L'Énigme de Jésus-Christ
de Daniel Massé
Livre 1 - Chap. 2 et 3
CHAPITRE II - Le Père du Christ, Juda le Gaulonite.
1. - LE TÉMOIGNAGE DE FLAVIUS JOSÈPHE
L'historien juif et ses ouvrages.
II. - JUDA LE GAULONITE OU DE GAMALA
Les « Guerres des Juifs » et les « Antiquités ».
Juda fonde la secte christienne.
« N'appelez personne votre Maître ».
Les kanaïtes, disciples du Christ.
Juda-Sadok dans l'Apocalypse et la famine.
Résurrection de Juda et de Sadok.
Jésus Bar-Abbas, Messie juif, le Crucifié de Ponce-Pilate.
II. - LA THORA ET L'ESPÉRANCE MESSIANISTE
Les Juifs du Temple et les Juifs christiens.
La rébellion « christienne » sous Tibère.
La morale « christienne » évangélique.
Le Christ Bar-Abbas, Roi des Juifs.
CHAPITRE II - Le Père du Christ, Juda le Gaulonite.
Nos recherches sur la ville natale du Christ, aussi bien en ce qui concerne le nom que l'emplacement véritables, nous ont conduits à la certitude que les scribes ecclésiastiques et l'Église ont substitué à Gamala, la Nazareth actuelle, et, tout ensemble, à cette quasi-certitude que le père du Christ a été, historiquement, non pas le Joseph, d'ailleurs presque inexistant, des Évangiles, mais Juda le Gaulonite, lui-même de la ville de Gamala.
Le moment est donc venu de démontrer que les découvertes relatives au Père du Christ, par notre étude touchant Nazareth et Bethlehem, sont, sans conteste, confirmées par des témoignages d'auteurs et d'ouvrages, tant profanes que dits sacrés, par des preuves, qui sont plus que des présomptions graves, précises et concordantes, et dont le recoupement et la confrontation permettent d'identifier en une seule et même personne Juda de Gamala et Joseph, époux de Marie. Ces preuves, nous les tirons des œuvres de Flavius Josèphe, de l'Apocalypse, des Évangiles, des Épîtres de Pierre et de Jude, de l'Assomption de Moïse, sans insister sur des indications éparses ici ou là, - que j'ai déjà signalées, et j'en signalerai d'autres, pour le détail, - qui se raccordent plus ou moins avec notre sujet, qu'il faut traiter maintenant dans l'ensemble.
Il commencera ainsi à apparaître, à côté de. nos conclusions et s'y encadrant, en attendant des démonstrations particulières et toutes consacrées à cet objet, que le Christ, le Crucifié de Ponce-Pilate, a été historiquement le même personnage que les Iôannès -ou Jean, tout ensemble le Baptiste, le disciple bien-aimé et « celui qui a vu la Révélation ou Apocalypse» [1], et que, par suite, le Zacharie et le Zébédée des Evangiles se confondent en réalité avec Joseph et Juda le Gaulonite, dont ils ne sont que des « aspects », sous des noms différents. Par voie de conséquence, Elisabeth, femme de Zacharie, apparaîtra comme le double de Marie, femme de Joseph, laquelle est aussi la veuve de Zébédée.
La découverte de la fraude sur Nazareth et Bethlehem, avons-nous dit précédemment, est la clef qui ouvre la porte sur l'Histoire. En démontrant que Juda le Gaulonite est le père, en chair, du Christ, on entre en plein dans 1'histoire, dont, même quand elle essaie gauchement de la truquer, de la démentir et de la renier, la Légende ne cesse pas, - bel hommage rendu ! - de se servir, en la transposant symboliquement, allégoriquement, en esprit [2].
Nazareth et Bethlehem nous en avaient donné le soupçon et l'avant-goût. L'étude sur le Père du Christ va achever de nous persuader.
1. - LE TÉMOIGNAGE DE FLAVIUS JOSEPHE
L'historien juif et ses ouvrages.
Né en l'an 785 = 82 ou 790 == 37, peu avant ou peu après la crucifixion du Christ sous Ponce-Pilate [3], Flavius Josèphe est donc le contemporain des événements qui ont marqué l'histoire juive dans ses rapports avec les Romains au ler siècle. De son vivant, il y a joué un rôle de premier plan, soit comme ambassadeur à Rome, soit comme chef de guerre aux heures tragiques où Vespasien et Titus réprimèrent le soulèvement qui a suivi la rébellion de Ménahem. Il n'a donc rien ignoré de ces événements ni de ceux qui les ont immédiatement précédés et qui n'en furent que le prélude et l'origine. Il a écrit deux gros ouvrages consacrés tant à l'histoire ancienne des Juifs (Antiquités judaïques), qu'à l'histoire contemporaine (Guerres des Juifs contre les Romains).
Les Antiquités judaïques commencent, comme la Bible avec la Genèse, à la création du monde, et, la suivant d'une marche parallèle, puis, passant par les Hérodes, vont jusqu'au dernier proconsul romain Gessius Florus, en la douzième année du règne de Néron, 819 = 66.
Dans Guerres des Juifs contre les Romains, Flavius Josèphe résume d'abord, dans un premier livre, les événements qui remplissent les cent soixante ans écoulés entre le règne d'Antiochus Epiphane et la mort d' Hérode-le-Grand, 750 de Rome. Le second livre, sur une période de soixante ans, jusqu'à la retraite de Cestius Gallus et à la prise de commandement par Vespasien des armées romaines de Syrie, soit de 750 à 810 = 67, continue l'exposé historique, avec moins de sécheresse que le résumé du premier livre, mais en rapportant les faits d'une façon si incohérente, si décousue, et laissant à désirer à un tel point, en ce qui regarde l'enchaînement des événements, que la cause n'en peut être cherchée ailleurs que dans des adultérations profondes du texte originaire, suppressions, additions, bouleversements, etc., qui sautent aux yeux. Et on comprend d'autant mieux cet état de choses, quand on s'aperçoit que ce Livre II est l'histoire du temps où s'encadrent la vie et la carrière du Christ, et la génération apostolique presque entière.
Les cinq derniers livres, dont l'excellence comme composition, et à tous autres points de vue, sauf détails, forme un contraste saisissant avec la médiocrité du Livre II, offrent à une allure vive et soutenue, avec des pages qui ne dépareraient point les œuvres d'un Thucydide, d'un Quinte-Curce, d'un Salluste, d'un Tite-Live, le récit détaillé de la révolte de Ménahem et de la guerre des Vespasien et Titus, contre les autres chefs messianistes, qui aboutit à la prise de Jérusalem et à la destruction du Temple. Et les plus belles pages de ces cinq livres sont incontestablement celles où il raconte la fin de la résistance juive, l'héroïsme des derniers défenseurs de Jérusalem et du Temple [4].
Issu d'une famille sacerdotale et même royale, ayant reçu une éducation des plus raffinée, Flavius Josèphe était parfaitement capable d'écrire l'histoire.
Comment se peut-il qu'à côté de fresques grandioses ou pittoresques ou animées, d'une touche si vigoureuse et d'un coloris si sauvage, et au milieu même de ces fresques éblouissantes par quelques traits, on rencontre d'incompréhensibles défaillances, des taches, des enfantillages, des rhétoriques imbéciles et pompeuses de tout petit sophiste ? Quand on lit les ouvrages de Josèphe on subit des multitudes d'étonnements successifs. Ce Juif, qui est resté Juif, comme tous ceux de sa race, même au milieu des civilisations étrangères et sans s'assimiler, apparaît comme un phénomène, comme un « monstre », en littérature.
Ses deux ouvrages, Antiquités et Guerres, ont des parties parallèles, depuis Antiochus Epiphane jusqu'à Gessius Florus, faisant double emploi, et, particulièrement, sur l'époque qui nous intéresse, celle des Hérodes, donc de Jésus-Christ. Il semble que les événements tout actuels, deux fois rapportés, devraient être le mieux exposés et développés avec leurs causes, leurs circonstances, leurs péripéties, dans les Guerres ; ils ne s'y trouvent que résumés, peu substantiels, étriqués, et ce n'est que dans les Antiquités, plus spécialement consacrées aux temps anciens, que les détails, - relativement, bien entendu, - abondent. Les érudits prétendent que les Antiquités ont été écrites après les Guerres. Pourquoi n'est-ce pas dans le feu d'une première inspiration, ayant hâté de tout dire, et avec talent, que l'historien a produit la meilleure version des faits, et alors surtout que ces faits sont le sujet même de son œuvre, alors qu'il y a joué un rôle, qu'il écrit avec ses souvenirs, tandis que ces mêmes faits, ne sont qu'un tout petit morceau du sujet si vaste des Antiquités ?
Dans l'ensemble, sa façon apparaît, il est vrai, assez superficielle, en ce sens qu'il se contente d'enregistrer les faits positifs, saillants, publics, d'accumuler les détails. Mais la signification des faits est supprimée ; la raison logique leur manque, leur succession ne laisse aucune trace dans l'esprit,
Pourquoi encore, chez un auteur qui a, d'après Philarète Chasles lui-même, si bien analysé les causes de la grandeur des Romains ?
Parce qu'on l'a falsifié à dessein.
On a l'habitude, chez les exégètes et critiques traditionnels, à qui ne vient même pas l'ombre d'un soupçon sur ces falsifications, d'expliquer ce caractère monstrueux des ouvrages de Josèphe par la situation de son auteur pris entre l'instinct de son nationalisme et la crainte, le respect de Rome, à qui il dut son élévation et qu'il ménage, comme un courtisan. Explication sans valeur. Justement, les pages qui se ressentent le moins de la bassesse - supposée - de son cœur, sont celles qui devaient déplaire le plus grandement aux Romains, car il y porte aux nues l'héroïsme de ses compatriotes, sous Ménahem et ses successeurs, et sans qu'y apparaisse vraiment aucune flagornerie à l'égard des ennemis occidentaux.
Eût-elle de la valeur, cette explication n'explique pas, parmi tant d'autres, nombre de points qui étonnent et dont voici quelques-uns, en plus des points généraux déjà signalés :
1°) Doubles versions du même événement qui, diversement brodé, se reproduit sous des formes dissemblables de l'un à l'autre ouvrage, entraînant des contradictions irréductibles et à foison [5].
2°) Flavius Josèphe a écrit les Antiquités, relatant les mêmes événements que les anciens livres hébreux, ceux que les chrétiens ont adopté comme Ancien Testament, d'abord, dit-il, en syro-chaldaïque, en araméen, et il les a traduites en grec, ensuite. Mais il savait l'hébreu à fond, au point qu'à quatorze ans, du moins c'est lui qui le raconte, il avait été consulté par les sacrificateurs sur l'intelligence des lois [6]. De nombreux passages de ses livres prouvent, et on le lui fait dire encore et répéter avec forte, qu'il a consulté et reproduit très exactement sans y rien ajouter et sans y rien retrancher, des documents hébraïques, pour écrire ses Antiquités ; et qu'il a eu sous les yeux le texte original, - intangible et intact depuis Esdras, - des livres de l'Ancien Testament [7]. Or, des variantes sans nombre établissent qu'il aurait renoncé, à tort et à travers aux sources judaïques, pour suivre la version des Septante, en cette langue grecque, qu'il prononçait mal, lui fait-on avouer, et qui ne lui était qu'à demi-familière [8].
Or, parmi les phrases grecques, on en compte beaucoup où un traducteur, pour rendre l'original hébreu, aurait pu choisir entre diverses formules; Josèphe reproduit l'expression même des Septante. Et c'est encore le texte des Septante que donne Josèphe, quand, sur des faits, les Septante sont en désaccord avec le texte hébreu [9].
Quand on sait que la version grecque des Septante a été revue et « corrigée » sans cesse, et qu'au IV° siècle notamment Jérôme en fit, sur l'ordre du pape Damase, une « révision » nouvelle, à propos de laquelle son ami Rufin d'Aquilée le traita de faussaire, on peut être certain que les « corrections » au texte de Flavius Josèphe ont dû suivre immédiatement, puisqu'il est en harmonie avec les Septante, révision de Jérôme (IV° siècle).
Il est impossible de ne pas en conclure que les ouvrages de Flavius Josèphe ont d'abord été écrits par un Juif qui n'ignorait rien des choses juives, et qu'ils ont été refaits de fond en comble, retouchés à diverses reprises, par des faussaires successifs, dont les effractions, par l'ignorance voulue que marquent leurs auteurs sur le judaïsme, ont laissé des traces aussi flagrantes qu'un délit constaté sur le fait, le coupable, surpris, venant à peine de s'échapper. On a « désenjuivé » Flavius Josèphe, le plus possible, comme on l'a fait des Évangiles. On a substitué aux idées juives, aux noms juifs souvent, à la géographie juive, des idées, des noms, une géographie autres, d'allure grecque et romaine [10].
Quant au Messie, quant au Christ, crucifié par Ponce-Pilate, sauf une interpolation grossière, faux évident, dont nous allons maintenant faire justice, puisqu'il est des critiques laïques pour en soutenir encore l'authenticité, pas un mot, ou plus un mot, dans les ouvrages de Flavius Josèphe. « En parler serait porter ombrage aux maîtres. Il se tait donc », dit M. Philarète Chasles (ouvr. cité, p. 51), qui fut professeur au Collège de France. «Attentif à ne pas compromettre ses coreligionnaires », opinera Ernest Renan [1]. Le grand esprit que fut M. Ed. Reuss se borne à constater, d'après Photius qui dit des Juifs qu'ils sont « attentifs à ne jamais nommer le Christ », que l'historien juif a dédaigné d'accorder au nom de Jésus de Nazareth un petit coin dans son histoire. C'est exact. Mais s'il ne l'a pas fait, c'est que le nom de Nazareth n'appartient pas à l'histoire. Le silence de Josèphe n'est ni dédain ni neutralité étudiée. Il est certain que Josèphe a parlé, et en détails, du personnage historique que la « transfiguration » a recouvert et dissimulé. Certains fragments qui mettent en scène des anonymes, - imposteurs ou autres magiciens, - semblent bien être les débris de développements sur le Christ véritable. Le passage sur Jean-Baptiste (Antiq., XVIII), tout sophistiqué qu'il soit aujourd'hui, appartient à la carrière du Christ. D'autres coupures, à jamais regrettables, ont évidemment été pratiquées. Le tout, afin de rompre tout lien entre le Jésus des Évangiles et son original historique. Comment hésiter à l'affirmer ? Les livres de Josèphe, de l'aveu même des exégètes chrétiens, donnent les détails les plus circonstanciés sur l'époque, projettent sur elle la plus vive lumière ; on y puise les renseignements de la plus grande valeur. « Grâce à l'historien juif, Hérode, Hérodiade, Antipas, Philippe, Anne, Caïphe, sont des personnages que nous touchons, pour ainsi dire, et que nous voyons vivre avec une frappante réalité ». C'est Renan qui l'a écrit (Vie de Jésus, Introduction, p. XLI). Les Évangiles nous disent que Ponce-Pilate et Hérode qui, jusque-là, étaient ennemis, se réconcilièrent à l'occasion de la capture du Christ. Et Flavius Josèphe n'en saurait rien ! Le Jésus des Évangiles a toujours affaire avec les personnages du temps ; son original historique a, bien plus encore, du avoir maille à partir avec eux. Comment admettre qu'un historien aussi bien informé que Josèphe n'en ait rien su ni rien dit ? Si les écrivains juifs sont si « attentifs », comme dit Photius, à se taire, c'est qu'on leur a coupé la langue, quand on n'a pas supprimé leur œuvre entière, comme celle de Juste de Tibériade.
Comment les « érudits » n'ont-ils pas soupçonné, examiné, analysé, discuté ce point ? Ils auraient conclu comme nous. Car on ne peut autrement.
Certes, tout est prodigieux dans l'histoire des origines du christianisme: mais rien ne l'est davantage, dès qu'il s'agit de cette matière, que la défaillance insondable de la raison et de l'intelligence chez des hommes, comme les Renan et d'autres, que l'on fait passer pour des lumières de l'esprit critique et scientifique.
Pour conclure, nous dirons que malgré toutes les adultérations qu'ont subies les ouvrages de Flavius Josèphe, son amour pour la vérité a été prouvé aux dépens d'écrivains plus modernes, d'Eusèbe, du pseudo-Philon, du pseudo-Hégésippe, du pitoyable Hébreu Josippon, et de beaucoup d'autres inconnus tant romains que gréco-romains et des légendes talmudiques.
En sorte que s'il faut se méfier souvent de Josèphe, on peut toujours l'écouter. Ses silences surtout sont éloquents, quand, par suppressions de textes, on le fait se taire. Et si l'on a obscurci et embrouillé les événements palestiniens qu'il raconte, il garde encore assez de lumières et de précisions pour trouver à le lire le profit, c'est-à-dire pour découvrir, même quand il reste muet, la vérité historique que l'on y cherche.
Le faux sur Jésus.
C'est dans les Antiquités seulement (liv. XVIII, chap. IV, 772), que se lit le passage célèbre sur Jésus. Le voici : « Fut, en ce temps, Jésus, homme sage, si toutefois il faut l'appeler homme. Il était en effet l'auteur d'œuvres merveilleuses [2]; et le maître (Celui qui enseigne) d'hommes qui recevaient avec joie la vérité. Un grand nombre de juifs et d'Hellènes le suivaient. Ce (jésus) était le Christ (xxx xxxx xx).
Les principaux des nôtres le dénoncèrent et il fut condamné au supplice de la croix par Pilate. Ceux qui l'avaient aimé d'abord ne cessèrent pas. Il leur apparut, le troisième jour, de nouveau vivant, Les prophètes divins avaient du reste prédit ce miracle et des milliers d'autres. Et, dans le temps présent encore, des christiens, d'après lui nommés ainsi, n'a pas manqué la gent, - ou la race [3] ». Les traductions portent chrétiens au lieu de christiens, naturellement.
Tous les manuscrits de Flavius Josèphe qui nous tient parvenus contiennent ce passage. Et depuis que l'imprimerie existe, il se trouve dans les ouvrages de l'historien, et dans les traductions. Matériellement, il paraît authentique, émanation du calame de Flavius Josèphe.
Cependant, des doutes sont venus aux critiques. Mais il faut lire leurs phrases entortillées ; ils ont toutes les peines dit monde à considérer le morceau comme une interpolation. Renan écrit (Vie de Jésus, Introduction, p. XL) : « Je crois le passage sur Jésus authentique dans son ensemble. Il est parfaitement dans le goût de Josèphe ; et, si cet historien a fait mention de Jésus, c'est bien comme cela qu'il a dû en parler. On tient seulement qu'une main chrétienne a retouché le morceau, en y ajoutant quelques mots sans lesquels il eût été presque blasphématoire (« s'il est permis de l'appeler homme »), peut-être aussi en retranchant ou modifiant quelques expressions (au lieu de : c'était le Christ, il y avait probablement : on le disait le Christ). » A. Réville est du même avis que Renan. Il a la prétention aussi de rétablir le texte primitif de Flavius Josèphe. Il fait sauter la phrase : « c'était le Christ ». Et, à la fin, il traduit le mot grec xxxxx, gent, race, par la périphrase : « cette espèce de gens », où il y a bien quelque mépris. Je pense d'ailleurs que, sur ce point, A. Réville a raison. Dans la pensée de l'interpolateur, puisqu'il s'agit de faire passer le texte comme étant de Flavius Josèphe, qui n'était pas chrétien, que l'on sache, il faut le faire parler des chrétiens d'une manière dédaigneuse. De là, xxxxx, la race, l'espèce, la gent des Chrétiens, « cette espèce de gens», comme traduit fort bien A. Réville. Mais alors, la main chrétienne qui a retouché, d'après lui, le texte de Flavius Josèphe, et qui, d'après Renan, n'a pas voulu lui laisser de caractère blasphématoire, aurait maintenu le xx xxxx, méprisant, « cette espèce de gens » ? Je voudrais bien que les critiques laïques, devant ce morceau de basse littérature, qu'ils déclarent authentique en gros, à peine remanié, se mettent premièrement d'accord sur les retouches qu'ils y découvrent, et sur leurs tendances et leurs intentions. Ils n'auraient aucune chance de convaincre que les Homais et les Prud'homme, mais, au moins, leur système aurait de l'unité. Il n'a ni unité, ni logique. Et, par quelque côté qu'on examine l'opinion de Renan, si tant est qu'il en est une, et de A. Réville et autres critiques qui suivent, par quelque argument que l'on essaie de soutenir l'authenticité du texte sur Jésus, dès qu'on discute à la lumière des faits et de la raison, on est obligé de conclure que les opinions sur l'authenticité confinent à l'absurde [4].
Si, en effet, ce passage sur Jésus est dans les oeuvres de Flavius Josèphe depuis la fin du 1er siècle, dans les seules Antiquités d'ailleurs, dès cette époque, il est donc connu. Pourquoi, dans ce cas, les auteurs chrétiens, ou dits tels, jusqu'au IV° siècle, polémiquant et controversant, cherchant à répondre aux attaques contre les doctrines chrétiennes, ayant besoin de prouver leur foi en Jésus-Christ, n'ont-ils jamais invoqué ce témoignage de l'historien juif, qui eut été pour eux, contre leurs adversaires, l'argument triomphant ? Expliquez si vous avez d'autres arguments que l'interpolation.
Justin, Clément d'Alexandrie, Tertullien, tous les autres apologistes, - surtout Clément et Justin qui ont exploité jusqu'aux écritures dites apocryphes, - ont fait appel aux écrivains profanes pour y puiser des citations à l'appui de leurs thèses sur le Christ ; l'auteur de l'Anticelse lui-même n'y manque jamais. Et tous ces scribes des trois ou quatre premiers siècles ignorent le passage sur Jésus ; ils sont unanimes dans leur silence sur lui. L'ignorance d'Origène est plus impressionnante encore. Il cite à plusieurs reprises ce que Flavius Josèphe dit - actuellement, - de Jacques-Jacob, « frère de Jésus nommé Christ » [5], et il s'écrie textuellement : « Le merveilleux, c'est que, n'ayant pas montré que Jésus est le Christ, il (Flavius Josèphe)... » La suite est sans intérêt ici [6]. Or, vous avez lu le passage. Il dit formellement : « Ce (Jésus) était le Christ ».Donc, au temps d'Origène (185-254), III° siècle, Flavius Josèphe ne contenait pas le passage sur Jésus. C'est l'évidence même.
Le premier écrivain chrétien qui cite le morceau est Eusèbe de Césarée, auteur, entre autres ouvrages, d'une Histoire de l'Eglise. (ou Hist. ecclésiastique). Il l'annonce ainsi, à la suite d'un autre extrait de l'historien juif sur Jean-Baptiste (Hist. eccl., 1, XI) : « Dans le cours du même ouvrage, il parle de notre Seigneur, voici comment ». Suit le morceau, qui se retrouve identiquement dans un autre des écrits d'Eusèbe (Dém. év., III, III, 105, 106).
Or, ce grand écrivain d'Église, sur le témoignage duquel s'appuient les critiques pour prouver que les Evangiles ont paru au 1er siècle, ce qui suffit à faire suspecter, à défaut d'autres certitudes, les fondements de leur prétention, cet Eusèbe, qu'est-il donc ? Écoutez ceci: « Un historien, - c'est trop d'honneur, - qui peut copier un long passage de Philon sur la vie contemplative des Esséniens de l'Égypte, en affirmant que le philosophe d'Alexandrie parle des chrétiens, et qui se permet ailleurs de changer les paroles de Flavius Josèphe même et d'en altérer le sens pour le mettre mieux en harmonie avec celui de l'Écriture, un tel auteur... » Qui parle ainsi ? L'un des plus grands, sinon le plus grand, le plus sincère, le plus croyant des exégètes chrétiens, M. Ed. Reuss [7].
Le même Eusèbe (Hist. eccl., II, XXIII) cite comme de Flavius Josèphe un autre passage sur la mort de Jacob-Jacques, frère du Seigneur, qui ne se trouve dans aucun manuscrit de l'historien juif [8], mais qu'on rencontre aussi dans le Contra Celsum
(I, 47 ; II, 13), mis au IV° siècle sous le nom d'Origène, dans saint Jérôme (De viris ill., 2, 13), et dans le dictionnaire de Suidas, au mot xxxxx (Iôsèpos).
Qu'est-ce à dire ? sinon qu'Eusèbe, - en bonne compagnie d'ailleurs, - est passé maître dans l'art de falsifier les textes et l'histoire, sinon qu'Eusèbe est un faussaire expert ? Et nous eu verrons bien d'autres. Toute son Histoire ecclésiastique est un tissu de fraudes cyniques, impertinentes, présentées sous une forme pateline le plus souvent, et parfois injurieuse pour ceux qui ont dit la vérité [9].
Que l'on ne s'étonne donc point si Eusèbe est le premier, et nous sommes au IV° siècle, - qui ait, parmi les auteurs tant profanes que d'Église, donné le prétendu témoignage de l'historien juif sur Jésus. L'a-t-il trouvé, ce faux, déjà perpétré, dans un manuscrit de Flavius Josèphe ? C'est possible. Mais c'est bien douteux. Pour qu'il le donne, bon premier, puisque c'est un faux, c'est lui qui en est l'auteur, et c'est par lui qu'à l'époque de Constantin et du Concile de Nicée, plutôt après, et parallèlement à l'insertion faite dans ses deux ouvrages, l'interpolation est entrée dans les Antiquités, et y est restée.
Saint Jérôme, qui suit Eusèbe de Césarée à plus d'une génération, et à qui le faux pourtant ne fait pas peur, n'a pas osé, dans la traduction latine qu'il donne du passage, traduire textuellement la phrase essentielle : « Ce Jésus était le Christ ». Il traduit : « il passait pour être le Christ » [10].
Le passage de Flavius Josèphe est donc un faux caractérisé. Depuis longtemps les exégètes et critiques qui n'ont pas perdu tout simple bon sens, en ont pris leur parti. Ils reconnaissent, par le seul examen du contexte, que le faux sur Jésus vient couper inopinément une narration assez bien filée, et dénote ainsi l'interpolation matérielle grossière. Psychologiquement, comment admettre que le Juif Flavius Josèphe ait pu parler de Jésus dans les termes qu'on lui prête, sans qu'il se soit converti immédiatement, à moins qu'il ne le fut déjà, au christianisme ? Et tous les autres Juifs avec lui, qui attendaient le Messie « en ce temps-là ».
Il n'y a plus que Renan et Réville, avec leurs commentaires puérils, et ceux qui les suivent, - laïques et libres-penseurs dont la Vie de Jésus est le bréviaire, anticléricaux farouches, naturellement, - pour croire encore à Eusèbe et à ses fraudes comme vérités. « C'est avec des interprétations aussi monstrueuses, - celles de Renan, - qu'on veut couvrir une défaite qui n'en devient que plus ridicule ».
C'est sur cette conclusion d'Ed. Reuss, déjà nommé, que nous clorons le débat [11].
Le frère Jacob-Jacques.
C'est une vieille connaissance [12]; c'est celui des deux Jacob-Jacques que les Actes et Epîtres appellent « le frère du Seigneur ».
Peut-être n'avez-vous pas oublié qu'Eusèbe (H. E., I, XII, 5), rappelant la première Epître aux Corinthiens (XV, 7) où Paul cite Jacques comme un de ceux à qui est apparu le Seigneur après la résurrection, précise qu'il s'agit du frère du Seigneur. Vous vous rappelez aussi qu'Eusèbe raconte en détail, d'après Hégésippe, la mort de ce Jacob-Jacques, que nous avons identifié avec Stephanos-Etienne.
Il est temps de compléter votre documentation. Rapprochant cette mort du fait que, bientôt après, « Vespasien assiégea les Juifs », -phrase d'Hégésippe, - Eusèbe affirme « que les gens sensés parmi les Juifs pensèrent que son martyre fut la cause du siège qui suivit immédiatement : ils crurent qu'une pareille calamité n'avait d'autre raison qui, ce sacrilège audacieux ».
Et pour corroborer ce qu'il vient de dire, Eusèbe fait appel du témoignage de Flavius Josèphe (H. E., II, XXIII, 19) : « Josèphe n'hésite pas du reste à se ranger à cet avis, et en témoigne en ces termes : «Ces malheurs, écrit-il, arrivèrent aux Juifs à l'occasion du crime qu'ils commirent contre Jacques le Juste ; il était le frère de Jésus qu'on appelle Christ, et les Juifs le mirent à mort malgré sa justice éminente. »
Or, cette phrase n'est pas dans Flavius Josèphe. Concluez. Même si on l'y trouvait d'ailleurs, elle constituerait un faux de plus, pour les mêmes raisons générales que le faux sur Jésus et toutes les fraudes que j'ai relevées sur la mort des deux Jacob-Jacques. Vespasien et Titus ont assiégé Jérusalem pour achever de briser le soulèvement fomenté par Ménahem. Bien que ce faux nouveau ait été interpolé dans le Contra Celsum (I, 47), je pense qu'il provient d'Eusèbe qui l'avait introduit dans Flavius Josèphe. Puisqu'il n'y est plus, c'est qu'il était si éclatant qu'on a dû le supprimer de l'œuvre de l'historien juif.
On l'a oublié dans Eusèbe et le Contra Celsum.
Laissons le faux, et rentrons dans l'Histoire, à la suite de Flavius Josèphe, - dans ce qu'on y a laissé de l'Histoire.
II. - JUDA LE GAULONITE OU DE GAMALA
Les « Guerres des Juifs » et les « Antiquités ».
Le chapitre XII du livre II des Guerres des Juifs débute comme suit :
« Lorsque les pays possédés par Archélaüs eurent été réduits en province, Auguste en donna le gouvernement au chevalier romain Coponius. Durant son administration, un Galiléen nommé Juda porta les Juifs à se révolter, en leur reprochant de payer tribut aux Romains, ce que faisant ils égalaient les hommes à Dieu (Iahveh), puisqu'ils les reconnaissaient pour maÎtres aussi bien que lui. Ce Juda fut l'auteur d'une nouvelle secte, entièrement différente des trois autres. La première était (comme si elle n'existait plus, et, à l'époque où l'on a retouché le morceau, elle n'existe plus, en effet) celle des Pharisiens, la seconde celle des Saducéens, la troisième celle des Esséniens, qui est la plus parfaite de toutes. »
Après quoi, sept ou huit pages sont consacrées aux Esséniens, puis, respectivement, dix à douze lignes aux Pharisiens et aux Saducéens.
Quant à la nouvelle secte fondée par Juda, pas un mot de plus, ici, en dehors de cette indication, d'ailleurs précieuse, qu'elle est entièrement différente des trois autres ».
Dans les Antiquités judaïques, au livre XVIII (chap. I et II), Flavius Josèphe est plus explicite [1].
D'abord, il nous apprend, - chose qui n'apparaît pas dans Guerres des Juifs, que si Juda, « qui était Gaulonite et de la ville de Gamala, et assisté d'un Pharisien nommé Sadok, sollicita le peuple à se soulever », c'est à propos du dénombrement de tous les biens des particuliers, ordonné par Quirinus, gouverneur de Syrie. Juda disait que « ce dénombrement n'était autre chose que la manifeste déclaration qu'on les voulait réduire en servitude, etc. ». Le peuple se révolta. Nous reviendrons sur cette révolte [2].
Après nous avoir appris (ou rappelé) eu passant, que Juda et Sadok eurent la « vanité » d'établir une quatrième secte, Flavius Josèphe songe à décrire les trois autres, entre lesquelles se partageaient les Juifs qui faisaient, depuis plusieurs siècles, profession particulière de sagesse : Esséniens, Saducéens et Pharisiens. Pharisiens et Saducéens sont dépeints à peu près eu termes identiques ou équivalents dans les deux ouvrages, dont l'un semble un démarquage de l'autre. Mais les Esséniens doivent se contenter ici de vingt-cinq lignes. Et voici Juda et sa secte.
Juda fonde la secte christienne.
Flavius Josèphe écrit :
« Juda fut l'auteur de la quatrième secte. Elle convient en toutes choses avec celle des Pharisiens [3], excepté que ceux qui en font profession soutiennent qu'il n'y a que Dieu seul que l'on doive reconnaître pour Seigneur et pour Roi. Ils ont un si ardent amour pour la liberté qu'il n'y a point de tourments qu'ils ne souffrissent et ne laissassent souffrir aux personnes qui leur sont les plus chères, plutôt que de donner à quelque homme que ce soit le nom de Seigneur et de Maître. »
Flavius Josèphe n'insiste pas davantage, prétextant que « c'est une chose connue de tant de personnes, qu'il n'appréhende pas qu'on ne le croie point, mais seulement qu'il ne puisse exprimer jusqu'à quel point va leur incroyable patience et leur mépris des douleurs. s Et il termine : « Cette invincible fermeté de courage s'est encore accrue par la manière si outrageuse dont Gessius Flortis, gouverneur de Judée, a traité notre nation, et l'a enfin portée à se révolter contre les Romains [4] ».
Et c'est tout sur la secte de Juda de Gamala, Juda le Galiléen, et sur ses doctrines.
Nous avons le droit de nous arrêter un moment pour réfléchir et discuter.
Renan qui a lu, et non superficiellement, on aimerait à le croire, les œuvres de Flavius Josèphe, où l'on trouve le récit des séditions juives contre Rome, - combien allégé ! pour certaines, avant Jésus-Christ, puis sous Tibère et Ponce-Pilate surtout, et postérieurement, - Renan écrit, d'après l'historien juif, que Juda et Sadok « se firent, en niant la légitimité de l'impôt, une école nombreuse qui aboutit bientôt à la révolte ouverte. Les maximes fondamentales étaient que la liberté vaut mieux que la vie et qu'on ne doit appeler personne MAÎTRE, ce titre appartenant à Dieu (Iahveh) seul. »
Renan ajoute que Juda « avait bien d'autres principes ». On s'en doute. Mais, point curieux, il n'essaie pas de les rechercher. Il se contente d'exprimer qu'on ne les trouve plus dans Josèphe. Il n'imagine pas que, s'ils ne s'y trouvent plus, c'est que, peut-être, sûrement, on les a enlevés. Il explique cette discrétion par une raison que le moindre sens critique fait crouler, tant elle est contraire à la vérité.
« Ces principes, dit-il, Josèphe, toujours attentif à ne pas compromettre ses coreligionnaires, les passe à DESSEIN sous silence. Car on ne comprendrait pas que pour une idée aussi simple, l'historien juif donnât à Juda une place parmi les philosophes de sa nation et le regardât comme le fondateur d'une quatrième école, parallèle à celle des Pharisiens, des Sadducéens, des Esséniens ».
En effet, on ne comprend pas. Mais on comprend encore moins les explications puériles et trompeuses de Renan.
Au moment où Flavius Josèphe écrit ses deux ouvrages, vers la fin du 1er siècle, tant d'événements ont passé, consignés encore dans ces deux ouvrages, - en dépit de la censure postérieure de l'Église qui en a supprimé tant d'autres, que les contemporains n'ont pas ignorés, - qu'il n'y a plus grand'chose alors, qu'il n'y a même plus rien à compromettre. Juda le Galiléen est mort, tué pendant la révolte qu'il avait fomentée ; ses fils et ses disciples ont expié après lui leurs crimes politiques ou de droit commun. La « secte » qu'il a créée, - il faudrait dire, plus exactement, qu'il n'a fait que la grouper, la former en faisceau, - existait à l'état dispersé de partisans toujours prêts à se soulever. Elle avait eu pour chef, à ne remonter qu' à l'histoire comme, cet Ezéchias, le propre père de Juda le Gaulonite, ce « brigand », ce chef de bandes, qu'Hérode, gouverneur de la Galilée, avait fait prisonnier et mis à mort, en 695 = 59 avant notre ère ; elle avait inspiré les actes tels que ceux de Juda ben Zippori et de Matthias ben Margaloth, docteurs de la Loi ou Thora, arrachant l'aigle d'or que, sur la fin de son règne, Hérode-le-Grand avait fait placer sur la principale porte du Temple de Jérusalem, comme pour mettre la demeure d'Iahveh sous la protection des Césars.
« Quand même, disaient-ils à leurs partisans, il y aurait du péril, rien ne peut être plus glorieux que de s'exposer à la mort pour la défense de la Thora, - c'est ce que Juda le Gaulonite appelle la « liberté », si on n'a pas changé le mot quand il s'agit de lui, dans Flavius Josèphe, - puisqu'une telle fin dispense une vie et une réputation immortelles, » - la vie éternelle !
On ne peut fixer la date à laquelle Juda le Gaulonite fonda sa secte. L'affaire de l'Aigle d'or est de 749 ou 750, 4 ou 5 avant l'ère vulgaire. Mais on peut affirmer que Juda, fils de Zippori, et Matthias, fils de Margaloth, sont des sectateurs du Gaulonite. Lui-même, peu après la mort d'Hérode, qui est de 750, opère du côté de Sepphoris, en attendant que, en 760 = 7, il fomente la révolte du recensement.
Est-ce que les Romains, vraiment, avaient besoin des Histoires de Flavius Josèphe pour savoir à quoi s'en tenir sur ces mouvements juifs, qui, pendant près de deux cents ans, ont eu le même caractère ? Pourquoi Flavius Josèphe les aurait-il passés sous silence ? Qui pouvait-il compromettre, et quoi ?
Renan écrit : « Une série de procurateurs romains subordonnés pour les grandes questions au légat impérial de Syrie, Coponius, Marcus Ambivius; Annius Rufus, Valérius Gratus et enfin Pontius Pilatus s'y succèdent, - l'énumération s'arrête à 789 = 36, au procurateur qui a crucifié Jésus-Christ, mais elle est incomplète ; elle pourrait aller jusqu' à la révolte de Ménahem, rien qu'à s'en tenir aux événements auxquels a participé Flavius Josèphe, - procurateurs donc, occupés sans relâche à éteindre le volcan qui faisait (sans cesse) éruption sous leurs pieds ».
Qui Renan pourrait-il persuader que Josèphe a eu besoin de se taire sur la doctrine de Juda le Gaulonite, au nom de laquelle se sont produites toutes ces révoltes et ont fait éruption tous ces volcans ?
Renan a lu dans l'historien juif tout ce qu'il écrit de ses « coreligionnaires », sectateurs de Juda le Gaulonite, ces « zélotes » ou « kanaïtes », ces « sicaires », ces « imposteurs », les Judas, les Matthias, les Sadok, les Theudas, malgré des suppressions et atténuations sans nombre dont l'évidence saute aux yeux du lecteur le moins averti. Josèphe les fouaille, les blâme, se plaint d'eux, les dénonce, au point qu'il a pu être taxé de traîtrise envers sa nation et de flagornerie envers les Romains. En ce qui concerne plus particulièrement Juda et Sadok et leurs bandes, il les charge des pires crimes. Il les accuse d'avoir tué, pour s'enrichir, les personnes de la plus grande condition, d'avoir pillé indifféremment amis et ennemis, sous prétexte de défendre la liberté publique, et d'avoir porté la torche jusque dans le temple d'Iahveh. Et nous savons par les Évangiles qu'un nommé Zacharie, que nous identifierons avec Juda le Gaulonite, a péri entre le Temple et l'Autel (à la révolte du recensement, certainement).
Voilà donc ce qu'on lit encore dans Flavius Josèphe. C'est un minimum. Et c'en est assez pour prouver que la raison de Renan sur le silence voulu de Josèphe, attentif à ne pas compromettre ses coreligionnaires, est une fantaisie [5],
Ce qu'il y a d'étrange, dans le cas de Renan, c'est que, toutes les fois qu'il voit juste, comme prémisses, il tire des conclusions à l'encontre de la logique, donc de la vérité. Il comprend, un peu, que « Juda fut évidemment le chef d'une secte galiléenne préoccupée de messianisme », qui, ajoute-t-il, « aboutit à un mouvement politique ». Il a l'air de ne pas savoir que les mouvements messianistes sont à la fois religieux et politiques ; et il veut donner l'impression que les deux points de vue ne se mêlent pas, alors que le messianisme n'est que politique et religion. Ne pouvant nier qu'après l'écrasement de la sédition de Juda de Gamala par le procurateur Coponius, « l'école subsista et conserva ses chefs », puisque, « sous la conduite de Ménahem, fils du fondateur, et d'un certain Eléazar, son parent [6], on la retrouve fort active, - c'est peu dire, - dans les dernières luttes des Juifs contre les Romains », - non, pas les dernières ; Renan oublie, dirai-je aussi à dessein ? Bar-Kocheba, et d'autres, entre temps ; - et admettant en outre que le mouvement de Juda le Gaulonite eut, beaucoup plus que d'autres séditions d'alors, de l'influence sur Jésus, qui vit peut être ce Juda, et dont il connut l'école », il conclut que « Juda eut une manière de concevoir la révolution juive si différente de la sienne », celle de Jésus, et que « ce fut probablement par réaction contre l'erreur de Juda, que Jésus prononça l'axiome sur le denier de César ». [7]
Non seulement Juda le Gaulonite a été le créateur d'une secte préoccupée de messianisme, mais la secte qu'il a fondée n'est pas autre chose que la secte messianiste, qui deviendra plus tard, par traduction grecque, la secte christienne, et en français, chrétienne, mais bien plus tard encore.
Messie ou Christ, messianisme ou christianisme, ces termes vont de pair, avec le même sens tous les deux, Messie étant hébreu, Christ étant grec, par traduction, je l'ai dit, je le répéterai à satiété. Ce n'est pas inutile. Le vocabulaire suffirait presque à prouver que le christianisme n'a pas d'autre origine que le messianisme, et n'est que messianisme pendant près de trois cents ans….)
Flavius Josèphe a beau ne plus dire grand'chose aujourd'hui sur la quatrième secte juive, dont Juda le Gaulonite fut l'auteur, parce que l'on a frauduleusement modifié son oeuvre historique, cette quatrième secte, par ses chefs, par leurs exploits, guerriers ou autres, par leurs ambitions, par ce qui résulte de Flavius Josèphe, se présente à nous avec des caractères tels qu'elle ne peut être que « messianiste ». Et on est d'autant plus sûr que cette secte messianiste doit être assimilée, identifiée avec celle qui, depuis, longtemps après, d'abord par la traduction en grec, et ensuite par un jeu de littérature durant des siècles, a été dite « christienne », d'où chrétienne, en français, qu' après avoir cité cette quatrième secte de Juda, Flavius Josèphe n'aurait pas manqué de parler de la secte du « sage » Jésus, de laquelle il ne dit rien, qui eut cependant du retentissement, à en croire les seuls Évangiles, les Actes, les Lettres de Paul, et alors que, suivant les critiques et exégètes, Évangiles, Actes, Lettres de Paul sont parus et circulent à ce moment à travers le monde. Et après celle de Juda, il en eut cité une cinquième, celle de Jésus, ce qu'il ne fait pas. Donc elle n'existe que sous les espèces de celle de Juda le Gaulonite.
« N'appelez personne votre Maître ».
Au surplus, leurs points de contact subsistent, qui les font coïncider et se superposer, malgré les efforts des scribes chrétiens pour en faire deux sectes distinctes. Mais on ne peut réussir tout à fait dans de telles impostures. Il n'est pas difficile de faire ressortir, dans leurs points fondamentaux, l'identité du messianisme de Juda et du christianisme évangélique, même dans son dernier état.
Juda le Gaulonite et ses sectateurs, les Zélotes, les Kanaïtes, les Fanatiques, avaient pour article fondamental de foi qu'il n'y a que Iahveh seul que l'on doive reconnaître pour Seigneur et pour Roi. Ils préféraient les tourments pour eux et pour leurs proches les plus chers plutôt que de donner à quelque homme que ce soit le nom de Seigneur et de Maître.
Voilà des traits typiques, caractéristiques. Ne les retrouve-t-on pas essentiellement dans les Évangiles chez Jésus-Christ et ses partisans ? Ils y sont, et avec des essais d'atténuation successifs qui prouvent qu'ils gênent, car ils identifient les deux sectes en une.
Qu'on ouvre le Selon-Matthieu. Au chapitre XXIII, 7, on retrouve textuellement, en propres termes, les enseignements de Juda le Gaulonite ; et, ce qui est plus extraordinaire, en les répétant, Jésus-Christ les oppose aux doctrines des Pharisiens, comme s'il venait de lire Flavius Josèphe. Il faut transcrire intégralement ce passage évangélique :
« Les scribes et les Pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse... Ils aiment... à être appelés par les hommes : Maître ! Mais vous, ne vous faites point appeler : Maître; car vous n'avez qu'un seul Maître [1], et vous êtes tous frères. N'appelez personne sur la terre votre père; car vous n'avez qu'un seul père, celui qui est dans les cieux. » Le Christ est le bar et non l'Abba.
Voilà la doctrine de Juda le Gaulonite prise sur le vif dans les Évangiles.
L'impression est si forte, et la vérité, - identité entre les christiens et la secte de Juda le Gaulonite si absolue que déjà, dans Tertullien (Apolog., 32), pour effacer l'histoire, les scribes protestent que « loin d'être ennemis de l'empereur (en n'appelant personne Seigneur, Maître ou Roi), ils consentent même à appeler les Césars Seigneurs, pourvu que ce ne soit pas dans le sens qu'ils donnent à ce mot, en s'adressant à Dieu. » Plana imperalorem dominum, sed more communi, sed quando cogor ut dominum Dei vice dicam. On ergote.
C'est une fraude qui procède du même esprit, - couper le christianisme de Juda le Gaulonite, -que celle où les descendants de Jude, dans Eusèbe, sont donnés comme « espérant un royaume qui n'est pas de ce monde », devant Domitien, - ce qui, d'ailleurs, est en contradiction avec l'institution de la Papauté.
Dans les Évangiles eux-mêmes, les scribes ont essayé d'atténuer les paroles du Christ de Matthieu, XXIII, 7. Et c'est le Selon-Matthieu (XIX, 16-17), qui commence la sophistication, première étape de la fraude, dans un vrai galimatias :
« Quelqu'un s'approcha de lui (le Christ), et lui dit : Maître (la plupart des manuscrits ont le seul mot : Maître ; quelques-uns ont Bon Maître), que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? Il lui dit : Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon. Il n'y a qu'un seul bon (quelques manuscrits ajoutent : c'est Dieu). » Qui ne voit que l'intention est ici évidente de jouer sur le mot Maître, et de lui substituer peu à peu le mot Bon ? Le Selon-Luc (XVIII, 18-19) et le Selon-Marc (X, 17-18) donnent l'étape définitive de la fraude : « Un homme accourut (un des principaux, dit Luc) et lui demanda : - Mon bon Maître, que dois-je faire (de bon a disparu) pour hériter la vie éternelle ? - Jésus lui dit : - Pourquoi m'appelles-tu bon ? Il n'y a qu'un seul bon, c'est Dieu. » Maître ? Dieu ? Plus de rapport.
Le procédé des mystifications évangéliques est là dans toute sa splendeur. Ab uno disce omnes. Nous en avons soulignées et nous en soulignerons d'autres.
La soif du martyre.
Ces tourments qu'ils préféraient pour eux et pour leurs proches les plus chers, plutôt que de donner à quelque homme que ce soit le nom de Seigneur et de Maître, comme le dit encore Flavius Josèphe des sectateurs du Juda le Gaulonite, est-ce qu'on ne retrouve pas l'écho édulcoré de la doctrine dans ces paroles de Jésus-Christ ? « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je suis venu apporter non la paix, mais le glaive. Je suis venu mettre la division entre le fils et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère ; et l'homme aura pour ennemi ceux de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. Celui qui ne prend pas sa croix (l'épée) et ne me suit pas n'est pas digne de moi. Celui qui aura conservé sa vie la perdra ; et celui qui aura perdu sa vie, à cause de moi, la retrouvera (Matth., X, 34-39). ». Et ceci, à quelqu'un qui, avant de le suivre, voulait d'abord ensevelir son père : «Laisse les morts, ensevelir leurs morts ; toi, suis-moi (Luc, VI, 60 et Matth., VIII, 22), va annoncer le royaume de Dieu ». Car Juda, fils de Zippori et Matthias, fils de Margaloth, ne s'exprimaient pas autrement, style et idées. Et l'on sait ce qu'ils entendaient par « annoncer le royaume de Dieu ».
Si les « chrétiens », sont représentés comme une espèce de fanatiques affamés de la mort et si entêtés de leur manie que plutôt d'y renoncer ils souffrent volontiers les plus cruels supplices et y courent comme à une fête, c'est qu'ils sont les christiens, que nul n'a persécutés, mais dont les Romains et les Hérodes ont réprimé les séditions et les actes de rébellion contre l'Empire.
« Ces malheureux, dit Lucien des « chrétiens », se figurent qu'ils sont immortels et qu'ils vivront éternellement ». (De morte Peregrini, 13). On dirait qu'il vient de lire Flavius Josèphe, et la profession de foi de Juda ben Zippori et Matthias ben Margaloth [2].
Lucien ajoute : « En conséquence, ils (les « chrétiens ») méprisent les supplices et se livrent volontairement à la mort ».
On dirait encore qu'il vient de lire dans Flavius Josèphe (Guerres, IV, VII), cet épisode du siège de Gamala où l'on voit les Juifs combattants qui ne veulent pas se rendre, gagner le haut de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, comme disent les Évangiles, et, perdant toute espérance de salut, précipiter, comme ils voulurent le faire de «Jésus» dans le Selon-Luc, leurs femmes et leurs enfants du haut en bas des rochers et se jeter eux-mêmes ensuite, pour ne pas leur survivre [3].
Les kanaïtes, disciples du Christ.
Quant au zèle tout spécial que les messianistes de Juda affichaient pour la Loi juive, pour la Thora, et qui les poussait, jusqu'à assassiner, c'est encore lui que l'on découvre comme soubassement aux doctrines évangéliques, malgré tout ce qu'on a fait pour en atténuer le caractère de violence farouche.
Nous trouvons encore dans les Évangiles actuels un disciple dont on avoue qu'il fut un de ces zélotes, un de ces kanaïtes, un de ces sicaires : c'est Simon, le Cananéen (Matth., X, 4 ; Marc, Ill, 18 ; Luc, VI, 15). L'épithète Cananéen de certains manuscrits est l'adoucissement tardif de kanaïte de certains autres et des Actes (I, 13), qui traduisent le Zélote, s'agissant d'un Simon qui n'est autre, bien qu'on le fasse distinct, que Simon dit Képhas ou la Pierre, dont le caractère violent atteste encore l'avatar par dédoublement d'origine ecclésiastique [1].
L'Apocalypse (X, 3-4) nous montre un ange, - c'est Juda de Gamala, - qui prend possession du monde en posant un pied sur la mer et l'autre sur la terre, en jetant un cri comme le rugissement du lion. « Juda est un lion », a dit Jacob, nous le savons. A ce rugissement, appel de victoire, répondent sept tonnerres, sept anges, dont le septième, - c'est le Christ, - doit sonner de la trompette quand « s'accomplira le mystère de Dieu », c'est-à-dire le triomphe d'Israël, le règne d'Iahveh. Ces sept tonnerres sont les sept fils de Juda-Joseph et de Marie, les disciples, qui ne furent jamais Douze qu'en esprit. Ils sont sept « daimones » que Jésus, en esprit, fera sortir de Marie, leur mère « selon la chair », muée pour la circonstance, et en esprit, en Marie-Madeleine, pécheresse possédée. Les scribes ne reculent devant aucune invention pour tuer la vérité. Nous verrons qu'il n'y a rien de scandaleux, comme les Évangiles le font croire, ni rien d'immoral, dans le cas de cette Madeleine, double pneumatique, en esprit, de Marie, épouse et mère irréprochable.
Ces sept tonnerres, fils du Lion Juda, les Évangiles n'ont pas pu les oublier totalement. Parmi les disciples, deux, Jacques, fils de Zébédée-Joseph et Jean, frère de Jacques, sont Boanerguès, c'est-à-dire Fils du tonnerre (Marc, III, 17). C'est l' Evangile lui-même qui traduit. Le terme hébraïque, qui a été défiguré, serait Béni-Réguès. Peu importe l'erreur ! L'épithète est là, traduite, qui nous renvoie aux tonnerres de l'Apocalypse. Elle est incompréhensible, appliquée aux disciples du « sage et doux Jésus évangélique, Prince de la Paix ». Mais aux fils de Juda de Gamala, elle convient admirablement ; elle est une preuve de plus que l'histoire réside dans le fils de Juda, et non dans le fils de l'inconsistant Joseph.
Le zélotisme des sectaires de Juda le Gaulonite fait sans cesse irruption et éruption dans les Évangiles.
Comment expliquer cette haine féroce de Jésus-Christ, lion seulement contre les Pharisiens, ceux du moins qui ne versaient pas dans le messianisme, doctrine de guerre et de révolte contre Rome, mais aussi, mais surtout, plus gravement, contre les Hérodes et les hérodiens. On y perçoit l'écho à peine affaibli des luttes politiques, que Flavius Josèphe marque en traits de feu, engagées entre Hérode et ses successeurs et le clan messianiste, tenant pour la dynastie davidique, à laquelle appartenait Jésus-Christ, qui ne fut pas autre chose, on le sent, on en est sûr, que le chef de la secte sous Tibère. Son zèle pour l'accomplissement de la Thora ou Loi, achèvera de le prouver [2].
La révolte du recensement.
Et maintenant, qu'a été, qu'a pu bien être le mouvement de rébellion dont Juda et Sadok ont été l'âme et les instigateurs au recensement de Quirinus ?
Nous ne le saurons jamais qu'en gros par les quinze à vingt lignes qu'il a plu à l'Église d'en laisser dans Flavius Josèphe, lignes précieuses évidemment, car elles nous révèlent bien la manière de Juda, de Sadok et de leurs sectateurs, les zélotes, leurs parents et coreligionnaires, les Simon, les Juda, les Eléazar, les Jaïrus, les Jacob ou Jacques, les Ménahem. Ce sont des brigands qui tiennent le campagne, descendus des régions montagneuses et forestières de la Galilée Transjordanienne ou jordanienne, colorant leurs pillages, leurs assassinats, leurs vols à main armée de prétextes généreux : défense de la liberté, zèle pour la vieille loi juive.
Pour les détails des opérations, Flavius Josèphe n'est plus aujourd'hui qu'un procès-verbal de carence. On l'a vidé de toutes les aventures, de tous les menus faits, de toutes les circonstances qui auraient permis d'individualiser les événements matériels [3]. Lui qui est si prodigue d'ordinaire de documents enregistrés, dont la manière historique et narrative est si loin de la philosophie de l'histoire, expédie et résume ici en quelques phrases d'ensemble le caractère du mouvement zélote de Juda et Sadok.
Les voici :
« Il est incroyable quel fut le trouble que ces deux hommes excitèrent de tous côtés. Ce n'était que meurtres et que brigandages ; on pillait indifféremment amis et ennemis, sous prétexte de défendre la liberté publique. On tuait, par le désir de s'enrichir, les personnes de la plus grande condition [4]. La rage de ces séditieux passa jusqu'à cet excès de fureur qu'une grande famine qui survint ne put les empêcher de forcer les villes ni de répandre le sang de leur propre nation. Et l'on vit même le feu de cette cruelle guerre civile porter ses flammes jusque dans le Temple de Dieu (d'Iahveh)... »
« La vanité qu'eurent Juda et Sadok de fonder une quatrième secte et d'attirer après eux tous ceux qui avaient de l'amour pour la nouveauté, fut la cause d'un si grand mal ; il ne troubla pas seulement la Judée [5], mais il jeta les semences de tant de maux dont elle fut encore affligée depuis ». Gessius Florus n'y est pour rien, comme ou voit ; les messianistes ne l'avaient pas attendu.
Tel quel, ce témoignage, - dont nous sommes bien obligés de nous contenter, - doit nous suffire.
Deux faits matériels en ressortent, dans la trame de la révolte générale :
1° Une grande famine
2° Une émeute dans le Temple, avec tentative d'incendie.
Est-ce qu'il n'est pas possible d'en retrouver la trace dans les Ecritures, et tout particulièrement dans l'Apocalypse, en dépit de tous les adoucissements de texte qu'y ont apporté les scribes ecclésiastiques, et en faisant la part aussi du symbolisme apocalyptique et évangélique ?
Qu'on lise le chapitre XI. C'est, traitée en manière de Révélation, comme pour la naissance du Messie nous jetant en pleine révolte messianique, - le Dragon roux alla faire la guerre au reste de ses enfants [6], - toute l'histoire de Juda et Sadok et de l'insurrection de 760 = 7, à l'occasion du Recencement
Juda-Sadok dans l'Apocalypse et la famine.
Au début du chapitre XI de l'Apocalypse, Jôannès mesure, avec un roseau, le temple de Dieu (Iahveh) et l'autel, et ceux qui y adorent. Ainsi est situé le lieu du dernier combat où périt Juda le Gaulonite, et Sadok avec lui vraisemblablement, entourés de leurs partisans (ceux qui adorent). Le Jôannès les dénombre, pour « leur dispenser une vie et une réputation immortelles », comme disaient déjà Juda, fils de Zippori et Matthias, fils de Margaloth, au temps de l'Aigle d'or, - « la vie éternelle », diront les scribes christiens et chrétiens, et, autrement dit, la « résurrection » ; « je suis la résurrection et la vie », fera-t-on dire au Jésus évangélique, quelque deux ou trois cents ans plus tard. Car le Jôannès, à l'époque de l'Apocalypse, au quinzième de Tibère, sait que « ceux qui adorent » entre le Temple et l'Autel y ont péri. Le parvis extérieur, inutile de le mesurer; il est abandonné aux goïm, aux nations, aux gentils ou païens, aux autres races que la juive [1], « qui fouleront aux pieds la cité sainte pendant quarante-deux mois ». Pour les initiés, cela veut dire que la Judée devait rester au pouvoir des Romains pendant quarante deux ans, depuis la naissance du Messie, jusqu'au jour où il commencerait sa « prédication », en l'an quinzième du règne de Tibère (782 = 29), pour triompher le 14 nisan, à la Pàque (le 788-789 = 35-36, sous Ponce-Pilate, date de la délivrance dit peuple d' Iahveh, du règne d'Israël, et de la victoire du Messie [2].
Antérieurement, pour préparer la mission du « Christ », Juda et Sadok ont travaillé. C'est ce qu'exprime le verset 3, en ces termes . « Je donnerai à mes deux témoins (la phrase de l'Apocalypse ne dit plus quoi; elle a été coupée et tourne court) et ils prophétiseront pendant douze cent soixante jours, revêtus de sacs (quarante-deux mois encore). Ces deux témoins, continue le texte, sont les deux oliviers et les deux chandeliers debout devant le Seigneur de la terre [3]. Si quelqu'un veut leur faire du mal, il sort de leur bouche un feu qui dévore leurs ennemis : Ainsi doit périr celui qui veut leur faire du mal. Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu'il ne tombe pas de pluie pendant les jours de leur prophétie. Ils ont aussi le pouvoir de changer l'eau en sang et de frapper la terre de toutes sortes de plaies, toutes les fois qu'ils le voudront. Quand ils auront achevé de rendre leur témoignage, la bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre ; elle les vaincra et les tuera. Leurs cadavres resteront sur la place de la Grande cité qui est appelée allégoriquement (le texte dit : en esprit, du grec pneumatiquement) Sodome et Égypte [4]. »
Arrêtons ici la citation [5]
Elle est la transcription apocalyptique de l'événement que fut la famine dont parle Flavius-Josèphe, arrivée en 760 = 7, l'année du recensement, année sabbatique pendant laquelle la terre elle-même, d'après la loi juive, avait droit au repos. De là, ce pouvoir des deux témoins, - martyrs, en grec, - Juda et Sadok, de fermer le ciel, de frapper la terre. Plus de pluie, partant, plus de récoltes. Juda et ses partisans profitèrent de cette famine pour forcer les villes (ce qui implique une guerre importante, dont les péripéties ont disparu de l'historien juif) et piller les campagnes (vaste terrain de manœuvre et d'opérations aussi). Ils ravagèrent les moissons. Ils firent ce que, plus tard, feront Jésus-Christ et ses disciples, et que rapportent les Évangiles (Matt., XII, 1-8 ; Marc, 11, 23-28 ; Luc, VI, 1-15), et, naturellement, avec les atténuations nécessaires pour changer ces griveleurs en petits saints : « Ils se mirent à cueillir les épis et à les manger ». C'était un jour de sabbat. Ils ne devaient pas, d'après la loi juive [6].
Sur la date de l'Apocalypse.
L'Apocalypse avait déjà visé cette famine (VI, 6), quand il y est annoncé que le blé et l'orge vont enchérir, tandis qu'il y aura abondance de vin et d'huile. Le texte ne laisse pas de doute que Juda et les zélotes ont voulu et causé cet enchérissement dont l'Apocalypse est toute réjouie [7].
Que l'huile de l'onction, denrée sacrée, que l'huile du chrisme, que le vin de la grande Pâque, nécessaires à la célébration du triomphe messianiste, - on changerait l'eau en vin, comme à Cana, plutôt que d'en manquer, - restent à leur juste prix, qu'on ne les lèse pas, c'est ce que signifie le passage apocalyptique. Pour les autres denrées, le prix peut en augmenter ; il le doit; il est excellent qu'une grande famine amène la hausse du coût de la vie. C'est une circonstance favorable aux zélotes, comme à tous les révolutionnaires politiques, dont les chances augmentent d'autant, dont le succès est fait de la moitié des misères publiques, auxquelles ils poussent. Aucun Juif, contemporain du Crucifié de Ponce-Pilate, n'a pu se méprendre sur le sens et la portée du texte de l'Apocalypse, sur le blé, l'orge, l'huile et le vin. Seuls, les érudits l'interprètent à contre sens.
L'émeute dans le Temple.
La guerre que « la Bête qui monte de l'abîme » a faite aux « deux martyrs », Juda et Sadok, s'est terminée par une bataille dans le Temple, que l'Apocalypse ne connaît que par sous-entendu, que Flavius Josèphe ne signale plus que par une phrase, et à laquelle les Évangiles Selon-Matthieu (XIII, 23-36) et Selon-Luc (XI, 37-52) ne font plus qu' une allusion voilée, la mort de Zacharie, double pneumatique de Joseph et de Juda le Gatilonite.
L'allusion évangélique se trouve dans les malédictions furieuses de Jésus-Christ contre les scribes et les Pharisiens, série d'invectives forcenées, où la rage écume, et qui détonnent effroyablement dans la bouche du « doux » Jésus, homme sage, prince de la paix, suivant la critique conventionnelle et le préjugé religiosâtre.
Le texte du Selon-Matthieu, sur ces malédictions, est remarquable, moins encore peut-être par l'allusion qu'il fait à la mort de Zacharie, que par les perspectives qu'il découvre sur l'histoire des révoltes juives, toutes de caractère messianiste, depuis celle du Recensement, jusqu'à celle de Bar-Kocheba.
Le Jésus-Christ qui maudit les scribes et pharisiens, et même les docteurs de la Loi, ne paraît pas contenir dans sa chair le Dieu-Verbe. Il ne parle que sur le ton propre au Christ farouche, que fut le Crucifié de Ponce-Pilate sous Tibère. Mais, à part l' allusion qu' il fait à la mort de Zacharie, soit père camouflé, rien de ce qu'il dit ne lui était connu de son vivant charnel. Les événements qu' il vise dans ses malédictions sont postérieurs à sa crucifixion. En résumé, le Jésus-Christ des malédictions, mis dans la peau du Christ-Messie de Tibère, mort en 789 = 36, parle dans les Évangiles comme un scribe du III° siècle, qui lui fait résumer en quelques phrases toute l'histoire des malheurs arrivés tant à lui-même qu'à ses frères : les Simon-Pierre, Jacob-Jacques, Ménahem, ainsi qu'à Bar-Kocheba, sans compter les Jaïrus, les Eléazar et Theudas.
Voici le morceau, et d'après le Selon-Matthieu [8], au chapitre XXIII. - Alors Jésus parla au peuple et à ses disciples, et il leur dit : « Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent ; mais ne faites pas comme eux parce qu'ils disent et ne font pas... Ils aiment... à être appelés par les hommes : Maître ! Mais vous, ne vous faites point appeler : Maître, car vous n'avez qu'un seul Maître, et vous êtes tous frères [9]... Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et, quand vous l'avez, vous en faites un enfant de la géhenne deux fois plus que vous [10]!... Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et vous négligez les choses les plus importantes de la Thora, justice, miséricorde, fidélité [11]... Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et que vous ornez les sépulcres des justes ; et vous dites : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Ainsi vous témoignez que vous êtes bien les fils des meurtriers des prophètes. Comblez donc la mesure de vos pères ! Serpents, race de vipères, comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne ? »
Interrompons ici la citation. Ce dernier morceau montre que les Juifs du Temple, au III° siècle, sans verser dans la mystification jésus-chrétienne, ont gardé un cœur respectueux et sympathique envers tous les chefs kanaïtes, désignés ici comme prophètes, qui ont combattu pour l'indépendance juive ; ils leur bâtissent des tombeaux et les ornent. Figures, je pense. Ce qui ne fait pas l' affaire justement des judéo-chrétiens dont le but est d'effacer l'histoire vraie de ces prophètes-kanaïtes-christiens sous les fables évangéliques.
Toutefois, sous l'intention, le scribe du III° siècle ne peut s'empêcher de faire apparaître le Christ de Ponce-Pilate, gardant rancune aux Juifs, fils de ceux, sous Auguste, Tibère, Claude, Domitien, Hadrien, qui, loyaux sujets, se sont joints aux Romains « pour répandre le sang des prophètes ». Et Jésus-Christ, ici, est si bien incarné dans son double terrestre, qu'il se sert du vocabulaire propre au Iôannès : « Serpents ! Race de vipères ! » Il est ce Iôannès en personne.
Reprenons la citation. Jésus-Christ, le Verbe prend la parole :
« Voici, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes vous tuerez et crucifierez les uns ; vous battrez de verges les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville. Ainsi retombe sur vous tout le sang des Justes qui a été répandu sur la terre (sur le sol), depuis le sang d'Abel le Juste jusqu'au sang de Zacharie que vous avez assassiné entre le Temple et l'Autel [12]. »
Ce passage est un aperçu d'ensemble sur l'histoire juive kanaïte et noue le messianisme de Juda le Gaulonite et de ses descendants au christianisme qui en est le camouflage [13]. Il cadre à merveille avec la constatation mélancolique de l'Apocalypse sur les deux témoins, - premiers prophètes, - à qui la bête a fait la guerre et qu'elle a tués et vaincus, et sur leurs successeurs christiens, avec tout ce que dit, en gros, Flavius Josèphe sur les répressions romaines, en Judée, avec le consentement des Juifs du Temple, jusqu'aux temps d' Hadrien. Pour anticiper à ce point, il faut que le Christ de Ponce-Pilate, du I° siècle, soit devenu le Jésus-Christ du III°, qui parle par le calame du scribe fabriquant le christianisme. En remontant à Abel, le faussaire tente de faire croire que les prophètes, les sages et les scribes que Jésus envoie, dit-il, sont les nabis de l'Ancien Testament. Imposture évidente. En quoi les Juifs sont-ils responsables du meurtre d'Abel par Caïn ? [14] Quels prophètes du l'Ancien Testament, - à part Esaïe, scié en deux, dit-on, entre deux planches, par Manassé, ce dont les Juifs ne sont point les coupables, - ont-ils subi les molestations, peines, supplices, fouet, lapidation, crucifixion, que ce passage évoque ? Aucun.
Non. Les prophètes, les sages, les scribes que le faussaire ne peut s'empêcher de faire évoquer, si tragiquement, par le revenant, au III° siècle, du Christ de chair, c'est, depuis le père Zacharie-Joseph-Juda-Zébédée, tous les fils qui étaient frères, sans les nommer, jusqu'à Ménahem-Abel, le plus jeune. Le scribe inverse l' ordre des morts en disant : « depuis Abel jusqu'à Zacharie », par le même procédé que les Actes font mettre, par Gamaliel, la révolte de Thoudas avant celle de Juda le Galiléen (Actes, V, 36-37).
C'est encore le change sur cette certitude que veut donner le scribe, en essayant de rejeter dans un lointain passé le temps où a été répandu le sang des prophètes, quand il fait prêter par Jésus aux Juifs cet argument pour leur défense : « Si nous avions vécu du temps de nos pères »; ce que Jésus profère anachroniquement, ne peut s'appliquer qu' aux Juifs des temps écoulés depuis Auguste jusqu'à Hadrien, qui sont restés les loyaux et fidèles sujets de Rome, qui ne se sont pas associés aux entreprises messianistes, et qui les ont même réprouvées ou combattues [15].
Et comme conclusion à ce rappel de tous les désastres subis par la secte de Juda le Gaulonite et de ses successeurs, le cri de désespoir, d'ailleurs magnifique, constat de tous les échecs synthétisés en Jésus-Christ (Matt., XXIII, 37), mais qui ne peut être venu à la pensée des scribes et sous leur plume, qu' après la destruction de la nation juive, et qui n' a pu être mis dans la bouche de Jésus qu' après son incarnation dans le Christ de Ponce-Pilate :
« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides ceux qui te sont envoyés, - moi-même et mon frère Jacob-Stéphanos, entre autres, - combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu ! [16] »
Zacharie, fils de Barachie.
Flavius Josèphe ne dit même plus que Juda le Gaulonite périt dans la révolte du recensement. Nous n'en saurions rien sans les Actes I,V, 37).
Le Zacharie, père du Iôannès, dans l'Évangile Selon-Luc, comment a-t-il péri ? Par le glaive. Origène le déclare formellement et Grégoire de Nysse le répète [1]. C' est le Zacharie, tué entre le Temple et l'Autel des imprécations de Jésus. Il est impossible d'en comprendre la violence forcenée, si contraire à la douceur évangélique conventionnelle, si l'on n'y découvre pas le ressentiment vengeur du fils, qui ne pardonne pas, contre les meurtriers de son père. Et sous cet aspect, le fils de Joseph ne manque pas de grandeur ni de beauté. Ses invectives à propos de Zacharie évoquent d'autant plus Juda le Gaulonite, qu'elles encadrent en deux phrases tout le destin tragique du grand Gamaléen : la révolte du recensement par le rappel des droits fiscaux sur la menthe, l'aneth, le cumin, et la mort entre le Temple et l'Autel.
Les ouvrages de Flavius Josèphe ne donnent plus, avons-nous dit, de développements sur la révolte de Juda et Sadok à l'occasion du recensement de Quirinus.
On peut se demander si, au lieu d'avoir été purement et simplement supprimés, ceux qui se rapportent à l'insurrection dans Jérusalem, où périt Juda-Zacharie-Joseph entre le Temple et l'Autel, n'ont pas été déplacés, avec les adultérations nécessaires pour les situer chronologiquement et donner quelques changes propres à cacher la transposition.
Sur les sept livres, embrassant près de deux siècles et demi (180 avant-69 après J.-C.), que comprend l'ouvrage Guerre ou Guerres des Juifs, les cinq derniers sont consacrés à la seule guerre qui commence, par la révolte de Ménahem, et abstraction faite des opérations menées par ce dernier, qui prennent place dans le livre second, où il meurt.
A partir du troisième, où Vespasien et Titus entrent en scène, tout l'ouvrage ne s'étend plus, dans l'ensemble, que sur un espace de deux ans. Au milieu du récit des opérations de guerre que dirige Vespasien et qui ont pour théâtre la Judée toute entière, dix chapitres (XI à xx) sur les quarante-deux du livre quatrième forment comme un îlot à part. Ils relatent les événements entre Juifs seulement, guerre civile entre ceux du Temple ayant à leur tête un Hananias, d'un côté, et les Zélotes-Kanaïtes, appuyés par des Iduméens, de l'autre. De Romains, point [2].
Que la plupart des événements narrés dans Flavius-Josèphe aux chapitres XI à XX du quatrième livre des Guerres, comme s'étant passés à Jérusalem, et sans que les Romains s'y intéressent, se rattachent à l'époque de Vespasien et Titus, c'est certain. Mais que l'on n'y ait pas mêlé quelques faits relatifs à la révolte du recensement, c' est plus douteux. Ces événements sont un composé de faits et d'anecdotes assez peu liés entre eux.
L'intervention des Iduméens en faveur des sicaires-kanaïtes paraît très suspecte. Le récit laisse entendre qu'il a suffi de leur envoyer deux Hananias, très éloquents, comme ambassadeurs, pour les décider à entrer en guerre. Les sicaires « étaient assurés que les Iduméens se mettraient aussitôt en campagne, parce que ce peuple est si brutal et si amoureux de la nouveauté que rien n'est plus facile que de le porter à la guerre, et qu'il va avec la même joie an combat que les autres à une grande fête. »
Oui, rien n'est plus facile sur le papier. Mais, en réalité, ces Iduméens sont le peuple dont les Hérodes sont originaires. Les Hérodes, et Agrippa II, roi alors, en est un, ont eu tous leurs règnes empoisonnés par les révoltes de la secte messianiste, ayant toujours à sa tête, depuis Juda le Gaulonite, des fils, petits-fils et neveux du grand Gamaléen. Si l'on veut nous persuader que les Iduméens sont partis en guerre, et contre le parti d'un roi qui est de leur race, il faudrait nous donner d'autres raisons que sa brutalité, son amour de la nouveauté et les discours des Juifs sicaires, ennemis des Hérodes. J'ai quelque soupçon que ces Iduméens, dont on a renversé le rôle, proviennent de la révolte du recensement, qu'ils ont aidé les Hérodes d'alors et les Romains à réprimer.
Ce qui fortifie le soupçon c'est, durant le séjour de ces Iduméens à Jérusalem, l'histoire du meurtre d'un Zacharie, fils de Baruch (chap. XX), que l'on fait précéder d'un jugement d'acquittement, - inventé vraisemblablement ; et ce Zacharie, fils de Baruch, tué par les Kanaïtes, ici, comme il convient, pour le change, mais au milieu du Temple, comme le Zacharie des Évangiles, - tous les Zacharie décidément sont tués dans le Temple, - rappelle de bien près le Zacharie-Juda de la révolte du recensement. Qui sait si l'addition fils de Barachie, au Zacharie du Selon-Matthieu, dans certains manuscrits grecs, n'a pas été inspirée par le récit de Flavius Josèphe, alors placé à l'époque du recensement, sous un de ses deux ouvrages, et où déjà Zacharie, fils de Barachie, avait remplacé Juda le Gaulonite ? Ou, plus simplement, le récit de la mort de Juda le Gaulonite, dans Flavius Josèphe, n'a-t-il pas été reporté, parmi les événements de l'époque de Vespasien, en changeant le nom du personnage, et en apportant aux détails les renversements nécessaires pour qu'on ne retrouve plus en lui le Juda Kanaïte du recensement ? L'œuvre de Flavius Josèphe a été tellement adultérée que l'on peut tout supposer et soupçonner. Et les indices que je relève permettent l'hypothèse que je suggère, qui doit être la vérité.
C'est après le meurtre de Zacharie que les Iduméens « lâchent » les Kanaïtes, « ne pouvant approuver de si horribles excès », lit-on dans Flavius Josèphe. On peut comprendre que Zacharie mort, s'il est bien Juda le Gaulonite, comme je le pense, la révolte finit, le chef tué. Hérode, celui de 760 = 7, renvoie ses fidèles compatriotes, accourus à sa défense [3].
« Rendez à César... »
Les scribes évangéliques se sont donné un mal inouï pour camoufler tout ce côté du caractère du Messie juif, qui le faisait le digne fils de son père, et que l'on retrouve, pour l'honneur de la vérité, dès que l'on gratte un peu.
Avec l'anecdote du « denier de César », ils ont espéré asséner à l'histoire un coup mortel. Vous vous rappelez (Matt., XXII, 15-22 ; Marc, XH, 13-17 : Luc, XX, 20-36). Les Pharisiens, - ce sont de vrais compères, bien qu'on les présente comme voulant prendre au piège Jésus dans ses paroles ou le surprendre, « afin de le livrer aux autorités et au pouvoir du gouverneur », ajoute Luc, - les Pharisiens donc envoient à Jésus leurs disciples avec des Hérodiens. Ainsi, à chaque pas, nous nous heurtons à cette rivalité entre les messianistes et les Juifs loyaux envers Rome, qui nous ramène sans cesse à la vérité historique du prétendant au trône de David, et non à l'on ne sait quelle fable tardive de rédempteur du monde. Le Selon-Luc change les disciples des Pharisiens en espions ténébreux, qui feignaient d'être des gens de bien. On demande à Jésus : « Rabbi, nous savons que tu es véridique, que tu enseignes avec droiture la voie de Dieu sans t'inquiéter de personne, sans regarder à l'apparence des hommes. Est-il permis de payer l'impôt à César ou non. Payerons-nous ? ou est-ce que nous ne payerons pas ? » Alors Jésus, déjouant leur hypocrisie et leur ruse, - qui n'existe que pour qu'il la déjoue, - se fait montrer la monnaie de l'impôt : un denier. « De qui porte-t-il l'image et l'inscription ? » demande-t-il. On répond : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Et les interlocuteurs n'en reviennent pas, tant ils sont étonnés.
C'est qu'en effet, depuis les temps de Ponce-Pilate, on leur a changé leur « Christ ». Ils ne le reconnaissent plus, et ils s'étonnent d'une façon posthume. C'est pourquoi ils ne peuvent pas faire plus que de s'étonner.
Mais ce que ni les Évangiles, ni les scribes ecclésiastiques, ne disent pas, c'est la source où ils ont pris leur récit, la sophistiquant au point d'en modifier le sens du tout au tout. Il faut, pour restituer à la scène du denier de César sa vraie signification farouche, messianiste, la lire à sa place, dans l'ouvrage Pistis-Sophia (Foi-Sagesse) du Juif qui se cache sous le nom occidental de Valentin, d'où les scribes évangéliques l'ont tirée [4].
Marie, sa mère, parle à Jésus, comme une élève qui répète à son maître les leçons reçues, pour se rendre compte si elles ont été comprises. Voici son explication sur le denier de César :
« Au sujet de cette parole que tu nous as dite autrefois, lorsqu'on t'apporta ce denier, tu vis qu'il était d'argent et d'airain... Lorsque tu vis que la pièce était mélangée d'argent et d'airain, tu dis : « Donnez au Roi ce qui appartient au Roi, et à Iahveh ce qui est à Iahveh ! »
Vous avez compris. Le denier est d'argent et d'airain. Les Évangiles n'ont oublié que ce détail. Et alors ?
Alors ? Donnez à Iahveh l'argent, le nerf de la guerre pour les messianistes, - et au Roi, à Hérode ou à César, dont l'image est frappée sur la pièce, l'airain, dont on fabrique les glaives et les siques. C'est cela, la Justice suivant la Loi, ou Thora, la Justice Thora-sique ou des sicaires de Juda de Gamala, des Zélotes, des Kanaïtes et des Fils du tonnerre, Boanerguès [5] .
Par l'anecdote truquée du Denier de César, les Evangiles font opérer au Christ une rétractation posthume de ce qui fut la raison même de sa vie, « ce pourquoi il est venu au monde », comme il dit à Pilate, et le motif de sa mort. Rétractation, apostasie générales. Dans un récit, imaginé par le seul Selon-Matthieu, les scribes vont jusqu'à la soumission pour lui-même. Mais cette soumission jure tellement avec l'histoire, que le fonds même du récit se colore de vérité historique, par le regret qui se lamente, par l' amertume dans la résignation, qui montent aux lèvres et au cœur de Jésus, que le scribe force à payer l'impôt.
Voici ce morceau (Matthieu, XVII, 24-27) .
« Quand ils furent arrivés a Capernaüm, ceux qui percevaient les didrachmes s'approchèrent de Pierre, et lui dirent « Votre maître ne paie-t-il pas les didrachmes ? » Il répondit « Oui ». Et quand il fut, entré dans la maison, Jésus le prévint et lui dit : « Que t'en semble, Sinion ? Les rois de la terre, de qui tirent-ils (les impôts ou des tributs ? Est-ce de leurs fils, ou des étrangers ? » Pierre répondit : « Des étrangers. » Jésus lui dit : "Les fils en sont donc exempts ? Mais, ajoute-t-il, afin que nous ne les scandalisions pas, va-t'en à la mer, jette l'hameçon, et tire le premier poisson qui se prendra. En lui ouvrant la bouche, ta trouveras un statère ; prends-le, et donne-le pour toi et moi." - Quelle mélancolie, et quel désenchantement ! Le scribe lui-même souffre de perpétrer son faux. Les Pharisiens n'étaient qu'étonnés par le Denier de César ; le scribe qui fait payer l'impôt au « Fils de David », au premier-né de Juda le Gaulonitc, "qu'il ne scandalise pas », - le verbe grec signifie pour que nous ne (leur) soyons pas une occasion de chute dans un piège », - quelle douleur! [6].
Résurrection de Juda et de Sadok.
L'Apocalypse n'a pas voulu que Juda et Sadok soient mis au tombeau. Elle les a ressuscités, en esprit, déjà. Après trois jours et demi, - un demi-jour de plus dans la mort que Jésus-Christ, - leurs cadavres, exposés sur la place de la Grande Cité (à titre d'avertissement, sans doute, par les Romains), se relevèrent sur leurs pieds, - car la Bête aux sept tètes ne saurait avoir le dernier mot, en esprit, tout au moins ; un « esprit de vie », naturellement, venant de Dieu, les avait pénétrés. Et une voix qui venait du ciel, entendue de ceux qui regardaient et qui furent saisis d'une grande crainte, dit : « Montez ici ! ». Ils montèrent dans la nuée et leurs ennemis les virent. A cette même heure, il se fit un grand tremblement de terre; la dixième partie de la ville tomba, etc. (Apoc., XI, 11-13).
Après cela, si Rome, si le grand Dragon roux Hérode se risque à faire la guerre au reste des enfants de Juda et de la Judée, c'est qu'il n'a peur de rien.
Aucun livre d'histoire, bien entendu, n'a enregistré ces assomptions après résurrections, dites à l'intervention de I'Esprit qui souille où il veut.
L'Assomption de Moïse.
Dans un ouvrage d'inspiration messianiste, L'Assomption de Moïse, que l'Église déclare apocryphe, parce qu'il la gêne [1], et dans une œuvre qui est encore au Canon du Nouveau Testament, l'Epître de Jude, avec un rapprochement nécessaire dans la Seconde Epître de Pierre, canonique aussi, il est fait une allusion intéressante à la Résurrection (le Juda le Gaulonite.
Dans l'Assomption de Moïse, du moins dans ce qui en reste, il n'est pas question de Sadok, mais du seul Juda, sous le pseudonyme transparent de Moïse. L'assomption du couple eût trop manifestement révélé les deux témoins ressuscités de l'Apocalypse. Et d'autre part, qu'il ne puisse s'agir de Moïse, le grand Législateur d'Israël, cela est évident. Il est au ciel, en effet, depuis des millénaires, d'où, accompagné d'Élie, il redescendra plus tard, une fois, pour s'entretenir avec Jésus, lors de la Transfiguration, sur une haute montagne, et où il remontera sans incident notable. Il s'agit ici d'un Moïse nouveau, de celui qui a été dévoré par soit zèle pour la Loi juive, issue du vieux Moïse. Et ce zèle de Juda pour la Thora justifie le présent pseudonyme symbolique. Juda est une des Gloires de la secte des Zélotes, la plus grande Gloire, pour employer une expression que nous allons retrouver dans Juda et Pierre [2].
L'Assomption de Moïse présente naturellement toutes les marques des sophistications qu'on a coutume de rencontrer dans tous les ouvrages qui ont trait au christianisme primitif. On y distingue assez nettement encore, cependant, malgré les retouches aux textes et les coq-à-l'âne provenant des infidélités de traductions successives de l'araméen en grec, du grec en latin, et du latin en français, que Jésus, le Dieu ou le Verbe-Jésus sous les espèces de Josué, - les deux mots Jésus et Josué sont en hébreu le même vocable, - s'entretient avec le nouveau Moïse des événements tout récents de l'histoire juive: Guerre des Macchabées [3], persécutions hérodiennes contre les Zélotes, etc., comme en pur christien-messianiste.
La preuve la plus certaine que l'ouvrage a été sophistiqué, c'est que justement l'événement qui est la raison du titre, l'Assomption elle-même, manque. Elle a été coupée. Et nous ne saurions pas comment ce Moïse nouveau a été enlevé au ciel, sans l'Epître de Jude, qui s'exprime ainsi [4] :
« Les incrédules méprisent les Puissances et parlent injurieusement des Gloires. Toutefois, Michael, l'archange, lorsque, vidant le différend avec le diable, il discutait au sujet du corps de Moïse, n'osa pas prononcer (contre Moïse) une sentence de malédiction, mais il dit : « Que le Seigneur t'honore, - ou prononce à ton égard [5] ».
On peut entrevoir, d'après ce passage de l'Epître de Jude, que la réputation de Juda-Moïse, dans les générations qui ont suivi les événements auxquels il a été mêlé, a été très discutée. Les Juifs non messianistes, même s'ils étaient sympathiques aux mouvements contre Rome, par amour de l'indépendance, n'oubliaient pas les moyens employés par les messianistes, traitant aussi mal « amis et ennemis », comme dit Flavius Josèphe. A l'Apocalypse et à l'Assomption, qui le ressuscitaient et l'envoyaient chez Dieu, ils ne manquaient pas de répliquer que ses crimes et brigandages le rendaient plus digne de descendre dans la géhenne. Le Diable réclamait son corps, et il plaidait en faveur de l'enfer devant Michael, mandataire d'Iahveh. La phrase de Jude : « lorsque Michael, vidant le différend avec le diable, discutait au sujet du corps », le laisse entendre clairement. L'Apocalypse (XII, 10), quand elle précipite le grand serpent du ciel sur la terre, projette sa lumière sur ce point. Le Grand Serpent est dit : « l'accusateur de nos frères, qui les accusait jour et nuit devant Dieu ».
Mais Michael, mettant en balance que si Juda-Moïse avait commis des excès criminels, c'était tout de même pour cause de zèle envers la Thora, la Loi d'Iahveh, et pour réaliser le règne d'Israël, restaurer le Trône de David, toute l'espérance messianiste, « n'osa prononcer une sentence de malédiction », et, tout compte fait, il remit à Iahveh le soin de prendre une décision.
La Seconde Epître de Pierre (11, 10-12) ne conclut pas autrement. Parlant de ceux qui discutent les Gloires, elle dit : « Audacieux, arrogants, ils ne craignent pas de parler injurieusement des Gloires, taudis que des Anges, leurs supérieurs en force et en puissance, - allusion à Michael, - ne prononcent point contre elles, devant le Seigneur, de jugement injurieux [6] ».
Il a fallu que les controverses et les querelles, au sein même de la secte niessianiste de Juda de Gamala, aient été particulièrement violentes, pour qu'aient été écrites des œuvres comme l'Epître de Pierre et celle de Jude. Ce n'est pas à cette époque encore, qu'il était possible de faire accepter un fils de Juda comme fils de Dieu. L'Epître de Pierre a beau s'ingénier à témoigner de la divinité du Crucifié de Ponce-Pilate, Messie-Christ, et d'ailleurs au moyen d'arguments dont la pauvreté désarme, - on n'y trouve que la Transfiguration, qu'elle invente, en donnant son pseudo-auteur comme le témoin, et qui a servi au récit des Évangiles, - le ton et les expressions qu'elle emploie ne témoignent que du mauvais aloi de sa cause [7].
Contre ceux qui nient la puissance et l'avènement du Christ, les deux épîtres fulminent. Faux prophètes, faux docteurs, audacieux, arrogants, qui parlent mal des Gloires. Et dans Jude et dans Pierre, l'un copiant l'autre, ou lit textuellement : « Ce sont des fontaines sans eau, des nuées sans eau emportées ça et là par les vents et les tourbillons. Ils ont quitté le droit chemin ; ils ont suivi la voie de Caïn ; ils se sont jetés dans la voie de Balaam (le prophète qui avait prédit que les peuples de Kittim, de l'Italie, s'empareraient de la Judée). Ils se sont perdus par la révolte de Coré. Etres tarés, êtres souillés, astres errants auxquels l'obscurité des ténèbres est réservée pour l'éternité. » Et dans II, Pierre, on ajoute (lisez qu'ils n'ont pas voulu, après avoir été des partisans de Juda le Gaulonite, se faire les complices de la mystification évangélique, qui fait du Juif dont Juda fut le père, le Fils de Dieu, le Verbe Sauveur) : « Si après avoir échappé aux souillures du monde par la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils se laissent vaincre en s'y engageant de nouveau (dans les souillures), leur condition devient pire que la première. Il eût mieux vain n'avoir pas connu la voie de la justice que de se détourner, après l'avoir connue, du saint commandement qui leur avait été transmis. Il leur est arrivé ce que dit avec raison le proverbe : Le chien est retourné à ce qu'il avait vomi, et la truie, après avoir été lavée, s'est vautrée dans le bourbier ».
Les temps évangéliques ne sont pas encore venus. Ils ne se montrent même pas à l'horizon, surtout par le style.
Pour achever d'identifier Juda, Moïse et Joseph, en ne sortant pas du cadre de l'Apocalypse, des Epîtres de Pierre et de Jude, et de l'Assomption de Moïse, il n'y a qu'à rapprocher de tous ces textes celui-ci, sur l'Histoire de Joseph, le Charpentier ? « Quand il se sent mourir, à cent onze ans, il est saisi d'épouvante; il éprouve le besoin de confesser les fautes de sa vie et s'accuse avec une rigueur impitoyable. A ce moment, la Mort s'avance avec son cortège de démons dont les vêtements, les bouches, les visages jettent du feu ; ils s'apprêtent à saisir l'âme du mourant et à l'emporter ; mais Jésus veille, il appelle à son aide les puissances du ciel. Le prince des Anges Michael, et Gabriel, le héraut de lumière, écartant la mort et ses satellites, enveloppent l'Âme dans un linceul éclatant ; ils la défendent sur la route contre l'attaque des démons, et après une lutte violente l'apportent au lieu qu'habitent les justes. » (la Fin du paganisme, p. 12, Gaston Boissier.)
Ce n'est qu'une variante, adoucie, - Joseph confesse ses fautes au lieu d'être accusé, - de l'Assomption de Moïse, avec rappel aux allusions des Epîtres de Pierre. et de Jude.
Fin du Chapitre II
CHAPITRE III
Jésus Bar-Abbas, Messie juif, le Crucifié de Ponce-Pilate.
1. - UNE HISTOIRE DE BRIGANDS
Fils du Père.
Dans la langue araméenne, écrite et parlée en Judée, au Temps où les Évangiles, - postérieurs de troissiècles, - font naître, vivre, mourir et ressusciter Jésus-Christ, BAR-ABBAS signifie mot à mot : Fils du Père. Le Père, l'ABBA, c'est Iahveh, Jéhovah, El, Eloï, Elohim, Adonaï, dieu particulier aux Juifs, sous tous ces noms divers, comme Baal est le dieu phénicien, comme Zeus celui des Grecs, Jupiter celui des Romains, dans l'antiquité. Il faut se garder de confondre tous ces dieux nationaux, même quand chacun d'eux apparaît unique et propre à ses seuls dévots, avec le Dieu universel de la philosophie dont Platon, les stoïciens, Cicéron, Sénèque, et d'autres, eurent l'idée bien avant le christianisme et en dehors de lui : o theos, en grec ; deus, en latin.
Monothéistes, si l'on y tient, en ce sens qu'ils ont un dieu, et un seul, Iahveh, - la forme Elohim est cependant un pluriel, - les anciens Israélites n'ont pas conçu l'idée du Dieu unique, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes. Ils admettent d'autres dieux que le leur, avec lesquels Iahveh est en guerre, comme ils sont en guerre avec les peuples qui ont ces dieux. Ils espèrent que Iahveh sera le plus fort, vaincra ces dieux étrangers, comme ils espèrent qu'eux-mêmes domineront le monde. Mais ce n'est qu'alors, après cette victoire, qu'ayant imposé leur dieu Iahveh aux nations vaincues, il deviendra le Dieu universel et unique [1].
Donc, pour les Juifs, Iahveh est le Père. Tous les Juifs sont ses BAR, ses fils, ses enfants ; tous les Juifs sont BAR-ABBAS, fils du Père, fils d'Iahveh.
« N'appelez personne votre ABBA (votre Père), dit Jésus-Christ, car vous n'avez qu'un seul ABBA qui est dans les cieux [2]. »
Mais s'il est un Juif qui se soit dit et que les Évangiles disent Bar-Abbas, Fils du Père, Fils d'Iahveh, c'est incontestablement Jésus-Christ. Si les Évangiles originaux, au lieu d'être écrits en langue grecque, étaient écrits en araméen, comme il se devrait d'œuvres qu'on prétend du ler siècle, composées ou inspirées par des apôtres, toutes les fois que nous y rencontrons les mots grecs UIOS et PATÈR, qui se traduisent Fils et Père, en français, ce sont les Mots BAR et ABBA que nous lirions [3].
Que Jésus-Christ est bien le Fils du Père, BAR-ABBAS, toutes les pages des Évangiles le proclament hautement, sans se lasser.
Il n'est pas encore né que l'ange Gabriel, en annonçant à Marie sa prochaine maternité, la réjouit en l'informant que l'enfant qui naîtra d'elle sera appelé Fils du Très-Haut, de l'Abba, évidemment.
Dès son baptême au Jourdain, une voix, qui est celle de l'Abba Iahveh, se fait entendre du haut des cieux : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, mon Bar (Matthieu) ; c'est lui qui est le Fils, le Bar de Dieu (Jean) ; tu es mon Fils, mon Bar (Marc et Luc) » . Rien de plus formel [4].
Le Selon-Luc n'a même pas attendu le baptême au Jourdain pour nous renseigner. Jésus-Christ, à l'âge de douze ans, lors d'une fête de Pâque à Jérusalem, répond lui-même à ses parents, qui l'avaient égaré, et qui lui reprochent, quand ils le retrouvent dans le Temple, discourant avec les Docteurs, de s'être fait chercher et de leur avoir causé une inquiétude mortelle, car la voix du sang parle en eux :
« Ignorez-vous donc qu'il me faut être occupé des affaires de mon Abba, de mon Père ? » (Luc, 11, 41-49).
A douze ans ! Soit ! Dès l'âge de douze ans, Jésus-Christ, par la plume du Selon-Luc, sait déjà qu'il est, et il se dit Fils du Père, Bar-Abbas.
Satan, dans la Tentation au désert, - les trois Évangilos synoptisés sont unanimes, - n'ignore point non plus que Jésus, dès avant de commencer sa carrière, se prétend Fils de Dieu, Fils du Père, c'est-à-dire Bar-Abbas.
Quand, tout au long de sa vie, Jésus parle de Dieu, c'est Père, Abba, qu'il l'appelle [5].
C'est surtout dans l'Évangile Selon-Jean, le plus ancien, quoique l'exégèse prétende le contraire, que Jésus est Bar-Abbas [6]. Dès le prologue sur le Verbe ou Logos fait chair, sur la grâce et la vérité venues par Jésus [7], le Fils du Père, Bar-Abbas, le Bar qui est dans le sein de l'Abba, brille en toute clarté, comme le soleil dans l'univers. Qu'on lise aussi le chapitre V de cet Évangile (versets 9-13) ; on ne peut rêver union plus intime entre le Bar et l'Abba. Et les chapitres XIV à XVII [8] achèvent, en une ferveur mystique, aux élans d'adoration et d'extase, de faire de Jésus-Christ Bar-Abbas.
Le brigand Bar-Abbas.
Or, cette épithète Bar-Abbas, que les Évangiles n'appliquent jamais sous sa forme araméenne à Jésus-Christ pour le désigner, en sorte que le lecteur ne peut pas, sous le grec des Écritures ou leur traduction en langues modernes, deviner que Jésus-Christ est bien appelé ou surnommé Bar-Abbas, c'est le nom propre, le propre nom d'un individu, distinct de Jésus-Christ, semble-t-il, et qui n'apparaît dans les Évangiles qu'à l'occasion de la Passion. Qu'est-ce que ce deuxième Bar-Abbas, qui est appelé Jésus Bar-Abbas, - Jésus lui aussi, tout comme le Christ, - dans certains manuscrits des Évangiles? [9] Personnage mystérieux, à qui les exégètes, comme Renan, ne font que l'honneur de deux ou trois lignes banales [10], et que les récits évangéliques éprouvent aussi quelque gêne à qualifier. Vous vous rappelez le récit évangélique ; dans le Selon-Jean, par exemple :
Les Juifs ayant livré Jésus à Ponce-Pilate, le procurateur romain, ne trouvant aucun crime en lui, voudrait le relâcher.
- C'est la coutume parmi vous, dit-il aux Juifs, que je vous délivre un criminel à la Pâque. Voulez-vous que je vous délivre le Roi des Juifs? [11]
- Non, pas celui-ci, mais Bar-Abbas 1 répondent les Juifs.
Et dans le Selon-Jean il n'est ajouté que ceci : - « Or, Bar-Abbas était un... ». Le texte grec dit : Lestès, c'est-à-dire brigand de grand chemin. Rien de politique dans son cas, d'après le Selon-Jean, à qui l'en sent que l'aveu coûte [12].
Et il ne nous dit pas, - que celui qui a des oreilles entende ! -, que Pilate ait relâché Bar-Abbas, le brigand.
Dans le Selon-Matthieu on lit : « Il y avait un prisonnier de marque (fameux, insigne, tout comme le Christ), nommé BarAbbas. » Mais sur ce qui l'avait rendu illustre, pas un mot. On y reconnaîtrait le Christ lui-même. Du moins, Matthieu n'oublie pas, comme le Selon-Jean, qu'une des conditions pour que l'en ne confonde pas les deux Jésus Bar-Abbas, c'est de faire relâcher l'un des deux, du moins, en apparence [13].
Par le Selon-Marc nous apprenons enfin que le « nommé » Bar-Abbas était en prison avec des factieux, des partisans, pour un meurtre qu'ils (Bar-Abbas et les factieux, ou les factieux seulement ? La phrase est amphibologique (elle permet et veut peut-être qu'on s'y trompe) - pour un meurtre donc qu' ils avaient commis dans une sédition.
Ponce-Pilate délivre Bar-Abbas, - le leur délivre, aux Juifs, - et leur remet Jésus, après l'avoir fait battre de verges. Autrement dit, il remet aux Juifs aussi bien Bar-Abbas que Jésus. Il leur remet Jésus Bar-Abbas, en deux temps, depuis que les scribes ont coupé le Christ Bar-Abbas en deux, et fait deux phrases de la proposition unique donnée par la vérité historique.
Le Selon-Luc n'est qu'une variante : « Cet homme avait été mis en prison pour une sédition qui avait eu lieu dans la ville, et pour un meurtre ». Et Pilate relâche le prisonnier mis en prison pour sédition et pour meurtre. Il le fait sur la demande expresse des Juifs. Il n'avait pas pensé à le leur offrir.
Or, pourquoi donc le héros des Évangiles, Jésus Fils du Père, Jésus Bar-Abbas, a-t-il été poursuivi, arrêté, emprisonné, jugé, condamné à mort et crucifié ? De quel crime a-t-il été inculpé ?
L'a-t-on mis en croix pour avoir prêché le bien, la vertu, l'amour des hommes, la paix ?
Ou n'est-ce pas plutôt, malgré les trompeuses apparences des récits évangéliques, s'empêtrant dans des explications entortillées et des incohérences, n'est-ce pas pour les mêmes motifs et sous la même inculpation que le « brigand » Bar-Abbas, factieux et meurtrier ?
Voilà la question. Y répondre, c'est résoudre presque tout le problème des origines du christianisme, c'est lever plus qu'un coin du voile sur la vérité historique en ce qui concerne le héros des Évangiles, crucifié par Ponce-Pilate. Essayons.
II. - LA THORA ET L'ESPÉRANCE MESSIANISTE
Le pacte d'alliance.
D'après tout ce que l'on sait de l'histoire juive, l'ancien peuple juif a toujours cru que le monde n'avait été créé que pour lui. Sa cosmogonie ou théorie de la création, reprise d'ailleurs aux mythes de Chaldée, le laisse suffisamment entendre, ainsi que la destruction des hommes par le déluge, fors Noé. Le Talmud le proclame expressément : « L'univers n'a été fait que pour les Juifs [1]. » Israël est le peuple de choix, le peuple « élu », « supérieur en gloire, en renom et en magnificence, seul sage et intelligent, nation si grande que toutes les autres en sont étonnées [2] ». Les Épîtres, mises dans le Nouveau Testament sous le nom de Paul, restent tout imprégnées, malgré les concessions nécessaires à la réussite de la propagande messianiste ou « christienne » en Occident, de ce particularisme étroit, sectaire, fanatique, d'après lequel « le Salut vient des Juifs ! D'abord les Juifs ! Le Juif premièrement ! » [3]
Puisque le monde n'a été fait que pour les Juifs, rien de plus naturel que leur espérance d'en devenir un jour les maîtres souverains. Le Pacte d'alliance passé entre eux et leur Dieu, - contrat synallagmatique s'il en fut : donnant ! donnant ! - n'a pas d'autre objet que la réalisation de cette espérance. Israël sera le serviteur fidèle d'Iahveh, dieu jaloux, n'adorera que lui, observera et gardera ses commandements, moyennant quoi, - le contrat est commutatif aussi, - Iahveh lui promet l'empire du monde.
Ce Pacte d'alliance, qu'on soupçonne dès Adam, qui est proclamé par Iahveh avec Noé après le déluge, expressément renouvelé avec Abraham, Isaac et Jacob, alors que les Beni-Israël ne sont encore que des tribus nomades allant, et venant entre la Palestine et I'Ëgypte, fut définitivement scellé, pas l'intermédiaire de Moïse, au Sinaï, au moment de sortir d'Égypte, « de la maison de servitude », les douze tribus, encore dans le désert, allaient conquérir la Terre promise.
L'épopée merveilleuse de Moïse sur le Sinaï, toutes ces scènes multiples où la magie côtoie le grandiose et où le sortilège même voudrait prendre un air sublime [4], ne sont que littérature pour donner le caractère de mystère et de grandeur qu'il faut à un traité passé entre des hommes et leur dieu.
Moïse monte trois fois sur le Sinaï à la rencontre d'Iahveh.
Quand il en descend une première fois et rejoint la horde des Sémites, maintenue à distance par des bornes, Iahveh, de sa propre bouche, et s'aidant peut-être d'un porte-voix [5], clame vers Israël ses Ordonnances, trois chapitres de Commandements, parmi lesquels ce qu'on appelle, bien à tort, le Décalogue.
Deuxième ascension de Moïse sur le mont embrasé. Iahveh lui promet des Tables de pierre ainsi que la Loi et les Commandements, deux choses bien distinctes, soulignons-le. Mais il ne lui remet, après quarante jours de tête-à-tête, que les Tables de pierre, au nombre de deux, et gravées par lui des deux côtés, autrement dit, lisibles en dedans et en dehors, et portant les Paroles de l'Alliance, les DIX PAROLES.
Les Paroles de l'Alliance, les DIX PAROLES, ne peuvent être le Décalogue, malgré l'équivalence amphibologique des deux expressions : Dix Paroles et Décalogue.
Le Décalogue ne contient aucune parole d'alliance. Il n'est pas inscrit sur les deux Tables de pierre, tandis que sur celles-ci sont portées au contraire les Paroles d'Alliance, qui constituent un pacte, un traité portant engagement d'Iahveh vis-à-vis d'Israël, et réciproquement. Contrat bilatéral ou synallagmatique, s'il en fut jamais. Il n'y a rien de pareil dans le Décalogue. Les Tables de pierre, au contraire, sont le témoignage d'un traité ; elles sont l'acte authentique, écrit, quasiment notarié, du Pacte d'Alliance, engageant mutuellement les deux parties. Ce n'est qu'ainsi que le contrat est parfait : il est la Loi, la THORA. S'il en était autrement, on ne comprendrait pas l'incident créé par Moïse qui, descendu de la montagne et trouvant Israël en adoration devant le Veau d'or, c'est-à-dire violant avant la lettre ses obligations, brise les Tables, les met en miettes. Le pacte est rompu. Moïse fait jouer « la clause résolutoire », sous-entendue dans tout contrat synallagmatique. Israël ne tient pas ses engagements, ceux d'Iahveh deviennent caducs. Les Tables n'ont plus de « cause », ni d'utilité ; Moïse les anéantit. Il est honnête. Il n'y a plus de convention qui tienne lieu de loi, plus de THORA entre les parties.
Pour ressusciter le Pacte, la Convention, il faut que Moïse monte derechef sur le Sinaï à la rencontre d'Iahveh qu'il réussit à apaiser, car le dieu est courroucé, on le comprend. Mais Iahveh ne clame plus alors ses ordonnances, obligations d'Israël. On distingue très nettement, à cette place du récit, qu'il les fait prendre par écrit, - il se méfie, - alors qu'elles n'avaient d'abord été que verbales. Moïse les écrit donc. Il écrit les Paroles, - la Loi et les Commandements, - qu' Iahveh a prononcées. Ensuite Iahveh grave lui-même, une seconde fois, « de son doigt, le doigt d'Iahveh », son propre engagement, les Paroles de l'alliance, sur deux nouvelles Tables de pierre [6].
La Loi, la THORA, c'est donc le pacte d'alliance, en bloc et c'est la Promesse d'Iahveh que Moïse, lorsqu'il descend du Sinaï, rapporte définitivement sur les Tables de pierre, dites les Tables du Témoignage.
La THORA, la Loi, en résumé, ce n'est pas autre chose que l'expression de ce Pacte d'alliance, et les Tables du Témoignage sont l' « acte », l'instrumentum, dit-on, en Droit, contenant les obligations bilatérales des deux parties. « Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi - j'allais dire : de Thora, - à ceux qui -les ont faites », dit notre article 1134 du Code Civil, s'inspirant de la raison éternelle.
C'est ne voir qu'un seul côté du contrat, comme on le fait à tort, que de prendre pour la Thora, pour la Loi, le Décalogue ou les Dix commandements, en y ajoutant les ordonnances sur la liberté et la vie, sur la propriété et les mœurs, sur les cérémonies du culte, - tout ce que Iahveh clame, Moïse auprès de lui, du haut du Sinaï, de sa propre bouche, en s'aidant d'un cornet, vers Israël maintenu à distance par des bornes. Les seules obligations d'Israël ne sont que la moitié de la Titon. Quel marché de dupe, Israël se liant à Iahveh sans contrepartie ! Comment y croire ? En échange des obligations que Iahveh impose à Israël, il promet sa protection, il prédestine Israël à la domination universelle, « car vous êtes mon peuple, vous m'appartiendrez, et toute la terre est à moi », dit-il. Voilà ce qu'il faut comprendre.
Et il faut comprendre aussi qu'accomplir la THORA pour Israël, ce sera réaliser ce contrat synallagmatique et commutatif : il servira Iahveh, son dieu, qui, lui, fera dominer sur toute la terre qui est à lui, le peuple qui lui appartient.
Mais pour quel temps, cette domination ? Pour quelle heure ? Comment et par qui ?
L'heure du Messie.
Cette réalisation, les anciens Israélites ont pu l'entrevoir avec le roi David. Pour peu de temps. Elle a sombré tôt dans les malheurs qui n'ont pas tardé à fondre sur eux. Après la destruction du royaume, - du royaume de Dieu déjà, de leur Dieu Iahveh, - pendant la captivité de Babylone, leur invincible espérance a pris corps, par la voix des Prophètes, grands et petits, sous la figure du Messie, Oint d'Iahveh, - Christ, en français, - de la descendance de David.
Mais avant de conquérir le monde, ce Messie, ce Christ, devait d'abord, avec l'aide d'Iahveh, délivrer Israël, le « sauver » ; et la foi juive se raccrochait à toutes les possibilités [7].
De plus en plus lancinante, au fur et à mesure que le peuple juif a subi les défaites, servitudes et jougs de l'étranger, l'espérance messianiste, christienne, est devenue une foi ardente, maladive, visionnaire. Elle est à son comble, à l'époque d'Auguste, quand le « trône de David » est tombé au pouvoir des Hérodes, usurpateurs iduméens, qui ne se maintenaient que grâce au protectorat de Rome.
Tous les Juifs, ou presque, alors, interrogent le ciel pour y voir apparaître le « Signe » de ce libérateur, [8] de ce Sauveur, de ce Jésus, Messie-Christ que Iahveh devait susciter parmi son peuple, et qui, issu de la souche davidique, délivrerait la Judée des Hérodes et de Rome, la bête à sept têtes, sur ses sept collines, poussant dix cornes en Palestine, dans la Décapole. Délivrance qui ne sera qu'un prélude à la victoire complète sur le monde asservi à son tour an joug d'Iahveh, à la domination des Juifs, constituant « le royaume de Dieu », et vengés enfin des injures des nations. Revanche terrible qu'il faut lire dans l'Apocalypse pour en goûter la saveur « christienne » [9].
Quand le Iôannès Christ, corps de chair en qui le Dieu Jésus montre le bout de sa langue, vocifère : « Le royaume de Dieu est proche ! », il annonce sa propre venue, le règne de mille ans , l'expression « le royaume de Dieu » est un change qui va de pair avec l'invention de Jésus-Christ, et qui, au fond, d'ailleurs est synonyme de la formule : « le règne de mille ans ».
Pour l'accomplissement de cette espérance, - toute la Thora, la Loi et les Prophètes, - la Judée, pendant près de deux siècles, d'Auguste à Hadrien, va être à feu et à sang.
Fanatiques du Pacte, toute une série de Messies-Christs vont se lever, fomentant l'émeute, menant la révolte contre les Hérodes et contre Rome, insurgée au nom de la Torah, de la Loi, qu'ils veulent accomplir. Les Évangiles disent : « Comme il est écrit dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes ».
Les Juifs du Temple et les Juifs christiens.
Le peuple juif est coupé en deux, forme deux clans.
D'un côté, avec les Hérodes, rois ou ethnarques, et protégés de Rome, le parti du Temple qui accepte, de bon gré ou par prudence politique, la royauté hérodienne et le protectorat romain. Juifs loyalistes, c'est en eux que Rome pendant ces guerres, aussi intestines que xénophobes, trouvera son plus sûr appui, ainsi qu'auprès du Temple, dans les grands sacrificateurs comme Caïphe et les Docteurs comme Gamaliel [10].
Dressés contre les Juifs loyalistes qu'ils haïssent autant que les Hérodes, suppôts de la Bête, voici les Juifs qui veulent chasser de Palestine les Romains et du trône la dynastie iduméenne, rétablir le royaume de David et sa race dams la gloire promise par Iahveh. C'est le parti davidiste, ce sont les messianistes, les « christiens », prototypes de ceux qui seront plus tard, - mais combien changés et camouflés, jusqu'à l'équivoque dans leur nom - les chrétiens [11]. Ce sont les réalisateurs de la Thora, interprétée dans son sens le plus farouche. Ils s'intitulent eux-mêmes, s'appliquant l'épithète en bonne part, les Kanaïtes, les Zélotes. L'un des disciples, Simon, dans les Evangiles, est donné, tout seul ! comme Kanaïte [12]. L'historien juif Flavius Josèphe, leur contemporain, retentit encore des exploits de ces Fanatiques, malgré les plus graves adultérations à son texte. Guérillas, séditions, massacres, pillages, sièges de villes, où les armes romaines eurent à souffrir et subirent quelques échecs, toute l'espérance d'Israël, toute la Thora s'essaie en tentatives d'accomplissement.
Ces Davidistes, ces Kanaïtes, ces messianistes, Flavius Josèphe les dénonce, les fouaille, les charge et les convainc des pires crimes ; il les accuse, les traitant de « Sicaires », d'avoir pillé indifféremment amis et ennemis, d'avoir tué, pour s'enrichir, - voir le meurtre apostolique d'Ananias et de Saphira, miracle de Simon-Pierre, - les personnes de la plus haute condition, et, sous prétexte de défendre la liberté publique, - le rétablissement du trône de David, - d'avoir porté la torche jusque dans le temple d'Iahveh.
Sous Auguste, deux révoltes. En 750, deux Docteurs de la Thora, Juda, fils de Zippori, et Matthias, fils de Margaloth, soulèvent le peuple, parce qu'Hérode-le-Grand avait fait placer un aigle d'or sur la principale porte du Temple, le mettant ainsi sous la protection des Césars. Dix ans plus tard, 760, nouvelle rébellion, à l'occasion du recensement de Quirinus, gouverneur de Judée, Juda le Galiléen ou le Gaulonite, de Gamala, dont le père Ezéchias avait déjà péri, victime d'Hérode, prêche l'insurrection, avec Sadok, son frère, peut-être, comme second. Ils tiennent la campagne, forcent Jérusalem, entrent dans le Temple. On se bat dans le Saint des Saints. Juda est tué, « entre le Temple et l'autel », comme le dit, de Zacharie, Jésus dans les Évangiles, en une apostrophe forcenée où gronde tout le légitime ressentiment du fils contre les complices du meurtre de son père.
Et nous arrivons aux temps « évangéliques ».
La rébellion « christienne » sous Tibère.
« Sous Tibère, dit Flavius Josèphe, un grand trouble eut lieu dans la Judée ».Et c'est tout ; aucun renseignement, aucune explication sur ce « grand trouble ».
Pourquoi ? Sinon parce que l'Église a fait le vide dans les manuscrits de l'historien juif. Rien de plus radical, pour dérouter l'histoire, que des coups de ciseaux dans les oeuvres des écrivains.
Ou bien, on insère des interpolations, de telle sorte que les auteurs se contredisent. On lit aujourd'hui dans Tacite : « Sous Tibère, la Judée fut tranquille ». Que vous disais je ? C'est le temps du Crucifié de Ponce-Pilate, du Christ, « Prince de la Paix ». Cette tranquillité ne va pas tout de même sans ressembler à un « grand trouble ». A Jérusalem, émeutes, rébellions, séditions, que Ponce-Pilate passe sa procurature à réprimer : affaire des enseignes romaines, affaire du corban et des aqueducs ; d'autres affaires encore, - aussi anonymes que Jésus-Christ qui n'a plus de nom de circoncision, - et où l'on sent des grouillements de foules tumultueuses. Où est le chef, l'animateur ? Inconnu. La faction n'a plus de chef. Pas d'instigateur aux révoltes judaïques, au « grand trouble ». L'Église ne l'a pas voulu. Il y a un nom, plusieurs même, sous toutes les séditions juives, d'Auguste à Hadrien. Ezéchias, Juda bar-Zippori, Matthias bar-Margaloth, Juda le Gaulonite, sous le règne d'Auguste ; Theudas-Taddée, Claude étant empereur; et c'est en ce temps que périssent, crucifiés sur l'ordre de Tibère Alexandre, un Simon et un Jacob, « fils de Juda le Gaulonite », dit Flavius-Jusèphe, et chefs des Hanaïtes, des Messianistes, des « christiens » ; Ménahem, fils de Juda le Gaulonite encore, sous Néron, et dont la révolte amena la prise de Jérusalem par Vespasien et Titus ; Bar-Kocheba, le fils de l'Étoile, sous Hadrien, et dont le nom de circoncision a disparu aussi, mais que l'on sait descendant de Juda le Gaulonite par un certain Eléazar-Lazare, mêlé aux insurrections juives sous Tibère, Claude et Néron, mort de mort violente, ainsi que Jaïrus, son parent, dont Jésus-Christ, au I° siècle, par la plume des scribes, ressuscite la fille, comme il ressuscite Lazare.
Tous ces révoltés contre les Hérodes et Rome, afin d'accomplir la Thora, l'espérance d'Israël qui, mise à mal par Vespasien et Titus, ne sombre définitivement qu'en 135 de notre ère, avec la ruine de la Judée, la destruction de Jérusalem, la dispersion des Juifs rayés à jamais comme nation de la carte du monde, sous Hadrien, tous ces chefs des insurrections « christiennes » en Palestine, sous chaque empereur, ont mis leur nom, leur marque sur les révoltes qu'ils ont fomentées et conduites. Seule de toutes les rébellions juives, celle qui fut « le grand trouble en Judée » sous Tibère, presque effacée par la censure ecclésiastique, n'a plus de nom, plus d'instigateur, plus de chef. Flavius Josèphe qui la signale est muet ; muet Tacite, qui sait que Ponce-Pilate fit crucifier le Messie-Christ, muet Suétone, qui dit que, sous Claude, les Juifs de Rome s'agitent à cause du Christ, muets tous les historiens, où l'on retrouve les traces des sophistications les plus manifestes !
Pourquoi ? Qu'a-t-on voulu cacher ? Sinon justement la vérité historique sur Jésus-Christ, qui, sous un autre nom, et Fils de Juda de Gamala, - Gamala, sur les bords du lac de Tibériade, devenue Nazateth en Évangile, - fut, avant d'être crucifié par Ponce-Pilate, et vengeur du sang de son père, goël-haddam, le premier Messie-Christ, chef en son temps, celui de Tibère, du parti juif davidiste, revendiquant pour son compte personnel la royauté d'Israël, le trône de David. Lui mort, ayant échoué, crucifié au nom de la loi Julia [1] , ses frères, ses parents, ont relevé le drapeau messianiste, tous christs, successivement, et membres de la même famille, celle de Juda le Gaulonite, issue de David - Shehimon(Simon-Pierre), l'un des deux Jacob-Jacques, l'autre avant le Jacob crucifié par Tibère Alexandre, fut lapidé, du vivant du Christ, sous le nom d'Étienne (ou Stephanos, la couronne), Lazare, Jaïrus, Theudas, Ménahem, Bar-Kocheba.
Est-ce que, caché sous , un masque pseudo-divin, le chef d'émeute et d'insurrection que fut le Christ a disparu des Évangiles ? [2]
La morale chrétienne.
On a l'habitude, quand il est question de Jésus-Christ, de ne voir que son enseignement moral. Par un préjugé qui vient de loin, on s'imagine que le christianisme, coupant en deux l'histoire du monde, a inventé la morale, et qu'avant lui, les hommes étaient plongés dans les ténèbres dé l'ignorance et de ce qu'on appelle le mal, d'où le Christ les aurait tirés. Bien de plus faux que ce point de vue ; rien qui résiste moins à la discussion.
La morale évangélique, - ou plutôt ce qu'on appelle ainsi, ressemble étonnamment à la morale des philosophes [3].
Mais la morale « évangélique », copie corrigée, si l'on y tient, de la morale antique, est-elle bien, - qu'on sente la nuance, - « la morale des Evangiles » ? Précisons - la morale « évangélique » ne sert-elle pas à cacher la morale des Evangiles ? Otez la morale « évangélique », copie de la morale humaine, quelle est la morale des Evangiles, celle qui est au fond ?
Nous allons la trouver ensemble.
La morale « christienne » évangélique.
Qu'on se rappelle l'histoire, que rapportent les trois synoptisés, du jeune homme riche demandant à Jésus :
-Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle
La question est directe. La réponse doit contenir toute la doctrine de Jésus sur le bien, sur la vertu, toute la morale, puisque le salut en dépend, - la vie éternelle !
Or, que répond Jésus ? Fait-il un cours sur la morale théorique ou pratique, celle des philosophes antiques, - laquelle valait bien quelque chose, - en y apportant du mieux, ce mieux prétendu qui la perfectionne ? Dit-il qu'il faut croire en lui comme en un Dieu venu du ciel, « afin que, croyant en lui, on ne périsse point, mais l'on ait la vie éternelle», comme on le lit dans le Selon-Jean ? Annonce-t-il que le rachat de l'humanité pécheresse est au prix de sa mort sur la croix ? Bien de tout cela. Il répond :
- Si tu veux entrer dans la vie [4], garde les commandements.
Le jeune homme aurait pu comprendre que ces commandements, ce sont précisément « la morale évangélique, les enseignements moraux qui résultent du sermon sur la montagne, les paroles prononcées par Jésus sur le bien, la vertu, la perfection ». Mais les auteurs des Évangiles ne permettent pas d'incertitude. Ils font poser par le jeune homme à Jésus une question nouvelle pour qu'il précise sa pensée. « Garder les commandements ? »
- Lesquels ? interroge le jeune homme.
Et Jésus répond :
- Ceux-ci : « Tu ne tueras point ; tu ne commettras point d'adultère ; ne fais de tort à personne ; tu ne déroberas point ; tu ne feras point de faux témoignages ; tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
En somme, rien de surnaturel, ni de surhumain. Ce sont les commandements du Décalogue, une petite partie des obligations imposées à Israël par Iahveh, en échange de sa protection. La scène s'achève sur une pirouette. Le jeune homme s'en va, fort triste, « car il était fort riche ». Le récit a une coupure. Les commandements, c'est la Thora, le Pacte d'Alliance.
On n'en fait donner par Jésus que la moitié. Mais les initiés ont compris. S'il en était autrement, si le scribe ne sous-entendait pas «l'espérance d'Israël à réaliser », que signifierait cette scène? Donc, Iahveh ou Dieu n'aurait envoyé son fils, l'Abba son Bar, que pour répéter aux Juifs un morceau du Décalogue ? Messie juif dans sa campagne de Prétendant, ou Dieu rédempteur du monde, par quelque côté qu'on envisage son rôle, et sa mission, Jésus-Christ n'évoquerait que ces préceptes de la morale de l'honnête homme, pour « la vie éternelle » ? Quelle dérision ! «Vends tous tes biens », pour la cause d'Iahveh, nous fait comprendre ce que L'Evangile ne dit plus.
La Thora.
Que reproche Jésus-Christ, entre autres aménités, aux Pharisiens et aux Sadducéens, responsables du sang des Prophètes jusqu'à Zacharie, tué au Recensement ? De négliger les commandements de la Thora : justice, pitié, foi, en un mot, de trahir le Pacte d'alliance [5].
- Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi (la Thora, qui lie Iahveh à son peuple) ou les Prophètes (qui ont annoncé le Messie libérateur), proclame-t-il. Je suis venu lion pour l'abolir, mais pour l'ACCOMPLIR. Amen ! je vous le dis : avant que la terre et le ciel aient passé (allusions directes aux destructions de l'Apocalypse), il ne passera de la loi ni un iod (un i), ni un trait de lettre (c'est mettre les points sur les i), jusqu'à ce que TOUT soit accompli (de la Thora).
Que TOUT soit accompli de la Thora ? Qu'est-ce à dire ? Les dix commandements seulement ? Mais ce serait ridicule, n'aurait aucun sens. Quelle signification, qui ne soit pas un change, donner à cette phrase, si elle ne veut pas dire que le Christ est venu pour réaliser, au sens juif, l'espérance messianiste : chute des Hérodes, chute de Rome, triomphe d'Israël et domination du Messie sur toute la terre ? [6].
La Thora ? Même mort, et ressuscité, - Jésus-Christ n'enseigne qu'elle, ne pense qu'à elle. Il l'explique aux disciples d'Emmaüs, qui comprennent si bien de quoi il retourne, qu'en l'écoutant, avouent-ils, « leur cœur brûlait au-dedans d'eux », Simon, Jacob, Thaddée, Ménahem, et qu'ils essaieront de venger sa mort et son échec. Devant les Onze, pour justifier, au III° siècle, sa vie et sa crucifixion, c'est toujours la Thora, le Pacte d'alliance qu'il invoque, « afin que tout fût accompli ».
Accomplir la Thora ? c'est réaliser le Pacte d'alliance, c'est mener la révolte contre Rome, contre les Hérodes, contre tous ceux, - Juifs compris, - qui ne font pas la guerre avec et pour la race de David, afin de restaurer à son profit le royaume d'Israël. « Qui n'est pas avec moi est contre moi ! » a dit Jésus.
Lorsque Juda et Matthias, - affaire de l'aigle d'or enlevé du Temple, - comparaissent devant Hérode-le-Grand, que répondent-ils au roi leur demandant « Qui vous a commandé une pareille action ? ». Ils répondent :
- Notre Sainte THORA ! Trouves-tu étrange qu'ayant reçu cette Thora sainte de Moïse, à qui Adonaï lui-même l'a donnée (les Tables du Témoignage), nous la préférions à tes ordonnances ? Et crois-tu que nous appréhendions de souffrir ce qui, au lieu d'être le châtiment d'un crime, sera la récompense de notre piété ? [7]
La « piété » envers la Thora ? Juda et Matthias sont des justes, de « ceux qui ont faim et soif de justice », c'est-à-dire qui défendent la Thora, qui écoutent et suivent le Juste par excellence, le Messie, le Christ, car la justice, c'est l'accomplissement de la Thora, l'établissement du règne de Iahveh, par les Juifs, son peuple, sur la terre entière [8]
. « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » demande le jeune homme riche. « Accomplir la Thora, ce qui dispense une vie immortelle », ont répondu déjà, Juda et Mathias. Et Jésus, par une variante évangélique qui veut dire la même chose : « Gardes les commandements ! »
Par suite de quelle aberration du bon sens le plus élémentaire peut-on admettre que les Romains auraient haï, pourchassé, persécuté « le sage Jésus qui eut une façon de concevoir la révolution juive si différente de celle de Juda le Gaulonite », comme dit Renan (qui n'a rien compris aux origines du christianisme), s'il avait voulu « sauver le monde », au sens où on l'entend aujourd'hui, et comme si le monde d'alors, pour avoir besoin d'être« sauvé », avait une moralité inférieure à celle du nôtre, après douze ou treize siècles d'action chrétienne, cependant ? Ce serait un fait unique, un miracle que, dans la Judée du temps de Tibère et jusqu'à Hadrien, il ait pu se lever simultanément des Messies-Christs dont les exploits guerriers se lisent encore dans les auteurs profanes, et un Messie-Christ, tel que celui des Evangiles conventionnels. Mais, s'il était vrai, ce fait unique, le Christ conventionnel ferait avec les autres un si saisissant contraste qu'il serait entré dans l'histoire par effraction, et non par les écrits ecclésiastiques. Et surtout, comment peut-on croire que les Hérodes et Ponce-Pilate auraient mis en croix ce « Prophète de la Paix », ce Jésus-Christ prédicateur de morale, ne rêvant que le règne du bien, de la vertu et de la résignation dans les âmes ; qui n'aurait pu que servir leur cause, en apaisant les passions déchaînées, qui eût été un agent d'ordre, leur agent, en un temps où ils ne sont occupés qu'à réprimer des séditions et des révoltes, qu'à « éteindre le volcan qui sans cesse se rallume sous leurs pieds »? Renan dixit. Loin de le crucifier, ils l'auraient inventé, si possible, et, le trouvant de bonne volonté, ils l'auraient commandité et subventionné en sous-main. S'il eût couru quelque péril, ils l'eussent protégé et sauvegardé contre ses ennemis. Car c'étaient de fins politiques.
Le Messie.
C'est donc que Jésus-Christ, c'est donc que le Juif crucifié par Ponce-Pilate, que les Écritures ont transfiguré, a été autre chose. C'est qu'il a tenté d'être, c'est qu'il s'est dit le Messie, c'est qu'il a agi pour accomplir la Thora, le Pacte d'alliance, pour être roi d'Israël [1]. Il a été le Messie, le Christ.
Le Messie ? Mais il l'est avant que de naître. L'ange Gabriel le dit formellement à Marie : « Tu enfanteras un fils... Le Seigneur (Iahveh) lui donnera le trône de David, son père. Il règnera éternellement sur la maison de Jacob ». Le trône de David, la maison de Jacob ? Où trouver, dans cette prédiction, de la morale « évangélique » ?
Le cantique de Zacharie à la naissance [2], que proclame-t-il ?
- Béni soit le Dieu d'Israël (Iahveh, je pense, et nul autre), de ce qu'il a visité son peuple et nous a suscité un puissant sauveur (textuellement : une corne de salut) dans la maison de David. Comme il en a parlé dans les anciens temps par la bouche des saints Prophètes - il l'a même gravé de son doigt sur les Tables de pierre, - il nous délivre de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent... et se souvient de sa Sainte Alliance, selon le serment qu'il a fait à Abraham, notre Père, [3] de nous accorder, qu'après nous avoir délivrés de nos ennemis (toujours), nous le servirions sans crainte.
C'est, en deux phrases, tout le « synallagmatisme » du pacte d'alliance.
Le chant d'actions de grâces de Marie enceinte et attendant sa délivrance, tout adouci et mélangé qu'il soit, n'en contient pas moins la même espérance dans le Messie, la même certitude dans la réalisation de la Thora :
« Le Tout-Puissant m'a fait de grandes choses... Il a déployé avec force la puissance de son bras... Il a renversé le trône des puissants (elle en parle comme d'un fait accompli, tant elle a foi dans le Pacte d'alliance)... il a pris en main la cause d'Israël son serviteur, et il s'est souvenu de sa pitié (pour les Juifs sous le joug d'Hérode et des Romains), ainsi qu'il en avait parlé à nos pères, envers Abraham et sa postérité pour toujours ».
Sont-ce là des hymnes sur le rachat et le salut de l'humanité pécheresse ? Ou bien l'explosion de joie des Juifs messianistes, en l' honneur du libérateur espéré qui doit réaliser le Pacte d'alliance, la délivrance d'Israël ?
Que dit Siméôn, - ce vieillard qui attendait à Jérusalem la « consolation » d'Israël (consolation de quoi ? sinon de la servitude qui va finir ?) Ceci : « Je puis mourir, mon Dieu, car mes yeux ont vu ton libérateur (ton ? c'est-à-dire de toi, qui vient de toi). » Il a vu le petit enfant de Marie, le futur Messie de Iahveh, « préparé pour être, à la face de tous les peuples, la lumière révélatrice des nations, - ou des goïm-gentils ».[4]
Un prédicateur de la paix et de la morale « évangélique », cet enfant, avec cet horoscope et l'enthousiasme messianiste que sa naissance déchaîne ? Si dangereux qu'à peine est-il né, son père l'emmène en Égypte pour fuir la colère d'Hérode ? qui est salué comme Roi des Juifs par des Mages que l'on fait accourir tout exprès de Chaldée, au signe de l'Étoile, et qui, plus tard réchauffera le zèle de ses partisans en s'écriant :
- Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je suis venu apporter non la paix, mais l'épée ! ».[5]
Aveu direct encore à la Samaritaine : « Je suis le Messie, moi qui te parle, le Messie, - et le Selon-Jean interprète : c'est-à-dire le Christ, - qui doit venir ». Pour sauver le monde ? Oui, mais de quoi ? sinon de la domination romaine, au profit d'Israël.
Messie juif, fils de David, Prétendant royal, Christ qui devait « élever Israël par-dessus les aigles (les aigles romaines) et le loger dans les Etoiles », comme il est dit dans l'Assomption de Moïse, il n'est que cela dans les Évangiles, malgré sa morale « plaquée », révolté toujours en fuite sous la poursuite d'Hérode « qui le recherche pour le faire mourir », à qui il n'échappe longtemps qu'à cause des partisans qui le protègent, - les foules des Évangiles, - qui lui offrent asile. le dérobent sans cesse, « car son heure n'est pas venue », traduisent les scribes. « Les renards ont des tanières », c'est-à-dire les Hérodes ont des palais, car Hérode, c'est le renard ; « Allez dire à ce renard... » - « et le Fils de l'Homme (le Messie) n'a pas un oreiller pour reposer sa tête ». C'est le cri de l'insurgé toujours traqué contre celui qui le traque [6].
La montée à Jérusalem pour la grande Pâque sabbatique et jubilaire, 788-789, - convertie en une sorte de manifestation de fête avec réjouissances publiques, n'est pas autre chose que la tentative suprême du prétendant qui joue son va-tout. Dès Jéricho, un aveugle le salue du titre de Fils de David, messianique au premier chef. Sous les transports de la foule, que l'exégèse traditionnelle donne comme idyllique, on touche, marqué en traits de feu, le caractère insurrectionnel de cette montée à Jérusalem, vrai coup de force. L'enthousiasme des « foules » ne laisse aucun doute [7].
« Béni soit le Roi qui vient au nom de lahveh ! Hosanna au Fils de David ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre Père ! Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom de Iahveh, le roi d'Israël ! »
Les quatre Evangiles sont unanimes. C'est bien le Messie qu'on acclame. Les scribes ont essayé d'atténuer ce caractère historique du Christ, son rôle de factieux, en lui faisant renier, en paroles, ses actes, ici et là. Quand on lui demande s'il est le Christ, il ne répond ni oui, ni non. Il recommande de ne « le » dire à personne. Puérilité de scribes, qui ne résistent pas à l'examen, qui sont contredites par les faits. C'est Simon dit la Pierre qui est dans le vrai quand il répond à Jésus qui demande à ses disciples qui il est : « Tu es le Christ ! ». Il ajoute, il est vrai « le Fils du Dieu vivant ». Mais entre le cri : « Tu es le Christ et la formule : « le Fils du Dieu vivant », cent cinquante ans de gnosticisme ont passé.
Jésus-Christ a, à ce moment critique, l'occasion de prouver qu'il n'est qu'un prédicateur de morale. Le scribe lui « tend la perche », comme on dit.
- Fais-les donc taire, ces gens qui te sacrent Messie ! lui disent en effet les Pharisiens.
- Amen ! répond Jésus, si ceux-ci se taisent, les pierres crieront !
Oui, comme plus tard, on dira - la poudre parle [8].
Le Christ Bar-Abbas, Roi des Juifs.
L'arrestation a lieu, puis le jugement, puis la crucifixion.
Je m'en voudrais d'analyser ici les incohérences, les contradictions, les invraisemblances des récits évangéliques. Elles résultent nécessairement du pénible travail littéraire auquel, se sont livrés les scribes, pendant deux ou trois siècles, et les conciles à la rescousse, pour essayer, bien maladroitement, de travestir la vérité [9].
Mais la vérité y est encore, tant elle a été la vérité ; elle a résisté à toutes les retouches, à toutes les impostures, et elle rayonne, sous son travestissement, et à cause de lui, du jour le plus cru.
Dans le Selon-Jean, les Juifs livrent Jésus en tant que « malfaiteur », comme Bar-Abbas, et pour s'être dit « Fils de Dieu », soit encore Bar-Abbas. Pilate lui demande : « Donc, Roi, tu l'es, toi ? » Et, dans la pensée de Pilate, même ironisant, le Roi des Juifs qui est-ce, sinon l'adversaire de César et de la domination romaine, le libérateur, le t »Jésus » politique ? Il le connaît bien. Et Jésus répond : « Tu dis que je suis roi. C'est pour cela que moi je suis né et pour cela que je suis venu dans le monde [10] ». Sur l'écriteau : « Jésus Nazaréen, roi des Juifs » [11]. Dans le Selon-Matthieu, mêmes certitudes. On a ajouté, pour plus de précision, que l'écriteau « porte le motif de la condamnation ». Le Selon-Marc diffère peu du Selon-Matthieu. Le Selon-Luc est plus « travaillé », s'il est possible. Mais la vérité lui doit beaucoup. Il ne supprime pas l'acte d'accusation, malgré son incohérence, Avant la comparution devant Pilate, les sacrificateurs interrogent Jésus. « Si tu es le Christ, dis-le nous... Tu es donc le Fils de Dieu (Bar-Abbas) ? ». Jésus répond : « Vous dites vous-mêmes que je le suis ». Ils sautent sur l'aveu, assez jésuitique, c'est le cas de le dire. « Qu'avons-nous encore besoin de témoignage ? Nous l'avons nous-mêmes entendu de sa bouche ! ». Ils le mènent devant Pilate. Et alors, font-ils état de l'aveu qu'ils viennent de recevoir ? L'accusent-ils d'avoir avoué être Bar-Abbas ? Nullement. Tout Juif l'était. Ils l'accusent d'être le Christ, le séditieux. Ils le dénoncent comme tel à Pilate, comme si le procurateur qui a arrêté le Christ à Lydda avait besoin qu'on le lui apprenne : « Nous avons trouvé celui-ci soulevant notre nation, défendant de payer le tribut à César, - comme Juda le Gaulonite en 760, - et se disant le Christ, le Roi [12]». Ils insistent : « Il soulève le peuple enseignant - prêchant l'Apocalypse et le règne de l' AEon, du cycle de mille ans, la guerre contre Rome, - par toute la Judée. Après avoir commencé par la Galilée, il est venu jusqu'ici ». Le voilà bien, le chef, l'instigateur, l'animateur du « grand trouble » dans la Judée, sous Tibère [13].
Faut-il une preuve évangélique de plus que Jésus-Christ a bien été le Messie et condamné comme tel ? Lisez jusqu'au bout le Selon-Luc. Après la crucifixion et la mise au tombeau, que dit à Jésus-Christ lui-même, ressuscité, et qu'il ne reconnaît pas, - la transfiguration a passé par là, durant deux siècles, - l'un de ses fidèles partisans, tout marri de l'échec de l'insurrection, son beau-frère, je pense, ou son oncle Cléopas, pour l'appeler par son nom ?
- Pour nous, nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël ?
Est-ce clair ?
Ainsi, au point où nous en sommes arrivés, rien qu'en nous appuyant sur les anciennes Écritures hébraïques et les Évangiles, qui ne sont pas autre chose que de nouveaux écrits, judaïques aussi, - christiens, - il y aurait eu dans la même année 788 = 35, le même jour, deux Juifs prisonniers, et tous les deux prisonniers de marque, portant les mêmes noms ou surnoms Jésus Bar-Abbas et tous les deux arrêtés pour la même cause : sédition, émeute, révolte, meurtre, tentative de révolution politique ?
Ces deux prisonniers n'en font qu'un [14]
Que faut-il de plus pour vous convaincre ? Encore un faux de l'Église ? Le voici, puisqu'il faut aller jusqu'au bout.
Le marquis de Kar-Abbas.
Quelque deux ans après les événements de Judée, après « le grand trouble » qui amena la crucifixion du Messie-Christ, Tibère étant mort, son successeur Caïus Caligula établit comme ethnarque de Bathanée, avec le titre de roi, sous la domination duquel devait peu à peu se reconstituer pour un temps le royaume de David, un prince hérodien, son favori, Hérode Agrippa.
Venant de Rome et se rendant en Palestine pour prendre possession de ses États, Agrippa fit escale à Alexandrie où vivaient deux cent mille Juifs. C'était le séjour du philosophe Philon, néo-platonicien, frère de l'alabarque Alexandre, dont le fils Tibère Alexandre, procurateur de Judée sous Claude, fit crucifier Simon-Pierre et Jacob-Jacques, disciples et « frères du Seigneur », chefs alors des Kanaïtes, et inculpés d'insurrection, comme Bar-Abbas.
Les Juifs d'Alexandrie firent fête au nouveau roi Agrippa. Parmi les cérémonies données en son honneur, il y eut une représentation de gala au Gymnase.
Quelle pièce, quelle représentation pensez-vous qu'on pouvait jouer devant Hérode Agrippa, afin de lui faire honneur et plaisir ? Écoutez Philon qui la raconte [1] :
« Il y avait dans la ville un fou nommé... - je dirai son nom tout à l'heure, - atteint d'une douce folie. Il passait les jours et les nuits à peine vêtu, par les routes (il n'avait, comme le Christ, nul lieu pour reposer sa tête), jouet des enfants et des adolescents en vacances. Ayant poussé ce malheureux jusqu'au Gymnase et l'ayant placé bien en vue (surélevé ; le texte grec dit meteôron), de sorte qu'il regardât de haut, on mit sur sa tête en guise de diadème une large feuille de papyrus, on enveloppa le reste de son corps d'étoffe en guise de chlamyde ; on lui mit en main comme sceptre un roseau ramassé en chemin. Ensuite, comme dans les mimes de théâtre, après qu'on l'eût orné des insignes de la royauté et transformé en roi de comédie, des jeunes gens portant des bâtons sur leurs épaules, imitant des soldats avec leurs lances, se placèrent de chaque côté, tels des gardes du corps. D'autres s'approchèrent comme pour le saluer, ceux-ci pour lui demander justice, ceux-là pour être conseillés sur les affaires publiques. Alors, de la multitude placée en cercle, un cri retentit, inconvenant, appelant : « Maran ! » (Ainsi dit-on, chez les Syriens, nomme-t-on le Seigneur).
Qu'on relise ce morceau. Il le mérite. Il vaut d'être analysé de près, et comparé surtout avec les textes évangéliques, car il est, sous forme de tragi-comédie, toute la Passion du Christ, avant la Crucifixion [2].
Voici d'ailleurs l'histoire dans les Évangiles : « Les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus-Christ dans le prétoire; ils rassemblèrent autour de lui toute la cohorte. Ils lui ôtèrent ses vêtements et le revêtirent d'un manteau écarlate. Puis, ayant tressé une couronne d'épines, ils la lui mirent sur la tète, et un roseau dans la main droite et, fléchissant le genou devant lui, ils se moquaient en disant : « Salut, roi des Juifs ! » [3] , ils crachaient sur lui, et, prenant le roseau, ils lui donnaient des coups sur la tête, etc. ».
Admirons l'esprit d'à-propos, le sens de l'actualité, chez les Juifs d'Alexandrie, dont beaucoup certainement étaient montés à Jérusalem pour la Grande Pâques sabbatique et jubilaire de 788-789, et avaient été les témoins du procès et de la crucifixion du Messie-Christ [4]. Quel autre sujet de pièce, plus approprié aux circonstances, pouvaient-ils mieux choisir pour une représentation théâtrale en l'honneur du nouveau roi, petit-fils d'Hérode-le-Grand, et de cette dynastie qu' avait voulu évincer du trône de Judée le Prétendant davidique, le Messie crucifié par Ponce-Pilate ? Et quelle scène plus que flatteuse celle où le Messie est bafoué dans un rôle tenu par un fou ?
Or, ce fou, ce malheureux à qui l'on fait jouer la Passion de Jésus-Christ, en parodie ridicule, comment s'appelle-t-il donc dans l'ouvrage de Philon ?
BAR-ABBAS
[5]. Qu'est-ce que la vérité ? demande, au III° siècle pour le moins, dans le Selon-Jean, le revenant presque christianisé du Procurateur Ponce-Pilate, au Prétendant davidique Jésus Bar-Abbas, impassible et à demi-désenjuivé sous le masque qu'on lui a mis de Rédempteur du monde.
La Vérité ? Vous savez maintenant ce que répond l'Histoire BAR-ABBAS !
Fin du Livre I de "L'énigme de Jésus-Christ" de D.Massé
Suite Livre 2 - Chapitres 1 et 2
Notes pour les chapitres 2 et 3 du tome 1
Notes de la section 22
[2] Le morceau, dans Philon, a été retouché par une main ecclésiastique. Les marques d'effraction sont manifestes. L'épithète inconvenant (atoitos, en grec), pour qualifier le cri des assistants, appelant par moquerie : Seigneur, le fou couronné comme roi, prouve même que l'Église ne s'est pas trompée sur la portée et la valeur de cette histoire, sur son sens historique. On a aussi transformé le mot araméen Maran, en Marin, comme si Philon, juif, ignorait sa langue maternelle. « Maran » rappelle l'Apocalypse, non pas l'adaptation grecque dite de Pathmos que nous avons, mais l'Apocalypse originale, en araméen où le mot se trouvait répété (Apoc., XXII, 20), vœu de l'espérance messianiste. « Viens, Seigneur ! ». L'épître I Corinthiens, XVI, 22, est plus, indiscrète ; elle porte encore : « Maran atha ! » en araméen dans le texte grec (le Seigneur vient). Le nom du fou, aussi, a été « truqué », pour égarer la vérité.
Le récit de Philon, bien qu'il se tienne dans l'ensemble, contient encore des phrases assez mal enchaînées, dont la syntaxe est bizarre. On les traduit, mais le mot à mot est impossible. Tet quel, il serait plus semblable encore aux scènes des Evangiles, si les Évangiles eux-mêmes n'avaient pas aussi été « arrangés ». Dans la Première Apologie (XXXV, 6), du IV° siècle certainement, - mise sous le nom de Justin, qui vivait au II°, et dont oit fait un saint. à cause de cela, - on lit que « comme le Prophète l'avait annoncé, les Juifs tirèrent Jésus de côté et d'autre (le texte grec dit même : le disloquèrent) et le firent asseoir sur un trône (bien en vue, météore, dit Philon), en lui disant: « Juge-nous ! » Dans Philon : « Pour lui demander justice ». Or, ces précisions de « saint » Justin ne sont plus dans les Évangiles. Concluez.
[3] « Salut, roi des Juifs ! » ; Ils imitent Pilate, et non point leur chef.. comme Pandore, ce centenier préposé au supplice pour le service d'ordre, à qui les scribes font dire : « En vérité cet homme était un juste » !
[4] A l'occasion de la Pâques, les pèlerins affluaient à Jérusalem de toutes les campagnes et montagnes, d'Égypte et d'ailleurs. Ainsi les factieux pouvaient opérer plus à l'aise, échapper au besoin aux poursuites. Et, pour les troubles, les Hiérosolymites pouvaient en rejeter sur les Juifs de l'extérieur toute la responsabilité auprès des Romains.
[5] J'ai prévenu que le nom avait été « truqué ». A peine, en vérité ! Les manuscrits, sous le calame des scribes, ont transformé BAR-ABBAS en KARABBAS. Mais la scène indique suffisamment qu'il s'agit bien du Roi des Juifs, BAR-ABBAS. La fraude est évidente, Elle constitue un aveu. Fraude « pieuse », sans doute, encore et toujours.
Ajouterai-je que devant Pilate, lorsqu'ils essaient de cacher la vérité en faisant dire au scribe : « Mon royaume n'est pas de ce monde », - Ils ont peut-être lu dans Eusèbe, les histoires sur les descendants de Juda le Gaulonite amenés devant Domitien, et leur réponse à ce prince, - les Evangiles ne peuvent s'empêcher de piquer une allusion à « ses gens qui combattraient pour le délivrer, si son royaume était de ce monde ».
A quoi bon ? On retrouve ici, comme partout dans les écrits ecclésiastiques, ce dosage savant, fait par les scribes, de la vérité historique du I°siècle sur le Christ crucifié par Ponce-Pilate, Messie sous Tibère, et le dieu-Jésus venu de Cérinthe et des gnostiques, pour une incarnation pénible aboutissant, au III° siècle, à Jésus-Christ
Notes de la section 21
[1] Dans les Talmuds, Jésus et son Père sont dit Bandera, Pandera, Panthera, - corruptions certaines de Pan-thora, Toute-la-loi ; ce surnom vaut à lui seul, tout un commentaire, celui qu'en donne Jésus lui-même : « Je suis venu accomplir la Thora, toute la Thora, jusqu'au iod, jusqu'au plus petit trait de lettre ».C'est pour atténuer l'effet de ce surnom typique, Panthora, que les Juifs du Talmud l'ont déformé, et que le scribe juif qui, au IV° siècle, a mis le Contra Celsum sous la signature d'Origène, pour faire croire que l'ouvrage est du second siècle, y a inséré la calomnie infamante de l'adultère de Marie avec un soldat romain nommé Panthèr, de qui elle aurait conçu Jésus-Christ. Panthèr, c'est Panthora, c'est d'abord Juda le Gaulonite, - l'inconsistant Joseph des Évangiles, - puis c'est son fils, qui a hérité de ses enseignements et du surnom, comme d'une raison sociale.
[2] La naissance du Joannès. Mais le Joannès, mué en Jean-Baptiste, décapité sur le papier par la plume des scribes, afin d'arrêter vivement sa carrière qui se serait confondue avec celle de Jésus-Christ sans cela, n'est pas, historiquement, un autre individu que le Christ, sous son nom d'Apocalypse, de révélation, de Qabbale, autrement dit. Si le Joannès n'est pas le Christ, le cantique de Zacharie est une imposture. Mais il y a d'autres preuves de leur identité. On commence à s'en apercevoir.
[3] « La promesse d'avoir le monde pour héritage fut faite à Abraham ou à sa postérité », dit l'Epître aux Romains (IV, 13), qui ajoute, « en vertu de la justice de la foi ». Autrement dit ; la foi dans la promesse d'avoir le monde pour héritage faite à Abraham ou à sa postérité, c'est la Justice.
[4] J'ai traduit à peu près, comme le font les traducteurs ordinaires. Mais le sens est : « préparé pour être, (projetée dans l'Apocalypse), la lumière des nations ». Car il y a ici un jeu de mot qabbalistique, de qabbale, presque intraduisible sur l'Apocalypse. Ce Siméôn s'appelle, en grec, Sumeôn. La traduction Simeôn est fautive ; on devrait écrire Symeôn, l'u grec équivalant à y. Mais, au fond, les traducteurs, sans s'en douter, ont raison. Sumeôn est une déformation du mot grec xxxxx (sêmelon), le Signe, où l' ê est un êta qui se prononce i. Nous le savons. Simeôn, donc, le Signe, - rien de Simon, - parle le langage des Sibylles, - en vers, bien entendu, dans la prose ordinaire de l'Evangile. Il veut dire, aussi clairement qu'il le peut, et par siméiologie ou sim ilitde, n'étant qu'un signe anthropomorphe, un symbole, un corps allégorique, que le petit enfant révélera (il sera la lumière) dans l' Apocalypse, l'Espérance d'Israèl (sous son nom de Qabbale, Joannès). Et , en effet, il l'a bien révélée mais réalisée, non pas, du moins en fait ; car sur le papier, oui.
[5] Et ce ne sont pas ses seuls cris (le guerre : « Que celui qui n'a pas de bourse vende son manteau pour acheter une épée ! » (Luc, XXII, 36). Et le sens de cette parabole qui se termine ainsi : « Amenez ici mes ennemis, ils n'ont pas voulu m'avoir pour roi ; et tuez-les en ma présence ». (Luc, XIX, 27).
[6] Le renard, dans les Évangiles, c'est alopex, qui signifie bien renard. M. Henri Meunier (Miss. hist. Jésus, p. 26, en note), pour prouver que Jésus ne craignait pas Hérode, traduit alopez par chacal. Suit toute une dissertation sur ce qu'est le chacal en Palestine et dans la Bible. C'est de l'exégèse bien curieuse.
[7] Je ne dirai ici qu'un mot sur l'âne. Il est symbolique, comme dans toutes les représentations des Christs à tête d'âne. Symbolique, comme les Poissons. Il est le signe de la victoire. Il figure déjà dans la fameuse prophétie de Jacob sur le Sciloh (Messie) qui « attachera son âne à la vigne ». L' Ane, disent les exégètes, est très honoré en Orient. Ainsi expliquent-ils cette ridicule montée de Jésus sur un âne à Jérusalem. L'âne est honoré comme symbole, oui. Mais comme bête, c'est une autre affaire. Il n'est pas d'animal plus maltraité par les Arabes et les Sémites du peuple.
[8] M. Henry Monnier (La mission historique de Jésus , p. 60) qui, pour les besoins de la foi et de l'exégèse orthodoxe, côté protestant, efface à dessein tout ce qu'il y a de messianique dans les Évangiles, reconnaît que Jésus, à ce moment, « se laissa décerner sans protester le titre de Messie, et parut même le provoquer ». Parut ! Il avoue ailleurs que l'entrée à Jérusalem fut marquée par des possibilités de victoire. Mais alors ? Qu'est-ce à dire ? S'agissant d'un rénovateur moral, on ne comprend pas.
[9] Le Selon-Jean nous présente Jésus devant Caïphe, se défendant comme prédicateur du royaume des cieux, ce qui d'ailleurs, entendu au sens juif, est vrai : Réalisation du royaume d'Iahveh, accomplissement de la Thora. Jésus dit aussi : « Mon royaume n'est pas de ce monde ». Ce qui est exact encore, au sens juif, le règne d'Israël ne devant advenir qu'après la destruction du monde : voir l'Apocalypse. Mais on comprend que ces phrases sont voulues à double sens. Ponce-Pilate a l'air d'un fantoche tenant une-cour de justice à allures académiques, sous le Portique à Athènes, et non sur le Lithostratos, en hébreu : gabbattha. Les scribes le ménagent. Ils écrivent, aux III° et IV° siècles, au moment où l'on conquiert le monde romain. Pour un peu, Ponce-Pilate relâcherait Jésus. Il ne trouve aucun crime en lui. Les Juifs doivent lui faire la leçon : « Si tu le relâches, puisqu'il s'est fait Roi, tu n'es pas ami de César ». Pilate, plus Juif que nature, christien presque, essaie encore de sauver Jésus. « Crucifierai-je votre Roi ? » - « Nous n'avons d'autre Roi que César », répondent les Juifs, plus romains aussi que nature.
On est en train de préparer ce faux éminent : les Actes de Pilate. Est-ce que ce procurateur aussi n'a pas envoyé un rapport à Tibère, un procès-verbal des guérisons miraculeuses qu'on attribue à Jésus, comme s'en portant le garant (Tertullien : Apolog., ch. XXVI ; Eusèbe, H. C., II, II, où l'on voit Tibère en référer au Sénat. Résultat du faux : suppression dans Tacite de toute la partie relative à la conspiration de Séjan, quatre livres entiers, les VII, VIII, IX et X des Annales, qui révélaient le faux) ? Même la femme de Pilate qui passe au Christianisme, comme le centenier qui a commandé le piquet d'escorte et de garde au Golgotha. Aucune invraisemblance n'arréte les faussaires.
Le Selon-Matthieu escamote l'acte d'accusation. Les sacrificateurs accusent Jésus. Mais de quoi ? On ne sait pas. Pilate dit : « N'entends-tu pas les témoignages portés contre toi ? ». Jésus ne répond sur aucun point. Le Selon-Matthieu avec le Selon-Marc, ajoutent : « Pilate comprenait que c'est par envie qu'ils l'avaient livré ! » Par envie ! Et Ponce-Pilate, haut fonctionnaire de ce peuple romain à qui la civilisation doit le meilleur de sa science juridique, de ce peuple qui a créé le droit, aurait laissé crucifier ce Juste, en qui, - on a l'effronterie de le lui faire proclamer, avouant sa forfaiture, - il ne trouve « aucune cause », rien qui permette même de l'inculper ? Et cela pour obéir à des Juifs braillards, dont, dans d'autres circonstances, il se débarrassait à coups de triques. Affaire des acquéreurs.
Je soupçonne d'ailleurs le scribe qui a « travaillé » le Selon-Matthieu d'avoir mis dans le grec : dia phthonon, par envie, an lieu de : dia phonon qu'il a rencontré dans la vérité historique. Il a glissé un têta, une toute petite lettre après le ph de phonon. Dia phonon, signifie: à cause d'un meurtre. Bar-Abbas est en prison, - voyez le texte grec, - dia phonon. Tout se tient dans la fraude, - et tout s'explique.
Dans le Selon-Matthieu, Pilate demande : « Que ferai-je de Jésus, qu'on appelle le Christ ? ». Dans le Selon-Marc : « que ferai-je de celui que vous appelez le Roi des Juifs ? ».
J'ajoute que, dans toutes leurs mystifications, les faussaires, le plus souvent, ne se sont pas mis grandement en peine. Ils vont chercher au plus près : phthonon, phonon ; Sumeon, Sêmeion ; Saül, Saul, Paul ; Nazir, Nazareth, etc., etc.
[10] L'exégèse chrétienne ergote : « Tu dis que Je suis roi ! », c'est toi qui l'as dit, non pas moi. Ce n'est ni oui ni non. C'est une fin de non-recevoir. (Henry Nionnier, Miss. hist. Jésus, p. 63). Suit le marivaudage entre Pilate et le Christ. « Je suis venu dans le monde, afin de rendre témoignage de la vérité ; tout ce qui est de la vérité entend ma voix ». Le scribe se souvient de la Pistis-Sophia de Valentin dont il copie les idées et emprunte le système. Pilate lui dit : « Quoi est la vérité ? ». Qu'est-ce qui est la vérité ! Et non point : Qu'est-ce que la vérité ? comme certains traduisent. Et Jésus ne répond pas. (Jean, XVIII, 37).
[11] Les scribes ont essayé de parer le coup dans le Selon-Jean (XIX 21,22), par une addition que le récit offre comme évidente. Pilate a fait placer l'écriteau : « Jésus Nazaréen, roi des Juifs » au-dessus de la croix, en hébreu, en latin, en grec. Beaucoup de Juifs ont lu cet écriteau placé. C'est le passé. Alors le scribe revient en arrière pour dire : « Les principaux sacrificateurs dirent à Pilate : « N'écris pas le Roi des Juifs mais qu'il a dit : « Je suis le Roi des Juifs ». Il ne l'est plus . Il prétend l' être. On sent la nuance. Et le scribe qui est fatigué achève sur une pirouette. Pilate répond : « Ce que j'ai écrit, le l'ai écrit ». La farce a assez duré.
[12] On n'avait pas encore sophistiqué le mot fameux : « Rendez à César ce qui est à César et à Iahveh, ce qui est à Iahveh ! » auquel les Evangiles donnent un air de loyalisme qui n'a pu tromper que les exégètes et érudits. Pour en comprendre la vraie signification, farouche, messianiste, il faut replacer la phrase dans la Pistis-Sophia du Juif qui se cache sous le nom occidental de Valentin, et d'où les scribes l'ont tiré, sans son contexte. Nous avons vu ce texte p. xxx.
[13] Pilate envoie Jésus à Hérode et Hérode le renvoie à Pilate, d'après le Selon-Luc, qui explique qu'i Hérode « était aussi à Jérusalem ces jours-là », - en curieux, opine l'Église, - et que Pilate lui envoie le prisonnier « en tant que Galiléen », donc justiciable d'Hérode. Nous avons montré dans Nazareth la raison de cette allégation fausse, qui a pour but de desserrer le nœud géographique qui rattache le Christ à Gamala. Si le Selon-Luc disait vrai, on ne comprendrait pas qu' Hérode renvoie le prisonnier à Pilate, par qui il le fait juger. Le Selon-Luc dit aussi que « lorsque Hérode vit Jésus, il éprouva une grande joie, parce que depuis longtemps il désirait le voir, - on peut le croire sans peine : mais, ajoute-t-il, - à cause de ce qu'il avait entendu dire de lui et espérant lui voir faire un miracle ». En curieux ! Il est difficile de se moquer plus cyniquement des goïm. Ce « renard » d'Hérode, qui, tout au long des Évangiles, - ils le répètent à satiété, ne fait que poursuivre Jésus pour le faire mourir, voici que Luc nous le présente comme éclatant de joie à la pensée qu'il va engin assister à un miracle de Jésus ! On se révolte ou ou éclate de rire, suivant son tempérament, à la pensée que des millions d'individus, y compris des savants et érudits « coupent » dans de pareilles balivernes.
Si Hérode est à Jérusalem, c'est qu'il a suivi la chasse au Prétendant et si Pilate lui envoie le prisonnier avant de le juger, c'est pour lui faire partager la « grande joie » de la capture. Je ne sais si Hérode et Pilate étaient ennemis auparavant et devinrent amis, ce jour même, comme le dit Luc. Mais je comprends qu'ils ont dû se féliciter et se congratuler mutuellement. La prise était bonne, - et leur avait donné assez de mal, quoi qu'il y paraisse peu dans les Évangiles.
[14] L'accusation qui pèse sur Bar-Abbas, brigand, malfaiteur, voleur, dans les Évangiles, on la retrouve dans tous les auteurs appliquée à Jésus-Christ. L'Église a effacé de l'histoire, autant qu'elle l'a pu, tout ce qui touche au rôle historique du Messie-Juif, prétendant au trône de David. Elle a laissé passer, dans les auteurs, même dans ceux qu'elle a « annexés », comme apologistes du christianisme, cette accusation infamante, avec l'espoir évident de la rendre incroyable, confrontée avec le rôle de prédicateur moral qu'elle a attribué par camouflage au Crucifié de Ponce-Pilate.Dans le Contra Celsum, l'auteur, pseudo-Origène fait dire à un rabbin juif qui revendique courageusement pour sa race, c'est de là que vient le : « Son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » dans les Évangiles, - la responsabilité de la crucifixion : « Ce n'est pas d'hier que nous avons puni l'imposteur » - à rapprocher de l'imposteur du mont Garizim, dans Flavius Josèphe, - qui vous abusait ». Et parlant des disciples : « Quels autres que des brigands peut bien appeler à lui un brigand (Lestès, comme, dans le Selon-Jean, Bar-Abbas).
Apulée dira : « un scélérat », scelestus. Les manuscrits portent sceletus, pour faire squelette, oubliant que ce mot n'est pas latin dans ce sens. On ne le trouve, - un faux, - que dans ce passage de l'Apologie d'Apulée.
Minucius Félix, dans l'Octavius : « Un homme exécuté pour ses crimes sur le bois funeste de la croix... adorer un scélérat et sa croix, non ! un homme passer pour un dieu ! surtout un pareil courable ! ».
Et dans Hiéroclès : « Un bandit ».
Il n'est pas inutile de rappeler enfin que c'est de ces mêmes épithètes que Flavius-Josèphe se sert pour qualifier les Zélotes et Sicaires de la secte de Juda le Gaulonite.
Je ne ferai pas à mes lecteurs l'injure de leur expliquer le puéril travail littéraire, assez grossier au demeurant, qui a abouti à dédoubler Bar-Abbas, et à faire relâcher par Ponce-Pilate, - par un comble d'imbécillité ! lorsqu'il tient à sa discrétion deux prisonniers, l'un, prince de la paix qui n'aurait pu que servir sa politique, l'autre, insurgé, fomenteur de séditions, - à faire relâcher, dis-je, justement le séditieux, alors que la Procurature de ce Ponce-Pilate, dix ans durant, a été toute empoisonnée par les révoltes « christiennes » de Bar-Abbas. Et relâché, ledit Bar-Abbas disparaît de l'histoire, comme Simon-Pierre, dans les Actes, délivré par l'ange, et s'en allant « dans un autre endroit » (voir le § Simon-Pierre et les Actes ).
Bar-Abbas, relâché, il n'y a plus que Jésus-Christ sur la croix. Mais le Selon-Jean nous a montré qu'il n'y avait même que le Iôannès-Christ, et non pas Jésus : Crucifiction et non crucifixion, en ce qui concerne leVerbe, mais crucifixion, et non Crucifiction, pour le Christ Bar-Abbas.
J'ai déjà dit, et prouvé, je pense, que Jésus, comme Zeus, Apollon, Minerve, n'est qu'une création métaphysique, qui date de Cérinthe, de Valentin, des gnostiques, - hérésiarques, envers qui l'Église est ingrate, car c'est à eux qu'elle doit tout, - lesquels ont inventé le dieu Jésus, Verbe ou Logos, émanation de Dieu. On le fait descendre dans le corps du Crucifié de Ponce-Pilate. Et c'est pourquoi le Jésus-Christ des Évangiles est aussi incohérent.
Il ne peut s'expliquer que si l'on comprend le jeu littéraire de scribes Judaïques.
Notes de la section 20
[1] Jugé et condamné par le Sanhédrin, - les Évangiles ne permettent pas de s'y tromper, malgré leur Incohérence voulue, - et quarante jours au moins avant la Pâques, d'après le Talmud de Babylone le christ fut exécuté par les Romains. La loi Julia, - voir Ulpien, - définit le crimen majestalis : « tout attentat contre le peuple romain ou l'ordre public », et comme coupable quiconque, à l'aide d' hommes armés, conspire contre la République, ou par lequel des séditions prennent naissance ».
[2] J'ai précédemment signalé cette haine, d'odeur spéciale, haine de famille, la pire de toutes les haines, la plus farouche, haine « corse », qui transpire, dans les Évangiles, entre le Christ et les Hérodes, et qui ne s'explique pas si le Christ n'a été que le rénovateur de la morale juive, l'inspirateur d'une révolution purement spirituelle. Je ne puis ici que la rappeler. Elle est importante. Une addition cependant. Je prouverai, dans cet ouvrage, que Marie, femme de Joseph et mère du Christ, a eu pour mère une Cléopas, que, veuve d'un premier mari (le père de la Vierge évangélique), Hérode-le-Grand épousa, désireux de s'allier aux familles juive influentes. La grand'mère du Christ entrant dans le sérail et le lit d'Hérode !
On comprend ainsi la déclaration de Jésus des Évangiles : « Je suis venu apporter la division... entre la fille et la mère », et que Marie soit Magdaléenne, la farouche et fanatique davidiste.
C'est une histoire de famille. Les Actes des Apôtres donnent Ménahem (le plus jeune fils de Juda le Gaulonite) comme frére de lait, lisez : frère utérin, frère de mère, du tétrarque Philippe, lequel serait donc le fils d'Hérode-le- Grand et de la grand'mère du Christ, le demi-frère de Marie, et le demi-oncle des sept daïmones et de Marthe-Thamar et Marie.
[3] Il n'est pas dans mon plan de comparer la morale dite chrétienne avec la morale dite païenne. Je renvoie, pour les esprits curieux d'en apprendre long sur ce point, aux livres de Louis Havet sur les Origines du Christianisme. Ils y verront que pas un précepte évangélique n'est original, et que tous sont la copie de préceptes que l'on trouve dans les auteurs grecs et latins, ou écrits juifs. La morale chrétienne n'a d'originalité que dans la surenchère. En politique, c'est de la démagogie. En morale, c'est l'encouragement de la canaille, - ce qui revient à de la démagogie : « Si l'on te prend ton manteau, donne ta veste. Si l'on te soufflette, tends le bas des reins ». Bêle la paix ! L'oraison dominicale ou Pater noster n'est qu'un plat démarquage de la prière à Zeus du stoïcien Cléanthe, dans l'Anthologie de Stobée : « C'est toi qui es notre Père, ô Zeus... » Tout y est, sauf le pain quotidien.
[4] Expression qui appellerait bien des commentaires par son équivoque. Je me borne à indiquer qu'il s'agit de la vie œonique, la vie dans l'Aeon, dans le cycle de mille ans : le point de vue de l'Apocalypse, toujours Jésus ajoute, il est vrai : « Vends tous tes biens et donne-les aux pauvres ». Adoucissement ecclésiastique. Pour le Messie-Christ, les « pauvres » ce sont ses partisans à qui le nerf de la guerre est nécessaire. Le change consiste à transformer en recommandation de charité la menace que l'on trouve ailleurs : « Il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux, etc… », qui a pour but d'exciter le zèle des christiens à donner de l'argent aux séditieux qui « pillaient pour s'enrichir ». Les collectes de saint Paul, « en faveur des saints de Jérusalem », cachent un immense appel à la bourse des Juifs de la Dispersion pour commanditer les séditions de « l'âge apostolique ».
Aux III° et IV° siècles, le « christianisme » évangélique, article d'exportation, n'est plus que lucratif. La soif du gain ! « dit Flavius Josèphe. Et par les fausses Lettres de Paul, après le II°siècle, la Judée, tant le christianisme est œuvre juive, rançonnera la Macédoine, l'Achaïe, Rome même, car si les Gentils ont eu part aux biens spirituels des Juifs, ils doivent à leur tour les assister de leurs biens temporels ». (Aux Romains, XV, 26-28).
L'Epître aux Romains est une œuvre bien curieuse, car elle ne s'adresse qu'aux Grecs, soit pour les distinguer des Juifs, soit pour les faire participer au salut comme les Juifs. On y vise bien les Gentils, dans l'ensemble, mais pas un mot qui vise Rome, l'Italie ou les Romains.
[5] La justice, c'est que le trône de David revienne à ses descendants. La pitié, c'est !a souffrance qu'on doit éprouver de voir la Judée aux mains des Hérodes. Jeanne d'Arc disait : « La grande pitié du royaume de France », quand la France était aux mains des Anglais. La foi, c'est l'espérance dans le prochain rétablissement de la royauté davidique.
[6] Ainsi parle le Selon-Matthieu (V, 17-19). Et le Selon-Luc (XVI, 17) répète, en ajoutant ; « Il est plus aisé que le ciel et la terre passent, - comme dans l'Apocalypse, - qu'il ne l'est que vienne à tomber un seul trait de lettre de la Thora ». On a atténué le coup dans le Selon-Matthieu par ceci, qui ne change rien au fond: « Celui donc qui violera l'un de ces plus petits commandements et qui enseignera ainsi les hommes sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux. - (Non : celui-là n'entrera même pas dans le royaume des cieux, dans la vie : il est réservé à la géhenne). - Mais celui qui les observera et les enseignera sera appelé grand dans le royaume des cieux ». Matthieu (XI, 12-13), - morceau déplacé, puisque le Selon-Luc, qui a le passage parallèle, l'insère dans les vaticinations de Jésus sur la Thora, - dit aussi : « Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à maintenant, le royaume des cieux est forcé et les violents le ravissent. » Le scribe, qui sait que Iôannès fut le Christ, fait à Jésus, son double, rappeler toute l'histoire christienne, kanaïte, violente, insurrectionnelle. « Jusqu'à maintenant » veut faire croire que Iôannès n'est pas le Christ, comme s'il s'était écoulé le moindre espace de temps entre les deux. Le Selon-Luc, suivant son habitude, essaie de donner le change : « La Loi et les Prophètes ont duré jusqu'à Jean ; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé et chacun y entre par la violence ». C'est du pur galimatias. Si Jésus est venu accomplir, après Jean, la Loi et les prophètes, ils ne durent donc pas jusqu'à Jean seulement. « Le royaume de Dieu est annoncé, depuis lors », a la prétention de justifier la « nouvelle alliance ». Mais la suite détruit l'effet voulu : « chacun y entre par la violence ». Le Selon-Luc fait un méli-mélo incohérent du fait christien historique et de l'invention du royaume de Dieu, vague idéologie chrétienne. Il ne faut retenir, comme logiques, de ces passages évangéliques que les affirmations sur la violence pour l'accomplissement de la Thora par le kanaïsme sicaire.
[7] C'est déjà le langage des « martyrs », beaucoup plus dans la vérité que tout ce que font, répondre les Évangiles au Christ devant Caïphe et Pilate. Juda et Mathias sont des martyrs « messianistes », c'est-à-dire, Messie étant traduit par Christ, des martyrs « christiens », bien avant le christianisme.
[8] Le royaume de Dieu, le royaume des cieux, c'est cela et rien d'autre le « salut du monde » par les Juifs, « sauver le monde », pour le Messie-Christ, c'est cela et rien d'autre. C'est par un change dans les termes qu'on l'a fait entendre différemment. C'est pour fausser cette morale des Évangiles qu'on a mis, dans les Évangiles, la morale évangélique, vague plagiat de la morale universelle. M. Charles Guignebert (Hist. anc. christ., p. 212) écrit : « Incontestablement Jésus a prêché le royaume ou le règne de Dieu :... mais il est difficile de savoir ce qu'il entend par ces mots traditionnels ». Non, pas difficile du tout, quand on ne confond pas le III° siècle avec le I°.
Notes de la section 19
[1] Isaïe, traduction de M. Cohen, p. 69, note. Prétention exorbitante, à une époque où, comme il est dit dans le Contra Celsum (V, 41), « les Juifs n'ont pas connu le grand Dieu. »
[2] Deutéronome, IV, 5-8 et XXVI, 18-19.
[3] Epître aux Romains, 1, 16 ; IX, 4-5 ; et le Selon-Jean, IV, 22 (Jésus à la Samaritaine : « Le Salut vient des Juifs ».)
[4] Voir Exode, chap. XXI à XXXVI.
[5] Le détail est dans l'Exode qui dit un cornet.
[7] Au point que Iahveh, par la voix du grand prophète Esaïe, n'avait pas hésité à décerner le titre de Messie au roi des Perses, à Cyrus, un Goï, un Incirconcis, un Idolâtre, parce que, libéralement, il avait mis fin à la captivité de Babylone et permis aux Israélites de retourner dans leur patrie et de relever Jérusalem et le Temple.
- Je dis à Cyrus : Il est mon berger (Esaïe, XLIV, 28).
- Ainsi parle l'Éternel à son Christ (Oint, Messie), à Cyrus, qu'il tient par la main (Esaïe, XLV,1).
[8] Signe du Zodiaque, bien entendu. L'Apocalypse, cette réalisation sur le papier du « royaume d'Iahveh », de l'espérance messianiste, ne dit pas autre chose, au chapitre XII (déplacé naturellement, car il devrait être au début) : « Parut dans le ciel un Signe de première grandeur. Une femme (la Vierge, constellation) ayant la lune sous ses pieds, enceinte du soleil (le Verbe de Dieu qui éclaire tout homme venant dans ce monde), sur sa tête une couronne de douze étoiles, - le Songe de Joseph l'Ancien, fils de Jacob, l'Ancien aussi, - criait dans les douleurs de l'enfantement ». Nous connaissons tout cela. Mais il est bon de le rappeler.
[9] Toute l'exécration de l'antiquité romaine contre les Juifs davidistes vient de là. Tacite parlant d'eux : « Race haïsseuse du genre humain ». Quintilien, en 92, dans l'Institution oratoire . « Il est des hommes auxquels l' ignominie s'attache au delà du tombeau... tel est le premier auteur le la superstition judaïque ».
[10] Inutile de dire que ces Juifs, qu'ils soient en Palestine, ou, qu'ayant émigré, ils se contentent de pratiquer leur culte, à Jérusalem, ou dans les synagogues des communautés alentour des rivages méditerranéens, Rome ne les a jamais persécutés. Dans le monde grec et romain, pas de fanatisme : toutes les religions, toutes les philosophies sont également bonnes. La superstition judéo-égyptienne de Tacite et de Suétone, c'est le messianisme, c'est l'Apocalypse. Juvénal, Martial, prouvent que les Juifs ordinaires ont toujours vécu tranquillement à Rome.
[11] L'équivoque sur le nom résulte à l'évidence d'un passage de l'Apologie de Justin (I, IV, 1, 5). Je renvoie au paragraphe Christianoï= Chrêstoï, p.XX. « Un nom n'est, ni bon, ni mauvais : ce sont les actions qui s'y rattachent qu'il faut juger. A ne considérer que ce nom qui nous accuse (christiens), nous sommes les plus vertueux (christiens) des hommes ». En grec l'êta de chrêst se prononçait i, le jeu de mots avec christ est très simple. Il se retrouve dans Théophile, Ad Autolycum, I, 1. Justin insiste : « Nous sommes accusé d'être christiens, est-il juste de haïr le meilleur (chrêston qui se prononce christon, et à l'oreille peut se traduire par Christ) ». Est-il juste de haïr le Christ ? Le calembour a été une des forces de la prose et de l'éloquence « christienne ». Rappelez-vous le calembour sur Pierre-Képhas-Simon. « Tu es Pierre, et sur cette pierre... ». Et celui sur Eloï, au Calvaire : « Il appelle Elie ! » si déplacé dans la circonstance, et comme si les Juifs qui entendent ignoraient le nom de leur Dieu : Eloï.
[12] D'autres, Il est vrai, sont dits : Boanerguès, Fils du tonnerre. Rien de commun avec « ceux qui procurent la paix », comme on voit.
Notes de la section 18
[1] Ce fut l'espérance des anciens Israélites. Nous le montrerons tout à l'heure. En attendant, Baal, Dagon, Moloch même, à qui ils sacrifièrent longtemps des enfants, règnent à côté d'Iahveh. Il est difficile, après cela, de prendre au sérieux les affirmations d'auteurs, laïques ou non, - tel Renan, - écrivant que les Juifs ont été les dépositaires de cette grande idée : l'unité de Dieu, et qu'ils ont révélé aux hommes la conception monothéiste.
[2] Matthieu, XXIII, 9. Le titre ecclésiastique ABBÉ est tiré du latin ABBATUS, dérivé de l'araméen ABBA. Jésus-Christ n'a pas été obéi.
[3] On dit que les traductions sont des trahisons. Jamais affirmation n'a été plus vraie des « transpositions » successives en langues grecque, puis latine, puis modernes, de tout ce qui est judaïque, au temps d'Auguste, Tibère, Ponce-Pilate, et jusqu'au V° siècle de notre ère pour le moins. Faits, Idées, noms de personnages ou de géographie, notions métaphysiques, symboles, allégories, etc., leur traduction dans les vocabulaires et les cerveaux occidentaux est un change perpétuel qui fausse l'histoire, travestit la vérité, fait prendre des masques pour des visages, des phantasmes pour des hommes et finit par camoufler un prétendant davidique au trône de Judée contre les Hérodes et à la domination universelle contre Rome, en un Prédicateur de la paix et de la vertu, Verbe et Fils de Dieu, en qui Dieu se serait incarné.
[4] Quant à la Colombe, symbole de I'Esprit de Dieu, elle est de droit. La colombe, c'est, en hébreu, IEmOnA ; gardez les seules voyelles, vous avez IEOA, le mot du Plerôme, soit Iéhovah. Les Évangiles de l'Enfance montrent Jésus fabricant des colombes avec de la terre. Il y avait une manière de prononcer IEOA par laquelle on faisait tomber un homme mort. Dans le Contra Celsum, il est dit que le mot d' Israël, en hébreu, opère la conjuration. En grec, aucun effet. Donc Israël c'est IEOA.
[5] Il faudrait citer toutes les pages des Évangiles. Je me borne à renvoyer à Matthieu, V, 45, 48 ; VI, 1, 4, 9-15 (Oraison dominicale), 18 ; - X, 20, 32, 33 ; - Luc, X, 21, 22 : XI, 2 ; XII, 32 ; - Jean, III, 35 ; VI, 17-23. 26, 36, 37, 43, 45 ; VI, 27 ; X, 25. 29, 30, 31, 32, 38 ; et les chapitres XV, XVI, XVII, à tous les versets ou presque : « Mon père qui est dans les cieux ; mon père et votre père... », etc…Une fois même, une seule, il est vrai, dans les Évangiles, dans Marc (XIV, 30), devant le mot grec Pater qui le traduit, Jésus invoque le Père sous le nom araméen d'ABBA, vrai cri du cœur dans la circonstance, la nuit de Gethsémané, comme ceux qui vont mourir appellent leur mère : « Abba ! Père ! Toutes choses te sont possibles ! Écarte de moi cette coupe ! » Matthieu (XXVI, 39) et Luc (XXII, 42) ont supprimé Abba. - Voir aussi Epître aux Galates IV, 6 : « Parce que vous êtes fils, dit Paul, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils, lequel crie : « Abba ! Père ! » Et aux Romains, VIII, 15.
[6] Parce qu'il vise l'élément spirituel, venu de la mythologie gnostique, le Dieu Jésus, Fils unique du Père, que l'on a « incarné », depuis le III° siècle, dans le Christ de Ponce-Pilate.
[7] Par Jésus Incorporé dans Joannès, qui se confondent finalement. Cette confusion est déjà dans les spéculations métaphysiques de Valentin dans la Pistis-Sophia assagie). Les fictions sur le Verbe lumière, sur le Verbe créateur, sur la vie qui illumine tout homme venant dans ce monde, par quoi Jésus-Christ est farci de solarité et apparaît comme un mythe solaire, sont une copie des livres d'Hermès Trismégiste, reprenant lui-même d'anciennes inscriptions égyptiennes. Seule, la conception du Verbe fait chair appartient en propre au Selon-Jean, où on l'a introduite, quand on a falsifié l'écrit de Cérinthe pour en faire le quatrième Évangile canonique.
[8] Qui ne sont encore que des reproductions et des Imitations, rendues plus simples et plus accessibles à des cerveaux occidentaux, des homélies compliquées et alambiquées de la Pistis-Sophia.
[9] Du Selon-Matthieu, notamment.
[10] Et encore, pour embrouiller les idées, l'appellent-ils Bar-Rabban. Ils ajoutent un R et prennent la forme Abban, qui est la forme de l'accusatif (complément direct), employée dans les Évangiles qui observent les règles de l'accord. Il y a bien quelque esprit de tromperie chez les exégètes. D'autant plus que la forme Bar-Abbas, au nominatif, cas sujet, se trouve aussi dans les Evangiles. Il n'y a pas de Bar-Rabban dans les Évangiles.
[11] Le Roi des Juifs ! C'est bien, en vérité, ce qu'il se prétendait et voulait être.
[12] Le verbe grec correspondant à lestès signifie : exercer le brigandage.
[13] A noter que Matthieu, le seul des quatre Évangiles, a pris soin d'ôter toute responsabilité au procurateur romain, qui se lave les mains, pour la reporter toute sur les Juifs. Le peuple, en effet, s'écrie : « Que son sang (de Jésus) soit sur nous et sur nos enfants ! ». Nous sommes au moins au IV° siècle, après le Contra Celsum, factum fabriqué à cette époque et mis alors sous le nom d'Origène pour l'antidater. Un Juif revendique en effet pour sa race la responsabilité de la mort du Christ. Je ne crois pas que les juifs qui ont fait le christianisme auraient osé prendre cette responsabilité pour leur race toute entière, y compris les juifs qui le sont restés, avant d'avoir perdu tout espoir que tout le Judaïsme se ferait chrétien.
Notes de la section 17
[1] Il n'y a d' « authentiques » pour l'Église que les ouvrages qu'elle a fabriqués ou refaits ou retouchés, au cours des siècles, pour les rendre conformes au dernier état de sa doctrine. Historiquement, ce sont les moins véridiques et les moins sincères.
[2] Ce zèle pour la Thora, pour la Loi a valu à Joseph-Juda le surnom de Panthora, Toute-la-Loi, - dans le Talmud. - Voir le chapitre suivant : Jésus Bar-Abbas.
[3] Je renvoie, au sujet des Macchabées, à ce que j'ai déjà dit au chapitre sur Nazareth.
[4] Le passage montre aussi que le pseudonyme Moïse recouvre Juda-Joseph. L'Assomption de Moïse était un livre très lu par les Juifs messianistes, comme touchant à l'auteur de la secte.
[5] Le verbe grec du texte xxxxxx a, en effet, le sens dhonorer, en parlant des morts, et de juger, critiquer avec une idée de blâme.
[6] C'est sur Michaël et les Anges, qui ne se prononcent point, qu'a été calqué le Ponce-Pilate évangélique qui se lave les mains du cas de Jésus-Christ.
[7] Il faut à l'Êglise un bien grand mépris des hommes pour oser donner, sous le nom de Pierré, apôtre, Epîtres aussi vides, aussi creuses, sur le christianisme. A part les injures.
Notes de la section 16
[1] Origène : In Matthœum, XXVI, 23 ; Grégoire de Nysse : De Christi nativitate
[2] Le procurateur de Judée, Gessius Florus et le gouverneur de Syrie, Cestius Gallus, qui étaient venus à la Pâques de l'an 819 = 66 à Jérusalem et avaient trouvé la capitale en pleine fermentation de révolte, avaient eu l'imprudence de la quitter en n'y laissant qu'une cohorte. Hérode Agrippa II, il est vrai, y envoya trois mille cavaliers, Auranites, Bethanéens et Traconites, pour renforcer la garnison romaine. Mais les Sicaires, commandés par Ménahem et Eléazar ben Hananias, Prêteur du Sanctuaire, forcèrent leurs adversaires à capituler. Ils accordèrent la vie sauve aux troupes d'Agrippa et aux Juifs, mais rejetèrent les Romains de toute capitulation. Les légionnaires gagnèrent les tours Hippicos, Phasaël et Mariamne, et s'y défendirent tant qu'ils le purent, sous les ordres de leur chef Métilius. C'est à ce moment que Ménahem, enflé de ses succès, se posa en roi, en Messie-Christ, vêtu à la royale, c'est-à-dire du manteau de pourpre, accompagné d'une garde d'honneur, affectant, la plus grande pompe. Eléazar ben Hananias souleva contre Ménahem, « si orgueilleux et si insolent, tyran insupportable, être si inférieur qu'il était le dernier à choisir comme chef », des Juifs assez nombreux qui se jetèrent sur lui et sa suite et massacrèrent ceux qu'ils prirent. L'un des compagnons de Ménahem échappa . Eléazar-ben-Jaïrus (le fils de ce Jaïrus dont Jésus ressuscita la fille), parent de Ménahem, son neveu (Jaïr avait épousé Martlia-Thamar, l'une des deux sœurs des « sept » daïmones fils de Marie-Salomé et de Juda-Joscph). Eléazar-ben-Jaïr se jeta dans Massada qu'il fortifia, et dont les Romains, commandés par Lucillus Bassus ne s'emparèrent qu'en 826 = 73, à la Pâques (15 nisan). Mille cadavres enlacés gisaient derrière les murs en cendre. Seuls une vieille femme, cinq jeunes enfants et une cousine d' Eléazar, cachés dans les aqueducs, avaient survécu...
Quant à la garnison romaine de Jérusalem, sous les ordres de Métilius, elle n'obtint de capituler qu'à la condition de rendre ses armes. Comme les légionnaires désarmés se retirait sans défiance, les Juifs se jetèrent sur eux et les égorgèrent. Jérusalem n'avait, plus de garnison romaine.
[3] La raison et l'esprit critique se refusent à croire que Flavius-Josèphe s'est tu sur la révolte du recensement, n'en a pas donné les incidents, non plus que le récit de la mort du grand Juda de Gamala.
Je tiens de plus en plus pour certain, quand j'y réfléchis, que la mort de Zacharie et les Iduméens, au temps de Vespasien, - convenablement sophistiqués bien entendu pour cacher la fraude, - proviennent des pages sur la révolte du recensement.
[4] La Pistis-Sophia, ouvrage gnostique dont j'ai déjà parlé, qui a servi à la confection des Évangiles, date du milieu du II° siècle. Perdue par suite de destructions voulues, jusqu'au XIX° siècle, on en a retrouvé un manuscrit en langue copte. M. Amelineau, après Schwartze en 1851, en a donné une traduction aussi claire que possible. L'oeuvre, de traductions en traductions, - hébreu ou araméen, grec, copte, - a subi des outrages. Mais telle qu'elle, elle aide à la découverte de la vérité historique, malgré ses intentions symboliques et dogmatiques, - peut-ètre à cause d'elles. Nulle prétention à une biographie du Messie-Christ.
[5] Valentin est aujourd'hui un hérétique. Son ouvrage est antérieur de cinquante à cent ans aux premiers brouillons des Evangiles. L'évolution, dans la fabrication de la fable évangélique, va de L'Apocalypse aux Evangiles, en passant par les gnostiques, Valentin, Cérinthe, et autres auteurs, comme le prosélytismc va de Judée et de tout ce qui est judaïque à l'Occident et à tout ce qui est aryen, en passant par la Grèce, l' Egypte et le nord de l'Afrique. L'Apocalypse, les gnostiques ont été des étapes originaires du Christianisme, se transformant peu à peu. C'est lui qui a changé. Le processus de la doctrine et des dogmes passe par Valentin avant d'aboutir aux Evangiles. Traiter Valentin et les autres d'hérétiques, pour le christianisme, c'est le fait d'un parvenu qui renierait ses parents et ancêtres d'où il a pris vie.
[6] L' Évangile ne dit pas d'ailleurs que Jésus paya. Le récit s'interrompt sans préciser. Il reste en l'air. Pierre a-t-il obéi ? a-t-il pêché le poisson? On n en sait rien. Les Commentaires ecclésiastiques sur ce texte portent Simplement : « le statère valait quatre drachmes. » Le statère d'argent valait de deux à quatre drachmes. Mais, comme étalon-or, le statère valait de 20 à 28 drachmes. Le statère était une monnaie grecque, et on ne voit pas bien qu'il ait pu servir, en l'occurrence. Ou alors, Pierre aurait dû aller à Jérusalem, chez les changeurs du Temple, ces « marchands » que son Maître fouette dans les Evangiles. Le tribut se payait, en deniers à César on en sicles au Temple. Les commentateurs feraient bien mieux de nous éclairer sur ce poisson du lac de Tibériade qui a des monnaies grecques dans sa bouche, et de nous expliquer ce que signifie cette histoire qui n'est pas inventée seulement pour donner le change sur les sentiments originaires du fils de Juda le Galiléen .
L'intervention miraculeuse du Poisson, symbole et signe de la Grâce, M suit sur le Zodiaque le signe du Verseau ou Zarhu en chaldéen, radical de Zacharie, l'un des pseudonymes de Juda-Joseph, père du Christ, cache, conformément au souffle de l'Esprit, une allégorie « pneumatique », une similitude ou parabole, difficile à préciser, sans doute, mais dont l'idée générale est claire . le Poisson, signe de la Grâce, est donné aussi comme signe de richesse. La Jérusalem d'or de l'Apocalypse, attendue pendant des siècles, les collectes de l'apostolat évangélique, les messianistes, tuant pour le désir de s'enrichir, procèdent du même esprit. Ceux qui ont été à la tête du gouvernement chrétien n'ont jamais méprisé cette force : l'argent.
Notes section 15
[1] Golm - Gentils. Nous avons élucidé ce point.
[2] Les 42 mois sont, en effet, ici, comme nous dirions, vingt printemps, dix hivers, cinq Noëls, des mois de Pâques, ou de Nisan, ou d'Agneau, à raison de un par an. Le renseiguement, confronté avec d'autres faits, permet en plus de dater à la fois la naissance du fils de Joseph, et la date où il a commencé de prêcher son Apocalypse. Nous préciserons ces points en temps et lieu voulus, au moyen de tous autres arguments propres à convaincre. C'est le même temps, quarante-deux mois, qui est donné (chap. XIII, 5), à la Bête à dix cornes et sept têtes pour agir, avec sa bouche profératrice de paroles d'orgueil et de blasphèmes ; et c'est encore 42 mois, 42 X 30 = 1.260 jours que la Vierge et son fils restent au désert (chap, XII, 6). Voir la Crèche de Bethlehem. N'oublions pas que le style de l' Apocalypse est un style de Révélation.
[3] Les deux images sont reproduites, ainsi que « le Seigneur de la terre », du livre de Zacharie, le prophète (IV, 3 et 11-14), qui dit cependant : « le Seigneur de toute la terre ». Zacharie vise Iahveh. L'Apocalypse, je pense, fait allusion à César, devant qui Juda et Sadok se tiennent debout ; ils lui résistent. Zacharie ajoute même : « Ce sont les deux Oints (Messie, Christ) », et plus textuellement : « les deux fils de l'huile ». D'où l'image des oliviers, producteurs d'huile, pour l'onction, pour le « chrisme » ; il n'y a pas de mot tiré de Messie pour signifier chrisme. On pourrait dire : le Messiasme. La cérémonie de l'onction ou du chrisme qui fait roi, - roi-prêtre, en Israël, est celle du couronnement pour les rois et empereurs ordinaires. En empruntant ses Images à Zacharie, l'Apocalypse nous fait comprendre toutes les allusions que comporte l'intervention de Zacharie, dans les Evangiles, soit qu'il s'agisse du père du Jôannès (Jean-Baptiste), qui n'est pas autre que Joseph, sous un autre aspect, ni que Juda le Gaulonite, soit qu'il s'agisse de Zacharie, tué entre le Temple et l'Autel, dans une imprécation de Jésus, dont nous parlons plus loin, et qui, rappelant la mort de son père, est un des nombreux traits d'union qui permettent d'assimiler Joseph à Zacharie, à Juda de Gamala, et, par suite, Jésus-Christ à Jean-Baptiste et autres Iôannès.
[4] Le Saint-Esprit, c'est « xxx xxxx » (Hagion pneunia) : le souffle sacré. Tout ce qui vient du Saint-Esprit est le l'allégorie, du symbole, d'après le sens même des mots. Le « change », le tour de passe-passe, c'est de vouloir donner comme des réalités arrivées les inventions purement cérébrales et littéraires, les spéculations imaginatives et fantaisistes des scribes. Il ne faut jamais oublier ces « changes », pour retrouver la vérité historique, c'est-à-dire pour ne pas prendre des « faits et actes en esprit, allégoriques, symboliques », pour des réalités vécues ou vivantes, ayant eu chair, si l'on peut dire. Le Saint-Esprit, c'est de l'abstraction.
[5] Elle se termine par une addition certaine : « où leur Seigneur a été Crucifié ». Elle date du temps où l'on a consenti à faire entrer l'Apocalypse dans le canon des Ecritures, pour la camoufler en livre chrétien, je ne dis plus christien ou messianiste. Mais l'addition est maladroite au plus haut point, car elle prouve, par l'emploi du possessif « leur », qu'il y a un lien évident entre les Zélotes et Juda le Galiléen, d'une part, et leur Seigneur, le Rabbi, plutôt, d'autre part. L'évidence est si certaine que, dans certains manuscrits, pour la pallier, la cacher même, toujours par le même système de fraudes faciles, on a remplacé le possessif leur par le possessif notre, qui n'a aucun sens dans le récit de l'Apocalypse.
[6] 1. Les scribes en profitent pour montrer que « le Fils de l'homme » est maître du sabbat. Comme zélote de la Thora, il ne devrait pas la violer. Et, de vrai, dans les Evangiles, il ne la viole pas. Ce sont ses seuls disciples qui cueillent les épis et les mangent. Mais Jésus-Christ prend l'opération à son propre compte, Il couvre ses disciples, et les justifie avec des exemples empruntés à la vie de David (I Samuel, XXI, 1-6) et aux sacrificateurs (Lévitique, XXIV, 9). Il y a cependant, dans le Selon-Matthieu, une phrase bien dure de Jésus, à propos de cette scène, plus champêtre que guerrière. Et c'est pourquoi le Selon-Marc et le Selon-Luc ne l'ont pas reproduite. Elle prouve que l' incident des « épis arrachés » fut, en histoire, plus farouche qu'il n'y paraît. Les Pharisiens, qui s'étonnent de ce que font les disciples, ne sont pas bien méchants. Ils disent à Jésus : « Voici tes disciples qui font ce qu'il n'est pas permis de faire le jour du sabbat. » Jésus répond : « Si vous saviez... vous n'auriez pas condamné les Innocents ». Ne semble-t-il pas qu'il y a dans cette parole comme une colère qui gronde, au ressouvenir du châtiment des révoltés de 760 = 7 ? Elle paraît très exagérée ; elle est très déplacée ; elle est très violente, auprès de l'observation des Pharisiens, assez bénigne. J'entends bien que le scribe l'applique au fait évangélique et veut faire comprendre que les Pharisiens accusent et condamnent les disciples, innocents de violer le sabbat. Mais la réponse de Jésus vise un événement autrement tragique, c'est certain.
[7] Voici ce texte : « J'entendis comme une voix qui disait : Un choenix de froment, un denier ! trois chœnix d'orge, un denier ! Quant à l'huile et au vin ne leur fais pas tort ! » Donc l'huile et le vin, puisqu'on ne leur fait pas tort, pourront s'acheter ; le prix n'en sera pas augmenté. On ne détruira pas les oliviers et les vignes. Mais le froment et l'orge subiront une hausse. Le choenix (un peu plus d'un litre) vaudra un denier pour le blé et un tiers de denier pour l'orge. Le denier, monnaie romaine, valait 0,88 centimes. C'est un prix exorbitant, un prix de famine, pour un litre de froment, surtout à l'époque. M. Salomon Reinach, un érudit spécialiste des études historiques de ces temps, - ceux du Messie et les nôtres, - tire argument de ce texte (la date de l'Apocalypse, revue archéol., 1901, 11, 1). 350, réimpression dans Cultes, Mythes et Religions, II, 1 p. 356 et ss.), pour dater l'Apocalypse d'environ l'an 92, sous Domitien. Il est hypnotisé par un texte d'Irénée (V. xxx, 3), reproduit dans l' histoire ecclésiastique d'Eusèbe (III, XVIII, 3), où il est dit que celui « qui a vu la Révélation (xxxxxxxx), l' a contemplée il n'y a pas longtemps... vers la fin du règne de Domitien (xxxxxxx). Et il fait plier l'histoire et la raison, au prix d'entorses douloureuses, devant le texte, d'ailleurs très nébuleux, d'Irénée. Que l'Apocalypse ait été vue sous Domitien, c'est certain. Mais cela ne prouve pas qu'elle n'existait pas auparavant. Tacite ne l'a sûrement pas ignorée. Sur le travail de M. S. Reinach, dont il adopte, semble-t-il, les conclusions, voir aussi Charles Guignebert : Manuel d'Histoire ancienne du Christianisme, p. 384. Voici le raisonnement, - « argument curieux et solide en faveur de cette opinion (la date 92-93) », dit M. Charles Guignebert : « Domitien a rendu en 92 un édit pour protéger la culture du blé et restreindre la production du vin qu'il juge nuisible à celle des céréales ; il ordonna donc de ne plus planter de nouvelles vignes en Italie et de détruire au moins la moitié de celles qui existent dans les provinces. Voir Suétone (Domitien, 7). En rapprochant ce fait du passage de l'Apocalypse qui annonce que le blé et l'orge vont enchérir tandis que l'huile et le vin seront en abondance, « ne seront pas lésés », on obtient la date de la prédiction et de la rédaction de l'ouvrage ». Argumentation fallacieuse et arbitraire. L'édit de Domitien a pour but de faire diminuer le prix du blé (rien sur l'orge), et tend à faire augmenter le prix du vin (pas un mot sur l'huile). C'est le contraire que l'Apocalypse donne comme un résultat envisagé : hausse sur le pain. Le vin ne subira aucun dommage. On n'arrachera donc pas de vignes, comme le veut l'édit. Non plus que les oliviers, pères de l'huile. L'huile pour l'onction du Messie, pour son « chrisme », ne saurait renchérir. C'est ce que sous-entend l'Apocalypse… Et quant aux vignes, si on les arrachait, où trouver tu meilleur cep pour que le Messie y attache son ânon ? Le Iôannès connaît ses auteurs et la Qabale juive dont nos exégètes n'ont aucune idée. Concluons, contre MM. S. Reinach et Ch. Guignebert, qu'il n'y a aucun rapport entre l'Apocalypse et l'édit de Domitien. Ce n'est pas encore la science érudite de cette argumentation curieuse, il est vrai, mais peu solide, qui nous donnera la date de l'Apocalypse.
[8] Le Selon-Luc, suivant son habitude, présente des variantes, sauf sur la mort de Zacharie, dont l'intention est manifestement de dire n'importe quoi pourvu que les précisions du Selon-Matthieu soient obscurcies par son grimoire à Théophile.
[9] Passage connu, transcription de l'article fondamental de la doctrine de Juda le Gaulonite. Voir p. xxx.
[10] Condamnation par « Jésus-Christ » des apôtres christiens propageant les doctrines de l'Apocalypse du Iôannès-Christ ; apostasie du règne de mille ans, au III° siècle, quand on a fabriqué l'incarnation et le « royaume de Dieu », Au lieu de convertir les goïm en christiens-chrétiens, les Juifs du Temple cherchent à les convertir au judaïsme pur.
[11] Allusion directe à l'opération du Recensement de Quirinus. Dans Luc, XI, 37, c'est à la propre table d'un pharisien dont il est l'hôte, que Jésus-Christ lance ses imprécations et invectives. Matthieu n'a pas mis au compte de son Dieu cette inconvenance. La scène se passe en plein air, devant le peuple, en allongeant en revanche démesurément les couplets. Mais Luc et Matthieu, synoptisés, pour que l'on ne puisse pas voir, dans ce reproche de payer l'impôt, le même esprit en Jésus et en Juda de Gamala et l' allusion à l'opération fiscale du recensement, ont ajouté un émollient : « Malheur à vous qui payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin (dit Matthieu), de la menthe, de la rue et de toutes sortes d'herbes (dit Luc) et qui négligez les choses les plus importantes de la Loi, la justice, la miséricorde et la fidélité (dit Matthieu), la justice et l'amour de Dieu (dit Luc). Il fallait faire ces choses, sans toutefois omettre ou négliger les autres. » On ne sait plus aux quelles choses Jésus donne le pas, si c'est à la Loi sur l'impôt ou à l'impôt sur la Loi. Le scribe hésite : il n'en sait rien lui-même. Au fond, peu lui importe. Tout ce qu'il veut, c'est donner le change aux goïm. Nous sommes loin, ici, du temps de Juda le Gaulonite, du Crucifié de Ponce-Pilate, de Ménahem et de Bar-Kocheba. Nous avons fait du chemin, depuis. Renan, qui croit à un Jésus historique du temps de Tibère pareil au Jésus des Évangiles, a bien raison en ce sens. Ce Jésus vous a une toute autre façon que son père de comprendre la « révolution » juive. Quel renégat ! Pistis-Sophia, la Foi assagie est dépassée. Et Pistis-Sophia est de la fin du II°siècle.
[12] Certains manuscrits portent : Zacharie, fils de Barachie. L'addition manque dans les manuscrits les plus anciens, le sinaiticus notamment. L'intention de cette addition est visible , elle a pour but de faire croire que le Zacharie, prophète de l'Ancien Testament, dont on ne sait comment il est mort, et qui était fils de Barachie, est celui que cite Jésus, alors qu' il s'agit de Zacharie, père de Iôannès, donc de Joseph = Juda le Gaulonite, père du Christ. Voir ci-dessous le paragraphe : Zacharie, fils de Barochie.
[13] C'est dans le même esprit que sont lancées les malédictions sur les villes « impénitentes », - comprenez : les villes qui ne l'ont pas soutenu dans sa croisade de Messie, - Corazin, Bethsaïda, Capernaüm (Matthieu, XI,20-24 ; Luc, X, 12-15).
[14] A la vérité, le scribe, - et les initiés ne s'y peuvent tromper, - vise, en Abel, non pas la victime de Caïn, - vieille histoire, - mais le plus jeune des fils de Juda le Gaulonite, Ménahem, en Évangile Nathanaël, « israélite en qui il n'y a point de fraude », comme lui dit Jésus (Jean, 1, 47), quand Nathanaël demande à Philippe : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? ». Les trois frères ironisent sur l'invention de Nazareth. Le Selon-Luc, le plus travaillé des synoptisés, a des Procédés de corser les fraudes qui ne sont qu'à lui ; de même pour créer des changes. Le Selon-Matthieu parle de sang répandu « sur la terre », à même le sol. Le sol a été rougi par des flots (de sang. Le Selon-Luc transpose l'idée de lieu : sur la terre, en une idée de temps : « depuis la création du monde », interprète-t-il. On saisit, j'espère, l'intention de tromper : le sang répondu sur la terre (pas à même le sol), depuis que la terre existe, depuis la création du monde. Ainsi, le sang répandu n'est-il plus seulement celui des temps messianistes.
[15] Ben Zakaï, le rabbi (au temps de Menahem)- exhortant les kanaïtes à remettre la ville sainte aux Romains, leur disait : « Pourquoi voulez-vous la destruction de Jérusalem et l'incendie du Temple ? à ( vir Derenbourg, Essai, etc., pp 202 et ss.).
[16] Et la fin : « Voici, votre demeure va devenir déserte ! ». Prédiction, post actun ?, qui date bien l'Évangile après 138, d'abord, l'incarnation le poussant jusqu'au III° siècle au plus tôt. Pour parer le coup, le scribe ajoute, par un coq-à-l'âne : « Car, je vous le dis, vous ne me verrez plus, - explication incohérente de : Votre demeure va devenir déserte, - jusqu'à ce que vous disiez : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Alors, le scribe envoie Jésus et ses disciples autour de Jérusalem (Matthieu, XX IV). Le Selon-Luc qui reproduit le cri de désespoir sur Jérusalem (XIII, 34), remplace inévitablement, suivant sa méthode ténébreuse, la phrase si claire de Matthieu - votre demeure va devenir déserte, - qui prédit après-coup la destruction de Jérusalem, par la phrase suivante, qui ne veut rien dire : « Voici, votre maison vous est laissée ! ». La traduction de M. Edmond Stapfer, docteur en théologie, a trouvé une explication qui n'est pas sotte, à la condition de la placer au III° siècle : « Votre maison vous est laissée », c'est-à-dire : Elle est désormais remise à votre garde, c'est à vous seuls à la défendre, puisque vous n'avez pas voulu de moi : vous êtes abandonnés à vous-mêmes ». C est à vous seuls à la défendre ! Puisque vous n'avez pas voulu de moi. Comme défenseur évidemment. Et M. Stapfer croit au Christ paisible et doux des Évangiles.
Notes section 14
[1] L'histoire de la mort d'Ananias et de Saphira dans les Actes (1, 5) n'est que la transposition évangélique de deux meurtres auxquels a présidé Simon-Pierre.
Le nom de Kanaïte, employé toujours en bonne part, n'était appliqué aux partisans de la révolte que par eux-mêmes. (Flavius Josèphe, Guerres des Juifs, IV, III, 9)
[2] Voir le chapitre suivant : Jésus Bar-Abbas, Messie juif, p. xxx.
[3] Il en est toujours ainsi pour tout ce qui touche à Juda le Gaulonite et à ces fils, Ménahem excepté. On l'a vu pour la mort de Simon-Pierre et des Jacob-Jacques, en particulier, pour le faux sur Jésus, etc., etc.
[4] C'est cet exemple que suivit Simon-Pierre avec Ananias et Saphira.
[5] Tiens ! tiens ! Rome même probablement. Voir dans Flavius Josèphe l'histoire immonde du chevalier Mundus, dont nous serons bien obligés de parler un jour.
[6] Voir page xxx, le paragraphe : Haine et guerres entre les Hérodes et le Messie, et Apocalypse, chap. XII, 17.
Notes section 13
[1] Certains manuscrits... commentés évangéliquement ajoutent après Maître, le Christ. Mais c'est Dieu (Iahveh) qui est dans la pensée du Christ.
[2] Voir p. xxx, ci-dessus : « une telle fin dispense une vie immortelle ».
[3] Il y a aussi dans Flavius Josèphe (Guerres, VI, XXI) l'épouvantable histoire d'une mère, fort riche, venue de Bethezôr (bourg de l'Hysope), d'au delà du Jourdain avec d'autres Juifs, pour se réfugier à Jérusalem ; e1le fait rôtir son enfant et en mange la moitié. Le moins qu'on puisse dire de cette histoire, c'est qu'elle est fort suspecte. La « dame » aussi, qui s'appelle Marie, fille d'Eléazar, elle a tout l'air d'une petite-fille de Juda le Gaulonite, qui a suivi son mari à la guerre. Elle vient de la région de Gamala. Jérusalem, assiégée, où les habitants endurent depuis des mois les pires souffrances et courent les plus grands risques, ne paraît guère propre à servir de refuge à des femmes qui n'ont pas à prendre part à la guerre. D'autant plus Titus avait précédemment offert aux Juifs une amnistie générale pour le passé, et que cette femme avait donc préféré le parti de la révolte à celui de la soumission. Oui, quelque kanaïte, bien sûr, quelque nièce du Christ, cette Marie, fille d'Eléazar.
Notes section 12
[1] Ce qui est assez étonnant ; car l'ouvrage Guerres des Juifs, d'après les érudits, est antérieur aux Antiquités. Il semble bien qu'ayant eu d'abord à parler de Juda le Gaulonite dans son premier ouvrage, il aurait dû s'étendre davantage sur lui et sa secte. D'autant plus que Juda le Gaulonite, ce n'est pas une Antiquité, comme Moïse. Il est en plein dans l'histoire contemporaine de ces guerres, et même comme l'un des acteurs les plus en vue, le plus en vue, à certains égards. Il n'appartient qu'à peine au sujet des Antiquités. Mais il ne faut pas s'étonner, car s'il est un auteur dont on a sophistiqué les œuvres par remaniements d'un ouvrage à l'autre, par suppressions, additions, réfections et « tripatouillages » de toutes sortes, c'est bien, entre tous les autres, très nombreux, c'est bien Flavius-Joséphe, témoin et historien des événements en Palestine qui touchent aux temps originaires du Christianisme. Les érudits n'ont pas vu cela. Il en est même, comme Renan, Réville, et autres qui n'avouent pas les fraudes les plus grossières, qui crèvent les yeux. J'ai déjà indiqué tout ceci. Car il faut insister.
[2] Voir § La Révolte du recensement, ci-dessous, p. 221.
[3] Dans Guerres des Juifs il est dit qu' « elle est entièrement différente des trois autres, donc y compris celle des Pharisiens. Mais il y a : excepté, Heureuse exception qui ouvre nos yeux sur la vérité.
[4] Flavius Josèphe n'a pas écrit, soyez-en sûrs, cette phrase sur Gessius Florus. Ce procurateur est de trcnte ans environ postérieur à Ponce-l'ilate. S'il a traité durement les Juifs messianistes, les sectateurs de Juda le Gaulonite et de ses successeurs, c'est qu'il s'est trouvé en charge au moment de l'effervescence séditieuse qui a préparé la révolte de Ménahern. Le pays était mis au pillage, à feu et à sang par les messianistes-christiens. Tant de révoltes déjà avaient précédé sa venue qu'il n'était pas besoin d'elle pour surexciter les messianistes, persuadés à ce moment, comme sous le Crucifié de Ponce-Pilate, que l'heure du messie, cette fois, était la bonne.
D'autre part, on verra que ce passage, où Flavius Josèphe a l'air de prendre parti indirectement pour les messianistes, est en contradiction et est inconciliable avec tout ce qu'il écrit, que l'on pourra lire ci-après sur les partisans de Juda et de Sadok et leur secte, qu'il flétrit dans des termes abominables et qu'il charge, à juste titre, de tous les malheurs arrivés à la nation, et rend même responsables de la destruction du Temple. Le passage sur Gessius Florus est une fraude de plus.
[5] J'ai le regret de dire, - une fois pour toutes, - que la Vie de Jésus de Renan n'est construite que sur une critique aussi peu sérieuse, et, - je le crains, -- déloyale. Elle est d'autant plus perfide qu'elle se présente sous un nom qui fait autorité, et empreint d'une feinte bonhomie, onctueuse et pateline, d'autant plus erronée qu'elle veut se donner comme vraisemblable. Elle ne résiste jamais à l'examen des faits, dès qu'on la serre de près. On se demande si elle est de bonne foi.
[6] Son neveu, tout simplement, le fils de Jaïrus dont Jésus ressuscite la fille dans les Evangiles.
[7] Nous verrons quel sens Il faut attribuer à cet axiome, dont ou a coupé l'effet par suppression de son explication.. Soit p. 236, au « Rendez à César... ». Le sage Jésus, ajoute Renan, copiant l'épithète prêtée au personnage dans l'interpolation sur lui dans Flavius- Josèphe, profita de la faute de son devancier, et rêva un autre royaume et une autre délivrance ». On ne peut pas, plonger plus délibérément dans le faux; le lecteur s'en apercevra de plus en plus au cours de cet ouvrage.
Notes section 11
[1] Nous répondrons à cette argumentation enfantine.
[2] Dont Flavius Josèphe, malgré ce passage, ne dit pas un mot, ce qui suffit à prouver que le passage est interpolé. Mais nous verrons mieux.
[3] J'ai traduit aussi près que possible du mot à mot grec , la première et la dernière phrase sont même du mot à mot rigoureux, sauf « Dans le temps présente encore » qui, en grec, donne : dans l’encore maintenant, adverbes employés substantivement. Malgré les interversions syntaxiques, je pense qu'il importe que la traduction doit être faite ainsi, pour l'exactitude, sinon pour l'élégance. La dernière phrase surtout, confrontée avec la première, par l'espace de temps qu'elle semble mettre entre les deux, prouve que l'auteur est tard-venu après le Christ, plus encore que Flavius Josèphe.
[4] Quand on analyse la littérature de Renan, que trouve-t-on au fond ? Une première phrase où Il dit : « Je crois »... Il n'est pas sûr. Tout de même il veut aboutir à imposer une opinion. Pourquoi croit-il ? Parce que le passage est parfaitement dans le goût de Josèphe. Impression littéraire contestable, fausse, mais affirmée avec autorité, parce que, sur ce point, nul ne peut discuter pour ou contre. Ce n'est plus argument de raison, c'est affaire de goût : celui, de Renan sur celui de Josèphe. Qu'est-ce que le « goût » de Josèphe ? Qui peut se vanter de le reconnaître ? Pas plus Renan que tout autre. Et alors, « si cet historien a fait mention de Jésus », - insinuation par hypothèse, « c'est ainsi qu'il a dû est parler », - affirmation pour changer l'hypothèse en vérité démontrée. Et ensuite, fantaisies sur des retouches possibles, pour expliquer tout ce que le morceau a de suspect et qui le fait frauduleux. L'art de Renan est un grand art au service de l'erreur. Il part sur des hypothèses, des « si », pour conclure par des suppositions (il a dû) en passant par une appréciation affaire de goût. Bien ne tient. Ce savant, comme vérité, ne vaut pas Gavroche déclarant : « Si ma tante était un homme, ce serait mon oncle ». Ça, c'est net, c'est vrai.
[5] On trouve, en effet, cela aussi dans les Antiquités, liv. XX, ch. VIII. Nous le savons.
[6] In, Matth., éd. Huet, p. 223. Il est très douteux que l'œuvre soit d'Origène, aux II° et III° siècles.
[7] Nouv. Revue de Théologie, nov. et déc. 1859, Flavius Josèphe. Et en note, il ajoute : « Eusèbe (Hist. eccl., I, VIII) amalgame à dessein la relation de Josèphe sur la mort d'Hérode, avec le meurtre des enfants de Bethléhem ; et (Hist. eccl., I, II) celle de la mort de Jean-Baptiste avec les intrigues d'Hérodias, de manière à faire croire au lecteur que c'est Josèphe qui expose l'histoire au point de vue chrétien ».
[8] Voir le § suivant : Le frère Jacob-Jacques.
[9] Exemple, à propos même du faux sur Jésus, qui est immédiatement suivi de la phrase que voici : « Quand un écrivain, parmi les Juifs eux-mêmes, transmet, dès ce temps-là, dans l'un de ses écrits, de pareilles choses concernant Jean-Baptiste et notre Sauveur, quelle chance reste-t-il aux faussaires qui ont fabriqué les Mémoires qui les concernent, d'échapper au reproche d'impudence. Mais il suffit ». Oui, il suffit.
[10] « Credebatur esse Christus », dans Calal. script., 13, pour faire plaisir à Renan, sans doute. Né vers 331, mort en 420, c’est ce Jérôme, père et docteur de l'Église latine, qui, à propos de sa révision du texte grec des; Septante et de sa traduction (la Vulgate), fut traité de faussaire par son ami Rufin d'Aquilée.
[11]Je pourrais citer tel quotidien, anticlérical, fondé pour perfectionner les institutions démocratiques, qui, de peur de perdre quelques lecteurs « protestants », - de ces protestants qui, libéraux, croient en « Jésus », mais avec intelligence, bien entendu, pas à la manière des catholiques fétichistes, pauvres gens bornés, à ce qu'ils disent, - n'a pas osé publier un article résumant mes conclusions sur la Crèche de Beitléhem. Journal socialiste, certes, pour lecteurs primaires, jocrisses doublés de Homais, pas même de Janot.
[12] Voir p. 93, § XIX : les Jacob-Jacques.
Notes section 10
[1] Eusèbe, Hist.eccl.III,XVIII, 3. Voir note x, page xxx.
[2] C'est ce que signifie l'adverbe grec xxxxxxxx (pneumatiquement) ; le Saint-Esprit, c'est "xxxxx xxxx » (Hagion pneuma), le souffle sacré, et il ne veut pas dire autre chose que symbole, âlégorie, qui ne sont « saints ou sacrés » que parce que ce sont des inventions de scribes d'Eglise.
[3] Impossible, à cinq ans près, de fixer la naissance de Flavius-Josèphe. Dans son livre sur sa 'Vie (Vita, 2-3) il quitte Jérusalem à 26 ans, Félix étant procurateur, et arrive à Rome quand Poppée est favorite de Néron. Comme Félix a quitté la Judée en 813 = 60, et que les relations entre Popée et Néron remontent à 811-813 = 58-60, Flavius-Josèphe avait 26 ans entre 58-60. Il serait donc né, à ce compte, entre 32 et 34. Mais, comme il donne, comme date, l'année de l'avènement de Caligula, qui est l'an 790 = 37, les dates ne concordent plus. L'an 790 = 37 concorde assez bien avec celui que l'on peut calculer, d'après l'indication que Flavius -Josèphe donne à la fin des Antiquités judaiques, où il dit qu'il avait 56 ans la treizième année du règne de Domitien, soit en 847 = 94, d'où il serait né en 790-791 = 37-38.
Il semble qu'en substituant l'ère chrétienne à l'ère romaine, l'Église a resserré la chronologie, escamotant la quinzuine d'années qui lui a été hécessaire au 1er siècle, pour pouvoir rajeunir d'autant le Christ, qu'elle fait naître en 754. Nous verrons qu'il est né en 738 ou 739.
Les fraudes sur la date de là mort de Simon-Pierre et de Jacob-Jacques, avancée quatre ou cinq ans dans les Actes (voir XVII, Simon-Pierre et les Actes, p. 88), ont le même but.
[4] « Le chapitre dans lequel la sagacité politique de Josèphe a développé les causes de la grandeur romaine, contient le germe de plus d'un passage de Machiavel et de Montesquieu. Il démontre avec autant de profondeur que de finesse la conquête du globe opérée par la puissance de la discipline... Après cette analyse digne d'un maître-.. ». De qui sont ces ligues ? De Philarète Chasles (Etudes sur les premiers temps du Christianisme, etc., p. 53 et 54). Et ce n'est pas un vain éloge quand, par ailleurs, Ph. Chasles n'a pas de mots assez durs pour qualifier l'historien, parce qu'il ne soupçonne pas un moment que ses ouvrages ont été modifiés avec une intempérance cynique, et sans pudeur, - au propre, nous le verrons, comme au figuré. M. Ph. Chasles dit aussi : « Rien de plus dramatique et de plus puissant que l'ouverture subite des portes du Temple, sans qu'une main d'homme les force à céder, et cette voix terrible qui retentit comme un tonnerre, à travers le Saint des Saints : Les dieux s'en vont ». Qui sait si les récits, introduits dans les auteurs par des copistes chrétiens sur : le Grand Pan est mort ! n'ont pas été inspirés par ce passage de Josèphe
[5] En veut-on quelques-unes qui sont de poids et de taille ?
Le portrait de la secte pharisienne tracé dans les Antiquités, XVII, 2, ne s'accorde nullement avec le portrait tracé plus loin, XVIII, 1, des mêmes Pharisiens. Les Antiquités font mourir Marianne après Actium sur l'ordre des officiers d'Hérode ; la Guerre des Juifs la montre exécutée par l'ordre d'Hérode, au retour de Laodicée. D'après les Antiquités, XIX, 7, Hérode ne fit construire aucun édifice en Judée que, d'après la Guerre des Juifs, 1, 21, 4, il a remplie de temples magnifiques. Ananiel est ici un prêtre d'origine obscure et là de la famille des grands-prêtres. Le morceau oratoire qu'Hérode prononce dans les Antiquités, liv. XV, ch. V, § 3, diffère complètement de celui qu'il prononce dans la même circonstance dans Guerres des Juifs, ch. XIII : les deux discours paraissent deux amplifications différentes de rhéteurs s'exerçant sur le même sujet.
Rien de comique comme l'étonnement du bon P. Gillet, bibliothécaire de Sainte-Geneviève, traducteur de Josèphe et son apologiste fidèle, devant toutes les contradictions de son auteur, et incapable d'en trouver une explication : « Les contradictions, dit-il, et les altérations naissent pour ainsi dire à chaque pas... Je suis obligé de dire si souvent que le texte est altéré et qu'il se contredit soi-même, que J'ai tout sujet de craindre qu'une si fréquente répétition ne soit importune et à charge ». (Trad. de Fl.-Josèphe, 111, p. 276).
Mais non, bon Père, nulle importunité. Trop de discrétion, au contraire, car il reste à nous dire qui est 1'auteur de ces « altérations ». - Les scribes ecclésiastiques, si vous voulez le savoir.
[6] C'est un petit Jésus. C'est grâce à Josèphe que le Selon-Luc a pu faire passer dans son texte l'épisode de Jésus enfant au milieu des Docteurs, lors d'un voyage à Jérusalem avec ses parents à la fête de Pâques.
[7] Au point que des locutions hébraïques, des « idiotismes » passent, à peine déguisés sous les termes, dans le texte grec de Josèphe. xxxxx (qui signifie juger) employé dans le sens de gouverner, en parlant des Juges ; xx (signifiant un) employé dans le sens de quelqu'un ; xxxxx xxxxx (signifiant : s'envelopper d'une grosse étoffe de crin), pour dire porter le deuil ; xxxx (signifiant semence), pour signifier postérité. C'est du plus pur hébreu grécisé. Jamais les Grecs n'ont parlé cet hébreu.
[8] Fraude. Ses ouvrages en langue grecque, si la traduction est de lui, prouvent le contraire.
Et que penser de ceci ? Quand Flavius-Josèphe parle des poésies hébraïques au point de vue technique, ou lui fait dire que le chant d'adieu de Moïse est composé en vers hexamètres, et les Psaumes en trimètres et en pentamètres. Des scribes d'Église ont passé là-dessus.
[9] En voici quelques cas, provenant du seul livre VI des Antiquités, comparé avec le livre 1er de Samuel :
Ant., 1, 1, l'arche est à Ascalon : Sam., V, 10, elle est à Hékron.
Ant. et Septante, la terre se remplit de rats . Sam., V, 7, les Philistins sont frappés de tumeurs.
Ani. et Septante donnent dix mille hommes à Saül. Sam., XIV, 23, ne conliait pas de chiffre.
Ani., 13, 6, ont l'air de faire un philosophe cynique, d'un nommé Nabal, de la famille de Caleb, dit Sam., XXV, 4. En hébreu, chien, se dit kéleb. Josèphe fait un calembour d'un goût douteux.
[10] N'oublions pas que ce sont les chrétiens qui ont fait le succès, la fortune littéraire des ouvrages de Josèphe. Pour cela, il faut qu'ils l'aient « annexé », qu'ils en aient fait leur complice, après la scission des Juifs messianistes avec les Juifs tout court, vers le IV° ou V° siècle.
Flavius-Josèphe était Pharisien, très respectueux du grand législateur Moïse. Il avait étudié le Pentateuque et même le livre qui suit, comme toutes les Ecritures sacrées de sa nation. Il présente Moïse, en Égypte, comme un général d'opérette ou de féerie. Il lui fait commander une expédition militaire en Êthiopie, précédé d'un bataillon d'ibis qui mangent les serpents venimeux du désert à mesure que l'armée avance. On tombe en pleine farce. Et, finalement, Moïse épouse la princesse du pays conquis.
Quelle révolution dans l'histoire des origines du Christianisme, si un manuscrit non sophistiqué des ouvrages de Flavius-Josèphe se retrouvait ? L'Église en a gardé longtemps la peur.
Il y a aujourd'hui à la bibliothèque de Fribourg un manuscrit de FlaviusJosèphe qui, au XV° siècle, était en la possession de l'archevêque de Toulouse, Rieux, et que l'Êglise ignorait alors. Elle déféra l'archevèque et le manuscrit au Parlement de Paris, afin que le manuscrit fut examiné et saisi au besoin. Elle tremblait, qu'ayant échappé à sa censure, le manuscrit ne fùt pas « conforme » à ceux que ses scribes ont falsifiés.