C'est une religion de la Perse antique, issue
du mazdéisme, et qui tire son nom du prophète Zoroastre. Ses doctrines sont conservées
dans les gathas (hymnes métriques), qui forment une
partie du recueil de textes sacrés appelé Avesta.
Doctrines
Les principes fondamentaux des gathas
reposaient sur le culte de Ahura Mazda (le «Seigneur de Sagesse» ou le
«Maître du Savoir») et sur un dualisme éthique opposant Vérité (Asha)
et Mensonge à travers tout l'Univers. Tout le bien procède des émanations de
Ahura Mazda qui lui donnent forme et existence : Spenta Mainyu
(l'«Esprit-Saint», la force créative) et les six entités qui l'assistent, Bon
Esprit, Vérité, Pouvoir, Dévotion, Santé et Vie. Tout ce qui est mauvais
provient du mauvais «jumeau» de Spenta Mainyu, Angra Mainyu (l'«Esprit
Diabolique» ; en persan, Ahriman), et de ses assistants. Angra Mainyu est
mauvais par choix, car il s'est allié au Mensonge, tandis que Spenta Mainyu a
choisi la Vérité. De la même façon, les hommes devaient opérer ce choix
fondamental. Après la mort, l'âme de chacun était jugée sur le Pont du
Jugement ; seuls les partisans de la Vérité le traversaient pour être
conduits au Paradis ; mais les partisans du Mensonge tombaient en Enfer. À la
fin des temps, tout mal est éliminé de la Terre dans un supplice de feu et de
métal fondu.
Les gathas et le Haptanghaiti (les «Sept Chapitres»)
Il est possible que Zoroastre ait tenté la synthèse
de deux systèmes religieux. Le premier, mis en évidence dans les gathas,
fut un culte de la Sagesse et de ses émanations, y compris Asha (la Vérité).
Le second consista en un culte du dieu Ahura, protecteur de Asha : il
apparaît dans une autre partie de l'Avesta, le
Haptanghaiti («Rituel des Sept Chapitres»), rédigé
également en vieil avestique, la langue des gathas de
Zoroastre. Dans les «Sept Chapitres», des émanations ou entités divines,
ainsi que diverses abstractions sacrées interviennent ; Ahura Mazda y reçoit
l'épithète de «possédant Asha» ; en revanche, le Mensonge et Angra Mainyu ne
sont pas mentionnés. De nombreux objets naturels, des créatures mythiques et
des esprits ancestraux y sont vénérés. Ahura Mazda y ressemble moins à la
divinité unique de Zoroastre qu'au dieu Varuna (parfois appelé Asura,
«Seigneur») des anciens textes religieux indiens, les Rig-Veda.
Les ancêtres des Perses (c'est-à-dire un sous-groupe
aryen des peuples indo-européens) et les envahisseurs du Nord de l'Inde
partagèrent la même origine et on peut supposer qu'ils adorèrent un certain
nombre de divinités communes. L'Ahura Mazda des «Sept Chapitres» possédait
des femmes appelées Ahuranis, lesquelles, à l'instar des Varunanis de Varuna,
étaient nuages, pluie et eaux. Ahura possédait Asha, de même que Varuna
protégeait Rita («ordre cosmique» équivalent de Asha; en vieux perse, Arta).
Le nom de Ahura Mazda fut parfois associé à celui de Mithra ; dans les Veda,
les noms de Mithra et Varuna furent également associés. Les «Sept Chapitres»
vénéraient aussi Haoma (en védique, Soma), une plante divinisée d'où l'on
tirait une préparation hallucinatoire. Le culte des ancêtres, des esprits de
la nature et autres divinités (par exemple le dieu du Feu appelé Agni par les
hindous) possédait également un équivalent védique.
Le Yasna et le Videvdat
Les gathas et les «Sept
Chapitres» ne constituaient qu'une partie du grand texte de sacrifice rituel
appelée Yasna. Le reste fut rédigé dans une
langue plus tardive, l'avestique récent. On possède en outre un ensemble
d'hymnes rédigés en moyen perse qui rendaient hommage à diverses divinités,
dont Anahita, déesse des eaux et de la fertilité probablement empruntée (tout
comme la coutume des mariages incestueux) aux Élamites. La dernière partie de
l'Avesta, le Videvdat,
fut rédigée après la conquête de la Perse par les Grecs, au IVème siècle av.
J.-C. ; il présentait l'ensemble des prescriptions et interdits de la loi
pour la vie quotidienne (un peu à la façon du Lévitique). Il reflétait les
coutumes attribuées par l'historien grec Hérodote aux Mages, caste de prêtres
d'origine mède : c'était, par exemple, l'exposition des cadavres, la
protection accordée aux chiens ou le massacre systématique des reptiles.
Historique
Darios Ier fut probablement le
premier roi perse à adopter le zoroastrisme. Les inscriptions qu'il a
laissées sont emplies de louanges en l'honneur de Ahura Mazda; il parut en
outre considérer le Mensonge comme une force mondiale. Après lui, son fils
Xerxès Ier, puis Artaxerxès Ier (qui régna de 465 à 425 av. J.-C.) furent
également des fidèles de Ahura Mazda. Sous leurs règnes s'opéra sans doute
une synthèse des enseignements de Zoroastre et du polythéisme antique,
reflétée dans le syncrétisme des Yashts. Artaxerxès II (qui régna de 404 à
358 av. J.-C.) vénérait Ahura Mazda, Mithra et Anahita; c'est probablement
sous son règne que les premiers temples perses furent bâtis. Sous la
domination des Séleucides grecs (364-312 av. J.-C.), puis des Arsacides
parthes (v.250 av. J.-C. à 226 apr. J.-C.), des cultes aux dieux étrangers se
développèrent à côté du zoroastrisme. Mais la nouvelle dynastie perse des
Sassanides (226 à 651 apr. J.-C.) rétablit le zoroastrisme comme religion de
l'État. Dans la théologie sassanide, Ahriman (Angra Mainyu) fut opposé à
Ohrmuzd (Ahura Mazda), et non plus à Spenta Mainyu. Certains théologiens sassanides
enseignèrent aussi que Ohrmuzd et Ahriman étaient les fils jumeaux du Temps
infini (Zervan), mais cette doctrine fut finalement rejetée.
La Perse fut progressivement convertie à l'Islam
après la domination arabe au VIIème siècle. Cependant, le zoroastrisme
survécut dans de petites communautés de Gabars (terme péjoratif adopté par
les Arabes) dans les régions montagneuses du Yezd et de Kem. Il en subsiste
aujourd'hui environ 18000 en Iran. Les zoroastriens, sous le nom de Parsis
(littéralement Perses), émigrèrent nombreux vers l'Inde. Ils vivent
aujourd'hui principalement dans la banlieue de Bombay. Ils récitent toujours
la liturgie de l'Avesta et conservent les feux sacrés, mais de nos jours, ils
préparent un haoma non hallucinatoire et très peu ont conservé l'usage
de placer les cadavres sur des édifices élevés (appelés les tours du silence)
pour être la proie des vautours.