Catéchisme du Concile de Trente
Première partie Du symbole des Apôtres
Chapitre premier - De la Foi et du Symbole en général
§ 1. - DE LA FOI.
Le mot de Foi dans la Sainte
Écriture a plusieurs significations. Ici nous le prenons pour
cette vertu par laquelle nous donnons un assentiment plein et entier aux
vérités révélées de
Dieu. Personne ne peut raisonnablement douter que cette Foi dont nous parlons
ne soit
nécessaire pour le salut car il est écrit : Sans la Foi, il est impossible de
plaire à Dieu
(Heb., 11, 6.). En effet, la fin dernière de l'homme
c'est-à-dire le bonheur auquel il doit
tendre - est beaucoup trop élevée pour qu'il puisse la découvrir par les seules
lumières de
son esprit. Il était donc nécessaire que Dieu Lui-même lui en donnât la
connaissance. Or
cette connaissance n'est autre chose que la Foi, par laquelle, et sans
hésitation aucune, nous
tenons pour certain tout ce que l'autorité de la Sainte Eglise notre mère nous
propose
comme révélé de Dieu. Car il est impossible de concevoir le moindre doute sur
les choses
qui viennent de Dieu, puisqu'Il est la Vérité même. De là, il est facile de
comprendre
combien la Foi que nous avons en Dieu est différente de celle que nous
accordons au
témoignage des historiens qui nous racontent des faits purement naturels. Mais
si la Foi
admet des degrés divers en étendue et en excellence. comme
il paraît dans ces passages de
l'Ecriture : Homme de peu de Foi, pourquoi avez-vous douté ? (Matth., 14, 31.)- Votre
Foi est grande. (Matth., 15, 28.) - Augmentez en nous
la Foi. (Luc, 17, 5. 6.) - La Foi sans
les oeuvres est une Foi morte. (Jac.,
2, 17) -- La Foi qui opère par la charité. (Gal., 5, 6.) -
elle ne reconnaît aucune diversité d'espèces, et la même définition convient
parfaitement à
tous les degrés qu'elle peut avoir. Quant aux fruits qu'elle produit et aux
avantages qu'elle
nous procure, nous le dirons dans l'explication de chacun des articles.
§ II. - DU SYMBOLE.
Ce que les Chrétiens doivent savoir
tout d'abord, ce sont les vérités que les Saints Apôtres,
nos maîtres et nos guides dans la Foi, inspirés par l'Esprit de Dieu, ont
renfermées dans les
douze articles du Symbole. Après avoir reçu de Notre-Seigneur l'ordre d'aller
remplir pour
Lui les fonctions d'ambassadeurs, et de se répandre dans le monde entier pour
prêcher
l'Evangile à toute créature, (Il Cor., 5, 20, Marc., 16, 15.) ils jugèrent
convenable de
composer une formule de Foi chrétienne, afin que tous eussent la même croyance
et le
même langage, qu'il n'y eût ni division ni schisme parmi ceux qu'ils allaient
appeler à la
même Foi, et que tous fussent consommés dans un même esprit et un même
sentiment. Et
cette profession de Foi et d'Espérance chrétienne qu'ils avaient composée, ils
l'appelèrent
Symbole, soit parce qu'ils la formèrent de l'ensemble des vérités différentes
que chacun
d'eux formula, soit parce qu'ils voulurent s'en servir comme d'une marque, et
d'un mot
d'ordre, qui leur ferait distinguer aisément les vrais soldats de Jésus-Christ
des déserteurs et
des faux frères, qui se glissaient dans l'Église, pour corrompre l'Evangile.
§ III. - ARTICLES DU SYMBOLE.
Les vérités que la Foi chrétienne
enseigne et que les Fidèles sont obligés de croire
fermement, soit en particulier, soit en général, sont assez nombreuses. Mais la
première et la
plus essentielle de toutes, celle qui est en même temps comme le fondement et
le faite de
l'édifice, et que Dieu Lui-même nous a enseignée, c'est l'unité de l'Essence
divine, la
distinction des trois Personnes, et la diversité des opérations que l'on
attribue plus
particulièrement à chacune d'Elles. Le Pasteur montrera que toute la doctrine
de ce Mystère
est renfermée en abrégé dans le Symbole des Apôtres. En effet, ainsi que l'ont
remarqué nos
ancêtres, qui ont traité ces matières avec beaucoup de soin et de piété, le
Symbole semble
précisément avoir été divisé en trois parties, afin que dans la première il fut
question de la
première Personne divine et de l'œuvre admirable de la Création ; dans la
Seconde, de la
seconde Personne divine et du mystère de la Rédemption des hommes ; dans la
troisième
enfin, de la troisième Personne divine, source et principe de notre
Sanctification. Ces trois
parties sont distinctes quoique liées entre elles. D'après une comparaison
souvent employée
par les Pères, nous les appelons articles. De même, en effet, que dans nos
membres il y a
certaines articulations qui les distinguent et les séparent, de même, dans
cette profession de
Foi, on a donné avec beaucoup de justesse et de raison le nom d'articles aux
vérités que
nous devons croire en particulier et d'une manière distincte.
Chapitre deuxième
Premier article du Symbole :
JE CROIS EN DIEU LE PÈRE TOUT PUISSANT, CRÉATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE.
Voici le sens de ces paroles : je
crois fermement et je confesse sans aucune hésitation Dieu
le Père, c'est-à-dire la première Personne de la Sainte Trinité, qui par sa
vertu toute
puissante a créé de rien le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment, et
qui, après avoir tout
créé, conserve et gouverne toutes choses. Et non seulement je crois en Lui de
cœur et je Le
confesse de bouche, mais encore je tends à Lui de toute l'ardeur et de toute la
force de mon
âme, comme au Bien souverain et parfait. Ce premier article n'est pas long ;
mais chacun
des mots qui le composent cache de grands mystères. Et ces mystères, c'est au
Pasteur à les
approfondir et à les expliquer avec le plus grand soin, afin que les Fidèles ne
viennent, s'il
plaît à Dieu, qu'avec crainte et tremblement, contempler la gloire de son
infinie Majesté.
§ I. - JE CROIS.
Croire ici n'est pas la même chose
que penser, imaginer, avoir une opinion. C'est selon
l'enseignement de nos Saints Livres, un acquiescement très ferme, inébranlable
et constant
de notre intelligence aux mystères révélés de Dieu. Ainsi, en ce qui nous
occupe en ce
moment, celui-là croit qui s'est formé sur une vérité quelconque une conviction
et une
certitude exemptes de tout doute.
Et qu'on n'aille pas s'imaginer que
la connaissance qui nous vient de la Foi soit moins
certaine, sous le prétexte que nous ne voyons pas les vérités qu'elle nous
propose à croire.
Si la lumière divine qui nous les fait connaître ne nous en donne pas
l'évidence, cependant
elle ne nous permet pas d'en douter : (2 Cor., 4, 6 et 4.) Car le même Dieu qui
a fait sortir la
lumière des ténèbres, a éclairé assez nos murs pour que l'Evangile ne fût point
voilé pour
nous, comme il l'est pour ceux qui périssent.
Il suit de là que celui qui est en
possession de cette connaissance céleste de la Foi, est
délivré du désir des investigations de pure curiosité. Car lorsque Dieu nous a
ordonné de
croire, Il ne nous a point proposé de scruter ses jugements, ni d'en examiner
les raisons et
les motifs, mais Il nous a commandé cette Foi immuable par laquelle notre
esprit se repose
entièrement dans la connaissance qu'il a de la vérité éternelle. En effet, Dieu
seul est
véritable, dit l'Apôtre, (Rom., 3, 4.) et tout homme est menteur. Si donc il y
a de l'orgueil et
de l'insolence à ne point ajouter foi aux affirmations d'un homme sage et
prudent, et à
exiger qu'il prouve ce qu'il avance par des raisons ou par des témoins, quelle
ne sera pas la
témérité, ou plutôt la folie de celui qui, entendant la voix de Dieu Lui-même,
osera
demander les preuves de la céleste doctrine du salut ? Il faut donc faire notre
acte de Foi,
non seulement sans aucun doute, mais encore sans chercher de démonstration.
Le Pasteur enseignera également que
celui qui dit: Je crois, exprimant par cette parole
l'assentiment intime de son esprit, qui est l'acte intérieur de la Foi, ne doit
point se borner à
cet acte de Foi, mais qu'il est tenu de manifester au dehors par une profession
ouverte les
sentiments qu'il porte dans son cœur, comme aussi de les avouer et de les
publier devant
tout le monde avec joie et empressement. Tous les Fidèles doivent avoir cet
esprit qui
inspirait le Prophète quand il disait : (Psal. 115,
10) J'ai cru, et c'est pourquoi j'ai parlé.
Ils doivent imiter les Apôtres qui répondaient aux princes du peuple : (Act., 4, 20.) Nous ne
pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu, et s'encourager soit
par ces
admirables paroles de S. Paul : ( Rom., 1, 16.) Je ne
rougis point de l'Evangile, car il est la
force et la vertu de Dieu pour sauver tous les croyants ; soit par celles-ci
qui prouvent
particulièrement la vérité que nous établissons : (Rom., 10, 10.) On croit de
cœur pour être
justifié, mais on confesse de bouche pour être sauvé.
§ II. - EN DIEU.
Ces paroles nous font connaître
immédiatement l'excellence et la dignité de la sagesse
chrétienne, et par là même tout ce que nous devons à la bonté divine, qui
daigne nous élever
par les vérités de la Foi, comme par autant de degrés, à la connaissance de
l'objet le plus
sublime et le plus désirable. Il y a en effet une différence énorme entre la
philosophie
chrétienne et la sagesse du siècle. Cette dernière, guidée par la seule lumière
naturelle, peut
bien, il est vrai, s'élever peu à peu, à l'aide des effets et des perceptions
des sens ; mais elle
ne parvient qu'à force de travaux et de peines à contempler les choses
invisibles de Dieu, à
Le reconnaître et à Le comprendre comme la cause et l'Auteur de tout ce qui
existe. La
première, au contraire, augmente tellement la pénétration naturelle de
l'esprit, qu'il peut
aisément s'élever jusqu'au ciel, et là, grâce à la splendeur divine qui
l'éclaire, contempler
tout d'abord le foyer éternel de toute lumière, et ensuite les autres choses
placées
au-dessous de lui. Nous éprouvons alors avec une joie parfaite que (1 petr., 2,
9.) nous
avons été appelés réellement des ténèbres à une admirable lumière, comme dit le
prince
des Apôtres, et que (Petr., 1, 8.) notre Foi nous cause un ravissement
ineffable.
C'est donc avec raison que les
Fidèles font d'abord profession de croire en Dieu, dont la
Majesté, selon l'expression de Jérémie (Jér., 32,
19.) est incompréhensible, qui habite, dit à
son tour l'Apôtre (1 Tim., 6, 16.), une lumière inaccessible, que personne n'a
vu ni ne peut
voir ; Dieu enfin que nul homme ne pourrait voir sans mourir, comme Il le dit
lui-même à
Moïse. (Exod., 33, 20.) C'est qu'en effet, pour que
notre âme puisse s'élever jusqu'à Dieu
qui est infiniment au-dessus de tout, il faut de toute nécessité qu'elle soit
entièrement
dégagée des sens. Mais cela ne lui est pas possible naturellement en cette vie.
Malgré tout, Dieu ne s'est pas
laissé Lui-même sans témoignage, dit l'Apôtre (Act.,
14,
16.), car c'est Lui qui nous fait du bien, qui nous envoie les pluies du ciel
et les saisons
favorables aux fruits ; c'est Lui qui nous donne en abondance la nourriture
dont nous
avons besoin et qui remplit nos cœurs de joie. Voilà pourquoi les philosophes
n'ont pu
concevoir en Lui rien d'imparfait ; ils ont repoussé bien loin comme indigne de
Lui toute
idée de corps, de mélange et de composition. Ils ont placé en Lui la plénitude
de tous les
biens, et ils L'ont regardé comme cette source inépuisable et perpétuelle de
bonté et de
charité qui répand sur toutes les créatures ce que nous y voyons de beau et de
parfait ; ils
L'ont appelé le Sage, l'Auteur et l'Ami de la vérité, le Juste, le Bienfaiteur
suprême. Ils Lui
ont donné plusieurs autres noms qui renferment la souveraine et absolue
perfection. Enfin
ils ont reconnu en Lui une puissance immense, infinie, qui s'étend à tout et
partout.
Mais ces vérités sont bien plus
solidement établies, et plus clairement exprimées dans nos
saintes Lettres, comme par exemple dans ces passages : (Joan. 4, 24.) Dieu est
esprit ; ou
bien, (Matth., 5, 48.) soyez parfait comme votre Père
céleste est parfait. - Tout est à nu
(Hebr., 4, 13. ) et à
découvert devant ses yeux. - Profondeur (Rom., 11, 33. )
des trésors
de la sagesse et de la science de Dieu. - Dieu est Vérité (
Rom., 3, 4.). - Je suis la Voie,
(Joan., 14, 6.) la Vérité et la Vie. - Votre droite, Seigneur, (Ps. 47, Il.)
est pleine de justice.
- Vous ouvrez la main (Ps. 144, 16.) et Vous remplissez de bénédictions tout ce
qui
respire. - Où irai je (Ps. 138, 7, 8, 9. ) pour me
cacher à votre esprit ? où fuirai-je devant
votre face ? Si je monte au ciel, Vous y êtes ; si je descends dans les enfers,
je Vous y
trouve ; si le matin je prends mes ailes pour voler jusqu'aux extrémités de la
mer, c'est
votre main qui m'y conduit. Enfin Dieu nous dit Lui-même est-ce que Je ne
remplis pas le
ciel et la terre ? (Jérém, 23, 24.)
Telles sont les conceptions
vraiment grandes et magnifiques que les philosophes eux-mêmes
se sont formées de la nature de Dieu par l'observation du monde créé, et qui se
trouvent si
conformes à l'enseignement de nos Livres saints. Et cependant, pour comprendre
combien
nous avions besoin, même sur ce point, de la révélation d'en haut, il nous
suffira de
remarquer que ce qui fait l'excellence de la foi, ce n'est pas seulement, comme
nous l'avons
déjà dit, de dévoiler promptement et sans peine aux plus ignorants et aux plus
grossiers la
science que de Ion-lues études seules pourraient faire connaître aux savants ;
mais de plus la
connaissance qu'elle nous donne de la vérité est bien plus certaine, plus
claire et plus
exempte d'erreur, que si elle était le résultat des raisonnements humains. Mais
c'est surtout
dans la notion qu'elle nous fournit de la substance divine que nous touchons du
doigt sa
supériorité. En effet, la simple contemplation de la nature ne peut pas faire
connaître Dieu à
tout le monde, tandis que la lumière de la Foi Le révèle toujours d'une manière
infaillible à
ceux qui croient.
Or, tout ce que la Foi nous
enseigne sur Dieu est contenu dans les articles du Symbole.
Nous y trouvons l'unité dans l'Essence divine et la distinction dans les trois
Personnes.
Nous y voyons de plus que Dieu est notre fin dernière et que c'est de Lui que
nous devons
attendre un bonheur céleste et éternel, selon la parole de S. Paul, que (Hebr., 11, 6.) Dieu
récompense ceux qui Le cherchent. Et bien longtemps avant l'Apôtre, le Prophète
Isaïe,
pour faire entendre quelle est la grandeur de cette béatitude, et combien
l'intelligence
humaine est incapable de la connaître par elle-même, avait soin de nous dire :
(Isa., 64, 4.)
Non, depuis l'origine des siècles, les hommes n'ont point conçu, l'oreille n'a
point
entendu, aucun oeil n'a vu, excepté vous, Seigneur,
ce que Vous avez préparé à ceux qui
Vous aiment.
D'après ce que nous venons de dire,
il faut faire profession d'admettre qu'il n'y a qu'un seul
Dieu, et non plusieurs. Nous reconnaissons que Dieu est la bonté souveraine et
la
perfection même. Or, il est impossible que la perfection absolue convienne à
plusieurs. Car
celui qui manque de la moindre chose pour arriver jusqu'au souverain et à
l'absolu, est par
là même imparfait, donc il ne saurait être Dieu. Cette vérité est affirmée en
maints endroits
dans la sainte Écriture. Ainsi, il est écrit : (Deut.,
6, 4.) Ecoute Israël, le Seigneur notre
Dieu est le seul Dieu. De plus, c'est un précepte du Seigneur : (Exod., 20, 3.) Vous n'aurez
point d'autres dieux devant Moi. Souvent Dieu nous fait entendre par le
Prophète Isaïe
(Isa., 44, 6.) qu'Il est le premier et le dernier, et qu'il n'y a point d'autre Dieu que Lui.
Enfin l'Apôtre St. Paul atteste aussi très nettement (Eph.,
4, 5.) qu'il n'y a qu'un Seigneur,
une Foi, un Baptême.
L'Ecriture sainte donne
parfois le nom de dieux à des êtres créés. N'en soyons pas étonnés.
Car lorsqu'elle appelle dieux les Prophètes et les Juges, ce n'est pas dans le
sens absurde et
impie des païens qui se sont forgé plusieurs divinités, c'est simplement pour
exprimer, selon
cette façon habituelle de parler, ou quelque qualité éminente, ou bien une
fonction sublime
à laquelle Dieu les avait élevés. - La Foi chrétienne croit donc et
professe qu'il n'y a qu'un
seul Dieu, par nature, par substance et par essence. C'est la définition même
du Concile de
Nicée, qui a voulu confirmer cette vérité dans son Symbole. Puis, s'élevant
encore plus
haut, cette même Foi chrétienne reconnaît l'unité de Dieu, tout en adorant en
même temps la
trinité dans son unité, et l'unité dans sa trinité. C'est le Mystère dont nous
avons maintenant
à nous occuper, d'après les termes suivants du Symbole.
§ Ill. - LE PÈRE
On donne à Dieu le nom de Père pour
plusieurs raisons. Il convient donc d'expliquer tout
d'abord en quel sens on le Lui attribue plus spécialement ici. Quelques-uns,
même de ceux
dont la Foi n'avait pas éclairé les ténèbres, avaient compris cependant que
Dieu est une
substance éternelle, que tout émane de Lui, qu'Il gouverne et conserve, par sa
Providence,
l'ordre et l'état de tout ce qui existe. Et de là, voyant que les hommes
appellent Père celui
qui est l'auteur d'une famille, et qui continue de la diriger par ses conseils
et par son
autorité, ils donnèrent également ce nom de Père à Dieu, qu'ils reconnaissaient
comme le
Créateur et le Gouverneur de toutes choses.
Les Saintes Écritures elles-mêmes
emploient ce mot lorsque, en parlant de Dieu elles Lui
attribuent la Création, la Puissance suprême et cette Providence qui régit si
admirablement
l'univers. Nous y lisons en effet : (Deut., 32, 6.)
N'est-ce pas le Seigneur qui est votre Père,
qui est votre Maître qui vous a faits et tirés du néant ? Et aussi : (Mal., 2.
10.) N'est-ce
pas Lui qui est notre seul Père ? N'est-ce pas Dieu seul qui nous a créés ?
Mais c'est dans les livres du
Nouveau Testament qu'Il est appelé bien plus souvent et d'une
manière bien plus spéciale le Père des Chrétiens, puisqu'ils n'ont pas reçu
l'esprit de
servitude qui fait vivre dans la crainte, mais l'esprit d'adoption des enfants
de Dieu, par
lequel nous crions : Père ! Père ! (Rom., 8, 15.) - Car le Père nous a témoigné
tant
d'amour que nous sommes appelés, et que nous sommes réellement les enfants de
Dieu.
(Joan., 3, 1) - Que si nous sommes enfants, nous sommes héritiers de Dieu, et
cohéritiers
de Jésus Christ (Rom., 8, 17.), - qui est le premier-né de plusieurs frères
(Rom., 8, 29.) -
et qui ne rougit pas de nous appeler ses frères. (Hébr.,
2, 11)
Ainsi, soit que l'on considère Dieu
d'une manière générale par rapport à la création et à la
Providence, soit qu'on s'arrête spécialement à l'adoption spirituelle (qu'il a
faite) des
Chrétiens, c'est à bon droit que les Fidèles font profession de Le reconnaître
pour leur Père.
Mais outre ces explications que
nous venons de donner, le Pasteur ne manquera pas d'avertir
les Fidèles qu'en entendant prononcer ce nom de Père, ils doivent élever leurs
âmes vers des
mystères plus sublimes encore. En effet tout ce qu'il y a de plus caché et de
plus
impénétrable dans cette lumière inaccessible (1 Tim., 6, 16.) que Dieu habite,
ce que la
raison et l'intelligence humaine ne pouvaient ni atteindre, ni même soupçonner,
les oracles
divins commencent à nous le faire entrevoir par ce nom de Père.
Ce Nom nous indique qu'il faut
admettre dans l'Essence divine, non une seule Personne,
mais plusieurs réellement distinctes. Il y a en effet trois Personnes dans une
seule et même
Divinité : celle du Père qui n'est engendré d'aucune autre ; celle du Fils qui
est engendré du
Père avant tous les siècles ; celle du Saint Esprit qui procède du Père et du
Fils, de toute
éternité. Le Père est dans l'unité de la nature divine la première Personne, et
avec son Fils
unique et le Saint Esprit il forme un seul Dieu, un seul Seigneur (Symbole Quicumque
(Symbole de St-Athanase)) non point une seule Personne, mais une seule nature
en trois
Personnes. Et il n'est pas permis de penser qu'il y ait entre ces Personnes la
moindre
différence.. la moindre
inégalité, Toute la distinction que l'on peut concevoir entre Elles
vient de leurs propriétés respectives. Le Père n'est point engendré ; le Fils
est engendré du
Père ; le Saint Esprit procède de l'un et de l'autre. Ainsi nous reconnaissons
une seule et
même nature, une seule et même substance pour les trois Personnes, (Symb. Quicumque.)
mais de telle sorte que dans notre profession de Foi relative au Dieu véritable
et éternel,
nous adorons avec toute la piété et tout le respect possibles, la distinction
dans les
Personnes, l'unité dans la Substance, et l'égalité dans la Trinité.
Voilà pourquoi, lorsque nous disons
que le Père est la première Personne, il ne faut pas
croire que nous entendons supposer dans la Trinité quelque chose de premier et
de dernier,
de plus grand et de plus petit. A Dieu ne plaise qu'une pareille impiété entre
jamais dans
l'esprit des Fidèles, puisque la Religion chrétienne proclame dans les trois
Personnes la
même éternité, la même gloire et la même majesté. Mais comme le Père est le
principe sans
principe, nous affirmons avec vérité et sans aucune hésitation qu'il est la
première Personne
; et parce qu'il n'est distingué des autres Personnes que par la propriété de
Père, c'est à Lui
seul aussi qu'il appartenait d'engendrer le Fils de toute éternité. Aussi c'est
pour nous faire
souvenir en même temps que Dieu a toujours été, et qu'il a toujours été Père
que nous
joignons ensemble, dans cette profession de Foi, et le nom de Dieu et le nom de
Père.
Mais comme il n'y a rien de plus
périlleux que de chercher à pénétrer des vérités si hautes et
si délicates, ni de plus grave que de se tromper en voulant les exprimer, le
Pasteur aura soin
d'enseigner aux Fidèles qu'ils doivent retenir scrupuleusement les mots
d'Essence et de
Personne, consacrés en quelque sorte à l'expression propre de ce Mystère, et ne
point
oublier que l'unité est dans l'Essence et la distinction dans les Personnes. De
plus, il faut
éviter sur ce point les recherches subtiles et curieuses, selon cette parole :
(Prov, 26, 27.)
Celui qui voudra scruter la majesté sera accablé par
l'éclat de la gloire. Il doit nous
suffire de savoir d'une manière certaine par la Foi que Dieu Lui-même nous a
enseigné cette
vérité, (car ne pas croire à ses oracles serait une insigne folie et un malheur
extrême). Allez,
dit Notre-Seigneur Jésus-Christ à ses Apôtres, (Matth.,
28, 19.) enseignez toutes les
nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. - Et
l'Apôtre S. Jean
nous dit également : (1 Joann., 5, 7.) Il y en a
Trois qui rendent témoignage dans le ciel, le
Père, le Verbe et l'Esprit, et ces Trois ne font qu'Un.
Que celui donc qui par la grâce de
Dieu croit ces vérités, prie avec persévérance et conjure
Dieu le Père qui a créé toutes choses de rien, (Sap.,
8, 1.) qui dispose tout pour notre
bonheur, (Joann., 13. 12.) qui nous a donné le
pouvoir de devenir ses enfants, qui a révélé
à l'esprit de l'homme le mystère de la Sainte Trinité, oui, qu'il demande sans
cesse la grâce
d'être admis un jour dans les tabernacles éternels, pour y contempler cette
ineffable
fécondité du Père qui, en se considérant et en se connaissant Lui-même,
engendre un Fils
qui Lui est égal et semblable ; pour y contempler aussi ce bien éternel et
indissoluble par
lequel l'esprit de charité qui est l'Esprit-Saint, amour parfaitement égal du
Père et du Fils,
procédant de l'un et de l'autre, unit ensemble et toujours Celui qui engendre
et Celui qui est
engendré ; pour y voir enfin l'unité d'Essence dans la Trinité divine et la
parfaite distinction
dans les trois Personnes.
§ IV. - TOUT PUISSANT
Les Saintes Écritures emploient
ordinairement différents mots pour exprimer la Puissance
infinie de Dieu et sa Majesté souveraine, afin de nous montrer avec quelle
religion et quelle
piété nous devons honorer ce Nom trois fois saint. Mais le Pasteur aura soin
d'enseigner
avant tout que la perfection qui Lui est le plus fréquemment attribuée est
celle de
Tout-Puissant. Parlant de Lui-même Dieu dit : (Gen.,
17, 1.) Je suis le Seigneur
Tout-Puissant. Et Jacob envoyant ses fils vers Joseph faisait cette prière :
Puisse mon Dieu
Tout-Puissant le fléchir à votre égard ! (Gen., 43,
14.)Il est écrit dans l'Apocalypse :
(Apoc., 4, 8.) Le Seigneur Tout-Puissant qui est, qui
était et qui doit venir. Ailleurs : Le
grand jour est appelé le jour du Dieu Tout-Puisssant.
D'autres fois, plusieurs mots
servent à signifier la même chose. Ainsi par exemple : (Apoc.,
16, 14.) Rien n'est
impossible à Dieu. (Luc, 1, 37.) La main de Dieu peut-elle être impuissante ? (Num., 11,
23.) Vous pouvez, Seigneur, tout ce que Vous voulez. Et plusieurs autres
expressions qui,
sous des formes différentes, sont de véritables synonymes du mot Tout-Puissant.
Nous entendons donc par là qu'il
n'existe rien, que l'esprit ne peut rien concevoir, que
l'imagination ne peut rien se figurer, que Dieu n'ait le pouvoir de réaliser.
Car non
seulement il peut opérer tous ces prodiges qui tout grands qu'ils sont, ne
dépassent pas
néanmoins nos conceptions d'une manière absolue, comme de faire tout rentrer
dans le
néant, ou de créer de rien, en un instant, plusieurs autres mondes ; mais sa
Puissance s'étend
aussi à une foule d'autres choses beaucoup plus hautes que la raison et
l'intelligence de
l'homme ne peuvent pas même soupçonner.
Cependant, quoique Tout-Puissant
Dieu ne peut ni mentir, ni tromper, ni être trompé, ni
pécher, ni périr, ni ignorer quoi que ce soit. Ces choses ne se rencontrent que
chez les êtres
dont l'action est imparfaite. Et précisément parce que l'action de Dieu est
toujours d'une
perfection infinie on dit qu'il ne peut pas les faire. Réellement une pareille
faculté est un
effet de la faiblesse, et non d'un pouvoir souverain et illimité, tel qu'il le
possède. Ainsi
donc nous croyons que Dieu est Tout-Puissant, mais en ayant grand soin, dans
notre pensée,
d'écarter loin de Lui tout ce qui ne serait pas en harmonie et en rapport avec
la perfection
suprême de sa nature.
Mais que le Pasteur montre bien que
l'on a eu les plus sages raisons d'omettre dans le
Symbole les autres attributs de Dieu, et de ne proposer à notre Foi que celui
de sa
Toute-Puissance. En effet, dès que nous Le reconnaissons
comme Tout-Puissant, nous
avouons par là même qu'il a la science de tout et que tout est soumis à son
empire et à sa
volonté. De plus, si nous croyons fermement qu'Il peut tout faire, nous sommes
obligés par
une conséquence nécessaire de tenir pour certaines en Lui ces autres
perfections sans
lesquelles il nous serait impossible de concevoir sa Puissance souveraine.
Enfin rien n'est plus propre à
affermir notre Foi et notre Espérance que la conviction
profondément gravée dans nos âmes que rien n'est impossible à Dieu. Car tout ce
qu'on
nous proposera ensuite à croire, les choses les plus grandes, les plus
incompréhensibles,
aussi bien que les plus élevées au-dessus des lois ordinaires de la nature, dès
que notre
raison aura seulement l'idée de la Toute-Puissance
divine, elle les admettra facilement et
sans hésitation aucune. Et même, plus les oracles divins annonceront des choses
prodigieuses, plus nous nous sentirons portés et empressés à les accepter ; que
s'il s'agit de
biens à espérer, jamais la grandeur de l'objet promis à nos désirs ne rebutera
notre
confiance. Au contraire, nous verrons s'agrandir nos désirs et nos espérances,
en nous
rappelant souvent que rien n'est impossible à un Dieu Tout-Puissant.
Et cette Foi doit nous soutenir et
nous fortifier, surtout lorsque nous aurons à faire une
oeuvre difficile (une sorte de miracle), pour le bien
et l'utilité du prochain, ou que nous
voudrons obtenir de Dieu par la prière quelque grâce spéciale. Notre-Seigneur a
voulu nous
enseigner lui-même le premier de ces devoirs lorsque reprochant à ses Apôtres
leur
incrédulité, Il leur disait : (Matth., 17, 19.) Si
vous avez de la Foi comme un grain de
sénevé, vous direz à cette montagne : Passe d'ici là, et elle y passera, et
rien ne vous sera
impossible. Et l'Apôtre S. Jacques nous rappelle ainsi le second : (Jac., 1, 6, 7.) Que celui
qui prie le fasse avec Foi et sans hésiter ; car celui qui hésite est semblable
au Pot de la
mer, qui est agité et poussé par le vent de tous les côtés. Que cet homme-là
donc ne
s'imagine pas qu'il recevra quelque chose du Seigneur.
D'ailleurs, sous d'autres rapports,
cette Foi nous est également très utile et très avantageuse.
D'abord elle nous forme admirablement, et en toutes choses, à la modestie et à
l'humilité de
l'âme, selon cette parole du Prince des Apôtres : (Pet., 5, 6.) Humiliez-vous
sous la main
puissante de Dieu. De plus, elle nous apprend à ne pas trembler (Psal. 52, 6.) là où il
n'existe aucun sujet d'effroi, et à ne craindre que Dieu seul (Psal. 32, 8.), qui nous tient en
son pouvoir, nous et tous nos biens. (Sap., 7, 16.)
Et notre Sauveur Lui-même n'a-t-il pas
dit : (LUC, 12, 5.) Je vous montrerai qui vous devez craindre : craignez celui
qui après
avoir tué le corps peut vous précipiter dans l'enfer. Enfin cette même Foi nous
sert à nous
rappeler et à célébrer avec reconnaissance les immenses bienfaits de Dieu
envers nous. Car
il pourrait croire à la Toute-Puissance de Dieu, et
en même temps être assez ingrat pour ne
pas s'écrier souvent : (Luc, 1, 49.) Le Tout-Puissant a fait pour moi de
grandes choses.
Au surplus, si, dans cet
article, nous appelons le Père « Tout Puissant », personne ne doit
s'imaginer - car ce serait une erreur - que nous lui attribuons ce nom, à Lui-seul,
et que
nous refusons de le donner également au Fils et au Saint-Esprit. Car de même
que nous
disons que le Père est Dieu, que le Fils est Dieu, que le Saint-Esprit est
Dieu, sans dire pour
cela qu'il y a trois Dieux, mais en confessant réellement un seul Dieu ; de
même lorsque
nous affirmons que le Père est Tout Puissant, que le Fils est Tout Puissant,
que le Saint
Esprit est Tout Puissant, nous ne reconnaissons pas trois tout puissants, mais
un seul. Et
nous attribuons cette qualité au Père pour cette raison particulière qu'Il est
la source de tout
ce qui existe ; comme nous disons du Fils qu'il est la Sagesse, parce qu'Il est
le Verbe
éternel du Père, et du Saint-Esprit qu'il possède la bonté, parce qu'Il est
l'amour du Père et
du Fils. Et cependant ces qualités, et toutes les autres semblables, selon
l'enseignement de la
Foi catholique, peuvent s'appliquer également aux trois Personnes divines,
§ V. - CRÉATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE.
Ce que nous avons à dire maintenant
de la création de toutes choses, nous fera aisément
comprendre combien il était nécessaire de donner tout d'abord aux Fidèles la
notion d'un
Dieu Tout-Puissant. Car il est d'autant plus facile d'admettre une oeuvre si prodigieuse que
l'on doute moins de la puissance infinie du Créateur. Or Dieu n'a pas formé le
monde avec
une matière préexistante, Il l'a tiré du néant, sans nécessité ni contrainte,
librement et de son
plein gré. Le seul motif qui L'a déterminé à l’œuvre de la création, c'est sa
bonté, qu'Il
voulait répandre sur les êtres qu'Il allait produire. Car Dieu, souverainement
heureux en
Lui-même et par Lui-même, n'a besoin de rien, ni de personne, comme le proclame
David en
ces termes : (Psal. 15, 2.) J'ai dit à mon Seigneur,
Vous êtes mon Dieu, et Vous n'avez pas
besoin de mes biens. Et comme il n'a obéi qu'à sa bonté, quand Il a fait tout
ce qu'Il a
voulu (Psal. 113, 3.), de même pour former l'univers,
Il n'a pris ni modèle ni dessein qui ne
fût en Lui. Son intelligence infinie possède en elle-même l'idée exemplaire de toute choses.
Et c'est en considérant au dedans de Lui cette idée exemplaire, c'est en la
reproduisant pour
ainsi dire, que l'Ouvrier par excellence, avec cette Sagesse et cette Puissance
suprêmes qui
Lui sont propres, a créé dès le commencement
l'universalité des choses qui existent. Il a dit,
et tout a été fait; Il a ordonné, et tout a été créé (Psal.
148, 5).
Par ces mots « le ciel et la
terre », on entend tout ce que le ciel et la terre renferment. Car
non seulement Dieu a formé les cieux dont le Prophète a dit qu'ils sont
l'ouvrage de ses
doigts ( Psal. 8, 4), mais
c'est Lui qui les a ornés de la clarté du soleil, de la lune et de tous
les autres astres, pour les faire servir de signes, afin de distinguer les
saisons. les jours et
les années (Gen., 1, 14.). C'est Lui aussi qui a
donné à tous les globes célestes un cours si
constant et si réglé, qu'on ne peut rien voir de plus rapide que leurs
perpétuels mouvements,
ni de plus régulier que ces mouvements eux-mêmes.
Dieu créa également de purs esprits
et des Anges innombrables pour en faire ses serviteurs
et ses ministres. Il les orna et les enrichit des dons de sa grâce et de sa
puissance. Quand la
Sainte Écriture nous raconte que le démon ne demeura pas dans la vérité (Joan..
8, 44),
elle nous fait entendre clairement que lui et les autres anges apostats avaient
reçu la grâce
dès le commencement de leur existence. S. Augustin l'affirme nettement : (Lib.
12, de Civ.
Dei, Cap. 9.) Dieu, dit-il, créa les Anges avec une volonté droite,
c'est-à-dire avec un
chaste amour qui les unissait à Lui, formant à la fois leur nature, et y
ajoutant la grâce
comme un bienfait. D'où il faut conclure que les Anges saints ne perdirent
jamais cette
volonté droite, c'est-à-dire l'amour de Dieu. Quant à leur science, voici le
témoignage de
nos saints Livres. (2 Reg., 14, 20) 0 mon Seigneur et mon Roi, Vous avez la
sagesse d'un
Ange de Dieu, et Vous connaissez tout ce qui est sur la terre. Pour exprimer
leur
puissance, le saint roi David nous dit : (Psal. 102,
21) Les Anges sont puissants en vertu, et
ils exécutent les ordres de Dieu. Aussi l'Ecriture sainte les appelle souvent
les vertus, et
l'armée du Seigneur.
Mais, bien qu'ils eussent tous reçu
ces dons célestes qui faisaient leur gloire, plusieurs
cependant, pour avoir abandonné Dieu leur Père et leur Créateur, furent bannis
de leurs
sublimes demeures, et renfermés dans une prison très obscure, au centre de la
terre, où ils
subissent la peine éternelle due à leur orgueil. Ce qui a fait dire au prince
des Apôtres : (2.
Petr., 2, 4.) Dieu n'a point épargné les anges pécheurs, mais Il les a
précipités dans
l'enfer et chargés de chaînes, pour y être tourmentés, et pour y attendre le
jugement.
Dieu affermit aussi la terre sur sa
base, et par sa parole Il lui fixa sa place au milieu du
monde. Il éleva les montagnes, Il creusa les vallées, et pour que la violence
des eaux ne pût
l'inonder, Il posa des bornes à la mer pour l'empêcher de la submerger. Ensuite
Il la revêtit
et la para de toutes sortes d'arbres, de plantes et de fleurs, Il la peupla
d'animaux de toute
espèce, comme il avait fait auparavant pour la mer et les airs.
Enfin Il forma le corps de l'homme
du limon de la terre et, par un pur effet de sa bonté, Il lui
accorda le don de l'immortalité et de l'impassibilité, qui n'était pas
essentiellement attaché à
sa nature. Quant à l'âme (Gen., 1, 26.), Il la fit à
son image et à sa ressemblance, la doua
du libre arbitre, et régla si bien tous les mouvements et tous les désirs du
cœur, qu'ils
devaient toujours être soumis à l'autorité de la raison. A cela Il voulut
joindre le don
admirable de la justice originelle, et enfin Il lui soumit tous les animaux.
Pour instruire les fidèles de ces
vérités, le Pasteur n'aura d'ailleurs qu'à consulter l'histoire
sacrée de la Genèse.
Ainsi donc ces mots de création du
ciel et de la terre doivent s'entendre de la création de
toutes choses. Déjà le Prophète David l'avait dit en ce peu de mots : (Psal. 88, 12.) Les
cieux sont à Vous , et la terre Vous appartient. C'est
Vous qui avez formé le globe de la
terre et tout ce qui le remplit. Mais les Pères du Concile de Nicée l'ont
exprimé bien plus
brièvement encore en ajoutant au Symbole ces simples mots : visibles et
invisibles. Et en
effet tout ce que renferme l'ensemble des choses, tout ce que nous
reconnaissons comme
l’œuvre de Dieu, peut, ou bien tomber sous les sens, et nous l'appelons
visible, ou
seulement être aperçu par l'intelligence et la raison, et alors nous l'appelons
invisible.
§ VI. - PROVIDENCE.
Mais en reconnaissant que Dieu est
l'Auteur et le Créateur de toutes choses, n'allons pas
croire que son oeuvre une fois achevée et terminée
par Lui, ait pu subsister sans sa
Puissance infinie. De même en effet que pour exister, tout a eu besoin de la
souveraine
Puissance, de la Sagesse et de la Bonté du Créateur, de même il est nécessaire
que l'action
de la Providence s'étende constamment sur tout ce qu'Il a créé. Et s'Il ne
conservait son
oeuvre avec cette même force qu'Il a employée pour la
former au commencement, elle
rentrerait aussitôt dans le néant. L'Ecriture nous le déclare en termes
formels, lorsqu'elle dit
à Dieu : (Sap., 11, 26.) Comment quelque chose
pourrait-il subsister, si Vous ne le vouliez
ainsi ? Ce que Vous n'avez pas appelé, comment se conserverait-il ?
Et non seulement Dieu, par sa
Providence, soutient et gouverne toute la création ; mais c'est
Lui qui en réalité communique le mouvement et l'action à tout ce qui se meut et
à tout ce
qui agit ; et de telle sorte qu'Il prévient, sans l'empêcher, l'influence des
causes secondes.
C'est une vertu cachée, mais qui s'étend à tout, et comme dit le Sage, (Sap., 8, 1.) qui agit
fortement depuis une extrémité jusqu'à l'autre et qui dispose tout avec la
douceur
convenable. Ce qui a fait dire à l'Apôtre en prêchant aux Athéniens le Dieu
qu'ils adoraient
sans Le connaître : (Act., 17, 27, 28.) Il n'est pas
éloigné de chacun de nous ; c'est en Lui
que nous avons la vie, le mouvement et l'être.
Nous en avons assez dit sur ce
premier article. Toutefois, il nous reste à ajouter que l’œuvre
créatrice est commune aux Trois Personnes de la Sainte et indivisible Trinité.
Car si, d'après
l'enseignement des Apôtres dans leur Symbole, nous savons et proclamons que le
Père est
Créateur du ciel et de la terre, d'autre part nous lisons du Fils dans les
saintes Écritures :
(Joan., 1, 3) que tout a été fait par Lui ; et du Saint-Esprit : (Gen., 2.) que l'Esprit du
Seigneur était porté sur les eaux. Et encore (Psal.
32, 5) que les cieux ont été affermis par
le Verbe de Dieu, et que toute leur beauté est l'effet du Souffle de sa bouche.