L'Énigme de Jésus-Christ
de Daniel Massé
Livre 2 - Chap. 1 et 2
Jean-Baptiste et Jean
Chapitre premier - JEAN A-T-IL ÉTÉ LE CHRIST ?
I. - Jean-Baptiste dans les Écritures canoniques.
La carrière évangélique de Jean-Baptiste.
Le Christ, Jean, Apollos, Saint-Paul.
II. - Le « Change » sur le Précurseur.
Le silence impressionnant de Saint-Justin sur Jean-Baptiste.
Création suspecte par travail de littérature.
Le morceau s'achève sur une phrase d'un gnosticisme suraigu
La carrière de Jean dans le Selon-Jean.
Jésus-Christ renie le témoignage de Jean.
Jean-Baptiste dans les Synoptisés.
Le baptême d'Esprit saint ou de feu.
III. - Témoignage de Jésus sur Jean et celui du peuple sur Jésus-Christ.
Autre témoignage de Jésus : Élie et Jean.
La vieille outre ; la pièce neuve.
Chapitre deux - LE JUIF APOLLOS D'ALEXANDRIE
JEAN-BAPTISTE
AVANT-PROPOS
Dans l'ENIGME DE JÉSUS-CHRIST, j'ai établi que le Messie Juif ou Christ, crucifié par Ponce-Pilate, et divinisé comme fils de Dieu, était l'aîné des sept fils de Juda le Gaulonite, fomenteur de la Révolte juive connue en histoire sous la désignation de Révolte du Recensement ou de Quirinus, en 760, de Rome ;
- - que Juda le Gaulonite, est devenu en Évangile Joseph et Zacharie et Zébédée ;
- - que le Christ, son fils, est né en 738-739 de Rome, et non en l'an 754, choisi comme l'an 1 de l'ère de Jésus-Christ, et non point à Nazareth, ville dont le nom est symbolique et qui n'a jamais existé avant le VIII° siècle ou le IX°, à l'emplacement où on l'a construite vers cette époque, sinon au temps des Croisades, mais qu'il est né à Gamala, dans les montagnes qui cernent la rive orientale du lac de Génézareth ou lac de Kinnéreth, puis de Tibériade ;
- - que sa Nativité à Bethléem n'a été imaginée que, comme Thargoum, pour se conformer au droit mosaïque et aux prophéties judaïques, ainsi que pour substituer son culte au culte du Soleil, alors universel ou catholique;
- - qu'il fut, sous l'empereur Tibère, contre les Hérodes usurpateurs, à son point de vue, du trône de David, son ancêtre, un prétendant royal, en perpétuelle rébellion et révolte contre l'autorité romaine et hérodienne;
- - et qu'il a été légalement jugé et condamné au supplice de la Croix, comme accusé et convaincu du crime de lèse-majesté, - crimen majestatis, - au nom de la loi Julia, s'étant proclamé Roi des Juifs, se disant Fils de Dieu, le Père, soit Bar-Abbas, et qu'il se confond, en histoire, avec l'évangélique brigand du même nom.
Toutes ces affirmations, que je résume, j'en ai donné des preuves irréfutables. Si irréfutables que personne n'a tenté d'en entreprendre la réfutation.
J'entends bien que les critiques qui m'ont fait l'honneur, dont je leur suis infiniment reconnaissant, de parler de mon "Énigme de Jésus-Christ" dans la presse, ont trouvé étranges et audacieuses mes affirmations, et difficiles à admettre, contre tous les résultats contraires de l'exégèse traditionnelle. Mais de réfutation directe, pas l'ombre. Il en est, de ces grands hommes, qui, pour quelques boutades, - de nombre et d'importance assez insignifiants dans un volume. de deux cent soixante quinze pages de texte plutôt serré, ont affecté de prendre mon ouvrage et mon effort comme l'amusette d'un esprit paradoxal et qui badine, tout en rendant hommage à mon énorme érudition. Merci pour elle ! Mais là n'est pas la question. Les pichenettes qu'il m'est arrivé d'administrer au nez des savants qui les méritent n'effacent pas la discussion sévère qui est le fond et le principal de l'Enigme de Jésus-Christ. Profiter de quelques ironies pour faire semblant de ne pas voir les démonstrations que j'apporte et pour se dérober à la discussion, prouve à la fois la légèreté de certains critiques et l'infirmité de leur esprit sur les sujets sérieux. Je leur retourne donc leur compliment, moins l'érudition.
Je ne m'étonne aucunement, d'ailleurs, ni ne m'afflige, d'avoir été méconnu ou mal compris. Il faudrait être bien naïf, - et je ne le suis plus depuis, hélas ! longtemps, - pour s'imaginer que les conclusions de mes études et de mes recherches, qui dérangent tant d'habitudes, heurtent tant de traditions et peuvent affliger tant d'intérêts, plus matériels que moraux souvent, sont susceptibles, même convaincantes, d'obtenir le suffrage de l'universel public. Je l'ai prévu dès le premier chapitre de l'Énigme : en la dédiant à l'opinion du monde, comme j'en ai pris la précaution, j'ai dit que je n'attends que de celle de demain, le verdict qui me rendra justice. Je ne me fais aucune illusion sur la génération présente, sauf intelligentes exceptions, et ne lui en veux pas pour si peu. Ce n'est pas sa faute! Je ne la traiterai pas de "méchante et d'adultère", comme Jésus la sienne, quand il lui refuse tout miracle, sauf "le miracle du Iôannès-Jean ressuscité", qu'il est. On le verra dans ce livre. Le préjugé Jésus-chrétien est trop enraciné, même chez des gens, et c'est le plus grand nombre, qui se disent adeptes du christianisme, et vivent comme s'ils ne croyaient à rien, pas même à la vertu sans épithète, laquelle n'a pas attendu, pour être pratiquée, que Dieu ait envoyé, suivant les fables judaïques, son fils comme rédempteur du monde, - ils le crucifient tous les jours par leurs mauvaises oeuvres ; la foi, même celle qui n'agit point, la foi aveugle, donc absurde, dans les légendes et la morale rénovatrice du christianisme restent trop dans les mœurs, sans les rendre ni les avoir rendues meilleures, pour espérer être cru et suivi, quand on apporte la vérité historique, si désintéressée.
Mais pour qui la cherche d'un cœur passionné, cette vérité historique, il n'est pas nécessaire de réussir pour entreprendre ni de triompher pour persévérer.
Je n'écris pas pour une clientèle : quarante-huitards socialisants ou dames du monde pour qui le Christ doit être le portrait du Prince charmant, comme a fait Renan; - laïques ou libres-penseurs qui en sont encore au "sans-culotte" Jésus ;-communistes et bolchevisants que cherche à amadouer un Henry Barbusse; - Sorbonnards et universitaires pour qui les leçons de porteurs de diplômes, trônant dans les chaires officielles, sont "paroles d'évangile."
J'écris pour ceux qui, délicats et mettant de côté toute idée préconçue, capables d'une discussion objective, aiment juger un procès sur pièces, avec leur seule raison et leur pure intelligence.
A côté des grandes démonstrations que. j'ai faites dans l'Enigme de Jésus-Christ, et que je rappelais tout à l'heure, j'ai, par mille traits épars à travers l'ouvrage, amorcé la preuve de quantité d'autres conclusions que j'ai énumérées en détail dans le premier chapitre avec celles dont j'ai déjà fourni la preuve.
On trouvera dans le présent volume la démonstration massive que le Christ crucifié par Ponce-Pilate fut le Iôanès, c'est-à-dire Jean, qualifié tantôt de Baptiste, tantôt de disciple bien-aimé, que les scribes ecclésiastiques durant les II°, III° et IV° siècles ont dépouillé de son rôle historique, pour l'attribuer au héros de leur invention, Jésus-Christ, fabriqué avec le Christ Juif sous Tibère (et Ponce-Pilate) et le dieu qu'avaient imaginé les Cérinthiens et les Gnostiques : le Jésus, fils, puissance émanée, Verbe de Dieu, Aeôn.
Puis suivront des ouvrages donnant
1° L'explication de l'Apocalypse et la preuve qu'elle a été le manifeste du Messie, prétendant au trône de Judée et à la domination universelle pour un règne de mille ans, avant le renouvellement du Monde ;
2° L'histoire du Messie-Christ, crucifié par Ponce-Pilate, le récit de sa carrière véritable, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, et qui n'eut rien de "pacifique," comme les Évangiles, qui y réussissent mal, et le préjugé, qui se contente de l'absurde, veulent le faire croire et le croire;
3° L'évolution de l'idée messianique, depuis l'Apocalypse et à travers les affabulations judaïques sur le Verbe ou Logos, jusqu'à la création de Jésus-Christ, pour finir par la confection des Évangiles, vers le déclin du IV°siècle, au plus tôt, qui achèvent la fabrication du christianisme.
Les démonstrations sur ces gros problèmes, après celles que j'ai faites sur Nazareth-Gamala, Bethlehem, Juda le Gaulonite, BarAbbas, entraîneront, comme conséquences, et s'y encadrant, les démonstrations accessoires, - je ne dis pas secondaires, car elles sont tout de même d'importance capitale, - sur les autres conclusions d'ensemble que j'ai résumées dans le premier chapitre de "l'Énigme de Jésus-Christ" : notamment sur les deux hypostases et l'incarnation, sur l'inexistence de l'apôtre Paul, tiré du prince hérodien Saül, sur le millénarisme, sur la sépulture du Christ en Samarie, sur Simon-Pierre, les Jacques Jacob et autres disciples, frères du Christ, sur les Actes des Apôtres et sur l'âge apostolique, etc.
J'entends bien ne rien laisser, après l'avoir affirmé, sans en administrer la preuve formelle [1].
Un dernier mot, pour les critiques que mon humeur paraît choquer.
Il se peut que je cède encore, chemin faisant, à mon démon familier, qui ironise parfois et manque de flagornerie à l'égard des pontifes. J'ai dit, dans l'Enigme, que je tenais au ton qu'il me plaît de prendre. J'avais prévenu que je faisais une étude « à la française ». Je ne m'en dédis pas. Le fond n'en est pas pour cela moins sérieux. Voyez-vous ce savant austère, ce conférencier pour dames du monde, agrégé et docteur ès-lettres, qui se voile la face parce qu'on lui prouve qu'Eusèbe est un faussaire, et tel Père de l'Église un aigrefin ? Va-t-il pas reprocher aux "Marie-Louise" du début de la grande guerre, qu'il n'a pas faite, d'avoir manqué de courage, parce qu'ils marchaient à la mort, - chose grave, - en gants blancs, comme s'ils se rendaient à une réception mondaine, - futilité ? Et tous ces poilus qui se sont fait tuer, - trop grands pour nous !- avec des blagues sur les lèvres, ils ne l'étaient pas, non plus, eux, sérieux ? Mouraient-ils pour rire ou riaient-ils pour mourir ?
On éprouve quelque sentiment de honte pour certains de nos contemporains, - mais oui, de honte et de mépris, - d'être obligé de leur rappeler que, même dans une discussion grave, un Français peut, sans que la discussion en vaille moins, lancer un trait, même d'irrévérence, qui amuse et déride.
Il est possible que j'y perde "commercialement". Mais, en recherchant la vérité de l'histoire, j'ai oublié de penser au commerce.
D. MASSE
JEAN-BAPTISTE
Chapitre premier - JEAN A-T-IL ÉTÉ LE CHRIST ?
I. - Jean-Baptiste dans les Écritures canoniques.
Les deux (ou trois) Jean. - Les quatre Évangiles sont d'accord pour nous présenter, à côté de leur héros principal Jésus-Christ, un autre personnage éminent, au même destin tragique, ayant, lui aussi, encouru la haine d'Hérode, et qui, un moment, avant de disparaître décapité, fait haute figure, et autant, sinon plus, que le futur Crucifié de Ponce-Pilate, au point que, on le verra, "tous" se demandent s'il n'est pas le Christ, et que Jésus-Christ lui-même n'est pas très sûr qu'il n'est pas le revenant de Jean.
Ce personnage étrange, les quatre Evangiles le désignent en effet sous le nom de Jean, traduction en français du grec lôannès, reproduisant lui-même un vocable hébraïques.
On l'appelle communément Jean-Baptiste.
L'expression "Jean-le-Baptiste" est particulière à l'Évangile Selon-Matthieu, qui ne dit Jean-Iôannès tout simplement, que dans la scène du baptême de Jésus par Jean, qu'il démarque du IV° Évangile, que l'on avait au préalable interpolé (Mt : III, 13-17 ; - Jn : I, 29-38).
Le Selon-Marc ne dit Jean-le-Baptiste ou le Baptisant (au génitif : x x x x x x x ), que lorsqu'il refait le récit du Selon-Matthieu, sur la scène de la décapitation (Me: VI, 24-25; Mt XIV, 8).
Quant au Selon-Luc, il n'ajoute à Jean l'épithète le Baptiste, qu'une seule fois, dans le récit du message de Jean à Jésus, que l'on a synoptisé avec le récit pareil du Selon-Matthieu (Le VII, 33 ; MI : XI, 2-19).
Reste le quatrième Evangile, dit Selon-Jean. Il est postérieur, si l'on en croit l'Église et les exégètes et les critiques laïques, aux trois autres Évangiles, les synoptisés, qu'il a, par conséquent, dû connaître. Et cependant, ce Jean-Baptiste, il ne le désigne que sous le nom de Jean, tout court. Jamais il n'ajoute au nom du Iôannès-Jean, quand il en parle, l'épithète de Baptiste ou de Baptiseur, même quand il le montre en train de baptiser. Il n'est pas plus le Baptiste, dans cet Évangile, que ne l'est Jésus-Christ ou Jésus ou le Christ, quand il baptise aussi. La fonction de baptiseur chez Jean n'a pas plus frappé l'auteur du IVe Évangile, qu'à l'égard de Jésus-Christ ou du disciple bien-aimé, qui s'appelle Jean aussi.
Cette constatation est remarquable. Pour l'expliquer, il faut supposer et admettre que les Évangiles synoptisés, contrairement aux affirmations ecclésiastiques des érudits, sont venus bien après le IVe Évangile, et que le qualificatif de Baptiseur ou de Baptiste n'a pas désigné le lôannès Jean aux origines, que par suite, il ne lui a été adjoint qu'après l'apparition du IVe Évangile, à une époque tardive, comprise entre la fin du II° et le IV° siècle, comme nous le prouverons, et pour des raisons que la suite fera comprendre.
Les Ecritures canoniques montrent un deuxième Jean, distinct de Jean-Baptiste. C'est "le disciple que Jésus aimait", devenu plus tard l'évangéliste et l'apôtre, et que l'Église affirme être l'auteur du IVe Evangile, de deux courtes Epîtres et de l' Apocalypse. Je me réserve d'en parler à part, dans le dernier chapitre de cet ouvrage. Je ne le signale ici que pour mémoire, car, en passant, à propos de Jean-Baptiste, je montrerai que les scribes évangéliques confondent souvent ces deux Jean, à donner le soupçon qu'ils sont un Jean unique, traitent Jean-Baptiste, qu'ils l'appellent Jean tout court ou ajoutent à son nom le qualificatif de Baptiseur, comme s'il s'agissait de l'apôtre, et notamment comme Prophète, et Prophète de quoi, sinon de l' Apocalypse ? On a l'impression que, par des procédés artificiels de littérature, ils ont fait deux Jean, d'un Jean historique unique, et qu'ils n'arrivent pas à se dépêtrer de l'immense réseau de fraudes tissées par des générations successives d'imposteurs, qui se heurtent, se contredisent, pataugent dans le mensonge, autour de la personnalité du Iôannès, sur lequel ils s'efforcent lamentablement de donner le change, suivant l'habitude, afin de cacher que l'unique Iôannès = Jean fut le Christ aux « goïm », aux non-circoncis, aux Occidentaux, ces « poissons » qu'il s'agit de prendre aux filets de la Barque de pêche du Fils du Charpentier, et qui ont des statères d'or dans la bouche. La Bethsaïda n'a été qu'une officine de scribes faussaires, à partir de la fin du II° siècle, et à Rome principalement [1].
La carrière évangélique de Jean-Baptiste.
Elle est aussi brillante que rapide, brève comme l'éclair qui troue et illumine la nuée. Elle peut être résumée en quelques lignes qui contiennent d'ailleurs plus que n'en savent la plupart des gens sur le personnage, même des chrétiens de baptême.
Fils de Zacharie et d'Élisabeth, "il grandit et se fortifia en esprit, demeurant dans les déserts, vêtu de poils de chameau, - tissu de Gamala, - mangeur de miel sauvage et de sauterelles, jusqu'au jour de sa manifestation à Israël, prêchant la repentance et la venue du Messie = Christ, pratiquant le baptême comme symbole de la conversion à laquelle il exhortait les Juifs. » Aussitôt Jésus vint, de Nazareth ou d'ailleurs, pour être baptisé par lui au Jourdain, et au moment de ce baptême à deux, - Jean sans doute qui, d'ordinaire, avait une foule d'aspirants au baptême, lui avait réservé une séance spéciale, - une voix du ciel descendit avec une colombe, et la voix disait : « Voici mon Fils bien-aimé ... , Évidemment, Jean et Jésus entendirent cette voix, acteurs et témoins de la scène, et si on l'a su, ce ne peut être, semble-t-il, que par eux ou l'un d'eux [2].
Après quelques épisodes et aventures sans consistance, qui se mêlent plus on moins à la carrière de Jésus-Christ, Jean finit en prison, où Hérode Antipas le fit décapiter, pour plaire à la danseuse Salomé (son nom n'est pas dans les Évangiles, et nous dirons pourquoi). fille d'Hérodiade, - Hérodiade étant à dessein faussement donnée comme ayant été la femme de l'Hérode Philippe. Après quoi, les disciples de Jean prirent son corps, sans la tête, qui avait été remise à Salomé et par celle-ci à sa mère, et l'ensevelirent dans un tombeau. Les Évangiles ne disent pas où. Nous verrons que c'est à Machéron de Samarie, où nous le retrouverons, sous les espèces du « mort, que les Juifs-christiens adorent comme un dieu », soit du Crucifié de Ponce-Pilate, tête comprise.
Telle est cette histoire dans son ensemble. Elle est unanimement connue. La tragédie de la décapitation, la danse de Salomé ont inspiré le sadisme de tant d'artistes, peintres, sculpteurs, poètes, musiciens qu'il est grand temps que la critique historique ait son tour pour faire oeuvre de vérité, froidement et proprement.
En définitive, Jean-Baptiste, décapité tôt, n'intervient vraiment dans les Évangiles, que pour servir à Jésus-Christ de pré curseur, de héraut annonciateur, de témoin, et que pour le baptiser au Jourdain, comme il le faisait d'ailleurs entre temps pour d'autres Juifs, e"avides de repentance », - repentance de quoi ? Et bien que Jésus-Christ ait aussi baptisé d'eau au Jourdain, ce n'est qu'à Jean = Manès qu'est donné le qualificatif de Baptiste on de Baptiseur, - et seulement par les trois Synoptisés.
Le Christ, Jean, Apollos, Saint-Paul.
En plus des Evangiles, il y a la première Epître aux Corinthiens, les Actes des Apôtres, documents de la fin du II° siècle, qui n'ont été fabriqués que pour sophistiquer l'histoire du Christ et de ses "disciples", aux origines, qui se souviennent, avec un salut en passant à Jean l'apôtre, de la grande figure du Baptiseur Jean. Ils nous content, en effet, l'histoire étrange d'un Juif d'Alexandrie qui exploite le baptême ; il s'appelle Apollos. Bien que « n'ignorant rien du Christ », disent les Actes, cet Apollos baptise-t-il au nom de Jésus ? Jésus ? Aucunement. Il baptise au nom de Jean. Et encore n'est-on pas très sûr qu'il s'agisse expressément du Baptiste dont le qualificatif n'est pas donné. N'insistons pas. Pourquoi Apollos baptise-t-il au nom de Jean, si Jean n'a pas été le Christ ? Ainsi, on aperçoit, dès les Actes des Apôtres et l'Épître aux Corinthiens, bien avant que les Évangiles actuels soient faits, que la vérité historique sur le Christ est contenue dans le personnage de Jean. Et si Paul intervient - je le montrerai en détail ci-dessous, et comment ? par un astucieux tour d'Escobar, - c'est pour essayer d'effacer cette vérité historique.
Les Évangiles ensuite ont romancé pour Jean, escroqué de son rôle de Christ, une personnalité et une carrière à part, transportant le christat de Jean, crucifié par Ponce-Pilate, à un être de fantaisie, Jésus-Christ, fabriqué aux confins des II°et III° siècles, avec la peau de Jean où l'on fait entrer le dieu Jésus.
Quant là Jean, - « car enfin faut-il bien que je sois quelque chose ? " dit Sosie, quand Mercure lui vole son nom avec sa ressemblance, - il rétrograde au rôle de Précurseur.
Change et mystification !
Cette question : "Jean fut-il le Christ ? " que j'ai résolue par l'affirmative dans l'Enigme de Jésus-Christ, dont j'ai fait état, ne donnant que des preuves fragmentaires, en passant, de mon affirmation, et que j'entreprends de démontrer à fond, maintenant, cette question, les Évangiles la posent eux-mêmes et vous forcent invinciblement à la poser.
Jean ne fût-il pas, n'a-t-il pas été, n'est-il pas le Christ, crucifié par Ponce-Pilate, n'est-il pas le personnage historique à qui. dans les Évangiles, oit a substitué Jésus-Christ ? [3]
Cette question, les Évangiles, ai-je dit, la posent. Mais la posent-ils de bonne foi, indolemment, comme d'un fait négligeable, sur lequel il ne faut pas insister, tant il est invraisemblable ? Ah ! que nenni ! On sent qu'ils ne peuvent pas ne pas la poser. Elle revient en leitmotiv , obsédante, harcelante comme un remords, et s'ils y répondent par la négative, c'est comme pour chasser le remords.
La question même constitue un aveu.
Voici le Selon-Luc (111, 15) - : "Tous se demandaient en leurs cœurs si Jean ne serait point le Christ. " Oui, Jean est à peine apparu qu'on le prend pour le Christ. Pas pour Jésus-Christ
Voici le Selon-Marc (VI, 14-16), le Selon-Matthieu (XIV, 1-2), le Selon-Luc encore (IX, 7), où Hérode, à propos de Jésus-Christ. déclare : "C'est Jean qui s'est relevé d'entre les morts ! » Mais oui, aux confins des II°et III°siècles, camouflé en Jésus-Christ, en effet, par la plume des scribes.
La formule employée par les Écritures est même typique
"Jean est-il le Christ ? Es-tu le Christ ? Toujours le Christ. Jamais Jésus-Christ. Dans l'épître I aux Corinthiens (1, 12 et 15), attribuée à l'apôtre Paul, c'est une hallucination :
« Parmi vous, il y en a qui disent : - Moi, je suis de Paulos, moi d'Apollos, moi de Képhas, et moi du Christ. » En passant, j'indique, - mais j'y reviendrai plus longuement,, c'est nécessaire, - qu'Apollos n'a jamais baptisé qu'au nom de Jean.
Paul continue - « Christ est-il divisé ?... Paul a-t-il été crucifié ? Ou avez-vous été baptisé au nom de Paul ? » Non. Mais par Apollos, au nom de Jean, jamais au nom de Jésus. « Christ m'a envoyé... afin que la croix de Christ... Christ puissance et sagesse de Dieu... mettre sa gloire en Christ... serviteurs du Christ. »
Quelle insistance obstinée sur Christ ! Il n'y a plus de Jean ; il n'y a plus de Jésus. Il n'y a plus que le Christ. Jésus-Christ ? On est en train de le fabriquer. « N'attirons pas trop l'attention sur ce double nom, pense le faussaire qui joue le rôle de Paul. Ne parlons que de Christ. Le Christ ! Le Christ ! Le Christ ! Jean le fut, certes, sans doute, peut-être, sûrement. Mais Jésus ? Non pas, jamais. Mais puisqu'on prétend que Jean fut le Christ et qu'on en discute, alors que nous avons inventé Jésus-Christ, quand nous parlerons de Jésus-Christ, et pendant le temps nécessaire à asseoir la fraude, nous l'appellerons Christ, comme Jean, en prenant garde de ne jamais plus associer au nom de Jean l'épithète de Christ, et en ne nommant que Christ, à qui nous joindrons de temps à autre, devant ou après, le nom de Jésus, du moins quand il ne sera pas question de baptême, sauf de feu et d'esprit saint.
Christ sera donc, non plus Jean-Christ, mais Christ d'abord, tout court, puis Christ Jésus, et, enfin, ouf !, Jésus-Christ, suivant les circonstances, et jusqu'à ce qu'on ait pris l'habitude de ce vocable définitif, Jésus-Christ, pour désigner le Crucifié de Ponce-Pilate. C'est à quoi d'ailleurs nous nous emploierons fidèlement, en même temps que nous relèguerons le Iôannès = Jean, simple homme, dans son rôle, d'ailleurs inutile, de baptiseur. Nous créons un homme-dieu, Jésus-Christ, dans la peau de Jean, c'est vrai.
Mais cette mystification, C'est justement ce que nous voulons qu'on ignore. Au surplus, Jean le Christ, ne protestera pas. Il est mort. Et gare à ceux qui protesteront pour lui, quand nous serons les plus forts.
Comme tour de bonneteau, à en juger par les événements, et à lire les oeuvres des exégètes, qui s'y sont laissé prendre, ce n'est pas mal réussi.
Mais attendons la fin….
II. - Le « Change » sur le Précurseur.
L'inutilité de Jean-Baptiste.
- Puisque, du Iôannès-Christ, Messie juif crucifié par Ponce-Pilate, mort sans se douter qu'il serait divinisé comme Rédempteur du inonde, mais en qui, au II°siècle, Cérinthe, Valentin et autres ont fait descendre le dieu Jésus lors de ses séjours temporaires sur notre globe terraqué, - et, en ceci, on peut, en effet, dire qu'il est le précurseur de Jésus, à plus de cent ans en ça, - puisque, dis-je, de ce lôannès, les scribes, incarnant en lui le Verbe Jésus, à qui ils donnent ainsi un corps, une chair, veulent tirer Jésus-Christ, distinct de Iôannès, il est conforme à la règle du jeu que, ne pouvant supprimer le Iôannès, sur lequel les polémiques s'étaient engagées, ils commencent par lui prêter une prédication. Coup double : il parle, donc il existe, et il parle pour annoncer la venue de Jésus-Christ, après lui ; il authentifie Jésus-Christ, dont il devient le témoin, le précurseur, comme un être biologique distinct de lui.
Simple travail de littérature, qui ne dépasse pas les ressources de l'esprit humain, et auquel n'a pas besoin de participer le Saint-Esprit. Mais travail forcé, que l'on a dû faire, dans l'impossibilité où l'on s'est trouvé de se débarrasser de Jean, ce gêneur, alors que l'on inventait Jésus-Christ.
Travail forcé, dis-je, que l'on n'aurait pas fait, si Jean n'avait pas été le Christ, à qui il fallait enlever sa personnalité historique. Car ce rôle de Jean, qu'on veuille bien y réfléchir, ce rôle de Jean, comme Précurseur. il est inutile, il est superfétatoire, invraisemblable et inexplicable. Comme baptiseur, il en est de même, et j'y reviendrai. Jean-Baptiste, dans le drame des Évangiles, est comme un fonctionnaire en trop dans une administration, et dont on ne peut se défaire, pour qui il faut trouver un emploi, où il ne rend d'ailleurs aucun service. Il tourne à vide, comme un écureuil dans sa roue.
Qu'est-il besoin de Jean-Baptiste pour annoncer le Messie et courir au-devant de lui et aplanir ses sentiers ? En quoi les a-t-il aplanis ? Qu'a-t-il préparé ? Son témoignage ? Nous en reparlerons. Que vaut-il, après toutes les prophéties, toutes les prédictions des anciens livres hébraïques, ces livres que les Chrétiens ont gardés comme étant les leurs, où tous les Nabis vocifèrent, depuis Jacob, l'espérance d'Israël en un Vengeur, descendant de David, qui devait établir, à son profit et au profit de ses compatriotes, le règne de leur Dieu Iahvé sur les nations subjuguées, foulées aux pieds pour lui servir de marche-pied, passées à ce que les scribes appelleront « le baptême de feu et de sang », devenu, par un change pour piper les goïm, « le baptême du Saint-Esprit ? ».
Jésus lui-même, - le Scribe ne lui ajoute même pas l'épithète de Christ, car il reproduit Cérinthe et sait qu'il s'agit du dieu Jésus, qu'il ne confond pas avec le Crucifié de Ponce-Pilate, - Jésus lui-même, donc Jésus-Christ, se refuse à prendre au sérieux ce témoignage de Jean sur lui ; il en fait fi : "Pour moi, ce n'est pas le témoignage d'un homme que j'invoque", - et j'en reparlerai ; il veut bien, sous la plume des scribes, se prêter à la mystification pour goïm, car il est essentiellement juif, laquelle l'a incarné dans le Iôannès = Jean ; mais il ne veut pas en être la dupe [1].
D'autre part, est-ce qu'il n'est pas acquis que les Juifs, à l'époque de Tibère, avaient la certitude que l'heure du Messie était imminente. Ils attendaient sa venue avec une foi ardente, visionnaire. D'après les prédictions de Jean ? Quelle plaisanterie ! D'après des données factices fondées sur une vague tradition, sur des commérages ? Allons donc ! Ils l'attendaient conformément à des calculs astronomiquement et mathématiquement établis. « L'attente était à son comble », a dit très justement Renan. Et la Judée était en pleine fermentation [2]. Si un Jean, un Iôannès y fut pour quelque chose, c'est le Iôannès-Christ, fils du Jona ou Iôannès ler, père aussi de Simon-Pierre . Jona-Iôannès =Joseph = Zacharie = Zébédée, - en histoire: Juda de Gamala.
Le silence impressionnant de Saint-Justin sur Jean-Baptiste.
Voici encore une étrange histoire ! Justin fut probablement un philosophe platonicien, un "Chrêstos", un vertueux, peut-être un gnostique. Nous ne savons de lui que ce qu'il a plu à l'Église de nous en apprendre. « En ce temps, - vers 159, - dit Eusèbe (Hist., IV, 11), florissait Saint-Justin qui, sous l'habit du philosophe, prêchait le Verbe de Dieu ou Logos (et c'est peut-être la vérité ; Justin était cérinthien ou gnostique ; il connaît les fables sur le Verbe, sur le dieu Jésus ; il ne sait rien de Jésus-Christ). Il défendait la vérité de notre foi, tant par ses écrits que par ses paroles ». Oui, la foi du II°siècle, c'est possible ; mais pas celle des Evangiles, avec Jésus-Christ, qu'il ignore, parce qu'ils n'existent pas encore. Il ne parle que des Mémoires des Apôtres, et l'on ne sait ce qu'il faut entendre par là. Eusèbe dit de ces Mémoires « qu'ils sont des mensonges impudents, fabriqués par des faussaires (Hist., I, 11) », ce qui permet de supposer, sans grand risque de se tromper, que ces Mémoires visent les Commentaires de Papias sur l'Apocalypse, ou l'Evangile de Cérinthe, ou Pistis-Sophia de Valentin. Mais la phrase d'Eusèbe sur Justin est vague, et elle ne l'est que pour permettre l'équivoque. Notre foi ? Celle des Evangiles, la foi jésus-christienne, voilà ce que veut faire entendre Eusèbe, alors qu'il s'agit de la foi cérinthienne et gnostique. Mais peu importe ici, où nous n'avons à parler que de Jean-Baptiste.
Justin est du II°siècle, vers 160. Il a écrit, nous dit-on, deux Apologies, qui ont été sophistiquées avec une intempérance rare par des scribes ecclésiastiques, notamment par l'introduction de passages évangéliques nombreux. Dans ces Apologies, destinées à prouver Jésus-Christ, en 160, - on ne l'inventera que plus tard, vers 180-200, - Justin rappelle tous les prophètes qui ont annoncé le Christ (Messie). Il ne cite même pas Jean-Baptiste. Et s'il ne le cite pas, ne venez pas me dire que c'est par oubli. Défaite trop commode ! Il est impossible que Justin, si les Evangiles sont faits de son temps, comme on veut le faire croire, par les citations qu'on a frauduleusement interpolées dans ses Apologies, ignore Jean-Baptiste, dont Jésus-Christ a dit qu' « il est le plus grand de tous les prophètes ». Conclusion : au temps de Justin, II°siècle, Jean en tant que Baptiste n'est pas inventé, précurseur et baptiseur du Christ. Si le Jean-Baptiste des Évangiles était un personnage réel, si ce que disent de lui les Évangiles était vrai et se trouvait dans les Évangiles, du temps de Justin, il y a, dans les Apologies, un passage où il est impossible que Justin n'en parle pas, outre celui qui est relatif aux «prophètes qui ont annoncé Jésus, notre Christ, et qui se succédèrent de génération en génération (Apol., XXXI, 7 et 8) ». C'est celui où, à propos du baptême, disant que lorsque Jésus sortit de l'eau, « un feu s'alluma dans le Jourdain », et citant la voix du ciel, reproduction des Psaumes (XVIII-XIX, 3-6) : « Le Seigneur m'a dit : - Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui. » Or, Justin ne met pas en scène Jean-Baptiste. Jésus est seul. Il a seul entendu la voix. « Le Seigneur m'a dit. » Le Seigneur ne s'adresse qu'à Jésus, et non au publie : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », comme dans le Selon-Matthieu. Le Selon-Marc et le Selon-Luc portent: « Tu es mon Fils », mais ils omettent, comme le Selon-Matthieu aussi : « Je t'ai engendré aujourd'hui. » Et c'est une preuve de plus que l'on a refait et retouché les Évangiles après le V°siècle, car dans ceux dont s'est servi saint Augustin, l'omission n'existait pas. Dans ses Confessions liv. XI, chap. XIII) il dit, parlant à Dieu : « Tu as engendré dans une éternité égale à la tienne celui (Jésus) auquel tu as dit (lors du baptême) : - Je t'ai engendré aujourd'hui. »
Bref, au temps des Apologies, en 160, Jean-Baptiste n'est pas inventé, et malgré toutes les sophistications qu'elles ont subies et qui les ont bouleversées de fond en comble, où l'on a introduit des multitudes de passages des futurs Evangiles, que Justin n'a pas connus, on a oublié de leur faire parler de Jean-Baptiste [3].
La chronologie.
Inutile donc le rôle de Précurseur; pas inventé au milieu du II°siècle, Jean-Baptiste. Mais il y a plus. Jean et Jésus-Christ sont du même âge, ce qui s'oppose à ce que Jean ait pu jouer, bien qu'on le lui fasse jouer, le rôle de Précurseur de Jésus-Christ.
Les Évangiles veulent donner l'impression que Jean a commencé à prêcher avant Jésus-Christ. Mais combien de temps avant ? Pour sacrer quelqu'un précurseur, faut-il encore, sans rien exagérer, qu'il s'écoule tout de même un certain laps de temps entre le précurseur apparu pour « préparer, aplanir les sentiers », œuvre d'assez longue haleine, et « celui qui vient après lui ». Or, Jean et Jésus font des débuts quasiment simultanés. Le Selon-Luc, qui nous donne deux récits des nativités, - disons des naissances, - de Jean = Iôannès et de Jésus, prouve qu'ils sont absolument du même âge. Dans l'enchevêtrement des faits relatifs à ces deux naissances auxquelles je réserve un chapitre, le cinquième (annonciation à Zacharie par un ange, - anonyme d'abord, puis qui se présente ensuite sous le nom de Gabriel, - qu' Elisabeth enfanterait le Iôannès ; annonciation par le même ange à Marie qu'elle aussi serait mère d'un fils, Jésus ; visite de Marie à Elisabeth, naissance de Jean, délivrance de Marie à Bethlehem), on sent bien que le scribe essaie de mettre de l'espace et du temps entre les deux naissance. Jean doit être le précurseur, n'est-ce pas ? Mais ses malice ne peuvent prévaloir contre ce fait que Iôannès et Jésus, conçus en même temps sont nés au même terme, à quelques six mois près si l'on y tient. Six mois, - et je prouverai que ce n'est qu'une apparence, en étudiant plus loin les Nativités, - c'est peu, pour faire d'un simple homme, même envoyé de Dieu, un être plus précoce que le propre fils de Dieu, Dieu lui-même, dans le seul but d'annoncer le fils de Dieu, de prêcher la repentance, de baptiser et de pardonner les péchés, - toutes choses que fait Jean, comme s'il était le Christ. Les Pharisiens le lui disent nettement (Jn, 1, 25) : « Pourquoi baptises-tu, si tu n'es pas le Christ ? » Oui, de quel droit ? J'y reviendrai.
Il est évident que, dès leur début, la vie et la carrière de Iôannès = Jean et du Christ Jésus, dans les Evangiles, chevauchent l'une sur l'autre. Peut-être même coïncident-elles par de nombreux points. Jean est à peine entré en scène, comme prédicateur, ou prophète, que Jésus apparaît aussitôt. Plutôt qu'un précurseur, Jean, - et je n'attache à la comparaison aucune irrévérence, - a l'air d'un personnage de prologue, annonçant au publie, le rideau levé, l'acteur qui attend tout prêt et tout près, dans la coulisse, qui va paraître, et dont on veut faire connaître le rôle qu'il va tenir dans le drame. Comme si, s'agissant du Messie, il en était besoin ! Justin vous a prouvé que non.
Serrons la discussion de plus près.
D'après le Selon-Luc, la carrière de Jean, qui « demeura dans les déserts jusqu'au jour de sa manifestation à Israël (Lc, I, 80) », - on dirait qu'il s'agit du Messie, puisqu'on emploie ce mot énorme : sa manifestation, le lancement de son manifeste, « la quinzième année du règle de Tibère », - sa carrière, dis-je, commence à une date bien déterminée, la seule, en millésime, que l'on trouve dans les Évangiles, - on lui fait cet honneur à Jean ! - et c'est, je le répète, car c'est un trait important et remarquable, « la quinzième année du règne de Tibère César », soit l'an 782 de Rome, on l'an 28 de l'ère chrétienne [4]. Jésus a été baptisé « en ce temps-là " [5]. Et il a commencé immédiatement son ministère, « âgé d'environ trente a », d'après le Selon-Luc (III, 23). Environ, en effet. Or, à 754, si on ajoute 30, ou obtient 784, qui est la date de la dix-septième aimée du règne de Tibère. Jean débuterait ainsi, en 782, deux ans avant Jésus-Christ. C'est bien humiliant pour le fils de Dieu..
Mais de ceci, les scribes n'ont cure. Il s'agit de bien marquer le rôle de Précurseur voulu pour Jean. Plus il apparaîtra comme Précurseur, moins il sera facile de prétendre que Jean et Jésus sont le même personnage historique [6].
Eh ! bien, soit ! Amen ! J'accepte ce monceau de faux et d'erreurs volontaires. Jean-Baptiste débute en 782, quinzième année du règne de Tibère, précédant Jésus-Christ, né en 754, et débutant, âgé d'environ trente ans, en 784, soit deux ans après Jean.
Mais alors, je demande respectueusement à l'Église qui, d'après saint Augustin et Lactance, fait mourir Jésus-Christ sous le consulat des deux Geminus, c'est-à-dire encore 782 de Rome, comment elle concilie cette date de la mort de Jésus-Christ avec l'année 784 où elle le fait débuter, âgé d'environ trente ans ? Je lui demanderai aussi comment Jésus-Christ que l'Évangile Selon-Luc fait naître en 760, à l'époque du recensement de Quirinus, et qui aurait eu trente ans en 790, peut avoir été crucifié en 782, huit ans avant ses débuts. Allons ! répondez !! Expliquez ces mensonges, ô exégètes [7]!
Ainsi Jean-Baptiste est en 782 le précurseur, le témoin, le héraut de Jésus-Christ, il le baptise au Jourdain, il lui envoie des ambassadeurs, il dit de Jésus-Christ qu'il vient après lui, dans l'année même où Jésus-Christ meurt, - et doit lui aussi mourir, dans le système de Lactance et de saint Augustin. Toute la carrière de Jean-Baptiste se resserre donc dans quelques mois de l'an 782. Je vous disais bien que l'Eglise, malgré ses efforts pour mettre de l'espace, du temps et de l'air entre Jean et Jésus-Christ, ne peut y réussir. Jean et Jésus se superposent l'un sur l'autre en une seule année, d'après l'Eglise elle-même. Ils meurent la même année ; ils sont nés au même terme de Marie et d'Elisabeth [8].
Eh ! bien, quand on a examiné toutes ces impossibilités de chronologie qui prouvent que le rôle de Jean-Baptiste comme Précurseur est inventé, quand on a essayé de raisonner sur les contradictions, de les ramener à une certitude, on se trouve en présence d'une succession de faux qui cascadent les uns sur les autres : fausse la date 754 comme date de la naissance de Jésus-Christ, donnée par Denys-le-Petit; fausse celle de 760 (recensement de Quirinus), pour cette même naissance; fausse la date de 782 (consulat des deux Gerninus), comme date de la crucifixion. Et quand on a découvert tous ces faux, qui vous submergent, et que l'on est prêt à passer condamnation, pardonnant à l'Église de ne pouvoir se dépêtrer de ses impostures, voici qu'elle vous jette au visage un Jésus-Christ qui débute, âgé d'environ trente ans, en 784, c'est- à-dire deux ans après qu'elle nous a dit, par la voix de saint Augustin et Lactance, et six ans par les déductions à tirer du Selon-Luc, qu'il est mort. Jésus-Christ débute, quand il est mort, depuis six ou deux ans ! La farce passe les bornes !
Création suspecte par travail de littérature.
On commence à apercevoir combien le rôle de Précurseur de Jésus-Christ, attribué à Jean-Baptiste, dans le sens des Évangiles, est une création suspecte. Et si elle est suspecte, elle a un but. Que veut-on cacher? On n'entasse pas les mensonges sur les mensonges et qui se contredisent, surtout quand on se dit la première puissance morale, pour le plaisir de mentir. Ce qu'on veut cacher ? C'est cette vérité, qu'il ne faut pas se lasser de répéter: que Jean, nom d'apocalypse du Messie sous Tibère, qu'on le qualifie ou non de Baptiseur, a été l'homme en qui, cent ans plus tard, les Cérinthe, Valentin et autres, ont fait descendre le dieu Jésus, dans des affabulations théologiques d'abstraite mythologie, en attendant que des scribes, au III° siècle, poussent le mythe jusqu'à l'incarnation.
C'est en ceci que Jean, Christ crucifié par Ponce-Pilate, a été vraiment le Précurseur de Jésus-Christ, à près de deux cents ans de distance. Les scribes, dans l'impossibilité où ils étaient de supprimer le corps qui fut le support charnel du Verbe Jésus, et transformant la fable en une histoire arrivée, créant Jésus- Christ, se sont débarrassés de l'homme historique, dont on leur demandait compte dans les polémiques, en en faisant Jean-Baptiste, le Précurseur.
L'idée était en germe, en puissance dans Cérinthe et Valentin. Du moment qu'on « humanisait », qu'on matérialisait le dieu Jésus, en l'incarnant dans le corps du Christ, que l'on dépouillait lui-même de sa personnalité, sans pouvoir escamoter la dépouille, il était immanquable qu'on en fît le Précurseur. C'était fatal, forcé. Bien plus. Il est certain que, pendant une étape de l'imposture, Jean a dû rester encore un moment le Christ, concurremment avec Jésus. Partant de la vérité à éliminer sous les espèces du Iôannès = Christ, pour aboutir à la fraude Jésus-Christ, les scribes ont joué quelque temps à la confusion entre Jean et Jésus, comme Christ unique, - le temps de substituer le mot Jésus à celui de Jean dans les manuscrits et d'y habituer l'esprit et l'oreille des goïm ignares. C'est à quoi s'est occupé saint Paul (I aux Corinthiens), sur quoi ont insisté lourdement les Actes des Apôtres. Et les Évangiles confirmeront plus tard. « Il faut qu'il croisse et que je diminue », dira de Jésus, Jean-Baptiste, pour nous persuader mieux. Bonne âme, qui se dévoue ! L'homme qui a perdu son « moi », !
Mais ce travail littéraire, - pas autre chose, - ce travail forcé, si simple comme invention, ne s'est pas achevé en une fois. Il a suivi le sort des polémiques qui le discutaient. Il a nécessité des retouches, visibles comme des traces d'effraction, malgré les efforts des scribes pour les atténuer. Ils y ont laissé leurs empreintes digitales !
Dans les Synoptisés, Matthieu, Marc, Luc, composés par des scribes dévoués à la propagande jésus-christienne, on avait les mains assez libres. On a pu donner à Jean-Baptiste et à Jésus-Christ, distincts, des carrières assez différentes, où, en apparence, les deux personnages ne se pénètrent pas trop. Avec le quatrième Évangile, dont le fond provient de l'œuvre millénariste de Cérinthe et des écrits gnostiques de Valentin, inventeurs de l'Aeôn ou dieu Jésus, Verbe = Logos, on n'a pas réussi. Le Christ-homme ne cesse guère d'y être distinct et indépendant du Dieu Jésus, même quand on les appelle, l'un et l'autre, Jésus- Christ [1].
Nous allons en discuter de près.
L'Evangile dit Selon-Jean.
Il s'ouvre par quelques considérations sur le Verbe ou Logos, conformément aux théories de Cérinthe et de Valentin [2].
Puis Jean est introduit. Pas de naissance. Aucun renseignement sur ses parents. Il a l'air de tomber du ciel. En quoi il ne diffère pas de Jésus-Christ dans ce même Evangile. Voici comment on le présente:
«Il y eut un homme, envoyé de Dieu, dont le nom était Iôannès (Jean). Celui-ci vint pour être témoin, afin qu'il rende témoignage au sujet de la lumière, afin que tous aient la foi à travers lui.»
Sur ce début, une observation. Jean étant présenté dans la première phrase, et seul, pourquoi le scribe emploie-t-il, pour le rappeler, au premier mot de la seconde phrase, le pronom démonstratif celui-ci, au lieu de dire tout simplement il vint ? C'est que Jean, - celui-ci -, doit s'opposer à un autre celui-là. On ne peut conclure autrement. Eh ! bien, pas du tout. Le texte qui suit porte bien le pronom démonstratif celui-là, alors qu'il s'agit toujours de Jean seul en scène. Ecoutez, et sans tenir compte, pour le moment, des mots que je signale entre parenthèses, car je traduis le texte tel qu'il se présente actuellement. J'y reviendrai ensuite, pour montrer qu'il a été falsifié et en quoi. Voici :
« Celui-là (n')était (pas) la lumière, (mais afin qu'il rende témoignage au sujet de la lumière). Il - était la lumière, la vraie, qui éclaire tout homme venant au monde [3]. »
Ainsi, Jean, - celui-ci dans la première citation, et seul, devient, toujours seul, celui-là dans la seconde. Il s'oppose à lui-même par ces deux pronoms différents. C'est inexplicable. Mais relisez les deux citations à la suite, en supprimant de la seconde les mots que j'ai mis entre parenthèses. Tout s'explique. Celui-ci, c'est toujours Jean, qui vient en témoin de celui-là, c'est-à-dire de celui qui est la lumière. C'est si vrai, que la dernière phrase de la deuxième citation, où il s'agit de quelqu'un qui n'est pas Jean, introduit ce quelqu'un, (lui est la lumière, la vraie, et qui est en violente opposition avec Jean, sans même marquer celle opposition par un pronom, alors que s'agissant du même Jean, le texte le désigne par celui-ci et par celui-là, ce qui est absurde. Et ce « quelqu'un », qu'on oppose à Jean, sa personnalité, sur laquelle, par opposition, le texte devrait attirer l'attention, n'est marquée que par l'emploi, en grec, du verbe être, à la troisième personne, qui se passe du pronom personnel : Ên' =(il) était. Ceux qui ont étudié le grec ou le latin le savent. Est-ce que très correctement cette dernière phrase n'est pas la suite naturelle de la précédente d'où il faut supprimer les mots entre parenthèses ? C'est certain.
Le texte grec a donc été gravement sophistiqué. Il faut lire « celui-là » - s'opposant à celui-ci, - était la lumière, en supprimant les négations ; (il) était la lumière, la vraie, addition explicative, très naturelle, car le scribe veut insister, et qui prouve qu'il faut sauter par-dessus l'incidente : « afin qu'il rendit témoignage à la lumière », qui n'est qu'une répétition maladroite et inutile (mais dont on comprend l'intention) de la même incidente, dans les mêmes termes, contenue dans la première citation. Cette répétition est si bien interpolée, qu'elle suit ce qui précède dans une phrase incohérente. Qu'on la relise : « Celui-là n'était pas la lumière, mais afin qu'il rende témoignage à la lumière. » Qu'est-ce que c'est que cette façon de s'exprimer ? La preuve évidente que le texte a été maladroitement « tripatouillé », dans un but suspect que l'on connaît, depuis que je le répète [4].
Cérinthe était clair. Les scribes qui l'ont refait en le falsifiant brouillent tout - Jean, le Verbe, Jésus-Christ. Mais on peut restituer facilement à chacun ce qui est à chacun. Continuons à lire le Selon-Jean.
« Il (le Verbe) était dans le monde et le monde a été fait par lui ; et le monde ne l'a pas connu. Il est venu chez lui et les siens ne l'ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, mais de Dieu [5]. »
La main du scribe se manifeste. Il répète ce qui a été dit plus haut, et se prépare, avec des phrases qui peuvent s'entendre du Verbe, comme du Christ Ioannès, à glisser vers Jésus-Christ. Voici, catégoriquement :
« Et le Verbe a été fait chair (dans Jean). Il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire telle qu'est celle du Fils unique venu d'auprès du Père [6]. » Telle qu'est celle de... Est-ce la même ou pas la même ? Se confond-elle, cette gloire, dans le Verbe et le Fils unique ? On peut répondre oui ; on peut répondre non.
Puis, la confusion s'aggrave, s'affirme : c'est le change éternel « Jean lui rend témoignage quand il crie, disant : - Celui-ci ( le Fils unique) était celui dont j'ai dit : Celui qui vient après moi m'a devancé, parce qu'il était avant moi. En effet, nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce. Car la Loi (Thora) a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ [7]. ».
Le morceau s'achève sur une phrase d'un gnosticisme suraigu
« Personne n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique (quelques manuscrits très anciens portent : le dieu fils unique), qui est dans le sein du Père, est celui qui nous l'a fait connaître.» Oui ! grâce à Pistis-Sophia, de Valentin, où le dieu-Jésus, venu du sein du Père, instruit pendant onze ans les « Sept », Jean compris, sur le Mont des Oliviers. Le scribe oublie de nous le dire. Mais, pour le fond, il ne ment pas. Tout du Verbe Jésus, ce Fils Unique qui est dans ce sein du Père, et de toute éternité, évidemment. Car, dans la mystique de Cérinthe et des Gnostiques, il est incréé, il est « le - étant » dans le sein de l'Abba. Bien que le scribe veuille que nous le confondions avec Jésus-Christ, il n'a rien de Jésus-Christ, - qu'un nom, une moitié de nom, plus vraiment.
J'ai cru bon de reproduire tout ce développement, traduit mot à mot, sans fantaisie ni élégance, pour faire ressorti comment, en suivant le texte au plus près, de l'Evangile de Cérinthe, qui n'a jamais confondu le Christ-homme, le Messie juif crucifié par Ponce-Pilate, avec le pur Esprit qu'est le dieu Jésus, l'Eôn céleste, émanation de Dieu, on a mis au point, et bien mal, l'Évangile que l'Eglise attribue à Jean, le disciple bien-aimé, l'apôtre, où Jésus-Christ veut être donné comme un être de chair, ayant une substance corporelle, comme on s'est efforcé de le présenter, sans aucune espèce de gêne, dans les Synoptisés.
Mais ce travail de littérature, ce travail forcé, il était trop au-dessus des forces humaines pour qu'il aboutisse à une vraisemblance, même approximative, acceptable pour la raison.
Cette inconciliable fusion, en Jésus-Christ, du Verbe, du dieu-Jésus, pur Esprit imaginé par des métaphysiciens sémitiques, avec le Christ de chair ou Messie juif crucifié par Ponce-Pilate, cette synthèse impossible entre deux éléments, l'un historique, l'autre mythologique, réussie théologiquement et ecclésiastiquement pour les croyants que les «mystères » de l'Eglise ébaudissent, reste une entreprise, à l'état d'entreprise, pour la raison et la critique, qui ne peut que souligner les invraisemblances, les incohérences, les contradictions, qui résultent des mensonges, des fraudes, des impostures accumulées, cascadant les unes sur les autres a en avoir la nausée.
Ayons le cœur solide pour vider l'abcès.
L'Evangile de Marcion, détruit naturellement, débutait ainsi, d'après Tertullien, qui donne la citation (Adv. Marcion, IV, 7 et ss.) . « La quinzième année (du règne) de Tibère, au temps de Pilate, Jésus descendit (du ciel).» Marcion est un gnostique qui ne confond pas le dieu Jésus, Verbe ou Logos, avec le Christ, dont il prend l' enveloppe charnelle, quand il descend. Jésus débuta donc l'an quinzième du règne de Tibère.
Dans le Selon-Luc actuel, avec quelques précisions de plus sur Tibère, Pilate et les Hérodes, phrase identique, mais, au lieu de Jésus qui descend du ciel, c'est le Iôannès-Jean, fils de Zacharie, - et, il n'est pas encore dit le Baptiste, - qui apparaît, venu l'on ne sait d'où, et à qui la Parole de Dieu est annoncée. Il se manifeste l'an quinzième du règne de Tibère.
Si Jésus-Christ et Jean sont deux personnages distincts, d'après ces deux textes, leurs débuts sont synchroniques, simultanés. Qu'est-ce donc que cette, histoire qui fait de l'un le précurseur de l'autre ? Une supercherie. Ecoutez la fin.
Si l'on en croit Tertullien, l'Évangile Selon-Luc aurait été composé d'après l'unique évangile dont Marcion serait l'auteur, - Marcion ayant lui-même utilisé comme source un Évangile "paulinien" ; cette seconde proposition constituant à mon avis une imposture introduite dans Tertullien, s'il ne l'a perpétrée lui-même, mais dont la discussion est sans intérêt ici. Reste ceci, qui paraît plus sûr et l'est plus ou moins : que le Selon-Luc procède d'un Evangile de Marcion.
Il est impossible alors de n'en pas tirer cette conclusion que le Selon-Luc, dans ce passage : "La quinzième année de Tibère, etc. », reproduisait Marcion, y parlait donc de Jésus et non du Iôannès-Jean, ou du moins, sachant que Iôannès = Jean était le Christ crucifié par Ponce-Pilate, il ne contenait pas, à l'origine, les scènes qui veulent faire de Jean le Jean-Baptiste de convention que l'on voit agir, personnage distinct du Christ.
Il a été retouché plus tard, quand on n'a plus voulu que le Christ, devenu Jésus-Christ, apparaisse sous ses traits historiques de Iôannès, dans son rôle de prétendant davidique, de Messie en révolte, d'émeutier en insurrection, "soulevé contre l'État", et coupable, en jouant ce rôle, de crimes de droit commun.
La confrontation raisonnée du texte de Marcion avec le texte du Selon-Luc actuel prouve que Jean et le Christ sont le même personnage historique, que l'on n'a séparé en deux que par fraude.
La carrière de Jean dans le Selon-Jean.
La carrière de Jean-(Baptiste), après sa présentation, comme il vient d'être dit, est courte dans l'Évangile Selon-Jean. A part le baptême de Jésus, à qui je consacre un titre spécial, car il en vaut la peine, la carrière de Jean se borne à deux épisodes qui tendent tous les deux à faire témoigner par lui qu'il n'est pas le Christ et que le Christ, c'est Jésus. Des traits et détails que j'examinerai aussi, en passant, ont le même but. Littérature !
Premier épisode ou interview : Les Juifs lui dépêchent de Jérusalem (les sacrificateurs et des lévites pour lui demander : "Qui es-tu ? » Et ces ambassadeurs sont de tels compères, dont Jean attend la question sans aucune espèce de doute, qu'immédiatement il comprend ce qu'il doit répondre. « Il le déclara et ne le nia point ; il déclara qu'il n'était pas le Christ. » -- « Quoi donc ? lui demandèrent-ils. Es-tu Elie ? " Pas même. « Il dit : Je ne le suis point [8], » Les ambassadeurs continuent : « Es-tu le prophète ? » Le prophète, et non point un prophète. Le prophète de quoi ? sinon Jean, le Prophète de l'Apocalypse, si vous voulez le savoir. « Il répondit : non. » C'est l'abdication totale devant Jésus. Le Iôannès ne sait plus ce qu'il a été. Les deux questions d'ailleurs sont astucieuses. Elles dédoublent le Christ, auteur de l'Apocalypse. Jean qui fut l'un et l'autre n'est plus ni l'un ni l'autre. Oui, le scribe est un maître Machiavel. Mais les ambassadeurs s'impatientent. Diable, enfin, lui disent-ils, « qui es-tu donc ? afin que nous rendions réponse à ceux (lui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même ? » Oh ! pas grand'chose ! « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : aplanissez le chemin du Seigneur, comme l'a dit le prophète Esaïe. » Alors, les ambassadeurs, qu'on nous apprend être des Pharisiens, - malheur à eux ! - lui demandent encore : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n'es point le Christ, ni Élie, ni le prophète ? » Oui, pourquoi baptise-t-il, ce Jean, qui n'a, dans trois Évangiles: dans le Selon- Matthieu, dans le Selon-Marc et dans le quatrième Évangile, ni père, ni mère, ni lieu de naissance, qui est sans feu ni lieu, presque sans foi ni loi, car nous verrons tout à l'heure dans l'ambassade, à Jésus, qe ses disciples, quand il est en prison, qu'il ne sait même plus si Jésus est le Christ ? Pourquoi baptise-t-il, ce Jean, qui serait, sans mandat, s'il n'était pas le Christ, puisqu'il est l'envoyé de Dieu, comme le Verbe, le dieu Jésus, l' Aeon de Cérinthe ? « Pourquoi baptises-tu ? » Question sans réponse, si le scribe qui parle pour Jean pouvait jamais être échec et mat. Il répond : « Pour moi, je baptise d'eau ; mais il en est un au milieu de vous, que vous ne connaissez pas. C'est celui qui vient après moi, - il ne dit plus : qui était avant moi, ici, car le passage provient des Synoptisés, - et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. » Il ne dit pas non plus de quoi cet « un qui vient après lui » doit baptiser [9].
« Ces choses se passaient à Béthanie, au delà du Jourdain », ajoute le scribe. Quelques manuscrits portent : à Béthabara Oui, « le lieu du bac », autrement dit. Car de Béthanie, au- delà du Jourdain, oncques n'en vit-on ; il n'est même pas de Béthanie près de Jérusalem, au temps de Ponce-Pilate. Il n'y a de Bathanea qu'au delà du Jourdain et c'est la capitale de la Bathanée [10].
Deuxième épisode ou la présentation de Jésus : le lendemain de cette ambassade, Jean vit Jésus qui venait vers lui et il dit : « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. C'est celui dont je disais - Il vient après moi un homme qui m'a devancé, parce qu'il était avant moi [11]. » Jean continue : « Pour moi, le ne le connaissais pas, mais je suis venu baptiser d'eau, afin qu'il fût manifesté à Israël. »
Au point de vue de la vérité historique, cette phrase est importante. Elle prouve que Iôannès = Jean est bien le Messie juif qui n'a pas connu le dieu Jésus lequel, en effet, n'a été inventé qu' au II° siècle. Le scribe qui a refait Cérinthe a laissé passer cet aveu. Il a beau ajouter : « Je suis venu baptiser d'eau afin qu'il fut manifesté à Israël », essayant ainsi, par une explication d'ailleurs assez incohérente, de donner le change, comme toujours, selon son procédé ordinaire, et de faire de Jean le précurseur immédiat de Jésus-Christ inventé, il est impossible que Jean, d'après la tradition évangélique, ait pu déclarer qu'il ne connaissait pas Jésus-Christ, puisque le scribe veut nous aiguiller vers lui. Quand nous étudierons les Nativités de Jean et de JésusChrist, dans le Selon-Luc, la dernière des manœuvres frauduleuses, - et désespérée, - de l'Église pour faire de Jean et de Jésus-Christ deux êtres distincts, nous verrons que si quelqu'un doit, d'après les affabulations évangéliques, connaître Jésus-Christ, c'est bien Jean, comme aussi, par le baptême, nul autre que Jean n'a dû mieux savoir que «celui qu'il annonce» est le Fils de Dieu. Il est vrai que le quatrième Évangile ne fait pas expressément baptiser Jésus par Jean. Nous dirons pourquoi, quand nous discuterons sur ce baptême. Mais il le laisse entendre, il le sous-entend, assez sournoisement: « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, ajoute en effet Jean, et il s'est arrêté sur lui. Pour moi, je ne le connaissais pas [12], mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau [13] m'a dit : - Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et s'arrêter, c'est celui qui baptise d'Esprit saint. Et je l'ai vu, et j'ai rendu ce témoignage : c'est lui qui est le Fils de Dieu. »
Tout ce passage peut, à la rigueur, être signé Cérinthe. On en est d'autant plus sûr que Jésus-Christ ne baptise pas autrement que d'eau, tout comme Jean-Baptiste, quand il baptise [14].
Enfin, puisque Iôannès, mort au premier siècle, n'a pas connu, ainsi qu' il l'avoue, Jésus-Christ, fabriqué aux confins du II° et du III°siècle et non plus même le dieu Jésus, Verbe ou Logos, imaginé au II°, quel Christ a-t-il donc connu et pouvait-il bien annoncer et manifester à Israël, qui ne fût pas lui-même, Jean ?
Il faudrait tout de même qu'on nous explique ce phénomène d'un homme, Jean, -- qui ne sait jamais s'il connaît un autre « homme », qui est son cousin né au même temps, qui l'a fréquenté, baptisé, etc….
Le Selon-Jean nous présente une fois encore, le lendemain, Jean-Baptiste. Jésus apparaît. Jean dit : « Voici l'agneau de Dieu ». De quoi, deux de ses disciples profitent pour le quitter et suivre Jésus, naturellement. Pure littérature. Soyez sûrs que les deux ne changent pas de Rabbi. Jean « aplanit » les chemins de Jésus jusqu' en lui passant ses disciples. Il faut bien: ce sont les mêmes.
Jean ne reparaît plus personnellement, dans le IVe Évangile, qu'à Aïn-on, près de Saleïm ; et l'on prend la précaution de nous annoncer qu'il n'avait pas encore été, mis en prison, ce qui suppose qu'il va l'être, puisqu'il disparaît à jamais de l'Évangile, ou plutôt, il continue sous les espèces de Jésus-Christ.
Cette scène d'Aïn-On, près de Saleïm, est, en effet, le trait d'union, comme la soudure, entre les deux parties de la carrière du Messie juif, sous le nom de Jean d'abord, et sous le nom de Jésus-Christ, ensuite. On ne comprend pas, en effet, que Jean puisse continuer à baptiser, alors que Jésus est entré en fonction, comme Christ et comme baptiseur. C'est ce que l'Évangile Selon-Jean a très bien compris et laisse clairement entendre par qui a des oreilles.
Et le Selon-Jean ne décapite pas Jean-Baptiste.
Toutefois, pour bien marquer l'abdication de Jean, en le faisant disparaître, le quatrième Évangile - le faussaire qui l'a retouché, plutôt, - invente une dispute des disciples de Jean avec un Juif au sujet de la purification. Et les disciples de Jean, bien mal instruits vraiment par leur maître, leur Rabbi, sur le Christ, disent à Jean : « Maître, voici que celui qui était avec toi au delà du Jourdain, auquel tu as rendu témoignage, le voici qui baptise, et tous vont à lui ».Et Jean répond : « Aucun homme ne peut rien s'attribuer qui ne lui soit donné du ciel. Vous m'êtes vous-mêmes témoins que j'ai dit : - Ce n'est pas moi qui suis le Christ, mais j'ai été envoyé devant lui. » Oui, c'est entendu.
Mais pour que Jean le leur répète aussi souvent, il faut décidément qu'ils n'en croient rien. Suit un long morceau qui semble extrait des œuvres cérinthiennes et gnostiques [15]. On y a glissé une phrase cependant, noyée dans l'ensemble, mais qui sonne comme la dernière expression de la résignation de Jean abdiquant son rôle historique de Christ devant le Jésus-Christ des scribes : « Il faut qu'il croisse et que je diminue (Jean, Ill, 30) ». Oui, il le faut absolument, sans quoi toute la mystification jésu-chrétienne s'écroule, et il faut aussi que les disciples « christiens » de Jean passent en même temps à Jésus-Christ. « Tous vont à lui »., On escamote jusqu'à ses disciples, qui deviennent jésus-christiens. Osez soutenir que Jean fut le Christ.
Jésus-Christ renie le témoignage de Jean.
Je ne puis me séparer du quatrième évangile sans y relever deux traits qui montrent combien est inutile, invraisemblable, contraire à toute vérité historique le rôle de Précurseur de Jésus-Christ, donné à Jean pour remployer sa dépouille de christ dépossédé.
Dans un discours aux Juifs, sans autre précision, Jésus-Christ (Jean, V, 33) leur rappelle ce témoignage que Jean aurait fait aux sacrificateurs et lévites, venus de, Jérusalem. « Vous avez envoyé vers Jean, dit-il, - comment le sait-il ? On voit que c'est le scribe qui tire toutes les ficelles. - et il a rendu témoignage à la vérité. Pour moi, ce n'est pas le témoignage d'un homme que j'invoque... » Alors, pourquoi ce rôle de Jean, si ce n'est que, ne pouvant anéantir sa personne, il fallait lui trouver un emploi, hors de son rôle historique, pour qu'on ne le découvre pas en Jésus-Christ que l'on inventait.
Pauvre Jean ! Jésus-Christ, l'ingrat, fait fi de son témoignage. Encore, dans le passage qui précède se souvient-il de lui ! il le nomme. Mais, patience ! il ne va pas tarder à l'oublier tout à fait.
Voici le chapitre VIII, du Selon-Jean, du verset 12 au verset 20. Lisez et méditez. C'est à Jérusalem, pendant la fête des Tabernacles, où l'on a inséré le hors-d'œuvre, de la Femme adultère qui coupe mal à propos un ensemble bien intéressant, car il n'est que dans le IV° Evangile et cache un coup de force, une émeute dont je parlerai un jour quand je reconstituerai la carrière du Christ, messie juif, dans son vrai rôle historique, de prétendant davidique au trône de Judée [1].
Donc, pendant la fête des Tabernacles, à Jérusalem, Jésus-Christ discourt et dit aux Juifs :
« Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ». Il est le soleil, quoi ! Et c'est pourquoi il est né à Bethléhem, conçu par la Vierge.
Il reprend à la première personne, parlant de lui, ce que le scribe en disait, par la bouche de Jean, à la troisième personne, au début de l'Évangile. Et ce qu'en disait Jean est sans doute une invention du scribe pour différencier celui-ci de celui-là, puisque, ici, 1'Évangile s'exprime ainsi, remettant le Christ dans sa vraie peau, celle de Jean : - Alors les Pharisiens lui dirent : « Tu te rends témoignage à toi-même ; ton témoignage n'est pas digne de foi ».
Que va répondre Jésus ? Va-t-il leur dire : « Eh ! bien, et Jean ? Ne m'a-t-il pas rendu témoignage ? Vous l'avez entendu vous-mêmes, quand vous avez dépêché des ambassadeurs vers lui (chap. I, 19-28). Et moi, ne vous ai-je pas rappelé (chap. V, 33) ce témoignage de Jean à vos ambassadeurs, sacrificateurs et lévites? » Pas du tout. Plus de Jean, plus de héraut, plus d'annonciateur. - Jésus leur répondit : « Quoique je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est digne de foi, car je sais d'où je suis veau et où je vais ; mais vous, vous ne savez ni d'où je viens, ni où je vais. Vous jugez selon la chair. »
Ma foi, oui. Les Juifs, interlocuteurs de Jésus, jugent « selon la chair ». Ils se rappellent le Christ de chair, le Iôannès, dont tous les prophètes avaient annoncé la venue. Il ne se donnait pas comme le Verbe de Dieu, sous Tibère. Ni Cérinthe, ni Valentin n'étaient passés par là « en ce temps-là ». Les Juifs savaient d'où il venait, ce Christ. De Gamala. Et ils surent, à la Pâque de 788-789 où il alla. Ils ne se doutaient pas que le Verbe, venant en lui, plus de cent ans plus tard, le quitterait sur la croix, remettant à Marie, sa mère, sa loque pantelante : « Femme, voilà ton fils ! ». Ils ne comprennent rien à ce jeu de littérature, où le scribe les convie, du Jean-Christ de chair, devenu Jésus-Christ mi-chair, mi-aeon ou mi-esprit.
Mais Jésus tient à prouver que le témoignage qu'il se rend à lui-même est conforme à la vérité. Il invoque la Thora (Deutér., XIX, 5) où il est écrit que le témoignage de deux personnes est digne de foi. Il compte le sien pour un. Soit ! Vous croyez que le second sera celui de Jean ? Quelle erreur !
« Je me rends témoignage à moi-même (un), dit-il ; et le Père qui m'a envoyé, - comme il a envoyé Jean, que Jésus ici met dans sa poche, - me rend aussi témoignage. » Ça fait deux.
« Où est ton père ? » demandent les Juifs. Et Jésus répond :
« Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père ». Et c'est vrai. Ils continuent à juger « selon la chair ». A l'époque où est censément tenu ce discours, entre 782 et 789, sous Ponce-Pilate, la fable du Jésus Verbe, Fils unique de Dieu, qui descend dans le corps du Christ, est inconnue, n'existe pas. Elle ne sera imaginée que plus de cent ans plus tard. Ce morceau fait état en faveur de Jésus-Christ, au premier tiers du premier siècle, d'affabulations qui datent du milieu du second. C'est assez dire que c'est du Cérinthe tout pur que l'on veut faire rétroagir. Et pour que nul ne s'y trompe, situant la scène, - ainsi tout le monde sera trompé ! - le scribe qui refait Cérinthe ajoute : «Jésus prononça ces paroles, dans le lieu appelé le Trésor, - où il y avait treize troncs pour recevoir les aumônes, à l'entrée de la cour des femmes, - « enseignant » dans le Temple ; et personne ne se saisit de lui, car son heure n'était pas encore venue. »
Comme tout est bizarre, dans les Evangiles ! Eh ! quoi, voici un homme qui enseigne dans le Temple, et, tel qu'on veut nous le donner et faire prendre, qui enseigne la morale, le bien, la vertu, la paix, - le royaume de Dieu ! - et, vlan ! il est question de se saisir de lui, de l'arrêter, et si la malencontre ne lui advient pas, c'est parce que «son heure n'est pas encore venue ».
Quelle pantalonnade !
Allons ! Bas les masques et haut les mains ! Le Christ est à Jérusalem, dans le temple, prêchant l'Apocalypse, la révolte contre Rome et les Hérodes, - qui sait ? ayant essayé de mettre la main sur le trésor, nerf de la guerre. Il y a eu quelque échauffourée. Il n'a même pas réussi à s'échapper. Le scribe peut prétendre le contraire, à la suite de sa variation cérinthienne sur le Verbe, le Christ fut pris ; et je vais vous dire l'année de cette fête des Tabernacles : c'est 787, l'année même où, étant en prison, sous les traits de Iôannès, on profitera de l'occasion pour décapiter Jean, sous les espèces du Baptiste [2].
Jean-Baptiste dans les Synoptisés.
Dans le Selon-Matthieu, où il n'a ni acte ni lieu de naissance, Jean-Baptiste apparaÎt « en ce temps-là », c'est-à-dire, d'après ce qui précède, dans cet Évangile, au retour d'Égypte de Joseph et de Marie, donc de leur fils, après la mort d'Hérode. Le Selon-Mathieu, qui n'a pas l'air de se douter de ce qu'on lit dans le Selon-Luc, où Jean et Jésus naissent ensemble, en 760 environ, fait débuter Jean, à une époque où il devait avoir, - après tout quel âge pouvait-il avoir, au lendemain de la mort d'Hérode, vers 750, « en ce temps-là» ? Ne cherchons pas. Ne supposons même pas qu'entre le retour d'Égypte et le «en ce temps-là », le Selon-Mathieu ait franchi des années creuses. Au vrai, il veut nous montrer que Jean paraît alors que Jésus n'est encore qu'un enfant. Le précurseur, n'est-ce pas ? Quelle malice ! Et concluons, avec raison et vraisemblance, que Jean est tellement le Messie, le Christ, que le scribe ne peut pas le faire débuter avant que le fils de Joseph et de Marie ne soit présent. Il prêche dans le désert de la Judée, et dans des termes que Jésus-Christ pourrait contresigner, tant comme appel à la repentance que comme invectives aux Pharisiens et aux Saducéens [3].
Car le doux Jésus, dont on ne nous dit pas, comme du rude Jean, mangeur de miel sauvage et de sauterelles, qu'il était vêtu, qu'il avait un vêtement de « poils de chameau », tissé à Gamala, autrement dit, ne le cède en rien à son précurseur en fait d'invectives aux Pharisiens et Saducéens, et avec le même à-propos [4].
Mais reproduisant des invectives communes aux deux personnages, le scribe craint que le lecteur n'y reconnaisse qu'une même bouche, et y voie clair. Vite, changeons ses idées. Et alors, il se souvient du IV° Evangile falsifié, à moins que les falsifications du Selon-Jean procèdent des mêmes scribes que celles du Selon-Mathieu. Et il écrit, faisant parler Jean : « Pour moi, je vous baptise d'eau, pour la repentance, mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses chaussures, - et non plus d'eu délier la courroie ; - c'est lui qui vous baptisera d'Esprit saint et de feu [5] ». Des mots !
Le Selon-Luc (III, 1-17), sauf qu'il a donné les Nativités de Jean et de Jésus, est, à quelques détails, la reproduction presque textuelle, en ceci, du Selon-Matthieu : exhortations à la repentance, invectives, non pas aux Pharisiens, mais à la foule. L'échec du Messie juif le rend furieux, trois cents ans après. La foule d'ailleurs n'est plus, - car n'est plus la nation juive. Le scribe peut l'insulter. A noter cette précision qui compte, que j'ai déjà signalée, que je signalerai sans doute encore, et qui n'est que dans le Selon-Luc, tout fier de montrer qu'il est bien renseigné, grâce à Marcion : il donne la quinzième année du règne de Tibère, - soit 782 de Rome, - comme date de la manifestation de Jean à Israël [6].
Toutefois, un paragraphe de Luc (III, 14-19) que n'a pas Matthieu est tellement dans la manière de Jésus humanitaire et socialisant, « que tous, parmi le peuple, se demandent si Jean ne serait point le Christ ». Dans le Selon-Luc, le peuple, à qui l'on a changé son Messie historique, son Christ crucifié, tient le rôle de compère, que les sacrificateurs et lévites, venus de Jérusalem, jouent dans le Selon-Jean. Et Jean répond comme dans le Selon-Mathieu : « Pour moi, je vous baptise d'eau, etc... » (Mt, III, 11-12; Lc, III, 16-17). Puis Luc met Jean en prison, avant même qu'il ne lui fasse baptiser Jésus J'en reparlerai.
Le Selon-Marc commence, comme un titre, sans l'article : « Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. » Christ est de trop, et quelques manuscrits, qui l'ont compris, n'ajoutent pas : « Fils de Dieu ». Puis, rappelant la parole d'Esaïe : « Voici, j'envoie mon messager devant la face et il te préparera le chemin », il l'applique à Jean qu'il fait apparaître. Il résume Matthieu et Luc et ne nous apprend rien que nous ne sachions sur la prédication de Jean.
Le baptême d'Esprit saint ou de feu.
- Le grand argument des Évangiles, en ce qui concerne la pratique du baptême, pour différencier Jean de Jésus-Christ, - et ou le retrouve à propos d'Apollos, nous le verrons, par opposition aux pratiques baptismales de saint Paul, - c'est que Jean a baptisé d'eau et que Jésus-Christ baptisera, après Jean, d'Esprit saint.
Le baptême d'eau, on sait ce que c'est [7]. Mais le baptême d'Esprit saint ? Baptiser d'Esprit saint ou du Saint-Esprit, qu'est-ce ? On devrait bien nous le dire. Ce sont des mots, des mots sous lesquels il n'y a rien, sauf ce que j'ai dit du Saint-Esprit, dans l'Enigme de Jésus-Christ. Le Saint-Esprit, (to hagion pneuma), c'est le change des changes,
inspiration sacrée, sans doute, vent qui souffle où il veut, comme un Esprit qu'il est. Tout ce qui est « pneumatique » est contraire à la vérité historique et à la raison. Le Saint-Esprit n'a été inventé qu'à cause des mensonges ecclésiastiques qu'il faut couvrir et des fraudes dont on fait des mystères, de peur qu'en y réfléchissant on ne les perce à jour comme des mystifications.
Jésus-Christ est venu après Jean, parait-il, pour baptiser d' Esprit-Saint. C'est facile à dire. Mais, voici les Evangiles - ils sont quatre ; ils sont le récit authentique, historique, d'après l'Église, de la vie de Jésus-Christ. Voulez-vous m'y montrer un cas, un seul, où Jésus-Christ pratique le baptême d'Esprit saint ? Allons ! cherchez, trouvez, prouvez ! Des mots, oui. Des actes, pas un.
Jésus-Christ, comme Jean qu'il est en chair, ne baptise que d'eau. Il baptise d'eau à Aïn-on Saleïm, aux côtés de Jean : ce quatrième Evangile est formel (III, 22). Et ce n'est pas la restriction qu'il apporte ensuite (IV, 2), disant que ce n'est pas Jésus qui baptisait, mais ses disciples, qui y peut changer quoi que ce soit. Et puis, n'aurait-il pas baptisé d'eau, affirmation absurde, qu'il n'en resterait pas moins qu'il n'a pas baptisé de feu, ni d'Esprit saint. Sur ce point, aucun doute, aucune contradiction, aucun change : le silence, un procès-verbal de carence.
Il n'en peut être autrement. Et l'on va comprendre pourquoi.
Le baptême d'Esprit saint ou de feu, dont parlent les Évangiles, - des mots dans leur texte, puisque Jésus-Christ n'y vient jamais aux actes, - c'est dans l'Apocalypse que les scribes des trois Evangiles synoptisés en ont pris l'idée. L'Apocalypse, manifeste du Christ, seul Bonne nouvelle historique, malédiction juive sur les autres « nations », prophétie en vertu de laquelle les Juifs devaient régner sur la terre, conformément à la Promesse d'Iahveh inscrite dans les tables du Témoignage, dans la Thora, but et obligation de la Sainte Alliance avec son peuple, révélation du Iôannès = Jean sur la réalisation de l'Espérance d'Israël, telle qu'il la concevait et la désirait, au jour de la grande Pâque, au mois de nisan (avril) 788-789. et qui aboutit pour lui, Christ vaincu, à la crucifixion, l'Apocalypse nous explique, en son chapitre XIX, ce qu'est. ce que devait être ce baptême de feu, qui n'est devenu d'Esprit saint en Évangile ou du Saint-Esprit.. qu'après la défaite juive sous Hadrien, la ruine de l'espérance messianique et la destruction définitive du royaume de Judée ou de David, la dispersion d'Israël sans patrie à travers le monde. Ce baptême du Saint-Esprit, c'est, à l'origine, le baptême de feu, réservé aux « nations », aux « goïm », aux ennemis des Juifs. Savourez ce passage. C'est Jean-Iôannès qui parle :
- Je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc : celui qui le montait s'appelle le Fidèle et le Véritable; il juge et combat avec justice. Ses yeux sont une flamme de feu... il est revêtu d'un manteau teint de sang. Le nom dont il s'appelle, c'est le Verbe de Dieu... De sa bouche sort une épée tranchante dont il va frapper les nations qu'il gouvernera avec un sceptre de fer (c'est bien le Messie-Christ). Sur son manteau et sur sa cuisse, il porte ce nom écrit : Roi des rois et Seigneur des Seigneurs (Seigneur des Saigneurs serait plus exact, on va le voir)... Un ange debout dans le soleil. Il cria à tous les oiseaux qui volaient par le milieu du ciel : Venez ! rassemblez-vous pour le grand festin de Dieu ! Venez manger la chair des rois, la chair des chiliarques (capitaines), la chair des puissants, la chair des chevaux et de ceux qui les montent, et la chair de tous les hommes libres et esclaves, des petits et des grands. Et je vis la Bête (juive : Hérode Antipas) et les rois de la terre et leurs armées (la Bête romaine), rassemblés pour faire la guerre à celui qui était monté sur le cheval (blanc) et à son armée. Mais la Bête fut saisie, et avec elle le faux prophète qui avait fait des prodiges devant elle, par lesquels il avait séduit ceux qui avaient pris la marque de la Bête (romaine) et adoraient son image. Les deux furent jetés vivants dans l'étang ardent de feu et de soufre... »
Voilà le baptême de feu, que le Christ destinait aux nations, aux goïm, et dont il devait les baptiser. Et Jean (Baptiste), se souvenant, par l'esprit des scribes, au III° ou IV° siècle, de l'Apocalypse qu'il avait prêchée au premier, lors de sa manifestation à Israël, comme Christ, s'écriera :
« Tout arbre qui ne porte pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu... Mais il vient celui qui est plus puissant que moi... C'est lui qui vous baptisera d'Esprit saint et de feu- Il consomera le froment... mais il brûlera la balle au feu qui ne s'éteint point (Matt., Il 1, 9, 16, 17).
Relisez le morceau. Voilà, dans les Évangiles eux-mêmes, la définition du baptême de feu et de Saint-Esprit. Dans la deuxième Epître aux Thessaloniciens (I, 7-9), fausse mais ancienne, elle date d'un peu après Papias, vers 130 du II° siècle, on peut lire encore, corroborant et commentant l'Apocalypse : (« ... Dans la révélation (apocalypsei, texte grec) du Seigneur Jésus, venant du ciel, avec les anges de sa puissance, faisant justice dans des flammes de.jeu de ceux qui ne connaissent point Dieu (et n'obéissent point à l'Evangile de notre Seigneur Jésus), lesquels seront punis de la perdition éternelle (éonienne) ». C'est la confirmation de la prophétie apocalyptique. Et il faut que ce baptême de feu ait bien été celui, et tel quel, dont devait baptiser le Christ vainqueur des nations, pour que les scribes, dans l'Évangile Selon-Luc (XII, 49), le rappellent dans la bouche de Jésus, comme un souhait, un regret de ce qui ne s'est pas accompli . « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et qu'est-ce que je veux sinon qu'il soit déjà allumé ? »
A la suite, Jésus ajoute, il est vrai, aujourd'hui : « J'ai à être baptisé d'un baptême, et combien je souffre qu'il s'accomplisse ». Le scribe nous présente ainsi un Christ qui pense au martyre, à la mort sur la croix, à sa Passion, dit l'Eglise, pour la Rédemption des hommes. Entre la première phrase (je suis venu jeter le feu sur la terre) et la deuxième (j'ai à être baptisé, - à supposer qu'il n'y eut pas d'abord : j'ai à baptiser, - d'un baptême, et je souffre qu'il s'accomplisse, - à supposer donc qu'il n'y eut pas le contraire), il s'est écoulé deux ou trois cents ans,.sinon davantage, qui vont du temps de Tibère et de Ponce-Pilate, au temps de Constantin, et peut-être de saint Augustin. Le Selon-Luc est la maison de correction.
Le baptême dont Jésus dit qu'il a à être baptisé et qu'il souffre de voir s'accomplir, auquel, comme Messie, il ne s'attendait pas pour lui-même, est un troisième baptême: celui du sang, que le scribe n'a aucune peine à prédire, puisqu'il écrit bien après la crucifixion. Ce troisième baptême, je l'infère de la Première épître de Jean (V, 6) où il est dit : « C'est lui, Jésus-Christ, qui est venu avec l'eau et le sang... car il y en a trois dans le ciel qui rendent témoignage : le Père, le Verbe (le dieu Jésus) et le Saint-Esprit, et ces trois-là sont un. Il y en a aussi trois qui rendent témoignage sur la terre : l'Esprit, l'eau et le sang. » On voit que cette Épître s'inspire, est toute imprégnée encore des doctrines cérinthiennes et gnostiques. Aussi, dans certains manuscrits, a-t-on fait sauter la phrase sur les trois témoins dans le ciel. C'est dans la règle du jeu d'imposture.
Lorsque le Christ-Messie fut transfiguré par les scribes en Jésus-Christ, sauveur des hommes, le baptême de feu qui punit de la perdition éternelle, devint le baptême de feu-et-d'Esprit-Saint, qui doit sauver le monde.. De ce baptême, nulle trace dans les Évangiles, que dans les mots. Mais dans les Actes des Apôtres, qui ont précédé de quatre-vingts à deux cents ans les Évangiles, le Saint-Esprit apparaît sous la forme de langues de feu (Actes, II, 3), quand les Apôtres, dans la Chambre haute, le reçoivent. Et Jean = Iôannès, Christ ayant abdiqué, est parmi eux, disciple bien-aimé, cette fois. Mais, plus les années s'écoulent, et plus ce feu s'éteint. On en parlera, mais on ne le montrera plus. Et c'est pourquoi dans les Évangiles, on ne le voit pas. On le nomme encore, mais le Saint-Esprit finit par le remplacer, et jamais plus on n'y associera l'idée ni surtout l'image du feu. Même dans les Actes, qui supposent le Christ mort, le baptême de Jésus ne confère pas le Saint-Esprit. Lisez au chapitre VIII, 14-17 : Pierre et Jean vont en Samarie; ils prient ; pour les nouveaux disciples (que Philippe a convertis), afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit, car il n'était encore descendu sur aucun d'eux : ils avaient été seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Jean et Pierre leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit!.»
Qu'est devenu le baptême de sang et de feu ? On a renié l'Apocalypse [8].
L'ambassade de Jean à Jésus.
- Décidés à faire du Iôannès contre la vérité historique un être distinct du Christ, les scribes évangéliques n'en sont pas à une invention frauduleuse près, même s'ils font sombrer leur Jean-Baptiste, dont Jésus, le dieu Jésus, dira tout à l'heure « qu'il fut le plus grand des prophètes », - nous examinerons ce point quand nous étudierons l'Apocalypse, - dans l'incohérence, dans l'oubli de tout, dans le ridicule. Et c'est bien à ce résultat qu'ils aboutissent avec l'ambassade de Jean à Jésus.
Jean, au dire des scribes, a baptisé Jésus ; il a entendu la voix dit ciel le consacrant Fils de Dieu, Bar-Abbas ; il a témoigné de la venue de Jésus-Christ. Quand nous étudierons les Nativités, nous verrons que les scribes imaginent deux mères qui se trouvent enceintes ensemble, qui sont parentes, qui se font des visites et minaudent assez intimement sur leur maternité. Si elles sont différentes, si deux enfants sont nés d'elles, distincts, il est évident que ces deux enfants, qui sont cousins, qui ont été conçus au même temps, n'ont rien ignoré l'un de l'autre.
Déjà Jean, une première fois, proclamera, de Jésus : « Pour moi, je ne le connaissais pas ! ». Et ceci, on l'a vu, s'explique, quand on sait comment on a fabriqué Jésus-Christ avec le Christ Jean et le dieu Jésus [9].
Mais où Jean-Baptiste devient incompréhensible, c'est lorsqu'il envoie deux de. ses disciples, - pourquoi ne nous les nomme-t-on pas ? - dire au « Seigneur », - le scribe se démasque rien que par l'emploi de cette expression qui date du 1e siècle, appliquée au Christ : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Et ces hommes (les disciples) étant arrivés auprès de Jésus, lui dirent : - Jean-Baptiste nous a envoyés vers toi pour te dire : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Ainsi s'exprime le Selon-Luc (VII, 18-20) ; et le Selon-Matthieu (XI, 2-3) contient la même scène, sans la répétition du Selon-Luc. Les scribes des deux évangiles sentent si bien qu'ils inventent, qu'ils n'ont même pas la franchise de poser la question directe : « Es-tu le Christ, le Messie ? » Ils emploient une périphrase. Que pensez-vous que devait répondre Jésus ? S'il ne jouait pas le compère de la fraude, il répondrait : « Non, mais ! Il devient fou, ce Jean ! ,Personne mieux que lui ne sait qui je suis. Il est le fils de ma tante ; nous avons joué aux billes ensemble; il m'a baptisé ; il a entendu la voix du ciel qui m'a sacré fils de Dieu, Bar-Abbas. « Celui qui doit venir » ? Ne sait-il plus que je le suis ? C'est pour me demander si je le suis qu'il vous fait faire le voyage ? » Va-t-il au moins répondre, ce Jésus, qu'il est le Christ ? Il n'ose. « A cette même heure, continue le scribe, qui a besoin de cette coïncidence, Jésus guérit plusieurs personnes de maladie, d'infirmités et de malins esprits ; il rendit la vue à plusieurs aveugles ». Peu auparavant, il avait ressuscité le jeune homme de Naïn et c'est sur cette résurrection, rapportée à Jean, en prison, que Jean a dépêché, deux des disciples qui la lui ont apprise, à Jésus [10]. Et Jésus se décide enfin à répondre, - ceci : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont nettoyés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, - le fils notamment de la veuve (de Zébédée) à Naïn, - et l'Évangile est annoncé aux pauvres. Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! »
Le texte grec dit exactement : « Heureux celui qui ne se scandalisera pas en moi ! ». C'est bien difficile, vraiment, quand on lit des scènes aussi manifestement frauduleuses, mystifications judaïques pour piper la confiance des Occidentaux.
Mais la scène qui suit, où Jésus proclame Jean « le plus grand des prophètes nés de la femme», nous consolera, car elle entr'ouvre un coin du voile sur une vérité essentielle. Nous soulèverons quand nous étudierons l'Apocalypse, le voile tout entier. Dans ce chapitre : « Jean a-t-il été le Christ ? » nous nous bornerons à analyser cette scène, témoignage de Jésus sur Jean, que nous complèterons par l'examen d'un autre témoignage, celui des hommes ou du peuple sur Jésus-.-Christ.
III. - Témoignage de Jésus sur Jean et celui du peuple sur Jésus-Christ.
Le témoignage de Jésus-Christ sur Jean. - Nous avons vu Jésus renier le témoignage de Jean, dans le quatrième Évangile.
C'est que, conformément aux doctrines de Cérinthe, dans cet Évangile, Jésus-Christ, quand le scribe qui a refait Cérinthe ne réussit pas ou réussit mal son camouflage, c'est le Verbe, qui n'a pas besoin d'autre témoignage que le sien et celui du Père, de l'Abba, de Dieu (Iahveh). Il est Bar-Abbas.
Dans les Synoptisés, que les scribes ont composé à leur gré, les mains libres et le cerveau prêt à toute invention, on a pu corser la distinction entre Jean et Jésus-Christ au moyen de scènes imaginaires, suivant le simple procédé narratif, sans documents à l'appui. Et c'est ainsi que Jésus-Christ peut parler de l'homme du premier siècle, dont il est le demi-revenant, au troisième, le « ressuscité », dira Hérode, au troisième aussi, par la plume de-, scribes, qui font revivre tout le monde.
Ce témoignage, Jésus-Christ le produit par deux fois, ou, si l'on veut, en deux occasions. Le témoin est unique, mais l'occasion est double. C'est presque la preuve deutéronomique.
La première occasion s'offre à lui, à la suite de l'ambassade à Jésus-Christ des disciples de Jean qui est en prison, et dont j'ai montré l'inanité mensongère.
Il n'y a que le Selon-Luc (VII, 24-28) et le Selon-Matthieu (XII, 7-15) qui donnent le morceau. Le voici : « Quand les messagers de Jean furent partis, Jésus se mit à parler à la foule au sujet de Jean, et dit : « Qu'êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent? Mais encore ! qu'êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d'habits somptueux ? Voici, ceux qui portent des vêtements magnifiques et vivent dans les délices sont dans les Palais des rois.[1] Mais enfin ! qu'êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète. C'est celui dont il est écrit : « Voici, j'envoie mon messager devant ta face qui préparera ton chemin devant toi [2]. »
« Je vous le dis, entre ceux qui sont nés des femmes, il n'y a pas eu de plus grand prophète que Jean.»
Or, dans l'ambassade des Juifs à Jean [3], il est certain que le Christ est le Prophète, et nul autre. Jean, qui a abdiqué par la plume des scribes, déclare n'être ni le Christ, ni le Prophète, contre la vérité historique. Mais le témoignage de Jésus sur Jean nous y ramène. Jésus-Christ, ici, c'est le Dieu Jésus qui se souvient que Valentin, Cérinthe lui ont donné comme corps terrestre le Jôannès-Jean, le Christ crucifié par Ponce-Pilate. C'est pourquoi il proclame de Jean qu' « il est un prophète, plus qu'un prophète, le plus grand prophète, entre ceux qui sont nés des femmes. » Si c'était le Jésus-Christ évangélique qui parlait ici, puisqu'il est incontestablement né d'une femme, la Vierge Marie, - et l'apôtre Paul confirme, (Gal., IV, 4 : « Lorsqu' arriva le plérôme ou la fin c'est-à-dire à l'heure du Messie, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la Loi... »), - il faudrait admettre que Jean est plus grand que lui, de son propre aveu. Plus grand plus qu'Esaïe. Plus grand plus grand que Jérémie, plus grand que le Christ ! Non. S'il est le plus grand prophète né de la femme, c'est qu'il est le Christ, dont la Prophétie, - l'Apocalypse, -devait être la réalisation de l'Espérance juive prédite par tous les anciens prophètes. Et le Jésus qui parle ici, ce n'est pas Jésus-Christ, né de la femme, c'est un Jésus qui n'est pas né de la femme, - sans quoi il s'exprimerait autrement, - c'est un Jésus qui veut, au contraire, bien marquer l'opposition qu'il y a entre lui, qui n'est pas né de la femme, et le Prophète qui, lui, est né de la femme. C'est 1'AÉôn de Cérinthe, le Verbe ou Logos, le dieu-Jésus, et qui tient à ce qu'on ne le confonde pas avec son double hylique, le lôannès, le Christ humain, historique, crucifié par Ponce-Pilate et fils de Marie [4].
Impossible d'échapper à la conclusion : lôannès fut le Christ, le prophète de l'Apocalypse, d'après Jésus lui-même.
Cette vérité, elle ressort si claire du Selon-Luc, que l'Église a voulu la voiler, par des « tripatouillages » dans les manuscrits originaux.
Cette phrase : « Entre ceux qui sont nés des femmes, il n'y a pas en de plus grand Prophète que Jean », - on n'ajoute même pas Baptiste, -- elle ne se trouve telle quelle, avec le mot prophète, que dans certains anciens manuscrits : notamment dans le Codex Borgianus I, texte alexandrin, donné comme du V° siècle [5].
Les manuscrits Vaticanus et Sinaïticus, qu'on dit du IV° siècle, - une plaisanterie des savants [6], -- ont fait sauter le mot Prophète qui attirait trop l'attention. Jean n'y est plus que «le plus grand entre ceux qui sont nés de la femme ». Le plus grand quoi ? Le plus grand des hommes ? Bien, Et les Prophètes font partie de l'humanité. Tout de même, l'intention d'escamoter le prophète est certaine, et afin de le mieux escamoter, on va vous le comparer, par une espèce de coq-à-l'âne ou de quiproquo, au plus petit de ceux, - sans qualité ni profession, - qui sont dans le royaume de Dieu. « Entre ceux qui sont nés de la femme, aucun n'est plus grand que Jean ; mais le plus petit - quelconque individu - dans le royaume de Dieu est plus grand que lui. »
Plus de Christ, plus de Prophète : un Jean, né de la femme, amorphe, anodin, falot, plus petit que le plus petit n'importe qui dans le royaume de Dieu.
Le Selon-Matthieu, que les exégètes et érudits prétendent antérieur au Selon-Luc, sans preuve sérieuse, reproduit (XI, 7-15), dans un morceau parallèle, synoptique, synoptisé, le récit du Selon-Luc. Il supprime le trait: « ceux qui vivent dans les délices». Jean y est dit Jean-Baptiste. Il y est prophète, plus que prophète. Mais aucun manuscrit du Selon-Matthieu ne dit plus qu'il est « le plus grand prophète né de la femme. » Il corrige le Selon-Luc, ecclésiastiquement, pour éteindre le lumignon historique qui brillait toujours sous le boisseau où Jésus-Christ ne l'éteignait pas encore dans le Selon-Luc [7].
Autre témoignage de Jésus : Élie et Jean.
Il se lit, - et c'est la deuxième occasion qui s'offre pour le redoubler, dans le Selon-Matthieu, (XVII, 10-13) et le Selon-Marc (IX, 11-12) seulement, à la suite de la scène de la Transfiguration. Le Selon-Luc qui narre la Transfiguration (XVII, 28-36), et qui serait plus récent que les autres synoptisé, d'après l'Église, n'a pas ce témoignage. Voici le Selon-Matthieu :
« Ses disciples interrogèrent Jésus, disant : -Pourquoi les scribes disent-ils qu' Élie doit venir premièrement (avant toi) ? Et lui, répondant, dit : - Élie viendra et rétablira toutes choses. Mais, je vous le dis, Élie est déjà venu, et, ils ne l'ont pas reconnu ; mais ils ont fait contre lui tout ce qu'ils ont voulu. De même aussi le Fils de l'homme doit souffrir par eux. Ils comprirent alors qu'il leur parlait. de Jean-Baptiste. »
Ce texte du Selon-Matthieu nous apprend d'abord que Jésus assimile Élie à Jean, bien que le quatrième Évangile, attribué à Jean cependant par l'Eglise fasse déclarer à Jean lui-même aux Juifs de Jérusalem « qu' il n'est point Élie ». Voir Selon-Jean (1, 21). Mais le Jésus du Selon-Matthieu a une intention. Il distingue parfaitement, aux II-III° siècles, le Jôannès-Christ, crucifié par Ponce-Pilate, Prophète de l'Apocalypse, qui devait « rétablir toutes choses », (autrement dit, restaurer le royaume d'Israël), du dieu-Jésus qu'il est lui-même. Ce Ioannès-Christ, il est déjà venu (sous Tibère) ; les Juifs du Temple ne l'ont pas reconnu. Il a été crucifié. Voilà qui est clair. Le texte du Selon-Matthieu ne devait pas, ne pouvait pas dire autre chose. Mais on l'a touché. On a voulu le rendre incompréhensible. « Élie viendra et rétablira toutes choses. » Ce futur est en contradiction avec l'affirmation catégorique : « Je vous le dis, Elie est déjà venu. » Et, - toujours le change sur le Précurseur, - voici que Jésus, comme Fils de l'homme, se met dans la peau du Christ, et déclare « qu'il doit souffrir aussi par eux. » Qu'on relise ce morceau. Il donne , au futur, au présent et au passé l'unique aventure du Christ, sous les traits d'Élie-Jean, du Christ et de Jésus-Christ. Quoi d'étonnant ? Le dieu-Jésus, venu du sein du Père, n'est-il pas, comme lui, Celui qui fut, est et sera ? Pour lui, comme pour le Père, il n'y a pas de temps.
Le symbolisme mythique du Selon-Matthieu est complexe. Il semblerait mieux à sa place dans le Selon-Luc, dont c'est la manière ordinaire. Peut-être le morceau provient-il du Selon-Luc qui ne l'a plus. Et je le crois. Mais voici le Selon-Marc. Il va projeter en pleine clarté lumineuse cette vérité que Élie-Jean est le Christ et que Jésus, c'est le dieu qu'on a incarné en lui. On croirait lire un extrait de la Pistis-Sophia de Valentin, où l'on aurait coupé quelques propositions intermédiaires. J'en rétablirai les idées explicatives entre crochets.
Jésus, avec Pierre, Jacques et Jean, descend de la montagne de la Transfiguration. Il leur défend de dire ce qu'ils ont vu, jusqu'à ce que le Fils de l'Homme soit ressuscité des morts. Les disciples retiennent cette parole, se demandant ce que c'est que ressusciter des morts. Ils sont Juifs. Ils ne connaissent que le Schéol Bien. Tout ceci crée l'atmosphère indispensable pour comprendre ce qui va suivre, qui serait incohérent et ne prend un sens que si on y insère des idées de liaison, que je place entre crochets.
« Les disciples l'interrogèrent, disant : -Pourquoi les Scribes, disent-ils, qu'il faut qu'Élie vienne premièrement ? Jésus leur répondit : - Il est vrai qu'Élie devait venir premièrement et rétablir toutes choses. [En me voyant, moi, Dieu Jésus, qui me présente comme Christ et n'ai rien souffert, qui me glisse en esprit dans la peau d'Élie, et Élie, c'est Jean, n'est-ce pas ? vous vous demandez] comment donc est-il écrit au sujet du Fils de l'homme, [que je prétends être sans avoir souffert] qu'il doit souffrir beaucoup et être méprisé ? Or, je vous dis qu'Élie est déjà venu, - [c'est ce Jean qui devait venir, l'ai-je assez répété, ô race incrédule, et jusqu'à quand te supporterai-je ? ] - et à cet Élie-Jean, ils ont fait tout ce qu'ils ont voulu, selon qu'il a été écrit de lui. » Si le Scribe allait jusqu'au bout de sa pensée, il ajouterait : « Et ce qui a été écrit de lui par Tacite (coupé), par Flavius Josèphe (coupé), par Juste de Tibériade (détruit), par Apulée, Lucien de Samosate (sophistiqués), et par tant d'autres, vous le connaissez : Fils de Juda le Gaulonite, il s'est posé en Messie, Prophète de l'Apocalypse, contre les Hérodes et contre Rome, qui l'ont crucifié comme émeutier rebelle, prétendu Roi des Juifs, soulevant le peuple contre l'État. Moi, Jésus, dans sa peau, au III° siècle, je ne suis que son revenant, sa deuxième édition, expurgée, revue, contrefaite. »
Vox populi, vox dei.
Et voici la vérité encore proclamée par le peuple. Si, par impossible, il vous reste quelque doute sur l'identité du Christ et du lôannès, rapprochez de ces témoignages de Jésus sur Jean, l'identifiant à Élie, Jérémie, etc., une scène antérieure, où les disciples de Jésus, à leur tour, identifient leur maître, d'après la commune renommée, à Jean, à Élie, à Jérémie, etc. Les trois Synoptisés, cette fois, font bloc sans défaillance. Par ainsi, Jean et Jésus coïncident, ils se superposent, ils communient, ils ne font qu'un sous les espèces de Jean, de Christ, de Jésus, de Jésus-Christ et du Fils de l'homme. Il faut savoir lire les Évangiles.
D'abord Matthieu (XVI, 13-16) : Jésus interrogea ses disciples, disant - Qui disent les hommes qu'est le Fils de l'homme ? ils lui répondirent : Les uns disent Jean-Baptiste ; les autres, Élie ; d'autres Jérémie ou l'un des prophètes. Il leur dit : Mais vous, qui dites-vous que je suis ? Simon Pierre répondant, lui dit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.
Mon dieu ! oui. Jésus, Christ dans la peau du Iôannès, est, le fils, unique même, de Dieu. Tout le monde, les uns et les autres, soutiennent que le Christ, c'est Jean, en chair et en sang. Si Jésus est le Christ, comme dit Pierre, J'évangéliste va vous dire par la bouche même de Jésus « que ce n'est ni la chair ni le sang qui lui ont fait cette révélation, mais le Père de Jésus, qui est dans le ciel (Matt., XVI, 17). » Autrement dit : Jean fut le Christ, le Crucifié de Ponce-Pilate. Si Cérinthe et Valentin ont fait descendre dans son corps le Dieu ou Verbe ou Aéon Jésus, que d'autres ont fini par incarner dans Jean, ce mystère ne peut se révéler et se faire comprendre qu'à ceux qui n'ont pas égard à la chair et au sang, - c'est-à-dire à ceux qui sont familiers ,avec le Pneumatique. Le morceau n'est qu'une application, qu'une explication des fables cérinthiennes et gnostiques.
Ensuite Marc (VIII, 27-28) : - Il demanda à ses disciples Qui disent les hommes que je suis ? Ils répondirent : Les uns disent Jean-Baptiste ; d'autres, Élie ; d'autres, l'un des prophètes. Et il leur dit : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répondit : Tu es le Christ. Et il leur défendit sévèrement de dire cela de lui à quiconque [1].
Enfin Luc (XI, 18-19) : - Il leur demanda : Qui dit-on, parmi le peuple, que je suis ? Ils répondirent : Les uns disent Jean-Baptiste ; d'autres, Élie ; d'autres, l'un des anciens prophètes ressuscité. Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre répondit - Tu es le Christ de Dieu. Il leur défendit sévèrement de le dire à quiconque [2].
Voyons ! Que signifient ces scènes ? Quelle est leur portée ? Et que faut-il conclure de leur confrontation ?
Eh ! quoi 1 Il y aurait eu en Judée, à la même époque, deux individus, l'un Jésus-Christ, l'autre Jean, du même âge, tous deux baptisant, prêchant la repentance, la venue imminente du royaume de Dieu, dont l'un, Jean, dit : Je ne suis pas le Christ, mais dont tout le monde proclame qu'il l'est ; dont l'autre Jésus-Christ, défend qu'on dise qu'il est le Christ, dont on proclame qu'il est Jean, Jean ressuscité, quand on a escamoté Jean par la fraude de la décapitation; qui dit de Jean qu'il est Élie, celui qui devait venir ; dont on dit, dont ses disciples disent, que tout le monde proclame qu'on le prend pour Élie, pour Jean ; bref, qu'il s'agisse de l'un ou de l'autre, tout le monde affirme qu'ils sont Élie, Jean, le Christ, Jésus-Christ ou Jésus, le Fils de l'Homme, Esaïe, Jérémie ou quelque prophète ; on les identifie comme deux quantités qui égales à une troisième sont égales entre elles ; tous deux ont souffert pour la même cause, par les mêmes gens, les Hérodiens. Et si Jean a été frauduleusement décapité, - je le prouverai dans un prochain chapitre, - quand Jésus, lui, parle de la « passion » de Jean, il ignore, et pourquoi ignore-t-il ? ce supplice ! « Ils lui ont fait, dit-il, tout ce qu'ils ont voulu. » Ainsi ne se compromet,-il pas. « Tout ce qu'ils ont voulu ? » Prison, fouet, et décapitation, et crucifixion ? Il ne précise pas. On peut soutenir tout ce qu'on veut. Quand le Scribe écrit, la décapitation n'est pas encore dans l'Évangile.
Je vous dis, en vérité, je vous répète, et à satiété, que ces deux individus proviennent du seul et unique Christ historique, fils de Juda le Gaulonite, né à Gamala, Prophète de l'Apocalypse et mis en croix, par Ponce-Pilate.
Si le Christ et Jean étaient deux personnages distincts, si la vérité historique était qu'ils le sont, croit-on vraiment que les scribes évangéliques éprouveraient le besoin, continuellement, de poser sans cesse la question si Jean est le Christ ou non ? et si le Christ, voire Jésus et Jésus-Christ, est Jean-lôannès ou non ?
Quand on est sûr d'un fait, on ne s'amuse pas à en parler comme s'il était, douteux, surtout quand on le veut faire prendre comme arrivé et vrai. Il faut, avoir été obligé de jeter le doute pour noyer la vérité qui gênait. Pourquoi, chez les évangélistes, cette obsession sur Jean à qui l'on demande s'il est le Christ, que l'on dit être le Christ, qu'Hérode ressuscite comme Christ ? Pourquoi dans les deux scènes du témoignage de Jésus sur Jean et des disciples de Jésus sur le Christ, Jean et Jésus-Christ passent-ils tous deux pour Élie, pour Jean, pour les mêmes prophètes ? Ne voit-on pas que les Scribe dans ces deux scènes en réplique, jouent avec le même, personnage sous le nom de Jean et de Jésus, comme ils joueront des deux Nativités, vous le verrez, ayant l'air de se renvoyer une même balle d'une raquette à l'autre ? Pour nous, Goïm, occidentaux, nous avons pu être trompés par ce genre d'exercice parabolique, et croire à deux individus distincts : le Christ et Jean. Mais il ne faut jamais oublier que le christianisme est d'origine essentiellement judaïque ; que les écritures «chrétiennes » sont des oeuvres de Juifs dissidents, que toutes les affabulations sur le Christ sont le résultat des controverses entre Juifs, les uns tenant pour la vérité historique, les autres pour les inventions cérinthiennes et valentiennes, d'autres mêlant l'histoire et la fable ; que ces controverses ont duré jusqu'au V° siècle ; que, lorsque les Juifs christianisants ont dû se séparer des Juifs de l'ancienne Alliance, et l'Ekklésia rompre avec la synagogue, les controverses ont nécessairement abouti à des compromis entre les thèses et les doctrines, entre l'histoire et la légende [3]. Pour piper et duper les Goïm, les incirconcis, les « nations », il fallait bien, à moins de faire naufrager l'entreprise, du Christ historique, crucifié par Ponce-Pilate, Prophète de l'Apocalypse sous le nom de Jean, inacceptable comme Dieu, ajouter un élément divin, quoique imaginaire, par l'incarnation du Verbe, de Jésus, inventé au II° siècle par les Juifs cérinthiens et gnostiques, pour aboutir au composé Jésus-Christ. C'est la concession qu'ont faite aux auteurs et aux partisans de la légende ceux qui tenaient pour la vérité historique. Quant à ces derniers, la concession que leur ont faite les partisans de la légende, elle a consisté précisément dans l'admission de toutes ces scènes où, sous l'apparence de deux êtres distincts, et avec des noms divers, le Christ, Jean, Jésus, Jésus-Christ, le Fils de l'Homme, ne sont en réalité qu'un unique personnage. Aucun Juif christianisant, aux origines, n'a pu se tromper sur ce dosage astucieux de la vérité et de la fraude, qui a mis d'accord, vers le cinquième siècle, dans un compromis dont les Évangiles sont le procès-verbal de constat, - rien d'autre, - les clans adverses des Juifs christianisants, après trois siècles d'âpres et sanglantes disputes sur leurs conceptions du Messie. La paix s'est faite entre eux, -une maison divisée contre elle-même, dit Jésus-Christ, ne saurait subsister, - en raison même du but poursuivi : la domination du monde, qu'ils n'auraient pu atteindre en continuant leurs querelles de mots sur des abstractions métaphysiques. Les Évangiles, le Nouveau Testament avec l'Apocalypse, offraient aux initiés Juifs christianisants, assez de vérité historique, bien que voilée sous des Thargoums, paraboles, épisodes, miracles, pour donner satisfaction à ceux qu'avaient d'abord épouvantés les mystificateurs sur le dieu Jésus incarné. Dans le Christ, appelé Jésus ou Jésus-Christ, ils reconnaissaient leur lôannès, leur Jean, Prophète de l'Apocalypse, tout camouflé qu'il soit. Mais le camouflage ne pouvait tromper que les Goïms, les Occidentaux, Héllènes, Latins, tous aryens et non sémites. L'intérêt de la spéculation, d'excellent rapport, sur Jésus-Christ, exigeait ce camouflage, et qu'on le donnât comme, la vivante vérité. Le succès a dépassé les espérances d'Israël. Car les contradictions, les invraisemblances, les incohérences, les inconciliables prétentions qui résultent de ce concert frauduleux, les Goïm qui, après les Juifs des origines, ont hérité de la spéculation, « héritiers de la Promesse », comme ils disent, n'ont voulu ni les voir, ou, s'ils les ont vues, n'ont pas voulu en faire état ni les dénoncer, passant à l'article « mystère », -- nous dirons ait compte profits et pertes, - ce qui est impossible, hors nature, contre raison, et qui n'est que mystification, oeuvre littéraire d'imagination, essayant de fondre dans le composé Jésus-Christ, au III° siècle, le Messie Juif du I° Siècle l'homme de chair crucifié de Ponce-Pilate, avec le dieu-Jésus, le Verbe ou Logos inventé par Cérinthe et Valentin au II° siècle.
Mais tous les « mystères », incohérences, invraisemblances, contradictions, impossibilités, faits hors nature ou contre raison, s'expliquent le plus simplement du monde, quand on a percé à jour la mystification, quand on a compris et l'on sait comment et de quoi Jésus-Christ a été composé. Aucun mystère, vraiment.
IV. - Les Alibis.
Quels sont-ils? Que valent-ils ?
Quand un individu est accusé d'un méfait, coupable ou non, son premier moyen de défense est d'invoquer un alibi. A l'appui de cet alibi, il fournit des témoignages ou des preuves matérielles. Mais il ne suffit pas de sa parole pour que l'on fasse confiance à l'alibi et qu'on déclare l'accusé innocent. L'instruction a le droit et le devoir d'examiner les circonstances de l'alibi, les témoignages, les faits matériels, de les discuter, et de conclure.
J'ai affirmé, au cours de l'Enigme de Jésus-Christ, et j'ai fait état, quand il m'a été utile, de cette affirmation, comme étant la vérité historique,, que Iôannès, Jean-Baptiste, a été le Christ crucifié par Ponce-Pilate, et que Jésus-Christ, c'est son corps, dans lequel, au III° siècle, on a incarné, littérairement, l',Eôn de Cérinthe, le dieu Jésus de Valentin, le Logos ou Verbe de Dieu, imaginé dans les écrits juifs du II° siècle, en son milieu environ. Je pense que cette vérité, par tout ce qui précède, commence à apparaître comme certaine. Allons plus avant.
Qu'est-ce que je trouve, en face de moi, de contraire à mon affirmation ? Des alibis. Alibis de temps, de lieu et de fait, sur les personnes, et par témoignages.
Alibis de temps et de fait : le Précurseur, la mort de Jean par décapitation ;
Alibis de lieu : Jean et Jésus, bien que baptisant tous deux au Jourdain et s'y confondant, sont l'un ici, l'autre là, Jésus libre, Jean, tout à coup en prison ;
Alibis sur les personnes : Jean, fils de Zacharie et d'Elisabeth ; Jésus, fils de Dieu ou de Joseph et de Marie ; Jean, mort décapité Jésus, mort crucifié ; Jean baptisant Jésus ;
Alibis par témoignages : ceux de -Jean sur Jésus, ceux de Jésus sur Jean ; ceux de saint Paul, à l'occasion de l'exploitation du baptême de Jean par Apollos.
J'ai fait justice, je crois, dans ce chapitre : « Jean a-t-il été le Christ ? » des alibis de temps sur le Précurseur, des alibis résultant des témoignages. Comme ils n'ont comme base que les narrations qui en sont faites, ils ne sont contrôlables que par la discussion. Et la discussion prouve qu'ils sont invraisemblables, controuvés, invention pure. Ce sont de faux alibis, des mensonges [4].
Mais les alibis qui restent ? Notamment l'histoire d'Apollos, le Baptême de Jésus, la Décapitation, la Nativité de Jean ? Ce sont de gros morceaux. Si ces alibis sont vrais, si l'on ne peut pas prouver qu'ils sont des impostures ? Que conclure ?
Eli ! bien, je l'accorde ; s'ils sont vrais, s'il n'y a pas supercherie, je passe condamnation et il en résultera que Jean-Baptiste et Jésus-christ sont deux personnages distincts, que les Évangiles ont raison et que l'Eglise est au-dessus de tout soupçon, même sur le reste. Je suis large.
Mais si je démontre que tous les récits qui constituent ces alibis sont des fraudes, comme j'ai démontré l'invraisemblance des alibis précédents, au cours de ce chapitre ? Qu'est-ce que vous répondrez, à votre tour ?
Il faut être logique, sincère, loyal, de bonne foi. Vous répondrez ce qu'il vous plaira et comme il vous plaira. je n'ai pas le, désir de vous faire déshériter par une vieille tante dévote qui tient à ce que vous ne doutiez pas des « vérités » ecclésiastiques. Une succession, ça compte, - autant que le salut éternel !
Pour moi, avec la tranquillité sereine d'un chirurgien dont le scalpel ouvre un abcès purulent, avec la conscience d'un historien et d'un critique qui ne pense qu'à trouver la vérité sur un problème qui touche, par plus d'un côté, à la destinée humaine, donc à ma propre destinée, je vais étudier de près les alibis que l'Eglise m'oppose encore. J'entends démontrer qu'ils sont frauduleux et même, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je vous donnerai les dates des fraudes.
Le plus ancien morceau fabriqué ou arrangé pour faire de Jean-Baptiste un personnage distinct de Jésus-Christ est l'histoire du Juif Apollos d'Alexandrie, qui se trouve dans les Actes des Apôtres avec des parallèles dans la Première épître aux Corinthiens. Il est du début du III° siècle, du temps où l'on met au point Jésus-Christ et où l'on compose les Lettres de Paul. Jean, dont le baptême est exploité par des malins, - des marchands de Christ, - Christeniporoï, a dit Justin très justement, y fait plus figure de Christ que de Précurseur. Il n'est pas encore Jean-Baptiste. Mais on le lie mal à Jésus-Christ. Je commencerai par le Juif Apollos. C'est la fraude initiale, en cette matière.
Suivent tous les épisodes relatifs à la Prédication de Jean-Baptiste, annonçant Jésus-Christ, les témoignages épars ou insérés dans des récits d'ambassades, les discussions sur le jeûne et la purification. Le tout a été composé au cours du III° siècle, au plus tôt. J'en ai fait justice ; je n'y reviendrai pas.
Le baptême de Jésus par Jean au Jourdain n'est venu qu'après, et il est concomitant, à peu d'années près, avec la décapitation de Jean-Baptiste qui marque le début du IV° siècle, aux environs de la mort de Constantin et l'ayant de peu précédée ou suivie. Il ne semble pas qu'Eusèbe l'ait connue, puisqu'il n'en parle pas dans son Histoire ecclésiastique.
A la fin du IV° siècle, peut-être au début du V°, la carrière de Jean, à qui l'on a fait vivre certains événements, que l'on a tué par décapitation, s'achève par la confection de sa Nativité. Tout est construit à rebours dans sa légende. C'est en effet à quoi l'on s'expose dans les entreprises frauduleuses [5].
Donc quatre chapitres encore, relatifs à Jean-Baptiste.
I°) Sur le Juif Apollos ;
II°) Sur le baptême de Jésus par Jean
III°) Sur la décapitation de Jean ;
IV°) Sur les Nativités de Jean-Baptiste et Jésus. Un cinquième et dernier chapitre est destiné à démontrer que Jean, disciple bien-aimé et apôtre, est aussi le même personnage historique que le Christ, et Jean-Baptiste.
Ces études aboutiront à la conclusion que j'ai donnée dans l'Énigme de Jésus-Christ, que je répète. qu'il ne faut pas se lasser de répéter, car elle est le fondement vrai de toute l'histoire, de toute la mythologie du christianisme, à savoir :
Que Jésus-Christ est une fiction, composée
1°)Du Christ crucifié, au premier siècle, par Ponce-Pilate, dont le nom de circoncision a tôt disparu, que l'on a d'abord présenté comme se survivant au I° siècle, sous son surnom d'Apocalypse, lôannès = Jean, avant d'en être réduit au miracle de la résurrection, quand il fallut avouer qu'il était mort, et plus que centenaire ;
2°) Du Verbe ou Logos, dit Dieu Jésus, inventé au le siècle par Cérinthe, Valentin et les Gnostiques, pur Esprit, à qui ils donnent le Christ, le Iôannès comme support matériel, charnel, hylique, et qu'au III° siècle, d'autres scribes juifs incarneront définitivement dans le Iôannès=Jean, par un simple jeu de littérature qui ne s'est pas achevé sans laisser des marques, coutures grossières, bâillements, accrocs, reprises, trous, et autres malfaçons.
La vieille outre ; la pièce neuve.
C'est ce qu'exprime admirablement Jésus-Christ lui-même quand le scribe lui fait dire : « Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieux vêtement, car la pièce (neuve) emporte une partie du vêtement, et la déchirure en devient pire. On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et les deux se conservent (Matt., IX,16-17 ; Marc, II, 21-22 ; Luc, V, 36-39). » De même, coudre le vieux Iôannès = Jean crucifié sous Ponce-Pilate, au Dieu-Jésus, éternellement jeune, c'est là une oeuvre impossible où la pièce neuve ne peut s'accorder avec le vêtement vieux.
Faut-il que les exégètes soient aveugles, pour n'avoir ni remarqué, ni compris cette suggestive parabole, qui ne peut s'interpréter que par l'identité du Christ et de Jean. Reprenons les textes.
L'explication de Jésus sur les vêtements vieux et neufs, sur les outres neuves et vieilles, est donnée comme une réponse de lui à des disciples de Jean, qui viennent l'interroger, lui, Jésus, sur le jeûne. Les disciples de Jean jeûnent. Ceux de Jésus ne jeûnent pas. Pourquoi ? Dans la réponse de Jésus, il y a une première partie qui s'explique, après la question, et qui est gentiment naturelle, très cohérente. Il se compare à un époux dont les amis doivent se réjouir, ne pas jeûner, tandis qu'ils sont avec lui, et parce qu'un jour il leur sera ôté. Puis, vient la suite, une deuxième partie sur les pièces neuves aux vieux vêtements, sur le vin nouveau et les vieilles outres, qui n'a qu'un rapport bien lointain avec la question du jeûne.
C'est si vrai que le Selon-Luc après la première partie de la réponse de Jésus sur l'époux, coupe court, et transforme la deuxième partie en une similitude à part, qu'il termine ainsi , « Et il n'y a aucun homme qui, après avoir bu du vin vieux en désire du nouveau; car il dit c'est le vieux qui est le bon. » Oui. C'est le vieux Iôannès-Jean qui est le Christ, le vrai. Que, celui qui a des oreilles entende ! Et on entend, on comprend encore mieux, quand on rapproche cette discussion sur le jeûne dans les trois Synoptisés de la discussion sur la purification dans le quatrième évangile (III, 25-36).
Le thème de Jésus, sur le jeûne, et pour excuser ses disciples de ne pas jeûner, c'est qu'il est l'Époux, qui disparaîtra bientôt et dont les amis ne doivent pas jeûner, mais se réjouir, tant qu'il est avec eux.
La réponse de Jean, véritable « réplique », dans le sens pictural, et malgré des précautions oratoires pour qu'on ne le confonde pas avec le Christ, emprunte le même thème: «Celui qui a l'Épouse est l'époux, et l'ami de l'époux, qui se tient près de lui et qui écoute, est ravi de joie en entendant la voix de l'époux. » Les deux scènes proviennent d'un même dispositif original, - celui de Cérinthe, -- passé dans le Selon-Jean, à peine modifié pour distinguer deux personnages de chair en Jean et Jésus. Mais la fin du morceau est du Cérinthe tout pur, où Jean lui-même distingue très clairement ce qu'il fut, - le Christ terrestre, - et ce qu'on a incarné en lui, - le Jésus Céleste : « Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tous (le' dieu Jésus) ; celui qui vient de la terre est de la terre et parle de la terre (le Christ-Iôannès) ; celui qui vient du ciel est au-dessus de tous (Jésus, Verbe, AÉon), etc… » [1]
Lucien de Samosate.
Quand on étudie les oeuvres des auteurs non-chrétiens qui, contemporains des origines du christianisme, en ont parlé, -- oh ! si peu ! - ainsi que du Christ, - oh ! si vaguement ! - on constate qu'aucun ne connaît ni les Évangiles, j'entends du moins les Synoptisés, ni la prétendue doctrine qu'ils exposent. Inconnus d'eux, les Actes des Apôtres, les Lettres de Paul et autres apôtres. Mais ils connaissent l'Apocalypse, dont l'Ane d'or d'Apulée n'est qu'une parodie. Nous reviendrons, en étudiant l'Apocalypse, sur l'Ane d'or d'Apulée.
C'est l'Apocalypse qui a fait dire à Tacile, vers la fin du premier siècle, parlant des Juifs : « Genus odiosum humani, race haïsseuse de ce qui est humain. » Le Jésus-Christ, dieu d'amour, l'Évangile d'amour, il les ignore.
Les commentaires de Papias sur l'Apocalypse - Prophétie du Rabbi, ont suivi l'Apocalypse, au début du II° siècle, et antérieurement à l'an 135, où Hadrien détruit la nation juive. Après 135, elles sont inexplicables. Aucun intérêt à les composer.
C'est l'Évangile de Cérinthe, après 135, c'est Pistis-Sophia de Valentin qui prennent place normalement, chronologiquement dans l'histoire des écritures authentiques, après l'Apocalypse et les Commentaires de Papias. L'Église, dans Eusèbe, par une histoire bouffonne de bains, essaie de représenter Cérinthe comme un contemporain de Jean, qu'elle fait vivre, dans ce dessein, jusque sous Domitien et Trajan. Non. L'Évangile de Cérinthe, devenu le Selon-Jean, est postérieur à la ruine de l'Espérance d'Israël par les armes, donc à 135. Les Pères de l'Église, - voir le Nouveau Larousse illustré, direction Claude Augé, - « se sont plu à représenter Cérinthe comme le principal antagoniste de saint Paul. » Ce sont des farceurs. Le saint Paul ecclésiastique, inventé tout à la fin du II° siècle, meurt pneumatiquement à Rome vers 66. Cérinthe aurait attendu de quatre-vingts à cent ans pour le contredire ! Aucun écrivain juif n'y aurait songé plus tôt ! Et, antagoniste de Paul, il ne se serait pas servi des Évangiles, que Paul ignore totalement, dont la doctrine est si loin de la sienne ! Cérinthe aurait contredit Paul, sans se servir des Évangiles, et en inventant son Évangile de Vérité, où le Verbe-Logos descend en esprit dans le corps du Crucifié de Ponce-Pilate ! Qui peut le croire ?
La vérité, c'est qu'après l'Apocalypse, après les Commentaires de Papias, Cérinthe ayant écrit son Évangile, qui transforme en métaphysique mythologique l'espérance millénariste d'Israël, que Valentin réduira à une gnose spirituelle, l'apôtre saint Paul a été inventé par les aigrefins de l'Ekklesia de Rome, pour être l'antagoniste de Cérinthe, et non pas un siècle après Cérinthe, mais dans les trente à cinquante ans qui ont suivi son Évangile et la Pistis-Sophia de Valentin.
Quand « florissait » Lucien de Samosate, mort en 192, ni Jésus-Christ, ni les Évangiles synoptisés, ne sont fabriqués. On est en train d'inventer saint Paul, ainsi que ses Épîtres ou Lettres, et les Actes des Apôtres. Mais Lucien de Samosate, qui paraît avoir passablement écrit sur le christianisme de son temps, - on l'a sophistiqué, c'est sûr, car il en a écrit sûrement beaucoup plus long et plus clair qu'on n'en lit dans ses oeuvres, - connaît, en plus de l'Apocalypse, l'Évangile de Cérinthe ; il connaît, - mort en 192, - les théories gnostiques et Valentin avec Pistis-Sophia ; et il ne connaît rien d'autre ; surtout, il ne connaît pas les Évangiles, ni Jésus-Christ.
Il sait que Cérinthe et Valentin font descendre le Verbe ou Logos, 1'.AEôn Jésus, dans le corps du Crucifié de Ponce-Pilate. Peut-être, avant de mourir, a-t-il eu vent des impostures mises sous le nom de l'apôtre Paul. L'incarnation est un travail anonyme, et qui a pu commencer, s'amorcer tôt. Sa confection définitive ne s'est pas faite ni achevée, après conception, en un jour. Au moment même où la nouvelle commençait à s'en répandre, Lucien l'a peut-être, sûrement, saisie au vol. Car il a écrit, pour la railler, un dialogue qui ne laisse aucun doute sur l'état du christianisme et des doctrines chrétiennes de son temps.
Le dialogue est entre Hercule ou Héraklès et Diogène. Il est difficile de dire si Lucien n'avait pas donné d'autres noms aux interlocuteurs. Mais si, dans ce dialogue, on veut bien substituer à Hercule le Iôannès, tantôt Dieu-Jésus, tantôt Christ ou Jésus-Christ, on y verra que ce sont tout à la fois les fables cérinthiennes et gnostiques, ainsi que le dogme de l'incarnation, dont on jette les premières bases, que Lucien vise, et rien d'autre. Il prend le christianisme, tel qu'il apparaîtra bientôt, dans l'oeuf. Pour la suite, l'éclosion, il l'ignore.
Voici ce Dialogue [2].
Diogène. - N'est-ce pas Hercule Iôannès que je vois ? Par Hercule, c'est lui-même... C'est Hercule tout entier ! Eh ! quoi ! il est mort, lui, le fils (bar) de Jupiter (l'Abba) ? Dis-moi, beau vainqueur (dans l'Apocalypse), tu es mort ? Et moi qui, sur la terre, t'offrais des sacrifices comme à un dieu !
Hercule. - Tu avais raison : le véritable Hercule (dieu-Jésus, Verbe ou Logos, Aéon), est dans le ciel, avec les dieux... Moi, je suis son ombre. (Ils se sont, en effet, séparés sur la croix, on le sait.)
Diogène. - Que dis-tu ? L'ombre d'un dieu ! Est-il possible qu'on soit dieu par une moitié et mort par l'autre ? - (C'est possible, en effet, quand le Saint-Esprit vous inspire, pour fabriquer un être tel que Jésus-Christ).
Hercule. - Oui, l'autre Hercule n'est pas mort, mais seulement moi, (lui suis son image (au royaume des Ombres).
Diogène. - Cependant, dis-moi, au nom de ton Hercule, quand ce héros vivait, étais-tu placé près de lui comme son image, - voir le disciple bien-aimé, - ou ne faisiez-vous qu'un seul être dans la vie ? Puis, maintenant que vous êtes morts, vous êtes-vous séparés, l'un pour revoler vers les dieux, et toi, l'image, pour descendre naturellement chez les morts ? (On dirait une allusion à la scène de la croix : Femme, voilà ton fils, dans le quatrième Évangile, celui de Cérinthe).
Hercule. - Je devrais ne pas répondre un mot à un homme qui s'ingénie à se moquer de moi. Toutefois, écoute bien ceci : tout ce qui, dans Hercule (dans le Christ), était l'œuvre d'Amphitryon (de Joseph) est mort, et c'est moi qui suis ce tout (le Christ); mais ce qui était de Jupiter (du Saint-Esprit) vit dans le ciel avec les dieux.
Diogène. - Je comprends à merveille. Alcmène (Marie-Élisabeth), d'après ce que tu dis, est accouchée à la fois de deux Hercules, l'un fils d'Amphitryon (Joseph), l'autre de Jupiter (Dieu), et nous ne savions pas que vous étiez deux jumeaux, issus de la même mère. [3]
Hercule. - Mais non, imbécile ! nous étions tous les deux (en deux hypostases) le même être. (Nous verrons ceci aux Nativités, chap. V).
Diogène. - Il n'est pas facile de comprendre que deux Hercules n'en fissent qu'un, à moins que vous ne fussiez, comme les centaures, deux natures en une seule, homme et dieu. (Les deux hypostases, chez les centaures !)
Hercule. - Tous les hommes ne te paraissent-ils pas composés de deux êtres, d'une âme et d'un corps ? Qui empêcherait que l'Ame (l'Esprit, l'AÉon), émanée de Jupiter, ne fut dans le ciel (à la droite du Père) et que la partie mortelle (Bar-Abbas) ne fut chez les morts ? - (Eh ! eh ! pour un « vil païen » matérialiste, pourceau du troupeau d'Êpicure, ce n'est pas mal du tout, comme spiritualisme !)
Diogène. - Oui, très excellent fils d'Amphitryon (de Joseph), tu aurais raison si tu avais un corps ; mais tu n'es qu'une ombre (dans le Hadès), en sorte que tu cours le risque d'imaginer encore un triple Hercule (1° Le Verbe ; 2° Jésus-Christ; et 3° le « mort » ou Iôannès que les Juifs adorent comme un dieu - le cadavre de Machéron).
Hercule.- Pourquoi triple ?
Diogène.- Voici pourquoi. S'il y a un Hercule (le jésus l'AÉon, le Verbe ou Logos) dans le ciel, et une ombre d'Hercule (Jésus-Christ) avec nous, puis sur le mont OEta (Golgotha -et Machéron) un corps (le mort, Bar-Abbas, le Christ-Iôannès) qui n'est déjà plus que poussière, cela nous étonnerait : vois alors quel troisième père tu trouveras pour ce corps. (Zacharie ou Zébédée, parbleu !).
Hercule. - Tu es un insolent et un sophiste [4]...
Le miracle de Jean ressuscité
Ainsi, tout au long de ce chapitre, on a vu combien, Évangiles en main, l'impression ressort, forte, solide, laissant présumer la vérité impérieuse, que le Christ c'est Jean, que Jésus n'est que le revenant de Jean. De Jean, tout le monde se demande s'il n'est pas le Christ ; de Jésus, tout le monde prétend qu'il est Jean. Et quand on ajoute : ou Élie, Jésus prend soin de révéler que Jean, c'est Élie « cet Élie qui devait venir >. Hérode précisera de Jésus : « C'est Jean ressuscité [1]». Les écrivains latins et grecs, surtout ceux qui ont vécu en Orient, tel Lucien de Samosate, ne se laisseront pas piper par le jeu des mythologues juifs tendant à incarner par fiction le Christ ou Hercule céleste dans le Christ terrestre. Vous venez de lire le dialogue «païen » entre Hercule et Diogène.
Et n'oublions pas que Hercule, c'est une représentation solaire, aux douze Travaux, caractérisés par les douze Signes du Zodiaque.
Faut-il achever de vous convaincre par une scène des Évangiles eux-mêmes, où Jésus-Christ avoue la supercherie à laquelle les scribes l'ont voué ? Voici.
Ouvrons d'abord le Selon-Matthieu (XVI, 3-4). Je lis :
- Les pharisiens et les saducéens s'étant, approchés (de Jésus), et l'éprouvant (le mot est admirable : ils veulent « essayer » Jésus, comme on fait pour l'or, et lui faire dire ce qui se cache, car ce sont des compères, et Jésus s'y prête, dans sa peau de baudruche), lui demandèrent de leur montrer un « signe » (ou un miracle) de la part du ciel ( ek tou ouranou). » Le mot grec est (sêmeion) ; en hébreu, ce serait oth qui veut dire à la fois signe et miracle. --- Mais il leur répondit (ici, je passe trois phrases, sur lesquelles je reviendrai, - j'entends ne rien dissimuler, - et qui manquent dans les plus anciens manuscrits ; elles apparaissent dans le manuscrit byzantin H, codex Harleien ou Wolffii A du X° siècle, ce qui prouve qu'au X° siècle on« synoptisait » encore) :
- « Génération méchante et adultère (qui) demande un signe (ou miracle), et il ne lui sera pas donné de signe ou miracle, sinon le signe (ou miracle) de Iônas. » Et les quittant il s'en alla.
J'ai cru longtemps, sur des apparences trompeuses qui résultent de modifications successives dans le texte de cet épisode, reproduit dans le Selon-Marc et le Selon-Luc, et nous y arriverons, que le Iônas dont il s'agit est le Jonas de la baleine. Un examen plus attentif des textes et des additions qu'ils ont reçues, m'a persuadé que Jésus vise ici le Iôannès. lônas, Iôannès, c'est le même nom, il est utile de l'affirmer tout d'abord [2].
Qu'est-ce que Jésus-Christ veut dire ? Ou plutôt qu'est-ce que le scribe veut lui faire signifier, en lui demandant un signe du ciel ? Il est impossible de comprendre qu'il refuse tout signe ou miracle à la génération, la sienne apparemment, qui le lui demande, alors que les Évangiles en surabondent, qu'on lui prête, avant et après cette scène ? Jésus n'a pas cessé d'accorder des miracles à sa génération.
Expliquez et-la, ô exégètes ! - Ils se récusent ! Je les reconnais bien là.
Eh ! bien, ce que Jésus veut dire, je vais vous l'apprendre, à leur place, conformément aux principes directeurs qui sont les miens, et qui expliquent tous les mystères.
Puisqu'il est constant que Jésus-Christ a fait des miracles, et qu'il n'en veut pas, ici, donner sauf un, celui de Jonas-lôannès, c'est que le miracle de Jonas-Ioannès est un miracle à part, un miracle unique, qui est incomparable, - sauf qu'il est inventé comme les autres par les scribes, - incomparable aux miracles tels que les guérisons, les résurrections, les multiplications de pains, fabrication de vin à Cana, etc…
De quoi donc s'agit-il ? On va le comprendre de proche en proche. Ce que Jésus veut dire, - ou plutôt, par lui, le scribe qui tient la plume et le fait parler au III° siècle, -- c'est qu'il est lui-même le miracle, et même le miracle des miracles, c'est-à-dire le seul, l'unique, qu'il offre à la génération du III° siècle, et auprès duquel les autres ne sont que des succédanés. Il est, - lui, Jésus-Christ, avec l'aide du Logos, - le signe des signes ; il est le miracle du Iôannès ressuscité, soit revenant au III° siècle, par l'incarnation de l'AÉon (Verbe, Jésus) dans le Christ-Iôannès, crucifié au I° siècle. Il confirme ainsi que le Jésus-Christ qu'il est devenu est le Jésus de Cérinthe et des gnostiques, uni hypostatiquement et pneumatiquement, au Christ crucifié par Ponce-Pilate. Et si le scribe lui fait traiter la génération de « méchante et d'adultère », c'est qu'elle fait des difficultés, - Lucien l'a prédit : il n'est pas facile de comprendre que deux Hercules n'en fissent qu'un, - pour admettre cette combinaison d'un dieu dans un homme, aboutissant à la création d'un être vivant et vrai, biologique. Elle veut bien se délecter aux imaginations de Cérinthe et des gnostiques, faisant aller et venir le Verbe ou Logos, le Jésus céleste entre le ciel et la terre où il entre momentanément dans la peau du crucifié de Ponce-Pilate. On avait déjà vu ce phénomène dans les fables des « païens », dans Homère notamment, où les dieux de l'Olympe se cachent dans le corps des guerriers qu'ils chérissent pour les aider à combattre. Mais pousser jusqu'à l'incarnation totale, définitive, telle que les aigrefins de Rome, créateurs de l'Eglise catholique, l'ont voulue, qui a fait crier au scandale les cérinthiens et gnostiques, dont on utilisait les mythes, en les transformant en lois naturelles, en phénomènes physiologiques, - créer le Jésus-Christ évangélique, en bref, - c'est une opération qu'on n'avait jamais vue, fantastique, à laquelle il n'était pas possible de croire, et à laquelle « la génération d'alors » n'a pas cru. Aussi le scribe l'injurie-t-il à plaisir. « Génération méchante !» bien entendu, - «et adultère ! » Admirez le choix expressif du terme. Cette génération se commet avec les fables cérinthiennes, quand elle devrait épouser la querelle de fabricants de l'incarnation ! Elle est véritablement adultère. Jésus-Christ a raison, comme toujours. Il n'est personne qui ait, plus que moi, le respect de ce qu'il est, fait et dit.
Ce que je vous révèle est si vrai, si péremptoire et résulte si clairement du texte du Selon-Matthieu (XVI, 1-4), l'apologue du scribe, car ce n'est pas autre chose qu'un apologue, est si transparent, que l'Église, peu à peu, par les faussaires à ses gages, a éprouvé le besoin de projeter des ténèbres opaques sur le sens des paroles de Jésus, au moyen de confusions qui, dans Marc, aboutiront à un récit où personne ne comprendra plus rien, du moins apparemment, car nous le tirerons au clair.
Le travail de fraude, qui a commencé dans le Selon-Luc, que j'examinerai tout à l'heure, on a osé le continuer jusque dans le Selon-Matthieu lui-même, ou, pour détruire l'effet du récit que je viens d'analyser, on en a inséré un second en doublet, en double emploi, à peine modifié, d'abord, mais auquel on a ajouté quelques ligues explicatives sur Iônas = Iôannès, afin de faire dévier la pensée qui va au Iôannès = Jean évangélique sur le Iôannès = Jonas de 1a baleine.
L'aiguillage n'est pas trop mal réussi pour faire dérailler la vérité et les exégètes. Mais nous, qui avons des yeux pour voir, et des oreilles pour entendre, nous verrons et entendrons.
Reprenant donc la scène du chapitre XVI, et l'avançant au chapitre XII (38-12), pour faire croire que, dans celui-ci, est le dispositif originaire de l'apologue, si l'on s'aperçoit du double emploi, le faussaire écrit :
- Quelques-uns des scribes et des pharisiens (plus de saducéens ici, et il n'est plus question d'éprouver Jésus-Christ) lui dirent : « Maître, (non pas Rabbi, ni Kyrié, mais Didascalé : instructeur, comme Jésus dans Valentin), nous voulons voir un signe venant de toi ( apo sou). » Il leur répondit : « Génération méchant et adultère ! Elle demande un miracle i Et il ne lui sera pas donné de miracle, sinon le miracle de Iônas ou lôannès, le prophète. »
Jusqu'ici ça peut aller, bien que le scribe demande le miracle de la part de Jésus lui-même et non de la part du ciel. Le scribe a bien ajouté aussi : le Prophète. Mais quoi ! Le Iôannès = Jean ne fut-il pas le Prophète, et le plus grand de tous, nés de la femme, d'après Jésus lui-même ? Mais voici venir le change :
- Car, continue le scribe, comme Iônas fut dans les entrailles de la baleine ( tou kêtous, signifiant monstre marin, cétacé, thon, phoque, baleine, et désignant la constellation : la baleine) pendant trois jours et trois nuits, ainsi sera le fils de l'homme dans le sein de la terre, trois jours et trois nuits.
Le scribe, par cette comparaison-allusion, fait annoncer par Jésus indirectement sa résurrection. Et c'est bien trouvé, pour faire croire que le miracle visé est bien celui du Jonas de la baleine. Suit une dissertation sur les Ninivites dans leurs rapports avec Jonas et une seconde sur la Reine du midi et Salomon, qui n'a rien à voir avec le miracle de Iônas-Iôannès. Après chaque dissertation, Jésus profère : « Il y a ici plus que Iônas ! - plus que Salomon. » J'abrège et renvoie aux textes. Je ne jurerai pas que la suite dans les idées est d'une cohérence qui m'enchante, mais il faut se mettre à la place du faussaire qui « rapetasse » tant bien que mal.
Cette deuxième mouture du même grain, dans le même Selon-Matthieu, ne manque donc pas absolument d'adresse. Mais d'abord, il apparaît comme sûrement peu vraisemblable, presque en coq-à-l'âne, que Jésus fasse des paralogismes entre lui, d'une part, et le Jonas de la baleine (et encore moins entre lui et Salomon) d'autre part. Comme on trouverait naturel, au contraire, que, conformément à la doctrine des Évangiles qui sans cesse mettent Jean et Jésus à côté l'un de l'autre pour les comparer ou les opposer, Jésus se mit ici cri parallèle, non avec Jonas ou Salomon, mais avec le Iôannès = Jean, dont il a dit qu'il fut : « le plus grand prophète né de la femme ». Et comme serait logique alors sa conclusion : « Il y a ici plus que Jean = Iôannès ! » Car enfin, Jésus, s'il se compare, pour se dire plus que quelqu'un, ne peut se comparer qu'à celui qu'il pense être immédiatement ait-dessous de lui. C'est évident. Etre plus que le Iôannès = Jean, mais c'est être Dieu, comme Jésus lui-même. Voilà ce que Jésus-Christ a pu dire. Mais se proclamer plus que Jonas et que Salomon, qu'est-ce pour un Jésus ? Pas grand'chose. Nous ne pouvons pas faire confiance au scribe. Les additions de Matthieu, deuxième manière, portent donc à faux. Si Jésus s'est comparé à un Jonas-Iôannès pour s'affirmer plus que lui, c'est au Iôannès = Jean des Évangiles, et à nul autre, et on a interpolé, dans le texte de Matthieu, un récit sur Jonas de la Baleine, pour nous détourner du Jean = Iôannès qui fut le Christ. On ne peut conclure différemment.
Le Selon-Luc, doin il est dit qu'il écrit :« après s'être renseigné sur tout », et surtout sur les impostures qui l'ont précédé, dont il ne manque jamais de faire état, semble ici marquer une étape intermédiaire entre !es deux dispositifs du Selon-Matthieu. Il a précédé, en cette occurrence, le Selon-Matthieu, deuxième mouture. Jésus, ici, s'adresse à la foule et non aux scribes, sadducéens ou pharisiens. La foule ne lui a rien demandé ; c'est lui qui fait la question et la réponse, prétendant que la foule réclame un signe ; et il le refuse, sauf celui de Jonas des Ninivites. Mais, observez bien ceci : le Selon-Luc ne dit rien, n'ajoute rien sur la baleine, rien sur les trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Idem Matthieu, première mouture. Et Jonas et Salomon ne sont introduits que pour le mot de la fin : « Il y a ici plus que... », Salomon passant devant Jonas.
Et voici le Selon-Marc (VIII, 11-30). « Les pharisiens, pour l'essayer, demandèrent de lui un miracle (ou signe) du ciel. Jésus, soupirant en son esprit, dit : pourquoi cette génération (sans épithète malsonnante) demande-t-elle un miracle ? Amen ! je vous le dis, et s'il en serait donné à cette génération ! [3]
Le Selon-Matthieu et le Selon-Luc, malgré leurs malices, permettaient de comprendre. Leurs apologues, qui sont bien dans la manière évangélique, n'exigent que l'application de cette recommandation, si fréquente sous la plume des scribes, et pour cause ! « Que celui qui a des oreilles, entende ! »
Les évangiles nous préviennent assez que Jésus, hors les litanies homélistiques et valentiniennes, ne s'exprime que par paraboles ou similitudes. Eux aussi souvent. Il en est de faciles à déchiffrer. D'autres, toutes celles qui touchent à la vérité historique, pour l'allégoriser, ne pouvaient être comprises que des initiés. Avec le Selon-Marc, on ne comprendrait plus rien au récit sur le « miracle refusé », si l'on ne comprenait qu'il a voulu formuler un souhait, - car il formule un souhait, - le scribe évitant de nous dire lequel. En s'aidant du Selon-Matthieu, on peut le deviner - c'est le souhait que « cette génération », et c'est pourquoi on ne l'insulte plus, veuille bien accepter, ne pas contredire « le miracle dut Iôannès ressuscité », c'est-à-dire, l'incarnation du dieu Jésus dans le Iôannès, aboutissant à la création de l'être hybride Jésus-Christ, comme personnage biologique.
Mais il y a plus. Le Jésus du Selon-Marc, en soupirant, - le verbe grec a même le sens plus fort de se lamenter, - exprime aussi un regret qu'on ne nous dit pas, pas plus qu'on ne nous a précisé son souhait. « Cette génération demande un miracle ? Hélas ! que ne lui en est-il donné un ! »
Mais lequel ? Nous allons le trouver.
Il y a dans le Selon-Luc (XII, 54-57) un passage bien curieux, qui est absolument séparé. du récit sur le miracle du Iôannès (Luc, XI, 29-32), avec lequel il n'a aucun rapport. Peut-être a-t-on déplacé le morceau. Le voici :
- Jésus disait aux multitudes : « Lorsque vous voyez au couchant un nuage se former, vous dites aussitôt que la pluie arrive, et il en est ainsi ; et lorsque souffle Notus (vent du sud), vous dites qu'il fera chaud, et il fait chaud. Hypocrites ! - on comprendra la raison de cette injure tout à l'heure, qui, sans préparation, détonne si fort tout à coup, - vous savez apprécier l'aspect de la terre et du ciel, continent ne savez-vous pas apprécier l'occasion favorable que voici ? continent ne jugez-vous pas de vous-mêmes ce qui est juste [4] » ?
Qu'est-ce que « cette occasion favorable » que Jésus-Christ reproche aux « foules » de ne pas savoir apprécier, et qui doit être la justice... immanente, ajouterai-je ?
On comprend immédiatement, quand on observe que le passage est la suite, sans blanc ni rature, d'une tirade enflammée, qui rappelle le rôle historique dit Christ soulevant le peuple contre l'État, du Prétendant davidiste au trône de Judée, en guerre contre les Hérodes et contre Rome. C'est Jésus-Christ qui parle, se souvenant de la moitié humaine, qu'il fut :
- « Je suis venu jeter le feu sur la terre et qu'est-ce que je veux, sinon qu'il soit déjà allumé ! Il est un baptême dont, je dois être baptisé, et combien je suis angoissé jusqu'à ce qu'il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu donner la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais la division. Car désormais, cinq personnes étant dans une maison, elles seront partagées : trois contre deux et deux contre trois. Seront divisés père contre fils et fils contre père, mère contre fille et fille contre mère, belle-fille contre belle-mère et belle-mère contre belle-fille. » Jusque dans sa davidique famille, par suite du remariage de sa grand'mère Cléopâtre, mère de Marie, avec Hérode-le-Grand, qui eut d'elle l'Hérode Philippe et l'Hérode Lysanias. Nous le démontrerons un jour.
Mais je continue, et j'explique les deux morceaux l'un par l'autre, par la voix même de Jésus-Christ, le lôannès-ressuscité.
- Car je fus le Christ-Messie qui déclara et fit la guerre aux Hérodes et à Rome, comme Prétendant, royal. J'ai été vaincu, pris, jugé, condamné, cloué sur la croix, atroce baptême de sang ! car, si quelques-uns m'ont suivi, ont combattu avec moi, d'autres ont été contre moi, en sorte, ô Juifs, que, divisés entre nous, n'ayant pas fait masse contre la Bête romaine, nous n'avons pu rétablir le royaume de David et la souveraineté d'Israël sur le monde, comme je l'avais annoncé dans l'Apocalypse. Vous avez perdu, vous n'avez pas su discerner l'occasion favorable. Hypocrites ! Les romains ont détruit et dispersé plus tard la nation juive, sous Hadrien, en 135. C'est bien fait !
Or, ce passage du Selon-Luc sur « l'occasion favorable », et qui, dans cet Evangile, n'a aucun rapport avec « le miracle de Jean ressuscité », c'est justement celui qui constitue l'interpolation tardive que contiennent certains manuscrits du Selon-Matthieu, au chapitre XVI, et que j'ai signalée : les trois phrases que j'ai sautées, en citant le Matthieu, XVI, au début.
Les scribes qui l'ont perpétrée, cette interpolation, et qui en connaissaient le sens intime, puisqu'ils l'ont prise dans le Selon-Luc où elle est déplacée, savaient ce qu'ils faisaient en l'ajoutant au Selon-Matthieu, et à cette place. Bien qu'elle soit un peu différente dans les termes, elle a la même signification que dans le Selon-Luc. Jésus-Christ parle, - et que ceux qui ont des oreilles entendent ! Il dit et sous-entend ce que j'ajoute :
- Race méchante et adultère qui demandez un miracle. Oth ! Oth ! Le miracle ? c'eût été la délivrance d'Israël, quand Iahvé vous a visités d'en haut, à ma naissance, et quand j'ai tenté, en Palestine, comme Messie-Christ, de 782) à 788, -combien de fois ? - de rassembler vos enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu ! - pour « bouter hors » Hérodiens et Romains. Vous avez laissé passer « cette occasion favorable ». Vous n'avez pas su discerner « ce qui est juste ! » Hypocrites ! J'ai été crucifié. Tous les miens, descendants de David, comme moi, mes six frères, fils du Tonnerre, Boanerguès, fils dit grand Galiléen de Gamala, le lion rugissant de Juda, Zacharie tué entre le temple et l'autel, mes beaux-frères, Eléazar et Jaïrus, époux de Marthe-Thamar et de Marie-Esther, et mes neveux aussi, ont péri pour la cause. Votre demeure est devenue déserte. Israël n'a plus de patrie. Mais il vous reste une chance de racheter votre âme adultère. Voici que les scribes m'ont ressuscité en incarnant en moi, sous mon nom d'Apocalypse, Jean = Iôannès, le Verbe de Dieu, Jésus. Vous pouvez encore conquérir le monde, sous le couvert d'une religion nouvelle, prêchée aux petits, aux misérables, et que nous piperons, vils goïm, païens-rustres, sans oublier de les rançonner, et nous couvrant du blanc manteau de la morale antique, si spiritualiste, dont nous nous emparerons en disant que ce sont ses sages qui nous l'avaient volée, - fraudes, impostures, supercheries, mensonges à la rescousse, et qu'importe ! La fin justifie les moyens ! L'espérance politique d'Israël a fait faillite. Me voici, moi, Jésus-Christ, miracle unique, Iôannès ressuscité, oth ! oth ! drapeau de la croisade jésus-chrétienne pour l'universelle ou catholique domination quand même, et au nom du Très-Haut , Iahvé, mué en Dieu et Père de tous les hommes, notre Saint, béni soit-il ! à qui il plaise, Amen ! Amen ! qu'il vous soit donné de comprendre et d'accepter ce miracle, , oth ! oth ! le Miracle que je suis, que je vous donne, venant du ciel, en Jésus-Christ, dieu et homme, sous le signe du Iôannès ressuscité ! »
Les Juifs restés fidèles à la loi de Moïse, à la Thora, honnêtement, ont repoussé ce miracle, - la plus grande fraude de l'Histoire, la plus impudente des gageures jetée à la conscience et à la raison humaines.
Il était dans la destinée des plus nobles portions de l'humanité de s'y faire prendre. Mektoub ! diraient les Arabes. « Dieu a laissé faire ! » pense en souriant le philosophe sceptique, et sans en vouloir autrement, à Dieu ; car il sait que, dans les affaires d'ici-bas, politique, finances, religions ou commerce, toutes choses qui se ressemblent pour l'exploitation des foules, - c'est rarement, la vertu, l'honneur, la probité qui triomphent. L'étude de l'Histoire 1'en a convaincu. Et s'il croit à Dieu, s'il persévère a y croire, indulgent et fort de sa haute conscience sereine, c'est qu'il s'est persuadé d'avance que les voies de Dieu, pour sa plus grande gloire, sont impénétrables.
Et c'est pourquoi, humble de cœur. il lui pardonne de si mal protéger la vertu, l'honneur, la probité.
Chapitre deux - LE JUIF APOLLOS D'ALEXANDRIE
Actes, XVIII, 24-25.
«Un Juif, du nom d'Apollos, originaire d'Alexandrie, homme éloquent, s'était fixé à Éphèse. Il était très fort dans les Écritures. Il avait été instruit dans la voie du Seigneur (du Rabbi), et tout bouillant du Saint-Esprit [1], il prêchait et enseignait avec une connaissance parfaite (supposant un examen approfondi) - en grec : akribôs, - ce qui concerne Jésus, mais n'avant connaissance que du baptême de Jean. »
Voilà ce qu'on lit dans les Actes des apôtres (XVIII, 24-25). Étrange histoire que celle de ce Juif Apollos, très fort, très versé dans les Écritures, instruit dans la voie du Rabbi, qui prêche et enseigne tout ce qui concerne Jésus, mais, - admirez ce mais ! - qui n'a connaissance que du baptême de Jean, le baptême par l'eau !
Il est très versé, - fort, puissant, dit le texte grec des Actes ; dans les écritures. Lesquelles ? Pas les Évangiles canoniques qui n'ont pas paru, même selon les hypothèses les plus favorables de l'Eglise et des exégètes. Nous ne sommes qu'au temps où, sous l'empereur Claude, Paul prêche à Éphèse, à Corinthe. Sont-ce les Écritures de l'Ancien Testament ? Sans doute, et d'abord. Mais il a été instruit dans la voie du Rabbi. Autrement dit, il connaît la Révélation, l'Apocalypse, et, avant les Commentaires de Papias, il propage l'Évangile millénariste. Le fait qu'il ne connaît que le baptême de Jean est une confirmation. Cela signifie-t-il en plus qu'il baptise au nom de Jean ? C'est plus que sûr. Il n'ignore rien de l'aventure du crucifié de Ponce-Pilate. Mais devant sa triste fin, cet Apollos a-t-il repris à son compte les prophéties messianistes ? Il semble bien qu'il a agi pour son propre profit, puisque, comme baptiseur, il a eu des disciples à lui, à Corinthe, notamment. La preuve est dans 1a Lettre I aux Corinthiens (I, 12), où l'on apprend qu'il y a des gens qui disent « Moi, je suis disciple de Paul, moi, d'Apollos, moi de Képhas ! » Peut-être est-il un de ces « méchants », visés plus tard par l'auteur de la Lettre à I'Église d'Éphèse, précédant l'envoi de l'Apocalypse (Apoc., 11, 2), « qui se disent apôtres et ne le sont pas », et que l'Eglise d'Éphèse « a trouvés menteurs ». Soyez sûrs que ce fut un important personnage [2].
Mais s'il ne connaît que le baptême, de Jean, pourquoi les Actes ajoutent-ils qu'il sait tout ce qui concerne Jésus ? S'il est aussi exactement renseigné, s'il a, d'un esprit critique, examiné ce qui, suivant les thèses de l'Église tout du moins, devait déjà se raconter et que les Évangiles ont recueilli, à savoir que Jean, distinct de Jésus-Christ dont il a été le précurseur, a baptisé Jésus au Jourdain, tandis que la voix du ciel sacrait Jésus fils de Dieu ; s'il sait que Jésus, a baptisé lui-même et non seulement d'eau, tout comme Jean, mais aussi de feu et d'esprit saint, comme Jean du moins l'a prédit, s'il sait tout de Jésus, et j'en passe, il est faux de dire d'Apollos qu'il ne connaît que le baptême de Jean, et les Actes sont incompréhensibles. En effet, ils sont incompréhensibles, et leurs contradictions sur Apollos sont irréductibles, si les fables évangéliques sur Jean et Jésus-Christ sont la vérité historique. Mais comme tout, devient clair quand on sait comment Jésus-Christ a été fabriqué, au III° siècle, avec le corps du Christ Iôannès-Jean du premier siècle, sous son nom de révélation ou d'Apocalypse, d'abord séjour intermittent du Verbe ou du Logos, dieu Jésus avec les gnostiques du II° siècle, dans lequel on a incarne définitivement au III° siècle, ce Verbe, dieu Jésus, et authentiqué cette incarnation dans les Actes des Apôtres et les Lettres de Paul, écrits qui n'ont été fabriqués que dans ce but, et l'apôtre Paul, inventé, au préalable. Les Évangiles viendront à la rescousse, plus tard.
Qu'on veuille bien relire ce morceau de près. On va en découvrir les intentions.
Cet Apollos nous est donné comme vivant au premier siècle, sous Claude, empereur mort en 54. Il ne connaît que le baptême de Jean. Cet aveu signifie que Jésus-Christ, de son temps n'existe pas, et que Jean, c'est le Christ. Pour que les Actes et l'Epître aux Corinthiens aient cru devoir nous entretenir de cet Apollos, qui est la preuve vivante, puisqu'il ne connaît que le baptême de Jean, que Jean fut le Christ, il faut que cet Apollos ait eu une renommée immense. Impossible de le faire disparaître.
Il n'y a qu'une ressource : le travestir d'abord, puis le camoufler en Jésus-christien,
Vivant au I° siècle, il ne connaît que le baptême de Jean. Voilà la vérité, historique. Cérinthe, Valentin ne viendront que cent ans après. Pour le travestir, cet Apollos, on va le baigner dans l'atmosphère du II° siècle. Il ne, connaît que le baptême de Jean, mais, instruit dans la voie du Rabbi, puissant dans les Écritures, - on ne lui ménage pas les éloges, - il n'ignore rien de ce qui concerne Jésus. Contradiction ? Sans doute. Il est impossible que cet Apollos soit un disciple de Cérinthe, qu'il précède d'un siècle. Mais ce que l'on veut combattre en lui, ce sont justement les doctrines cérinthiennes et gnostiques, « ce qui concerne Jésus ». Et on les lui prête, comme une hérésie, vous allez le voir, et dès le temps de Claude. Quand les Pères de l'Église se plaisent à voir en Cérinthe un antagoniste de Saint-Paul, qui n'existe pas du temps de Cérinthe, et aussi bien en histoire que dans l'imposture de la fable, ils méritent qu'on hausse les épaules. C'est le contraire qui est vrai. Actes des Apôtres, Saint-Paul, Évangiles n'ont été fabriqués que par antagonisme aux doctrines cérinthiennes et gnostiques dont on fait Apollos un protagoniste, par un de ces anachronismes rétroactifs dont les scribes ecclésiastiques sont prodigues à l'excès.
C'est ce que signifie, cette phrase, qui contredit celle où Apollos ne connaît que le baptême de Jean, - aveu de la vérité historique, - par laquelle on travestit Apollos, tout ensemble, en cérinthien et en gnostique, qui connaît « tout ce qui concerne Jésus », - soit le dieu -Jésus, Aéon, Verbe ou Logos.
Jamais Apollos n'a su ce qui concerne Jésus-Christ, le Jésus-Christ, moitié homme, moitié dieu, du III° siècle. Apôtre millénariste, avant Papias lui-même, instruit dans la voie du Rabbi, c'est-à-dire prêchant l'Apocalypse, pour son compte personnel ou non, s'il a exploité le baptême d'eau, c'est que, de son temps, il n'y en a pas d'autre, c'est qu'il n'y a pas plus de baptême du Saint-Esprit, qu'il n'existe de Jésus-Christ, d'Actes des Apôtres, d'apôtre Paul et d'Épîtres de Paul.
Mais le scribe des Actes déclare qu'il sait «tout ce qui concerne Jésus ». Apollos ne le montre pas, ce qui est étonnant. Conclusion : c'est le travestissement nécessaire, le premier mouvement de la fraude. On commence par dire, - contre toute vraisemblance, - qu'il sait tout ce qui concerne Jésus. Ainsi, plus facilement, pourra-t-on le convertir, - ou le tenter, - à la pure doctrine jésus-chrétienne, celle qui apparaît aujourd'hui dans les Évangiles canoniques ; les Synoptisés tout au moins. C'est le second mouvement de la fraude. Je ne vous ai donné que la moitié de l'histoire, en effet. Voici la suite. Écoutez bien.
Actes XVIII, 25-28.
Apollos ayant commencé à parier avec hardiesse, dans la synagogue, « Priscille et Aquilas, - Juifs du Pont dont Paul a fait ses compagnons, -- l'ayant entendu, le prirent avec eux, et lui exposèrent, plus exactement encore,- bons apôtres, avec cet encore, - la voie de Dieu. Comme il voulait passer en Achaïe, les frères l'y encouragèrent et écrivirent aux frères de l'accueillir. Quand il fut arrivé, il se rendit très utile à ceux qui avaient la foi. Car il réfutait fortement les Juifs, démontrant par les Écritures que Jésus de Verbe (ou Logos) est le Christ. » Il fait croisade pour l'incarnation.
Voilà. C'est touchant ! Cet Apollos, si versé dans les Écritures, qui ne connaît que l'Apocalypse millénariste, le baptême de Jean, bien que n'ignorant rien de ce, qui concerne Jésus, le dieu Jésus des gnostiques, il suffit que Priscille et Aquilas, la Vieille et l'Aigle, donnés comme tisserand de leur métier, le métier de Paul, faiseurs de tentes, de tentes davidiques sans doute ; il suffit qu'ils le prennent avec eux, - lui, docteur en théologie, -lui fassent, comprendre qu'il gâche le baptême, qu'il parle comme un inconscient ; il suffit qu'ils lui exposent plus exactement encore la voie de Dieu, c'est-à-dire, eu deux mots, l'imposture évangélique du III° siècle, pour que tout, de gô, au milieu du premier, il s'y convertisse et, passant en Achaïe, à Corinthe, démontre à tous que -Jésus est le Christ, que le Verbe s'est incarné dans le Crucifié, de Ponce-Pilate. Cette, fois, il renie le baptême de Jean, la voie du Rabbi. Il connaît les Évangiles tels qu'ils seront au IV° siècle. C'est entendu, seulement, - il faut toujours « seulement » et faire des réserves avec les scribes d'Église, - écoutez bien ceci, qui dénonce toute l'imposture.
Corinthiens I,12
Ou bien les Actes nous racontent une histoire inventée, - on s'en doutait sans la suite, - ou bien Apollos a été mal instruit et ne prêche aucunement que Jésus est le Christ, - comment le pourrait-il, en vérité ? - ou bien est-ce Paul qui, sur les événements, même les plus graves, comme son chemin de Dimas, n'a qu'une mémoire infidèle, - tant de faussaires ont écrit sur lui et pour lui ! - voici qu'Apollos, à Corinthe, travaille toujours à sa manière, qui n'est pas du tout celle de Paulos ou Paul, et se fait des disciples qui ne sont pas ceux de Paulos, ni du Christ, encore moins de Jésus-Christ, mais d'Apollos. Or, Paul baptise d'esprit saint, le baptême de Jésus, de Jésus-Christ, si vous voulez, inventé à la fin du II° siècle. Apollos, qui a une autre manière, quelle sorte de baptême, et le baptême de qui, emploie-t-il encore ? Pas celui de Jésus, ni de Jésus-Christ, celui de Jean, puisqu'il n'en est que deux en discussion. Mais la Lettre aux Corinthiens se garde de distinguer entre les deux. « Parmi vous, dit-elle, chacun parle ainsi : Moi, je suis disciple de Paul, moi, d'Apollos, moi de Céphas, et moi du Christ. » Le Christ ? Pas, question de Jésus. Et elle continue : « Christ (toujours pas de Jésus) est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous ? Ou avez-vous été baptisés au nom de Paul ?... Christ m'a envoyé pour annoncer l'Évangile ... afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine... Christ ... puissance et sagesse de Dieu, etc. » Et Paul exhorte ses correspondants Corinthiens à ne mettre leur gloire qu'en Christ, étant serviteurs du Christ. Il n'y a plus de Iôannès-Jean, il n'y a plus de Jésus. Passez muscade. Il n'y a plus que Christ. Le tour est joué, Le débat sur Jean et le Christ distincts, ou unique personnage, reste en suspens, étant entendu que Christ, ce sera tout à l'heure Jésus-Christ [3].
Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
Paulos et Apollos à Ephèse.
Pendant qu'Apollos, ayant quitté Éphèse, après que Priscille (la Vieille) et Aquilas (l'Aigle) lui ont exposé plus exactement encore qu'il ne savait, quoique puissant dans les Écritures, la voie de Dieu, se trouve à Corinthe (Achaïe), Paul, éternel vagabond, revient de Phrygie et Galatie et descend à Éphèse (Actes, XIX, 1-20). Il y trouve quelques disciples. Il leur dit : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit lorsque vous avez cru ? » Ils répondent : « Nous n'avons même pas entendu dire qu'il y ait un Saint-Esprit. » La vérité, en somme ! Il leur dit: «Quel baptême avez-vous donc reçu ? » Ils répondent : « Le baptême de Jean. » Comme c'est curieux ! C'est Jésus qui est le Christ, d'après la tradition évangélique; Jean l'a proclamé assez véhémentement lui-même, en s'humiliant, s'abaissant à plaisir devant Jésus ; et partout, c'est au nom de Jean qu'on baptise, comme s'il était le Christ. Les Éphésiens ignorent tout de Jésus, du Saint-Esprit. Il faut que ce soit Paul qui vienne leur apprendre ce qu'on lit aujourd'hui dans les Évangiles, et que l'on y a mis, commence-t-on à le comprendre ? - après l'invention de Paul, qui n'a pas d'autre but que de substituer Jésus-Christ à Jean, comme Christ. Que dit, en effet, ensuite, aux disciples d'Éphèse, l'apôtre Paul ? « Jean a baptisé du baptême de repentance, en disant au peuple de croire en celui qui devait venir après lui,- nous avons vu de quelle manière Jésus vient après Jean, -c'est-à-dire en Jésus. » Oui, Jean a fait et dit cela, au III° sinon au IV° siècle, par la plume des Scribes, qui ont en même temps fait venir Jésus, après Jean, le séparant de lui, deux ou trois cents ans après. Et naturellement, les Éphésiens, ayant entendu les paroles de Paul, sont baptisés au nom du Seigneur Jésus, -- « qui est le Christ », ajoutent pour plus de précision quelques manuscrits, pas tous. Paul impose les mains aux Éphésiens et le Saint-Esprit descend sur eux, ce qui se constate par ce fait que ceux qui reçoivent le Saint-Esprit dans le système des Actes et de Paul, et qui leur est particulier, se mettent aussitôt à parler en langues et à prophétiser [4].
Pas de doute. Avant l'arrivée de Paul, les Éphésiens ne connaissaient que le baptême de Jean. Apollos, converti au baptême de Jésus par Priscille et Aquilas, n'a même pas cru devoir leur communiquer sa foi nouvelle, avant de cingler vers l'Achaïe. A quoi sert qu'on l'ait instruit ? N'importe encore. Passe pour Apollos. Mais Paul, avant la scène que je viens de rapporter d'après les Actes, où il baptisa au nom de Jésus ces disciples qui disent ne connaître que le baptême de Jean, Paul était venu une première fois à Éphèse, arrivant de Corinthe (Actes, XVIII,5-6), - car Paulos joue alors au chassé-croisé avec Apollos, -accompagné de Priscille et Aquilas, qu'il a laissés tout exprès à Éphèse ensuite pour convertir Apollos. Il s'était fait raser la tête à Cenchrées, car il avait fait un vœu, qu'on ne nous dit pas. Il ne reste pas longtemps à Éphèse, c'est entendu. Mais, tout de même, il va à la synagogue. Il s'entretient avec les Juifs. Au sujet de quoi ? Les Actes sont muets. Mais enfin, ce serait faire injure à Paul que d'admettre qu'entré dans la synagogue, et plein de son sujet habituel, celui pour lequel il a été inventé, il n'a pas entretenu les Juifs du baptême de Jésus, du Saint-Esprit, et du témoignage de Jean lui-même sur Jésus-Christ. Comment est-il possible que les Éphésiens, à son second voyage à Éphèse, en soient encore au seul baptême de Jean ? Expliquez-le, si toute cette histoire d'Apollos n'a pas été combinée pour dépouiller Jean de son christat.
Jean - Jôannès fut le Christ.
Ainsi, de toute cette histoire, d'Apollos et de Paulos, à Corinthe ou à Éphèse, il ressort à l'évidence qu'elle est une composition suspecte, où l'on touche du doigt le dessein prémédité de brouiller les faits, de cacher et frauder la vérité, sans qu'on ait pu l'effacer complètement. Et cette vérité c'est que le Christ historique fut ce Iôannès baptiseur, qu'il n'y a pas eu d'autre Christ en chair, crucifié par Ponce-Pilate, que le Jôannès, que Jean, donné sous son nom d'Apocalypse ; et que le Dieu-Jésus, pure fiction mythologique, n'a été incarné dans le corps de Jean, Christ historique, pour former Jésus-Christ, que par la littérature des Scribes juifs et Judéo-hellènes, ait III° siècle, à Rome, dans les Actes des Apôtres et les Lettres de Paul, dont on se servira pour composer les Évangiles synoptisés, que l'on est en train de commencer, mais où l'histoire de Jean-Baptiste, distinct du Christ, crucifié par Ponce-Pilate, ne se trouve pas encore [5],
Les Chrétiens de Saint-Jean.
Malgré toutes les persécutions que l'Église a exercées contre les chrétiens, qui n'ont pas voulu se soumettre aux dogmes inventés par elle et aux mystifications diaboliques dont elle a fait la religion chrétienne, il y a eu des hommes, des chrétien - car ils sont chrétiens, - dont la foi orthodoxe en l'homme-christ réel n'a jamais pu être entamée. Le Christ, pour ces chrétiens, ce n'est pas Jésus, ce fantôme né d'imaginations maladives, incarné dans le Joannès Baptiseur ; mais c'est le Joannès Baptiseur lui-même. Traités d'hérésiarques, bien entendu, parce que la vérité qu'ils détenaient est devenue contraire aux supercheries et changes qui sont le fondement du christianisme actuel, ces hommes n'ont jamais abjuré. Combattus dès le II° siècle quand les faussaires ont commencé l'œuvre de mystification, ils ont subsisté en Syrie, en Palestine et en Babylonie, et aujourd'hui encore, Renan l'avoue, il y a toujours, dans ces pays, la secte des « chrétiens de Saint-Jean » [6].
FIN du Chapitre II
Suite du Livre 2 - Chapitres 3 et 4
Notes de la section 32
[1] Les traductions ecclésiastiques interprètent : bouillant par l'esprit, le sien, pas le Saint-Esprit. Le texte grec ne porte pas le qualificatif hagios, saint, devant esprit. On peut donc traduire : d'esprit bouillant. Mais comme il arrive assez souvent que le Saint-Esprit n'est donné en grec dans les Écritures qaue sous le substantif seul, l'Esprit, je puis maintenir ma traduction, à laquelle je tiens autant que les ecclésiastiques à la leur. Apollos y a droit.
[2] A-t-on le droit de l'assimiler à ce Juif venu d'Égypte à Jérusalem et qui se vantait d'être prophète, (dont parle Flavius Josèphe, par deux fois (Hist. Juifs, XX, VI, 819 ; Guerres, II, XXIII, 180). Voici les deux textes :
- Il persuada à un grand nombre de peuple de le suivre sur la montagne des Oliviers qui n'est éloignée de la ville que de, cinq stades, et les assura qu'aussitôt qu'il aurait proféré certaines parole, (il parle en langues), ils verraient tomber les murs de Jérusalem sans qu'il fût besoin de portes pour y entrer. Aussitôt que Félix en eût avis, il alla les charger... mais ce séducteur égyptien se sauva. » Où ? A Éphèse, peut-être. Qui sait ?
- Un autre plus grand mal affligea encore la Judée. Un faux-prophète égyptien (non, c'est un Juif, venu d'Égypte) qui était un très grand imposteur, enchanta tellement le peuple qu'il assembla près de trente mille hommes, les mena sur la montagne des Oliviers, et accompagné de quelques gens qui lui étaient affidés, marcha sur Jérusalem dans le dessein d'en chasser les Romains, de s'en rendre le maître et d'y établir le siège de sa propre domination. Mais Félix alla à sa rencontre avec les troupes romaines, le combat se donna, mais cet Égyptien se sauva. » Ou ? Encore une fois ?
En définitive, ce Juif d'Égypte a voulu recommencer l'aventure du Christ, et au nom de la même espérance d' Israël, en mettant en avant lui-même la foi apocalyptique. Flavius Josèphe donnait certainement son nom. Pourquoi a-t-il disparu ? D'autre part, Apollos, Juif originaire d'Alexandrie, quel nom de circoncision portait-il ? Pourquoi les Actes le désignent-ils par un nom grec ? Est-ce pour qu'on ne reconnaisse pas en lui malgré son pseudonyme, le Juif dont parle Flavius Josèphe ? Mais on l'avait donc reconnu tout de même, qu'on ait éprouvé le besoin de biffer tout nom quelconque dans Flavius- Josèphe. Oui, Il y a là bien des chances que ce Juif soit le même Apollos
[3] Les scribes juifs qui, aux confins des II° et III° siècles, à Rome, ont écrit les Lettres de Paul et les Actes des Apôtres étaient, littérairement, de prestigieux prestidigitateurs ; et Il faut, je vous assure avoir étudié, analysé, disséqué, observé, épié leurs oeuvres, leurs mains et leurs manches, fouillé leurs poches, pendant de longues années, pour surprendre et comprendre leurs tours de passe-passe. On se méfie d'autant moins qu'ils vous ont, pour placer leurs impostures, un air de candeur et d'innocence, un ton de bonne foi et bénin, bénin... le plus bénin du monde
[4]J'ai traduit l'expression grecque xxxx xxxxx ,comme on le doit : parler en langues, et non conformément an préjugé vulgaire : parler d'autres langues, que l'on trouve dans toutes les traductions des Écritures. Mais cette traduction est une imposture ; c'est le change éternel, élevé à la hauteur d'une institution. L'expression grecque n'a jamais signifié que le Saint-Esprit rend les gens polyglottes. Elle a un tout autre sens. Elle veut donner à comprendre que ceux qui ont reçu le Saint-Esprit empruntent pour parler et prophétiser un certain langage de devins, de vaticinateurs, plein de formules et de maximes, comme les formules de magie. Le verbe grec (elaloun) ne s'emploie même que dans des cas péjoratifs babiller, parler à tort, et à travers. Plutarque dit des singes qu'ils parlent en employant le même verbe grec que les Actes, et qu'ils n'ont pas le langage articulé ; et Plutarque emploie alors un autre verbe, qui signifie parler en se faisant comprendre, Théocrite emploie le verbe des Actes pour le cri des sauterelles.
Dans les Actes (II, 11-13), quand les Apôtres, réunis à la Pentecôte, reçoivent « le don des langues », on veut faire croire qu'il s'agit de langages de nations différentes. On nous dit que la foule bigarrée qui est à Jérusalem entend les apôtres s'exprimer en toutes langues. Des gens s'étonnent. Mais la vérité est dans le trait de la fin : « D'autres disaient en se moquant : Ils sont pleins de vin doux. » - Parce que les apôtres parlent toutes les langues ? L'ivresse n'a pas de tels résultats. Mais de gens qui lancent des phrases abracadabrantes, on comprend que l'on en dise, pour être poli qu' « ils sont pleins de vin doux. »
« Parler en langues », c'est faire ce que Flavius Josèphe nous dit du Juif égyptien, qui ressemble, comme un frère à Apollos : « proférer certaines paroles ». Dans tout ce qui touche à la magie, à cette sorte de « science » occulte que les christiens semblent avoir mise à contribution avec intempérance, « Il y a les paroles ». Pas de tour, pas d'incantation, pas de miracle, sans les paroles. Il faut savoir parler en langues. Aucun rapport avec l'idée de polyglottisme.
[5] La mystification évangélique sur Jean-Baptiste, malgré les Évangiles, n'a pas été ignorée du Moyen-Age. Des gens l'ont dénoncée. Rien ne le prouve mieux que le décret du Concile de Trente (XVI° siècle), dont le Sacré collège a dû, pour imposer le silence aux détenteurs de la vérité historique, proférer l'anathème contre « quiconque dit que le baptême de Jean a la même vertu que le baptême de Jésus-Christ. » Le Concile de Trente, réuni d'abord à Mantoue, puis à Vicence, a duré de 1515 à 1563, soit 18 ans. Parmi ses résultats, citons : la déclaration solennelle que la tradition est la source de l'enseignement révélé et de la foi, conjointement avec l' Ecriture ; la fixation du Canon (au XVI° siècle, elle n'était donc pas encore définitive, ce qui rend rêveur) ; le choix de la vulgate comme édition officielle et substentiellement authentique en ce qui concerne le dogme, et la morale ; le mystère de la transubstantiation, par lequel la substance des espèces du pain et du vin est changée en chair ou corps et sang de Jésus-christ ; le salut par les oeuvres, concurrent au salut par la foi ; des définitions relatives aux sept sacrements, etc., etc.
[6] Des chrétiens de Saint-Jean ! il ne faut pas demander à Renan de nous expliquer ce phénomène, aussi extraordinaire que celui d'Apollos. Si le Iôannès Baptiseur n'a pas été le Christ, - ainsi qu'on a pris soin dans les Évangiles de le lui faire déclarer à lui-même, dans des scènes inventées à plaisir, - et si le Dieu-Jésus, distinct de Joannès a vécu, a eu chair et a rempli la carrière que les Évangiles lui attribuent, comment expliquer ces chrétiens de Saint-Jean ? Question sans réponse, une fois de plus.
Pardon ! J'oubliais Clément de Rome et ses Recognitiones (Reconnaissances). On y lit (I, 54) : « Parmi les disciples de Jean, ceux qui étaient considérables (lesquels ? Jésus les lui a pris) se séparèrent de la foule (quelle foule ?) et prêchèrent que leur Maître était le Christ. » Comme tout s'explique ! Ce Clément le Romain, troisième pape, il a eu l'audace, après s'être d'abord substitué à Pierre comme auteur du triple reniement lors de la capture du Christ, de se donner comme le disciple bien-aimé. On peut se fier à lui, n'est-il pas vrai ? J'ai signalé dans L'ÉNIGME DE JÉSUS-CHRIST, chap.I, § La Pierre du tombeau ou le cadavre dérobé, que c'est aux impostures mises sous le de nom Clément de Rome que l'on doit la légende de Pierre pape. L'Église n'a pas osé adopter ces impostures : elle a rejeté comme apocryphes les oeuvres de Clément de Rome. Mais elle a conservé, comme une tradition, qu'elle a mise dans Saint-Jérôme, l'imposture de Pierre, premier pape. C'est mieux que l'art d'accommoder les restes, dont on ne veut plus pour soi mais dont on empoisonne la bonne foi d'autrui. D'ailleurs nous retrouverons Clément, au dernier chapitre de cet ouvrage. Il en vaut la peine.
notes de la section 31
[1] « Apprenant ce qu'on publiait de Jésus, il (Hérode) dit à ses serviteurs : - C'est Jean = Ioannés le Baptiste (Matt., XIV, 1-2), c'est Jean - Iôannès le Baptisant (Marc, IV, 14) ; Il est ressuscité des morts : c'est pourquoi les puissances agissent en lui (aï dynameïs energousin en autöi). » Admirez d'autres traductions ; « c'est pourquoi il se fait par lui des miracles. » Lue (IX, 7-9), qui écrit : « après s'être informé de tout, ô Théophile », nous montre Hérode perplexe de ce qu'on disait de Jésus « Pour les uns, Jean = lôannès était ressuscité des morts ; pour les autres, Elie était apparu. » Mais Jésus vous a dit que Jean, c'est Elie. Et Hérode branle la tête, naturellement, ne sachant que croire : « J'ai fait couper la tête à Jean », dit-il. Nous verrons, au chapitre IV, qu'on le fait mentir.
[2] Je l'ai indiqué à propos des Scènes où Jésus appelant Simon-Pierre, fils de Jonas ou Jean, les manuscrits les plus autorisés portent : fils de Ioannès et non de Ionas. Voir 1' Évangile Selon-Jean, I, 42 et XXI, 15-17.
[3] Traduction littérale, qui s'explique ainsi : « Plaise à Dieu qu'il lui (en) soit donné (un) ! ». Je me demande pourquoi les traducteurs, sinon pour synoptiser, interprètent : « il ne lui en sera donné aucun. » La phrase grecque est : (eï dothêsetai têi généai tautêi sêméïon). » La tournure optative explique l'état d'esprit de Jésus qui « soupire », trait que n'ont ni le Matthieu, ni le Luc. Jésus exprime aussi un souhait que nous préciserons, et surtout un regret.
[4] J'ai traduit : « l'occasion favorable que voici. » En grec : (ton' dé Kaïron' touton'). Les traductions d'église interprètent : « Ce temps-ci, l'époque où vous êtes. » C'est un contresens, à la lettre et une incompréhension totale, quant à l'esprit. Le subsantif grec : « o Kaïros », ne signifie temps, et non époque, qu'à la conditlon d'y ajouter une précision importante : o Kaïros, c'est le temps précis, le moment opportun, l'occasion favorable celle qu'on « saisit aux cheveux », à temps, à propos, pas à contre- temps, et en vue d'un avantage, d'une victoire, d'un profit qu'on escompte.
Notes de la section 30
[1] L'Époux, dont il est question dans ces deux morceaux, c'est Jésus-Christ, et son Épouse, dans le Selon-Jean, c'est la Judée, et non point l'Église, comme des interprétations fallacieuses le prétendent.
L'ami de l'époux, c'est Jean-Ioânnès encore, qui se tient non seulement près de lui, mais en lui, dans son sein. La fiction du disciple bien aimé n'a pas d'autre origine. Mais nous en reparlerons au dernier chapitre de ce volume. J'ai dit que les Scribes mêlaient et confondaient eux-mêmes les deux Jean. En voici un exemple.
Je ne puis m empêcher, de faire observer que le Selon-Jean, exposant, d'après Cérinthe, le mythe de Jésus descendant dans le corps du Christ-Iôannès, historique, est correct, décent, naturel. L'association, en nom collectif, du céleste et du terrestre est une idylle. C'est jeu littéraire. Comparez les Synoptisés. Les Scribes, ayant à lutter contre le mythe de Jésus dieu-AÉon dans Jean-Christ, furieux de la résistance qu'ils rencontrent, vont, dons les Synoptisés, jusqu'à l'outrage. Jésus-Christ est le vin nouveau, pétillant, plein d'esprit, du Saint-Esprit. Jean est une vieille outre- Oser soutenir qu'on a incarné le dieu Jésus dans le corps de Jean ! Quelle plaisanterie ! Met-on du vin nouveau dans une vieille outre ? Pour un peu, si les calembours n'étaient pas des particularités des langues, et s'il parlait français, - Il ne déteste pas le calembour, - Il aurait dit : « Met-on le dieu nouveau dans un vieux youtre ! » Les Scribes en seraient capables. Aéloï ! Aéloï ! lamma sabachtani.
[2] Dans les Dialogues des Morts, 16. Traduction Talbot. J'y renvoie, car J'ai pratiqué quelques coupures sans intérêt.
[3] On retrouve le même genre de raillerie dans le Philopatris, 12 (longtemps attribué à Lucien, peut-être à cause de cela) sur l'un en trois et le trois en un, sur le Dieu Père (l'Abba) qui habite le ciel, le Fils (le Bar) né du Père, Bar-Abbas, et l'Esprit (le Verbe, le Logos) qui procède du Père. Le Saint-Esprit est féminin, chez les Juifs-christiens. Rien de commun, pour le fond, avec l'identité du Iôannès et du Christ.
Le Philopatris se place au temps de Julien. Haine de l'empereur régnant, alors absent et engagé dans une guerre lointaine ; prédiction et espoir empressé de sa défaite prochaine; indication que cette guerre a lieu en Perse; et en effet Julien fut tué en 363, pendant cette guerre, assassiné par un javelot chrétien de son armée. Tous ces détails du Philopatris attestent que l'auteur s'est placé, au point de vue de cette époque. Il dit même que les prédictions qu'il annonce, s'accompliront au mois de Mesori, mois égyptien qui correspond au mois d'août. Julien périt en juin. Voir chap. IV. La DÉCAPITATION, le § La Flèche du Parthe.
[4] Sophiste ! c'est un « nom » , respectable, a dit Lucien (Le Maître de rhétorique). Ce Diogène, d'ordinaire cynique, se montre ici un fin connaisseur. Il dénonce, au moment même où on l'édifie, toute la mystification jésus-christienne.
Notes de la section 29
[1] 1. Évidemment. On les traiterait de menteurs, le Christ historique étant Jean, fils de Juda le Gaulonite. Ici, l'on n'appelle plus l'attention sur « la chair et le sang ». Dans Marc, « tu es le Christ », est d'ailleurs une réponse à la Saint-Paul, amphibologique.
[2] Dans Matthieu et Marc, la scène se passe aux confins de la tétrarchie de l'Hérode Philippe, du côté de Césarée. Le Selon-Luc qui répète le Selon-Marc ne situe pas la scène. Elle se passe « un jour que Jésus priait en particulier ». Où ? On ne sait pas.
[3] L'histoire contemporaine, avec ses partis politiques ou sociaux, si turbulents, qui empruntent les éternelles méthodes de toutes les factions cherchant, leurs doctrines et leurs dogmes, pour la conquête des pouvoirs, domination et gouvernement, l'histoire contemporaine nous apprend que ces « ecclésia » nouvelles, à prétentions nationales ou hors frontières (universelles ou catholiques), tiennent des congrès ou des conciles, où s'opposent et se heurtent, avec des violences hostiles, haineuses, excommunications, des tendances très différentes, presque ennemies, qui dénoncent combien les apparences d'unification sont trompeuses. Les discussions sur les tendances et les tactiques adverses offrent une telle certitude d'incohérence n'elles menacent à chaque fois de se terminer par des scissions dans le parti ou sa dislocation. Linge sale en famille, seulement. Car la règle du jeu veut que, pour ne pas faire échouer l'entreprise, les associés, dans leur désunion, cherchent un terrain d'entente et finissent par l'embrassade générale constatée dans un procès-verbal de conciliation aux formules pompeuses, aussi vides de précisions que des tambours battus, et amenuisées avec astuce, donnant satisfaction à tout le monde. Les pontifes malins excellent dans l'art de rédiger ces « canons » de conciles. Et la foule des goïms, et des gogoïms, à qui on les destine, bée et bée de satisfaction, assurée, ayant la foi, qu'on a enfin éclairé, par un évangile, sa religion. - Jusques à quand, mon Dieu ? Jusques à quand ?
[4] Je pourrais relever le massacre des Innocents, de tous les enfants de deux ans et au-dessous, qui est dans le Selon-Matthieu (11, 16-19). Faux, bien entendu. Mais je suis bien obligé de suivre les scribes évangéliques sur le terrain où ils me mènent. L'évènement n'intéresse qu'indirectement la carrière de Jean-Baptiste ; mais cet intérêt, bien qu'indirect, n'est pas sans importance. En effet, que Jésus-Christ ait échappé à ce massacre, on le comprend. Ses parents l'ont emmené en Égypte. Mais Jean, qui, lui aussi, a moins de trois ans, à ce moment, comment a-t-il échappé ? Le Selon-Matthieu a oublié de nous le dire. Je le sais, moi. C'est parce qu'il a fait, lui aussi, le voyage d'Égypte dans la même peau que Jésus ; ou plutôt, Jésus, par anticipation, est déjà dans la sienne.
[5] En fixant au V° siècle, fin du VI° peut-être, la Nativité de Jean-Baptiste, le veux dire que le récit de cette Nativité, comme étant celle de Jean-Baptiste, distinct de Jésus, est entrée dans l'Êvangile, celui de Luc, à cette époque. Je ne veux pas dire que cette Nativité, sous le nom apocalyptique ou de révélation du Christ, n'existait pas avant, dans des Écritures. J'ai lu mes auteurs, et je suis bien sûr que Valentin, l'auteur de la Pistis-Sophia, au II°' siècle, l'a connue et expliquée. Cérinthe, par conséquent, aussi. Mais elle ne s'appliquait qu'au Iôannès, au Christ crucifié par Ponce-Pilate, support du Dieu-Jésus. On n'a pas encore inventé Jésus-Christ. Au V°siècle, les Scribes, alors que la scission entre le judaïsme et le christianisme s'annonce, n'avaient plus intérêt à conserver ce morceau d'une mythomanie juive si aiguë. C'est un Thargoum. Ils l'ont utilisé, en le sophistiquant, comme de raison, pour donner un acte de naissance et des parents à Jean-Baptiste, qu'on avait inventé distinct du Christ, et pour des motifs que nous verrons.
Notes de la section 28
[1] Tels les Hérodes. Le Messie n'a pas encore détrôné les Hérodes, au temps de Tibère, où Jésus est censé parler; Il ne les détrônera pas. Mais quel regret se lamente dans ces phrases écrites plus de deux siècles après la faillite au Golgotha de l'Espérance d'Israël
[2] Reproduit de Malachie, III, 1 : « Voici, je vais envoyer mon ange, etc.. ». Toujours la change sur le Précurseur. « Il préparera le chemin devant moi. » C'est Dieu qui parle. Dieu envoie son ange pour préparer le chemin devant lui, Dieu. Les scribes évangéliques ont fraudé Malachie pour lui faire dire que « Dieu envoie son messager, non devant lui-même, mais devant Jésus-Christ. Je viderai l'incident à fond,au chapitre V sur les Nativités à propos du cantique de Zacharie sur Jean.On y saisira sur le vif les procédés des faussaires, une fois de plus
[3] Evangile Selon-Jean I, 19-20. Voir ce détail au § La carrière de Jean, ci-dessus.
[4] La phrase que J'ai citée de l'Epître aux Galates que les exégètes traduisent par : « Lorsque les temps ont été accomplis », je l'ai traduite ; « Lorsque fut arrivé (ou arriva) le plérôme (la fin) du Temps. » C'est, en effet, pour le dernier millénaire de la durée du temps imparti à la terre, ait monde Issu de l'œuvre des six jours que le Christ devait apparaître, conformément au thème des Destinées du monde. Les faussaires qui ont fabriqué la Lettre aux Galates, mise sous le nom d'un apôtre Paul imaginaire, pour inventer Jésus-Christ et mettre fin à la gnose, aux affabulations des Cérinthe et Gnostiques, sont obligés, s'adressant aux Juifs de Galatie, de respecter ce thème millénariste de l'Apocalypse. C'est le carcan qui les rive à la vérité historique, et dont mourra la fraude jésu-christienne.
[5] Fragment du Nouveau Testament, qui ne contient que 177 versets du Luc et du Jean. Georgi a publié en 1789 le fragment du Jean, Alford en 1859 le fragment du Luc. Tischendorf en 1870, le tout
[6] Voir à ce sujet, au chap. IV ; la Décapitation, la note sous le § la Danseuse.
[7] « On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur un support, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes ! » , a dit Jésus-Christ (Matt., V. 15-16), Et aussi : « il n'y a rien de secret qui ne doive être manifesté, ni rien de caché qui ne doive être mis en évidence.(Marc, IV, 21-22 et Luc, VIII, 16-I7). » Hélas ! comme il y a loin du précepte à la pratique ! Les scribes évangéliques sont comme les Pharisiens et Saducéens que maudit le Christ « qui disent et ne font pas ».
Notes de la section 27
[1] La présence du Christ à Jérusalem pendant la fête des Tabernacles gêne tous les exégètes. Les Synoptisés ne font venir le Christ à Jérusalem qu'une fois, avant la Passion. Le Selon-Jean lui fait faire plusieurs fois le voyage. Il faut lire les explications embarrassées des critiques sur ces divergences, entre autres, du Selon-Jean et des Synoptisés, et de quel air contrit et contraint, Ils sont obligés d'avouer,ques le selon-Jean est plus près que les Synoptisés de la vérité historique Les Synoptisés, œuvre de « chic », par excellence, sont leur bréviaire, en matière de critique Le Selon-Jean, le seul Évangile « authentique », mises à part les sophistications qu'il a injurieusement subies, n'est pas digne de « l'historicité ». C'est pouffant !La carrière du Christ, dans les Évangiles synoptisés, ne dure qu'un an, un an et demi, d'après eux. Et à la vérité, on a l'impression qu'on l'a voulue très courte. Au surplus, toutes les données qu'on peut tirer des Synoptisés sur ce point, confrontées avec les « traditions » de l'Église, n'aboutissent, quand on les analyse, qu'à des contradictions inconciliables. Impossible de ruser avec la chronologie. Le Selon-Jean donne trois ans et demi à la carrière du Christ. Et, bien que plus rapprochée de la vérité historique, cette durée est très insuffisante. Elle est au moins, Évangiles en mains, de sept ans, d'un sabbat d'années.
[2] La fin du chapitre VIII, 21-59 n'est que divagations, où apparaît çà et là la doctrine cérinthienne sur le Verbe : « Je suis d'en haut, vous, d'en bas. Je ne suis pas de ce monde ... Qui de vous me convaincra de péché... Avant qu'Abraham fut, j'étais ... », etc. Et Jésus-Christ sort du temple, s'esquivant pour ne pas être lapidé. Comme si on lapidait les fous ! Et les propos qu'on lui prête, devaient, pour les Juifs de l'époque, apparaître comme des propos de fou.
[3] Voir Mt, III, 1-12. « Races de vipères ! » Jésus-Christ, en vérité !
[4] Jésus, chez un hôte qui l'avait prié à sa table. Jean quand ils viennent lui fournir l'occasion de les baptiser. « Etonnez-vous qu'ils ne se soient pas convertis ! ».J'ai lu cette réflexion dans un auteur chrétien moderne.
[5] Où ? quand ? qui ? comment ? Le Selon-Matthieu ne nous le dit pas. Il ajoute le trait au Selon-Jean qui ne parle pas de baptême d'Esprit-Saint et de feu.
[6] C'est un des éléments, - Jean étant le Christ, - qui permettent de dater de 782 l'Apocalypse, manifeste du Prétendant Messie. Je pense que c'est cette date 782, précédant au petit bonheur de deux ans celle où débute Jésus-Christ, soit 784, dont Luc dit qu'il avait alors environ trente ans, que Denys est parti pour fixer à 754 le début de l'ère chrétienne. Si l'on retranche 30 de 784, on obtient bien 754. Seulement, en 754, Hérode le Grand est mort depuis quatre ans. Et le Selon-Matthieu fait naître le Christ aux jours d'Hérode, ce qui détruit tout le calcul de Denys-le-Petit. Au surplus, Luc lui-même faisant naître Jésus-Christ en 760, au recensement de Quirinus, Il n'aurait eu, en 784, que vingt-quatre ans. En 790, date où il aurait eu trente ans, dans ce cas, Il est mort depuis un an. J'ai déjà dit que dans le système de saint Augustin et Lactance, la crucifixion est de 782: consulat des Deux Germinus. Jésus-Christ est donc mort, au moment où, à trente ans, le scribe Luc le fait entrer dans la carrière.
[7] Bien que lesÉvangiles ne nous le décrivent guère. Jean baptise ; Jésus baptise, et c'est tout. Mais la cérémonie? Le Selon-Luc nous dit, de Jésus : « Pendant qu'il priait... » Ouvrez la Pistis-Sophia de Valentin, trad. Amiélincan, p. 135. Vous y trouverez en détail tout le cérémonial liturgique : invocations kabbalistiques aux douze signes du Zodiaque, où l'on a, comme par hasard, supprimé le Verseau-Zachu et les Poissons-Zéb, symboles de Joseph et de son fils le Christ (preuve de plus de cette mythologie cosmogonique à laquelle est associée l'histoire du Christ qui s'y encadre) ; supplications pour le pardon des péchés, afin d'être digne d'entrer dans le Royaume de Lumière, etc. Il ne reste qu'à « jouer » le baptême, faire apparaître l'action ; entrée dans l'eau, sortie de l'eau, car la mise en scène n'est pas indiquée.
[8] Il y a toutefois, dans les Évangiles, une allusion à l'étang de feu et de soufre de l'Apocalypse, sans le nommer ; c'est à propos du miracle du Démoniaque, Légion, de Gadara (voir Luc, VIII, 31), qui supplie Jésus de ne pas leur (aux démons) commander d'aller dans l'abîme. Mais, l'allusion à l'étang de soufre et de feu, devenu l'abîme, était encore trop transparente. Dans Marc (V, 10) l'abîme est remplacé par « cette contrée ». Matthieu, plus radical (VIII, 98-34), supprime tout : abîme et contrée. Les démons demandent à Jésus de leur permettre d'entrer dans un troupeau de pourceaux qui paissent par là. Ailleurs, ce sont « les ténèbres du dehors, la géhenne, le châtiment éternel ».
[9] Voir aussi ci-dessus § L'Évangile dit Selon-Jean, etc., et les Nativités, chapitre V.
[10] J'ai Indiqué que dans ce jeune homme de Naïn, ressuscité « en esprit », bien entendu, il fallait voir le Jacob-Stephanos-Étienne, lapidé dans les Actes des Apôtres (L'Enigme de JÉSUS-CHRIST, chap. 1er, Les Jacob-Jacques). Il est le frère de Jean, du Christ. Vous pensez si cette résurrection Intéresse Jean !
Notes de la section 26
[1] J'en ai donné des exemples dans l'Énigme de Jésus-Christ, aux § Fils unique et fils premier-né; Femme ! femme, vois le fils de toi, - comme j'ai exposé sommairement, sous le § L'homme-dieu, la doctrine de Cérinthe. - Et saint Jérôme, à une époque où l'œuvre de Cérinthe a déjà été passée à Jean disciple, apôtre, évangéliste, écrira, sans que sa main tremble (Hier., 11, 244) . « L'Évangile de Jean a été écrit contre les dogmes de Cérinthe et des Ebionites, qui prétendent que le Christ n'a pas existé avant Marie. » Et c'est exact, quand on dit le « Christ ». Mais, pour Jérôme, Christ est devenu l'équivalent de Jésus. L'intention de tromper est manifeste. Car, s'agissant de Jésus, dieu, que Jérôme assimile sournoisement au Christ, homme, Cérinthe, comme les Gnostiques, avec leur Aéon dit, leur Dieu-Jésus, leur Verbe, disent tout le contraire. Le Dieu-Jésus, le Verbe, est le père de Marie, sa mère selon le monde ou la chair. J'ai dit que dans le Dialogue avec Tryphon, faussement attribué à saint Justin, le Verbe ou Logos va jusqu'à se confondre avec Iahveh, dont, tant la chose est forte, au regard de l'invention de Jésus-Christ, il faudra n'en faire qu'une puissance émanée
[2] « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne t'ont point saisie. » Tout ce prologue n'est d'ailleurs que le plagiat des Livres d'Hermès Trismégiste, reproduisant eux-mêmes des inscriptions égyptiennes. « C'est lui uni a fait tout ce qui est, et rien jamais n'a été fait sans lui », sur le temple de Philœ. « En la vie et la lumière consiste le père de toutes choses (Hermès : le Pasteur). » Voir l'ouvrage de Louis Ménard : Hermès Trismégiste, Paris, 1867, qui surabonde de pareilles maximes.
[3] J'ai montré dans l'ENIGME DE JÉSUS-CHRIST, La Crèche de Bethléem, que le Christ naît comme le soleil. Je n'insiste pas.
[4] Sous les réserves ci-dessus, et corrections opérées, tout ce début est du plus pur Cérinthe. Le texte grec distingue, en effet, deux personnages, si l'on peut dire, quand l'un des deux est le Logos, le Verbe. Il emploie, pour désigner Jean, le démonstratif x x x x x, celui-ci, et le démonstratif x x x x x, Celui-là, pour le Verbe, le dieu Jésus dont il a parlé plus haut. Au commencement était le Verbe. » Le scribe (Cérinthe) est bien un juif : « Au commencement. » Il traduit en grec, x x x x x x, le premier mot du premier livre hébraïque, la Genèse, qui est aussi un livre chrétien : Bereschit, au commencement. La Nouvelle Alliance calque ses formules sur l'Ancienne. Mais le scribe, par la suite, va créer toute la confusion désirable pour qu'on puisse soutenir que « celui-là », c'est Jésus-Christ, même l'interpolation découverte.
[5] Comme on sent que cette lamentation est d'un Juif messianiste ! Le Verbe d'Iahveh était dans le inonde, juif bien entendu. C'est pourquoi il est venu chez lui, chez « les siens », les Juifs, qui ne l'ont pas connu. Rappel désolé, regret, à cent ans de distance de l'échec du Christ, crucifié par Ponce-Pilate, qui n'a pas pu triompher par les armes ! Quelle mélancolie ! Mais cette victoire « christienne » qui s'est dérobée aux Juifs christiens vaincus sur les champs de bataille, on la remportera sur le terrain spirituel d'une organisation à allure religieuse, par une propagande obstinée où le Christ crucifié sera érigé en fils de Dieu, donné par l'Abba, « pour sauver le monde ». Il ne s'agit pas de chair, de sang, de « temporel ». Tout va devenir « pneumatique », chose et affaire du Saint-Esprit.
[6] Le scribe revient au dieu Jésus, Fils unique. Voir ÊNIGME DE JÉSUSCHRIST, le § Fils unique ou fils premier-né. Le Christ, crucifié par Ponce-Pilate, c'est le premier-né de Marie et même de Joseph, l'aîné des « sept », plus deux sœurs, le premier-né des morts
[7] Disons, tout court, par Jésus, le Verbe, le dieu Jésus, et la phrase peutêtre signée Valentin : Pistis Sophia. On aperçoit comment le scribe amorce le change sur le Précurseur. « Celui qui vient après moi m'a devancé, car il était avant moi. » Le Verbe est, en effet, avec Iahveh de toute éternité. Il est avant Jean. Mais, incarné dans Jésus-Christ, il vient après Jean qui peut devenir le Précurseur. Il le sera tout à fait quand, dans les Synoptisés, le Verbe enlevé, vaguement mué en une espèce d'esprit de Dieu, qui fait de Jésus-Christ le bar de l'Abba, le fils du Père céleste, Jésus-Christ apparaîtra comme un homme, un être biologique né de la femme. Il n'est plus alors question de son éternité en Dieu. Le côté « verbe », sa moitié « divine », est atténué, voilé. Jésus-Christ est surtout un homme. Jean-Baptiste est vraiment son précurseur. Les Synoptisés ne diront jamais plus que Jésus-Christ était avant Jean.
[8] 1. Le scribe du Selon-Jean, falsifiant l'écrit de, Cérintlie, n'a pas encore lu l'Évangile Selon- Matthieu où il est dit. par la bouche de Jésus (XI, 14 et 15): « Si vous voulez le comprendre, il (Jean) est cet Elie qui devait venir. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. » Il y a longtemps, pour ma part, que j'ai entendu et compris.
[9] Au chapitre III, 22 du Selon-Jean, Jésus baptise, et il baptise d'eau. Jean aussi. Comme on se rencontre ! C'est à Aïn-on près de Saleïm. Mais ne croyez pas que la rencontre provient de l'identité de Jean et de Jésus ; C'est parce « qu'il y avait là beaucoup d'eau ». Et on y venait pour être baptisé, les uns par Jean et les autres par Jésus. Le choix devait être difficile on ne nous dit pas que Jésus baptise d'esprit saint, ni de feu.
[10] Voir Antiq. jud., XII, in, et Polybe, qui la nomme, avec Dadura et Abila. C'est en Bathanée, et non dans une Béthanie quelconque, que le Messie, crucifié par Ponce-Pilate, s'était fait sacrer roi-Messie. Du moment qu'il s'agit de séparer Jean-Iôannès qui fut ce Messie, de Jésus-Christ Inventé. Les scribes n'hésitent pas à faire abdiquer Jean, au lieu même où il fut sacré Christ. Ce qui permet de se livrer à d'utiles réflexions.
[11] Et, sauf le mot « homme », qui détonne et jure, car ce que le scribe dit de lui ne peut être vrai que s'agissant d'un dieu éternel, soit du dieu Jésus, Verbe un Logos, le scribe respecte la conception cérinthienne. Comment, comme homme, Jésus-Christ at-il Pu devenir son précurseur !
[12] Il répète, pour que ceux qui ont des oreilles, et ne comprennent pas une première fois, entendent. Bien que, d'après tous les exégètes et critiques le Selon-Jean soit postérieur de dix, vingt, trente ans, - ils flottent ! - aux Synoptisés, le scribe du Selon-Jean ne les connaît pas. Il n'a sous les yeux que l'écrit de Cérinthe, qu'il falsifie tant qu'il peut et comme il le peut.
[13] Dieu lui-même, comme Il l'a fait du Christ, que Jean fut.
[14] Jésus ne baptise d'ailleurs que dans le Selon-Jean (111, 22-24), et il baptise d'eau ; à Aïn-on, près de Saleïm, on l'a vu. L'Église a regretté d'avoir laissé échapper cet aveu. Car, plus loin, au chapitre IV (1-2), elle a fait introduire une parenthèse : « toutefois, ce n'était pas Jésus lui-même qui baptisait, mais ses disciples ». Rien de plus comique, vraiment, que la maladresse des scribes ecclésiastiques ! Dans les Synoptisés, qu'aucun texte antérieur et comparatif ne lie, Jésus ne baptise plus.
[15] Je dis que ce morceau semble extrait de Cérinthe ou de Valentin ; mieux vaudrait dire, qu'il est un morceau de l'Évangile de Cérinthe, resté tel quel dans le Selon-Jean. Il n'est compréhensible (que si l'on distingue le Dieu-Jésus, l'Aéôn cérinthien, du Christ juif. Voici des exemples : « Celui qui vient d'en haut (le Dieu-Jésus) est au-dessus de tous. Celui qui vient de la terre (le Christ, moi, Jean qui vous parie) est de la terre, et il parle comme étant de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous ». Ici, des variantes. Certains manuscrits omettent la répétition : « est au-dessus de tous », marquant un travail de retouches, qu'on n'a pas d'ailleurs réussi ou dans lequel on n'a pas persévéré. C'est inutile. L'incohérence apparente du morceau le soustrait à la compréhension des exégètes et des savants.
notes de la section 25
[1] Évang. selon Jean V, 33, et plus loin V, 39 : »Vous sondez les Écritures. - les anciens livres hébraïques, peut-être l'Évangile de Cérinthe, celui des Valentiniens aussi, et l'Apocalypse, - ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » Jean-Baptiste ? Zéro, comme témoin, comme précurseur. Et nous verrons ce que Jésus, le dieu Jésus, dans la peau du Jésus-Christ évangélique, dira de Jean. Car ce qui importe, dans cette histoire, c'est beaucoup plus le témoignage de Jésus sur Jean que celui de Jean sur Jésus.
[2] C'est pour détruire cette certitude, ou l'essayer, et parce que les événements ont trompé l'espoir d'Israël et du Messie-Christ, que les scribes, des Synoptisés surtout, bien longtemps après l'époque de Tibère, ont introduit dans les Évangiles, des développements d'allure apocalyptique, mais qui n'ont plus la précision de l'Apocalypse, et qui enregistrent l'ajournement sine die de l'espérance, d'Israël. "Pour ce qui est du jour et de l'heure de la venue du Messie, - c'est Jésus qui parle et qui renie lui-même le Christ, - personne n'en sait rien, pas même les anges du ciel, ni même le Fils, mais le Père seul, car le Fils de l'homme viendra à l'heure que, l'on ne pense pas. (Matt. XXIV, 34, 35, 36 et 14, contradictoires ;Mc, XIII, 1 à 37 ; Lr, XII, 40 ; XIII, 1-37 ; XVII, 23-35). Jésus-Christ oublie même qu'il est dans le sein du Père de toute éternité, qu'il ne fait qu'un avec lui, et que ce que le Père sait. le Fils le sait. Des manuscrits ont senti ce reniement; ils ont fait sauter après : les anges du ciel, "ni même;u le Fils",
[3] Mais l'Église s'est rattrapée, a essayé de réparer cet oubli inexpiable, en mettant sous le nom de Justin, un opuscule : Le Dialogue contre Tryphon, écrit au plus tôt au milieu du IV° siècle, et à peine contemporain de l'Anti-Celse, mis lui-même au IV° siècle sous le nom d'Origène. On obtient ainsi deux ouvrages qui passent pour avoir paru au II° : le Celse et le Tryphon.Je consacre un paragraphe spécial à l'Anti-Celse, au chap. III, Le baptême de « Jésus », par Jean. Dans le Dialogue contre Tryphon, l'on a inséré, conforme au récit des Synoptisés, la décapitation de Jean, ce qui date l'œuvre. L'auteur argumente contre Tryphon en trois points : Caducité de l'Ancienne Alliance et de la Loi; Identité du Verbe avec Iahveh et qui s'est incarné dans le sein de la Vierge Marie ; vocation des Gentils comme vrai peuple de Dieu.A en juger par cet écrit, la scission entre le Judaïsme et le Christianisme est faite ou Imminente, ce qui le classe comme postérieur à l'Anti-Celse. L'auteur du Contre Tryphon paraît répondre au juif de Celse, et à une époque plus avancée du christianisme - fin du IV° siècle, début du V°.
[4] Dont l'an 1er est l'an 754 de Rome, d'après les calculs du moine Denys le Petit, admis pour la chronologie, comme date de la naissance du Christ. Fausse, bien entendu.
[5] Et l'on peut affirmer que, "en ce temps-là", c'est exactement l'an 15 de Tibère. La seule phrase qui nous reste de l'Evangile de Marcion, 1a première, dit que t "'an 15 de Tibère, Jésus descendit du ciel". Dans la chair du Iôannès, évidemment. Ce simple rapprochement permet de comprendre comment on a pu dédoubler en deux personnages biologiques: Jésus et Jean, mais combien il est difficile ensuite de faire de l'un le précurseur de l'autre. J'y reviens plus expressément ci-dessous, au § L'Evangile dit selon Jean, à fin.
[6] Seulement, l'an 754, choisi comme date de la naissance du Christ, est faux. Et cette date, le moine Denys-le-Petit ne l'a choisie que pour jeter une confusion de plus dans l'histoire. A l'époque où il a fait son beau travail (VI°siècle), les Évangiles sont, dans l'ensemble, achevés. Si on les retouche, ce sera seulement pour des variantes dont nous n'avons aucun intérêt à nous occuper ici. Mais tout ce qui peut différencier Jean de Jésus-Christ, on a besoin de le tenter encore, car les discussions sur les deux natures ou hypostases qui sont en Jésus-Christ, et qui proviennent de ce qu'on a incarné, dans le Messie-Juif Iôannès, le Logos ou Verbe, le dieu Jésus, durent encore. Il faudra toute la nuit du Moyen-Age pour faire sombrer définitivement cette vérité historique que Iôannès fut le Messie-Juif, mort sur la croix, en qui les scribes ont incarné le dieu Jésus. Le christianisme a pour base la nuit voulue, la confusion préméditée, la volonté de ténèbres, le chaos ou tohu-bohu à dessein introduit dans l'ordre et la clarté de l' Histoire.
[7] Eusèbe, au sujet de prétendues lettres du roi d'Edesse Abgar, à Jésus, et des réponses de Jésus à Abgar, fausses de l'avis de tous, et notamment de L.-J. Tixeront, prêtre de Saint-Sulpice (Les Origines de l'Église d'Édesse et la Légende d'Abgar), Eusèbe donne tout de même la date exacte de la crucifixion, 340 des Grecs. Transposée dans l'ère de Rome, 340 fait 789. Lactance et Saint-Augustin veulent « sauver » les Actes des Apôtres, imposture des impostures !Au surplus, si Jésus est né au recensement de Quirinus, comme dit le Selon-Luc, soit 760 et débute à 30 ans, soit 790, Il est mort encore avant de débuter, puisque la crucifixion, - 340 des Grecs, - c'est 789 de Rome.
[8] Et je cite pour mémoire qu'il ressort des Évangiles, que la décapitation de Jean (Imposture en fait) ne peut être datée que de l'année 791 = 34. J'éluciderai ce point à l'évidence, au chapitre IV, au § Le motif de la Décapitation.
notes de la section 24
[1] Eusèbe, ou plutôt le volume de faux qu'est l'Histoire ecclésiastique mise sous son nom, et à qui Il faut toujours avoir recours pour montrer par quels procédés frauduleux les scribes ont "noyé" la vérité historique, Eusèbe, en plus des deux Jean, le Baptiseur et le disciple bien-aimé, en invente un troisième, - lui aussi "disciple du Seigneur". Il donne une prétendue citation de Papias, - soyez sûrs que c'est lui qui la fabrique, - où il est question d'un Jean, mêlé aux noms des apôtres, et d'un autre Jean, presbytre, accolé à un certain Aristion. Le premier, d'après lui, serait l'Évangéliste (l'auteur du IV° Évangile), le second serait l'auteur de l'Apocalypse. Du moins, faut-il le penser d'après "l'assertion de ceux qui affirment qu'il y aurait eu deux hommes du nom de Jean en Asie". Lui, Eusèbe, n'en est pas très sûr. Il en est si peu sûr que, dans d'autres passages de l'Histoire ecclésiastique, mise sous son nom, - c'est un autre faussaire qui tient alors la plume, - il n'est plus question que d'un Jean unique, comme apôtre et évangéliste tout ensemble.
Je reviendrai sur ce point, en donnant le texte d'Eusèbe, au chapitre v
Jean disciple bien-aimé et apôtre, au § Eusèbe, Irénée et le Selon-Jean. Il faut iout élucider, documents à l'appui.
L'imposture successive par laquelle on a fabriqué les Jean divers, distincts du Christ, est telle que les scribes eux-mêmes ne s'y reconnaissent plus, - l'Église et les exégètes encore moins. Il y a enfin Marc, à qui l'on attribue un Évangile, que l'on appelle aussi, timidement, Jean. Fils de Simon, dit la Pierre, il est le propre neveu du Christ, qui dut être son oncle et parrain, dans ce cas.
[2] Le Selon-Lue cependant (111, 21) place le baptême de Jésus par Jean à un moment où "tout le peuple se faisait baptiser". Nous discuterons plus loin la scène du baptême. Le Selon-Luc pare ainsi le coup que porte au baptême de Jésus par Jean, ce qu'on lit dans l'Anticelse que le Christ était seul au Jourdain lors du baptême.
[3] Je crois utile de rappeler que l'expression "Jésus-Christ" n'est pas un nom de personne, comme Juda bar-Juda, Matthias bar-Lévi, Salomon bar-David, etc. C'est une désignation - comme Bon Juge, Général vainqueur, Financier éminent, - donc anonyme, qualificative, quasi-professionnelle, Sous deux épithètes qui ne sont même pas de la même langue. Jésus, c'est la déformation, à travers le grec et le latin, de l'hébreu leoshouah, qui signifie secours de leo (de lao, Iehovah, Dieu), et, plus simplement : Sauveur. Christ est un terme grec traduisant l'hébreu Messhiah, par francisation Messie, qui veut dire Oint. En français, Jésus-Christ, c'est le Sauveur-Oint. Pas de nom patronymique, ou, parlant juif, puisque nous sommes en Judée, pas de nom de circoncision, que les scribes ecclésiastiques ont à dessein fait disparaître.
Jésus-Christ, c'est donc du sabir judéo-héllène, comme on en trouve d'autres exemples : Pan-Thora, notamment, Toute-la-Loi (Pan, grec, thora, hébreu) pour désigner Joseph, dans le Talmud. Notre jargon de décadence forme des mots barbares de la même façon : auto (grec) mobile (latin), pour ipsomobile , etc. Ce sabir, judéo-hellène, convient d'ailleurs admirablement à Jésus-Christ, création artificielle, hybride et irréductible en ses deux natures : Jésus esprit, pneumatique, verbe, Souffle, que l'on a "incarné", fait descendre du cerveau humain, - ce ciel ! - dans la chair ou le corps de Jean, son support hylique, matériel. Comme Jésus, il est fils unique de Dieu, et Marie, sa mère, peut l'avoir engendré, pneumatiquement, tout en restant vierge. Fils de Dieu, Fils du Père, il est Bar-Abbas. Comme Christ, crucifié par Ponce-pilate, il est fils du charpentier, un rude homme, qui fit à sa femme neuf enfants, dont deux; filles . _Martha ou Thamar et Marie. Que sa mère conçut Jésus en esprit et l'engendra, vierge encore et après, c'est certain. Pour le christ, il naquit comme tous les hommes.
Notes de la section 23
[1] Je suis obligé de répéter Ici ce que je disais déjà dans l' Énigme de Jésus-Christ. Comme les faux dans les œuvres ecclésiastiques, comme la grâce dans les Évangiles, mes preuves vont surabonder, " et j'appréhende plus de n' être pas bref et concis que d'en manquer."