Catéchisme du Concile de Trente
CHAPITRE 3 - Du second article du Symbole
ET EN JÉSUS-CHRIST SON FILS UNIQUE, NOTRE SEIGNEUR.
Le genre humain trouve dans la foi
et la confession de cet Article des avantages immenses et
merveilleux. Nous en avons une preuve dans cette parole de l'Apôtre S. Jean :
(1 joan.,
4,
15) Quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu, demeurera en Lui, et
lui en Dieu.
Mais Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même avait pris soin de nous en donner une
autre,
lorsqu'Il avait proclamé d'une manière si éclatante le bonheur du prince des
Apôtres : (Matt.,
16, 17.) Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car ce n'est ni la chair ni le
sang qui te l'ont
révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. C'est ici en effet le fondement
le plus solide
de notre Salut et de notre Rédemption.
§ 1. - PÉCHÉ ORIGINEL.
Pour mieux apprécier les fruits
merveilleux que nous recueillons de cet Article, il faut nous
rappeler la perte lamentable que firent nos premiers parents de cet état si
heureux dans
lequel Dieu les avait placés. Que le Pasteur s'applique donc à bien expliquer
aux Fidèles la
cause commune de nos misères et de nos malheurs. A peine Adam eut-il désobéi à
Dieu et
transgressé le précepte qui lui disait : (Gen., 2,
16, 17.) Tu peux manger de tous les fruits
du jardin, mais ne touche pas à l'arbre de la science du bien et du mal ; car
le jour où tu
mangeras de son fruit tu mourras de mort ; aussitôt il tomba dans cet affreux
malheur qui
lui fit perdre la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été créé, et
lui-même devint sujet
à une foule d'autres maux que le Saint Concile de Trente a énumérés tout au
long (Conc.
Trid Sess. 5 et 6.).
D'autre part il ne faut pas oublier que ce péché et son châtiment ne se
sont point arrêtés en Adam, mais qu'il a été, lui, comme la source et le
principe qui les a fait
passer justement à toute sa postérité.
Cependant le genre humain étant
tombé de si haut, rien ne pouvait le relever et le remettre
dans son premier état, ni les forces des hommes, ni celles des Anges. A ses
malheurs, à sa
ruine il ne restait de remède que le Fils de Dieu Lui-même, avec sa Puissance
infinie. Seul Il
pouvait, en se revêtant de l'infirmité de notre chair, détruire la malice
infinie du péché, et
nous réconcilier avec Dieu dans son sang.
Or la foi et la confession de ce
mystère de la Rédemption est et a toujours été si nécessaire
aux hommes pour les conduire au salut, que Dieu a voulu le révéler dès le
commencement
Au moment de la condamnation générale qui suivit de si près le péché, Il fit
briller
l'espérance de la Rédemption dans les paroles dont Il se servit pour prédire au
démon sa
propre ruine, par la délivrance même de l'homme : (Gen.,
3, 15.) Je mettrai des inimitiés
entre toi et la femme, entre ta race et la sienne. Elle te brisera la tête, et
toi tu chercheras
à la blesser au talon.
Souvent, dans la suite, Dieu
confirma cette promesse, et fit connaître ses desseins d'une
manière plus positive, surtout lorsqu'il voulait témoigner à certains hommes
une bonté
particulière. Abraham entre autres parmi les patriarches, reçut plusieurs fois
de Lui la
révélation de ce mystère. Mais ce fut principalement à l'heure où il allait
immoler son fils
Isaac pour Lui obéir, qu'il Le connut clairement. Dieu lui dit en effet : (Gen., 22, 16, 17.)
Puisque vous avez fait cela, et que vous n'avez point épargné votre fils
unique, Je vous
bénirai, et Je multiplierai votre race comme les étoiles et comme le sable qui
est sur le
bord de la mer. Votre postérité possédera les villes de vos ennemis, et toutes
les nations
de la terre seront bénies en votre race, parce que vous avez obéi à ma voix. De
telles
paroles faisaient aisément conclure qu'un des descendants d'Abraham délivrerait
un jour le
genre humain de l'effroyable tyrannie de Satan, et lui apporterait le salut. Or
ce Libérateur
annoncé ne pouvait être que le Fils de Dieu, sorti, comme homme, de la race d'Abraham.
Peu de temps après, le Seigneur, pour conserver le souvenir de cette promesse,
refit la
même alliance avec Jacob, petit-fils d'Abraham. En effet ce patriarche vit dans
un songe une
échelle dont le pied reposait sur la terre, dont le sommet touchait le ciel, et
le long de
laquelle les Anges de Dieu montaient et descendaient (Gen.,
28, 12). Et Dieu Lui-même
appuyé sur cette échelle lui disait : (Gen., 28. 13.)
Je suis le Seigneur Dieu d’Abraham ton
père, et le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu dors, Je te la donnerai à
toi et à ta
postérité, et tes descendants seront comme la poussière de la terre. Tu
t’étendras vers
l’Orient et vers l'Occident, vers le Nord et vers le Midi, et toutes les tribus
de la terre
seront bénies en toi et en ta race.
Et dans la suite Dieu continua de
renouveler le souvenir de sa promesse et d'exciter l'attente
du Sauveur, non seulement chez les descendants d'Abraham, mais chez beaucoup
d'autres
hommes. Dès que le gouvernement juif, avec sa religion, fut bien établi, le
peuple connut
plus clairement cette promesse. Car d'une part des objets muets figuraient, et
de l'autre des
hommes prédisaient les biens extraordinaires que Jésus-Christ notre Sauveur et
Rédempteur
devait nous apporter. Les Prophètes, dont l'esprit était éclairé par une
lumière céleste,
annoncèrent d'avance au peuple la naissance du Fils de Dieu, ses oeuvres admirables,
(oeuvres qu'il a opérées pendant sa vie humaine), sa
doctrine, ses mœurs, sa vie, sa mort, sa
résurrection.. et tous ses
autres mystères. Et ils parlaient clairement de toutes ces choses,
comme s'ils les avaient eues sous les yeux. De sorte que si nous supprimons la
distance qui
existe entre le passé et l'avenir, nous confondrons ensemble les prédictions
des Prophètes et
les prédications des Apôtres, la Foi des anciens patriarches et notre propre
Foi.
Mais il est temps d'expliquer chacun des mots de ce second article.
§ II - EN JÉSUS-CHRIST.
Jésus est le nom propre de celui
qui est Dieu et homme tout ensemble. Il signifie Sauveur ;
et ce n'est ni le hasard, ni le jugement et la volonté des hommes qui Lui ont
donné ce nom,
mais l'ordre et le dessein même de Dieu. L'Ange Gabriel en effet avait dit à
Marie, en
annonçant qu'elle serait sa Mère : (Luc., 1, 31.) Voilà que vous concevrez dans
voire sein.
et vous enfanterez un fils, et vous L'appellerez du
nom de Jésus. Plus tard ce même Ange,
non seulement fit un devoir à Joseph, époux de la Sainte Vierge, de donner ce
nom à
l'Enfant, mais encore il lui apprit pourquoi Il devait être ainsi nommé «
Joseph, fils de
David, lui dit il (Matt., 1, 20, 21.), ne craignez point de prendre avec vous
Marie votre
épouse, car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils,
et vous
L'appellerez du nom de Jésus, parce que c'est Lui qui délivrera son peuple de
ses péchés.
Il est vrai que plusieurs
personnages de nos Saintes Écritures ont aussi porté ce nom. Tel fut
Josué, fils de Navé, qui remplaça Moïse, et qui eut
le privilège, refusé à son prédécesseur,
d'introduire dans la terre promise le peuple que ce dernier avait tiré de la
servitude d'Égypte.
Tel fut également Jésus, fils de Josédech, le
grand-prêtre. Mais n'est-ce pas avec infiniment
plus de justesse que ce nom de Jésus convient à notre Sauveur ? Lui qui a donné
la lumière,
la liberté et le salut non plus à un seul peuple, mais à tous les hommes de
tous les siècles :
qui ne les a pas seulement délivrés de la faim et de la domination de l'Égypte
et de
Babylone, mais qui les a tirés des ombres de la mort où ils étaient assis, qui
a brisé les
liens si durs du péché et du démon; qui leur a rendu, après l'avoir reconquis
pour eux, le
droit à l'héritage du royaume céleste, et les a réconciliés avec Dieu le Père.
Les personnages
appelés aussi Jésus n'étaient que la figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui
a comblé le
genre humain de tous les bienfaits que nous venons de rappeler. De plus, tous
les autres
noms sous lesquels les Prophètes avaient prédit que Dieu voulait désigner son
Fils, sont
renfermés dans le seul nom de Jésus. Car chacun d'eux n'exprime que sous un
point de vue
spécial le salut qu'Il devait nous apporter, au lieu que le nom de Jésus
exprime, à Lui seul,
toute l'étendue et tous les effets de la Rédemption du genre humain.
Au nom de Jésus on a ajouté celui
de Christ qui signifie oint. C'est tout ensemble un titre
d'honneur, et un mot qui désigne une fonction. Ce n'est pas un nom propre, car
il est
commun à beaucoup de personnes. Ainsi, dans l'antiquité, nos pères appelaient
Christs les
Prêtres et les rois, parce que, à cause de la dignité de leur charge, Dieu
avait ordonné qu'ils
reçussent l'onction sacrée. Ce sont les Prêtres en effet qui doivent
recommander le peuple à
Dieu par des prières assidues, ce sont eux qui Lui offrent des sacrifices et
apaisent son
courroux par leur intercession. Les rois sont chargés de gouverner les peuples
; c'est à eux
qu'il appartient de faire respecter les lois, de protéger la vie des innocents
et de punir
l'audace des coupables. Et comme chacun de ces ministères semble représenter
ici-bas la
majesté du Très Haut, ceux que l'on choisissait pour en faire des Prêtres ou
des rois
devaient recevoir l'onction de l'huile sainte. Ce fut également la coutume de
conférer cette
onction aux Prophètes, véritables interprètes et ambassadeurs du Dieu immortel,
chargés de
nous découvrir les secrets du ciel, et de nous exhorter à la réforme de nos
mœurs par des
instructions salutaires et par la prédiction de l'avenir.
Or Jésus-Christ notre Sauveur en
venant dans le monde a pris tout à la fois ces trois charges,
ces trois fonctions de Prophète, de Prêtre et de Roi. Voilà pourquoi Il a reçu
le nom de
Christ, et l'onction propre à ces trois ministères. Et Il a reçu cette onction
non de la main des
hommes, mais par la vertu même de son Père céleste, non pas une onction d'huile
terrestre,
mais d'huile purement spirituelle ; c'est-à-dire que la grâce, les dons et la
plénitude du Saint
Esprit se répandirent dans son âme très sainte avec une telle abondance, que
jamais aucune
autre créature ne sera capable de les recevoir à un si haut degré. C'est ce que
le Prophète
exprime très bien, lorsque s'adressant au Rédempteur Lui-même, il Lui dit :
(Ps. 44, 8.)
Vous avez aimé la justice et haï l'iniquité ; c'est pourquoi Dieu, votre Dieu
Vous a donné
une onction de joie plus excellente qu'à tous ceux qui la partagent avec Vous.
C'est ce
que nous montre plus clairement encore Isaïe par ces paroles qu'il fait dire au
Sauveur :
(Isa., 61, 1.) L'Esprit du Seigneur est sur Moi parce que le Seigneur m'a donné
l'onction,
et qu'Il m'a. envoyé pour L'annoncer à ceux qui sont
doux.
Jésus-Christ a donc été le Prophète
et le Maître suprême qui nous a enseigné la volonté de
Dieu, et dont la doctrine a fait connaître au monde son Père céleste. Et ce nom
de Prophète
lui convient avec d'autant plus de vérité et de justice, que tous ceux qui ont
eu l'honneur de
le porter comme Lui, n'ont été que ses disciples, envoyés spécialement pour
annoncer la
venue de ce grand Prophète qui, Lui, venait sauver les hommes.
Le Christ a été Prêtre aussi, non
selon l'ordre des prêtres de la tribu de Lévi dans l'ancienne
Loi, mais comme l'a chanté David : (Ps. 109, 4.) Vous êtes prêtre éternel,
selon l'ordre de
Melchisédech. Saint Paul, dans son épître aux Hébreux, explique cette parole
avec le plus
grand soin (Hebr., 5, 6.).
Enfin nous reconnaissons en
Jésus-Christ un Roi, non seulement comme Dieu, mais comme
homme et revêtu de notre propre nature. N'est-ce pas de lui que l'Ange a dit :
(Luc., 1, 32,
33) Il règnera à jamais dans la maison de Jacob, et son règne n'aura point de
fin. Or, ce
règne est un règne spirituel et éternel. Il commence sur la terre pour se
consommer dans le
ciel. Et on peut dire que tous les devoirs que la royauté Lui impose,
Jésus-Christ les remplit
d'une manière admirable envers son Église. Il la gouverne. Il la protège contre
les attaques et
les embûches de ses ennemis ; il lui communique non seulement la sainteté et la
justice,
mais encore la force et les moyens de persévérer. Et bien que tous les hommes,
bons et
méchants, soient également compris dans ce royaume, bien que tous sans
exception soient
de droit ses sujets et Lui appartiennent, cependant ceux d'entre eux qui
observent ses
préceptes et mènent une vie pure et innocente, éprouvent d'une manière
particulière les
effets de la bonté et de la bienfaisance infinie de notre Roi. Au reste si ce
royaume Lui est
échu, ce n'est ni par droit de succession, parce qu'Il descendait de rois
illustres, ni par aucun
autre droit humain. Il est Roi, parce que Dieu a réuni dans sa personne tout ce
que la nature
humaine peut renfermer de puissance, de dignité et de grandeur. Oui, c'est Dieu
qui a mis
entre ses mains l'empire du monde, et si, dès cette vie, Il commence à exercer
son autorité
sur toutes les créatures, ce n'est qu'au jour du jugement que cette autorité
obtiendra une
soumission pleine et entière.
§ III. - SON FILS UNIQUE.
Ces mots nous proposent à croire et
à Contempler en Jésus-Christ des mystères plus
sublimes encore, à savoir qu'il est Fils de Dieu, et vrai Dieu comme son Père
qui L'a
engendré de toute éternité. De plus, nous reconnaissons et confessons en Lui la
seconde
Personne de la Sainte Trinité, parfaitement égale en toutes choses aux deux
autres ; car
aucune inégalité, aucune dissemblance ne peuvent exister, ni même se concevoir
entre les
Personnes divines, puisque nous faisons profession de croire qu'elles n'ont
toutes trois
qu'une seule et même Essence, une seule et même Volonté, une seule et même
Puissance.
Nous avons la preuve de cette vérité dans un grand nombre de textes de la
Sainte Écriture,
mais surtout dans cette parole de S. Jean, qui est si lumineuse (Joann., 1, 1.): Au
commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.
Mais lorsqu'on nous dit que Jésus
est le Fils de Dieu, il faut bien nous garder de penser qu'il
y a quelque chose de mortel et de terrestre dans sa naissance. L'acte par
lequel Dieu le Père
engendre son Fils de toute éternité est incompréhensible et dépasse absolument
notre
intelligence. Nous devons le croire fermement, l'honorer avec la plus sincère
piété, et,
frappés d'étonnement devant un tel mystère, nous écrier avec le Prophète : ( Isa, 53, 8.) Qui
pourra raconter sa génération ? - Ce qu'il faut donc croire, c'est que le Fils
est de même
nature que le Père, qu'Il possède la même Puissance et la même Sagesse, ainsi
que nous le
confessons d'une manière plus explicite dans ces paroles du Symbole de Nicée :
Et en
Jésus-Christ, son Fils unique, né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu,
Lumière de
Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père,
par qui
tout a été fait.
On a
coutume d'employer un certain nombre de comparaisons pour essayer d'expliquer
le
mode et la nature de cette génération éternelle, la plus juste semble être
celle (lui se tire de
la formation de notre pensée dans notre âme. Aussi S. Jean donne-t-il au Fils
de Dieu le
nom de Verbe (Joan., 1, 1.). De même en effet que notre esprit en se comprenant
et en se
contemplant, forme de lui-même une image, que les théologiens appellent Verbe,
ainsi nous
pouvons dire - autant que les choses divines et les choses humaines peuvent se
comparer
entre elles - que Dieu, en se connaissant et en se contemplant Lui-même,
engendre son
Verbe éternel. Au reste il est préférable de s'arrêter simplement à ce que la
Foi propose,
c'est-à-dire croire et confesser avec sincérité que Jésus-Christ est vrai Dieu
et vrai homme
tout ensemble ; que comme Dieu Il est engendré du Père avant tous les siècles,
que comme
homme Il est né dans le temps de la Vierge Marie sa mère. Toutefois, en
admettant cette
double naissance, nous ne reconnaissons qu'un seul Fils. Car Jésus-Christ n'est
qu'une seule
et même Personne, qui réunit en Elle la nature divine et la nature humaine.
Du côté de la génération divine, Il
n'a ni frères ni cohéritiers, puisqu'Il est le Fils unique du
Père, tandis que nous, nous ne sommes que ses créatures et le fragile ouvrage
de ses mains.
Du côté de sa génération humaine, il en est beaucoup à qui non seulement Il
donne le nom
de frères, mais qu'Il traite réellement comme tels, puisqu'il les admet à
partager avec Lui la
gloire de l'héritage de son Père. Ce sont ceux qui L'ont reçu par la Foi, et
qui manifestent
cette Foi qu'ils professent, par leur conduite et par les oeuvres
de la charité. C'est pourquoi
l'Apôtre l'appelle le premier né d'un grand nombre de frères (Rom., 8, 29.).
§ IV. - NOTRE-SEIGNEUR,
Parmi toutes les choses que la
Saint, Écriture nous dit de notre Sauveur, il n'est pas difficile
de reconnaître que les unes Lui conviennent comme Dieu, et les autres comme
homme. Car
Il a reçu nécessairement de ces deux natures distinctes leurs propriétés
différentes. Ainsi
nous disons de Lui qu'il est Tout-Puissant, éternel, immense, parce qu'il est
Dieu. Et nous
disons de Lui qu'Il a souffert, qu'il est mort, qu'Il est ressuscité, parce que
ces vérités ne
peuvent s'appliquer évidemment qu'à la nature humaine. Mais il y a certains
attributs qui
conviennent aux deux natures, comme par exemple le nom de Seigneur que nous Lui
donnons ici. Et si ce nom de Seigneur peut s'appliquer à la nature divine et à
la nature
humaine, c'est avec grande raison que nous appelons Jésus-Christ notre
Seigneur.
Et d'abord, de même qu'il est Dieu
éternel comme le Père, ainsi, comme le Père, Il est le
maître de toutes choses. Et comme Lui et son Père ne sont pas l'un un Dieu, et
l'autre un
autre Dieu, mais absolument le même Dieu, ainsi Lui et son Père ne sont pas
deux
Seigneurs différents, mais le même Seigneur. Ensuite les raisons ne manquent
pas pour Lui
faire donner comme homme le nom de Seigneur. En premier lieu, par cela seul qu'il
a été
notre Rédempteur et qu'il nous a délivrés de nos péchés, Il a conquis sur nous
assez de
puissance pour être vraiment notre Seigneur et pour en porter le titre. C'est
ce que l'Apôtre
nous enseigne : (Phil., 2, 7, 10.) Il s'est humilié Lui-même ; Il s'est fait
obéissant jusqu'à la
mort, et à la mort de la croix : c'est pourquoi Dieu L'a élevé, et Lui a donné
un Nom qui
est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchît, au ciel,
sur la terre
et dans les enfers, et que toute langue reconnût que le Seigneur Jésus est dans
la gloire
de Dieu le Père. Enfin Lui-même. Après sa Résurrection, n'a-t-il pas dit :
(Matt., 28, 18.)
Toute puissance M'a été donnée au ciel et sur la terre ? - En second lieu, on
L'appelle
encore Seigneur, parce qu'il a réuni en Lui, dans une seule Personne, la nature
divine et la
nature humaine. Union admirable qui Lui méritait, même sans mourir pour nous,
d'être
établi comme souverain Seigneur de toutes les créatures en général, et
spécialement des
Fidèles qui Lui obéissent et qui Le servent de toute l'affection de leur cœur.
Le Pasteur devra donc exhorter les
Fidèles à ne jamais perdre de vue, que c'est de
Jésus-Christ que nous avons pris notre nom de Chrétiens, que nous ne pouvons
ignorer les
immenses bienfaits dont Il nous a comblés, puisque Lui-même a bien voulu nous
les faire
connaître par la Foi, et que, par conséquent nous sommes tenus en conscience,
et plus que
tous les autres hommes, de nous consacrer pour toujours à notre Rédempteur et
Seigneur,
et à nous dévouer à Lui, comme des esclaves à leur maître.
Nous l'avons en effet promis à la
porte de l'Église, lorsque nous avons reçu l'initiation
chrétienne par le Baptême, Nous avons déclaré que nous renoncions à Satan et au
monde,
pour nous donner entièrement à Jésus-Christ. Mais si, pour mériter d'appartenir
à la milice
chrétienne, nous avons dû nous vouer à Notre-Seigneur par des serments si
solennels et si
sacrés, de quel supplice ne serions nous pas dignes si après être entrés dans
l'Église, après
avoir connu la Volonté de Dieu et sa Loi, après avoir reçu la grâce des
Sacrements, nous
avions le malheur de vivre selon les maximes et les préceptes du monde et du
démon,
comme si, au jour de notre purification baptismale, nous nous étions donnés au
monde et
au démon et non pas à Jésus-Christ notre Seigneur et notre Rédempteur? Quel
cœur ne se
sentirait enflammé d'amour pour un Maître si grand, et en même temps si bon
pour nous, si
dévoué à notre bonheur ? Car bien qu'il nous tienne en sa puissance et sous sa
domination,
comme des esclaves qu'il a rachetés par son Sang, cependant Il nous témoigne
tant de
charité, qu'il daigne nous appeler ses amis (Joan., 15, 15.) et ses frères, et
non point ses
esclaves. Voilà sans contredit une des raisons les plus fortes, et peut-être
même la
meilleure, pour nous obliger à Le reconnaître, à L'honorer et à Le servir
toujours, comme
notre véritable Seigneur.