de l'Ecriture, (Matth.,
27, 51.) la terre ait tremblé, que les
rochers se soient fendus, que les ténèbres aient couvert toute la surface de la
terre, et que
le soleil se soit obscurci. Mais si ces créatures muettes et insensibles ont
pleuré la mort de
leur Créateur, quelles larmes ne doivent pas verser les Fidèles, et de quelle
douleur ne
doivent-ils pas être pénétrés, eux qui sont (Luc, 23, 44.) les pierres vivantes
de la maison de
Dieu ?
Il faut ensuite exposer les causes
de la Passion, afin de rendre plus frappantes encore la
grandeur et la force de l'Amour de Dieu pour nous. Or, si on veut chercher le
motif qui
porta le Fils de Dieu à subir une si douloureuse Passion, on trouvera que ce
furent, outre la
faute héréditaire de nos premiers parents, les péchés et les crimes que les
hommes ont
commis depuis le commencement du monde jusqu'à ce jour, ceux qu'ils commettront
encore jusqu'à la consommation des siècles. En effet le Fils de Dieu notre
Sauveur eut pour
but dans sa Passion et dans sa Mort de racheter et d'effacer les péchés de tous
les temps, et
d'offrir à son Père pour ces péchés une satisfaction abondante et complète.
Il convient d'ajouter, pour donner
plus de prix à son Sacrifice, que non seulement ce divin
Rédempteur voulut souffrir pour les pécheurs, mais que les pécheurs eux-mêmes
furent les
auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu'Il endura. C'est la
remarque de
l'Apôtre S. Paul dans son Epître aux Hébreux : (Hebr.,
12, 3.) Pensez, dit-il, en vous-mêmes
à Celui qui a Souffert une si grande contradiction de la part des pécheurs
élevés contre
Lui, afin que vous ne vous découragiez point, et que vous ne tombiez point dans
l'abattement.
Nous devons donc regarder comme
coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à
retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à
Notre-Seigneur
Jésus-Christ le supplice de la Croix, à coup sur ceux qui se plongent dans les
désordres et
dans le mal (Hebr., 6, 6.) crucifient de nouveau dans
leur cœur, autant qu'il est en eux, le
Fils de Dieu par leurs péchés, et Le couvrent de confusion. Et il faut le
reconnaître, notre
crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au
témoignage de
l'Apôtre, (Cor., 2, 8.) s'ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L'auraient
jamais crucifié.
Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le
renions
par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides.
Enfin la Sainte Écriture nous
enseigne que Notre-Seigneur Jésus-Christ a été livré à la mort
par son Père et par Lui-même. Le Prophète Isaïe fait dire à Dieu le Père :
(Isa., 53, 8.) Je
L’ai frappé à cause du crime de mon peuple. Et, quelques lignes plus haut, le
même
Prophète plein de l'Esprit de Dieu, voyant dans l'avenir le Sauveur couvert de
plaies et de
blessures, s'écriait : (32. Isa., 53, 6.) Nous nous sommes tous égarés comme
des brebis.
Chacun de nous a suivi sa voie, et le Seigneur a mis sur Lui les iniquités de
nous tous.
Puis en parlant de Dieu le Fils, il dit : (. Isa., 53, 16.) S'Il sacrifie sa
vie pour le péché, Il
verra une longue postérité. Et l'Apôtre S. Paul confirme cette vérité par des
paroles encore
plus décisives, tout en voulant nous montrer d'ailleurs ce que nous avons à
espérer de la
Miséricorde et de la Bonté infinie de Dieu : (Rom., 8, 32.) Celui, dit-il, qui
n'a pas
épargné son Propre Fils, mais qui L'a libéré pour nous tous, comment, avec Lui,
ne nous
aurait-il pas aussi donné toutes choses ?
§ IV. - DOULEURS DE JÉSUS-CHRIST DANS SON CORPS ET DANS SON ÂME.
Ici le Pasteur devra expliquer
combien furent cruelles les douleurs de la Passion. Hélas !
nous n'avons qu'à nous rappeler (Luc., 22, 44.) cette
sueur qui coulait du corps du Sauveur
jusqu'à terre en gouttes de sang, à la pensée des tortures et des supplices qui
L'attendaient
pour comprendre qu'il était impossible de rien ajouter à de pareilles
souffrances. Car si la
seule pensée des tourments qui Le menaçaient fut assez douloureuse pour exciter
en Lui
une sueur de sang, que ne souffrit-Il pas lorsqu'Il les endura réellement ? Il
est donc bien
certain que Notre Seigneur Jésus-Christ ressentit dans son Corps et dans son
Ame les plus
cruelles douleurs.
Et d'abord il n'y eut aucune partie
de son Corps qui n'éprouvât des tourments extrêmes. Ses
pieds et ses mains furent cloués à la Croix, sa tête fut percée par la couronne
d'épines et
frappée à coups de roseau ; son visage fut souillé de crachats, et meurtri par
les soufflets ;
tout son Corps enfin fut battu de verges.
Ce n'est pas tout. Des hommes de
tous rangs et de toutes conditions (Ps., 2, 2.) conspirèrent
contre le Seigneur et contre son Christ. Juifs et Gentils furent également les
instigateurs,
les auteurs et les ministres de sa Passion. (Matt., 26 et 27 ; Marc., 14 et 15
; Luc., 22 et 25 ;
Joan., 13 et 19.). Judas le trahi. Pierre Le renia. Tous ses autres disciples
L'abandonnèrent.
Voyons-Le maintenant sur la Croix.
Faut-il déplorer la cruauté, ou l'ignominie d'un tel
supplice, ou ces deux choses ensemble ? Certes, on ne pouvait inventer un genre
de mort ni
plus honteux, ni plus douloureux. Il était réservé aux grands criminels, aux
derniers des
scélérats, et la lenteur de la mort y rendait encore plus aigu le sentiment des
douleurs les
plus violentes.
Mais ce qui augmentait également
l'intensité de ses souffrances, c'était la constitution et les
qualités même du Corps de Jésus-Christ. Formé par l'opération du Saint-Esprit
ce Corps
était incomparablement plus parfait et plus délicatement organisé que celui des
autres
hommes. Voilà pourquoi aussi sa sensibilité était beaucoup plus vive, et Lui
faisait
ressentir plus profondément tous ces tourments.
Quant aux souffrances intimes de
l'âme, personne ne peut douter qu'elles n'aient été
extrêmes en Jésus-Christ. Lorsque les Saints avaient à subir des persécutions,
ou étaient
livrés aux supplices, leur âme recevait de Dieu des consolations ineffables qui
les
ranimaient au milieu des tourments et leur donnaient la force d'en supporter
patiemment
toutes les rigueurs. On en vit même quelquefois qui éprouvaient alors dans leur
cœur la joie
la plus vive. Je me réjouis, disait l'Apôtre (Coloss.,
1. 24.), dans les maux que j' endure
pour vous, et je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances de
Jésus-Christ,
en souffrant moi-même pour son Corps qui est l'Église. Et ailleurs (Cor., 7,
4.). Je suis
rempli de consolations, et je surabonde de joie dans toutes mes tribulations.
Mais
Notre-Seigneur Jésus-Christ voulut boire le calice amer de sa Passion, sans
mélange
d'aucune douceur. Bien plus, Il laissa goûter, en quelque sorte, à la nature
humaine dont Il
s'était revêtu, toute la rigueur des tourments, comme s'Il n'avait été qu'un
homme, et non
pas un Dieu.
§ V. - FRUITS DE LA MORT DE JÉSUS-CHRIST.
Arrivé ici le Pasteur n'a plus qu'à
expliquer - mais avec soin - les avantages et les biens que
la Passion du Sauveur nous a procurés.
En premier lieu, Jésus-Christ par
ses souffrances nous a délivrés du péché. Il nous a aimés,
dit S. Jean (Apoc., 1, 5.) et Il nous a lavés de nos
péchés dans son sang. Et encore, comme
dit l'Apôtre (Col., 2, 13, 14.), Il nous a fait revivre avec Lui, nous
remettant tous nos
péchés, effaçant l'arrêt de condamnation écrit et porté contre nous,
l'abolissant et
l'attachant à la Croix.
Ensuite Il nous a arrachés à la tyrannie du démon.
Voici maintenant le jugement du
inonde, dit le Sauveur Lui-même (Joan., 12, 30, 3.), et le
prince de ce inonde va en être chassé, et Moi, quand j'aurai été élevé de la
terre,
J'attirerai tout à moi.
En troisième lieu, Il a payé la peine qui était due pour nos péchés.
De plus, comme on ne pouvait offrir
à Dieu un sacrifice qui fût plus digne ou plus agréable,
Il nous a réconciliés avec son Père (II Cor-, 5, 18), Il L'a apaisé, et nous
L'a rendu favorable.
Enfin, en enlevant nos péchés, Il
nous a ouvert la porte du ciel que le péché commun à tous
les hommes avait fermée. C'est ce que l'Apôtre nous marque bien dans ces
paroles : (Heb.,
10, I9) Nous avons la confiance d'entrer dans le Sanctuaire, par le Sang de
Jésus-Christ.
Et l'Ancien Testament ne manquait pas de symboles et de figures qui exprimaient
la même
vérité. Ainsi (Num., 35, 25) les citoyens qui ne
pouvaient rentrer dans leur pays qu'à la mort
du grand prêtre, étaient l'image des Justes à qui l'entrée dans la Céleste
Patrie était interdite,
malgré toute leur sainteté, jusqu'à la Mort du Souverain et Eternel Pontife,
Jésus-Christ.
Mais depuis que le Rédempteur l'a subie, cette Mort, les portes du ciel sont
ouvertes à tous
ceux qui, purifiés par les Sacrements, et possédant la Foi, l'Espérance et la
Charité,
deviennent participants des mérites de sa Passion.
Le Pasteur montrera que tous ces
avantages, tous ces divins Bienfaits nous viennent de la
Passion de Notre seigneur. En premier lieu, parce que sa mort fut une
satisfaction pleine et
entière qui Lui fournit le moyen admirable de payer à Dieu son Père toute la
dette de nos
péchés. Et ce prix qu'Il paya pour nous, non seulement égale notre obligation,
mais lui est
infiniment supérieur. En second lieu, parce que le sacrifice de la Croix fut
infiniment
agréable à Dieu. A peine Jésus-Christ l'eut-Il offert que la colère et
l'indignation de son Père
furent entièrement apaisées. Aussi l'Apôtre a-t-il soin de nous faire remarquer
que la Mort
du Sauveur fut un vrai Sacrifice (Eph., 5, 2.);
Jésus-Christ nous a aimés, dit-il, et Il s'est
livré Lui-même pour nous en s'offrant à Dieu comme une Victime et une Oblation
d'agréable odeur. En troisième lieu, enfin, parce que la Passion fut pour nous
cette
Rédemption dont parle le prince des Apôtres, quand il dit (1 Petr., 1. 18, 19)
: ce n'est ni
par l'or ni par l'argent corruptibles que vous avez été rachetés de la vanité
de votre vie,
que vous avez héritée de vos pères, mais par le Sang précieux de l'Agneau Saint
et
Immaculé, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et S. Paul dit à son tour ( Gal, 3, 13.) :
Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en devenant
malédiction pour
nous.
Outre ces avantages si précieux, la
Passion nous en fournit encore un autre d'un prix
inestimable. Elle met sous nos yeux les exemples les plus frappants de toutes
les vertus : la
patience, l'humilité, une charité admirable, la douceur, l'obéissance, un
courage surhumain à
souffrir pour la justice, non seulement des douleurs, mais la mort elle-même.
Et nous
pouvons dire en vérité, que notre Sauveur, dans le seul jour de sa Passion,
voulut
représenter en Lui toutes les vertus dont Il avait recommandé la pratique
pendant le cours
entier de sa prédication.
Voilà ce que nous avions à dire ici
sur la Passion et la Mort si salutaires de Notre-Seigneur
Jésus-Christ ! Puissions-nous méditer sans cesse ces mystères au fond de nos
cœurs !
Puissions-nous apprendre par là à souffrir, à mourir, à être ensevelis avec ce
divin Sauveur !
C'est alors que purifiés des souillures du péché, et ressuscitant avec Lui à
une vie nouvelle,
nous mériterons, par sa Grâce et par sa Miséricorde, de participer un jour à la
gloire de son
Royaume céleste.