Le Zoroastrisme

article encyclopédique

wb01092_.gif (1676 octets)

C'est une  religion de la Perse antique, issue du mazdéisme, et qui tire son nom du prophète Zoroastre. Ses doctrines sont conservées dans les gathas (hymnes métriques), qui forment une partie du recueil de textes sacrés appelé Avesta.

Doctrines

Les principes fondamentaux des gathas reposaient sur le culte de Ahura Mazda (le «Seigneur de Sagesse» ou le «Maître du Savoir») et sur un dualisme éthique opposant Vérité (Asha) et Mensonge à travers tout l'Univers. Tout le bien procède des émanations de Ahura Mazda qui lui donnent forme et existence : Spenta Mainyu (l'«Esprit-Saint», la force créative) et les six entités qui l'assistent, Bon Esprit, Vérité, Pouvoir, Dévotion, Santé et Vie. Tout ce qui est mauvais provient du mauvais «jumeau» de Spenta Mainyu, Angra Mainyu (l'«Esprit Diabolique» ; en persan, Ahriman), et de ses assistants. Angra Mainyu est mauvais par choix, car il s'est allié au Mensonge, tandis que Spenta Mainyu a choisi la Vérité. De la même façon, les hommes devaient opérer ce choix fondamental. Après la mort, l'âme de chacun était jugée sur le Pont du Jugement ; seuls les partisans de la Vérité le traversaient pour être conduits au Paradis ; mais les partisans du Mensonge tombaient en Enfer. À la fin des temps, tout mal est éliminé de la Terre dans un supplice de feu et de métal fondu.

Les gathas et le Haptanghaiti (les «Sept Chapitres»)

Il est possible que Zoroastre ait tenté la synthèse de deux systèmes religieux. Le premier, mis en évidence dans les gathas, fut un culte de la Sagesse et de ses émanations, y compris Asha (la Vérité). Le second consista en un culte du dieu Ahura, protecteur de Asha : il apparaît dans une autre partie de l'Avesta, le Haptanghaiti («Rituel des Sept Chapitres»), rédigé également en vieil avestique, la langue des gathas de Zoroastre. Dans les «Sept Chapitres», des émanations ou entités divines, ainsi que diverses abstractions sacrées interviennent ; Ahura Mazda y reçoit l'épithète de «possédant Asha» ; en revanche, le Mensonge et Angra Mainyu ne sont pas mentionnés. De nombreux objets naturels, des créatures mythiques et des esprits ancestraux y sont vénérés. Ahura Mazda y ressemble moins à la divinité unique de Zoroastre qu'au dieu Varuna (parfois appelé Asura, «Seigneur») des anciens textes religieux indiens, les Rig-Veda.

Les ancêtres des Perses (c'est-à-dire un sous-groupe aryen des peuples indo-européens) et les envahisseurs du Nord de l'Inde partagèrent la même origine et on peut supposer qu'ils adorèrent un certain nombre de divinités communes. L'Ahura Mazda des «Sept Chapitres» possédait des femmes appelées Ahuranis, lesquelles, à l'instar des Varunanis de Varuna, étaient nuages, pluie et eaux. Ahura possédait Asha, de même que Varuna protégeait Rita («ordre cosmique» équivalent de Asha; en vieux perse, Arta). Le nom de Ahura Mazda fut parfois associé à celui de Mithra ; dans les Veda, les noms de Mithra et Varuna furent également associés. Les «Sept Chapitres» vénéraient aussi Haoma (en védique, Soma), une plante divinisée d'où l'on tirait une préparation hallucinatoire. Le culte des ancêtres, des esprits de la nature et autres divinités (par exemple le dieu du Feu appelé Agni par les hindous) possédait également un équivalent védique.

Le Yasna et le Videvdat

Les gathas et les «Sept Chapitres» ne constituaient qu'une partie du grand texte de sacrifice rituel appelée Yasna. Le reste fut rédigé dans une langue plus tardive, l'avestique récent. On possède en outre un ensemble d'hymnes rédigés en moyen perse qui rendaient hommage à diverses divinités, dont Anahita, déesse des eaux et de la fertilité probablement empruntée (tout comme la coutume des mariages incestueux) aux Élamites. La dernière partie de l'Avesta, le Videvdat, fut rédigée après la conquête de la Perse par les Grecs, au IVème siècle av. J.-C. ; il présentait l'ensemble des prescriptions et interdits de la loi pour la vie quotidienne (un peu à la façon du Lévitique). Il reflétait les coutumes attribuées par l'historien grec Hérodote aux Mages, caste de prêtres d'origine mède : c'était, par exemple, l'exposition des cadavres, la protection accordée aux chiens ou le massacre systématique des reptiles.

Historique

Darios Ier fut probablement le premier roi perse à adopter le zoroastrisme. Les inscriptions qu'il a laissées sont emplies de louanges en l'honneur de Ahura Mazda; il parut en outre considérer le Mensonge comme une force mondiale. Après lui, son fils Xerxès Ier, puis Artaxerxès Ier (qui régna de 465 à 425 av. J.-C.) furent également des fidèles de Ahura Mazda. Sous leurs règnes s'opéra sans doute une synthèse des enseignements de Zoroastre et du polythéisme antique, reflétée dans le syncrétisme des Yashts. Artaxerxès II (qui régna de 404 à 358 av. J.-C.) vénérait Ahura Mazda, Mithra et Anahita; c'est probablement sous son règne que les premiers temples perses furent bâtis. Sous la domination des Séleucides grecs (364-312 av. J.-C.), puis des Arsacides parthes (v.250 av. J.-C. à 226 apr. J.-C.), des cultes aux dieux étrangers se développèrent à côté du zoroastrisme. Mais la nouvelle dynastie perse des Sassanides (226 à 651 apr. J.-C.) rétablit le zoroastrisme comme religion de l'État. Dans la théologie sassanide, Ahriman (Angra Mainyu) fut opposé à Ohrmuzd (Ahura Mazda), et non plus à Spenta Mainyu. Certains théologiens sassanides enseignèrent aussi que Ohrmuzd et Ahriman étaient les fils jumeaux du Temps infini (Zervan), mais cette doctrine fut finalement rejetée.

La Perse fut progressivement convertie à l'Islam après la domination arabe au VIIème siècle. Cependant, le zoroastrisme survécut dans de petites communautés de Gabars (terme péjoratif adopté par les Arabes) dans les régions montagneuses du Yezd et de Kem. Il en subsiste aujourd'hui environ 18000 en Iran. Les zoroastriens, sous le nom de Parsis (littéralement Perses), émigrèrent nombreux vers l'Inde. Ils vivent aujourd'hui principalement dans la banlieue de Bombay. Ils récitent toujours la liturgie de l'Avesta et conservent les feux sacrés, mais de nos jours, ils préparent un haoma non hallucinatoire et très peu ont conservé l'usage de placer les cadavres sur des édifices élevés (appelés les tours du silence) pour être la proie des vautours.