« L'évangile de Judas révèle surtout la pensée gnostique »
Interrogé par Radio Vatican à l'occasion de la publication très médiatisée de l'évangile de Judas, le P. Marc Leroy, de l’Ecole biblique de Jérusalem, rappelle la nature gnostique de ce texte.
Radio
Vatican
18/04/2006
Quelle
valeur
accorder
à
«
l’Evangile
selon
Judas
»,
un
texte
qui
revient
régulièrement
faire
débat
sur
la
scène
publique
?
Le
titre
est
vendeur,
le
texte
est
bien
connu
des
spécialistes.
Benoît
XVI
a
rappelé
la
trahison
de
Judas,
le
père
Cantalamessa,
a
dénoncé
ouvertement
une
"littérature
pseudo-historique
".
Tous
deux
ont
donc
coupé
court
à
toute
prise
en
compte
de
ce
texte.
Pour
parler
de
son
contenu,
nous
avons
joint
le
père
Marc
Leroy,
dominicain,
spécialiste
des
textes
apocryphes
à
l’Ecole
biblique
de
Jérusalem.
Il
nous
explique
tout
d’abord
quels
critères
déterminent
la
qualification
d’un
texte
comme
apocryphe.
M.
Leroy
-
Le
mot
apocryphe
vient
du
grec
"apókruphos"
qui
veut
dire
"caché",
mais
ce
n'est
pas
dans
le
sens
qu'on
l'entend
souvent,
d'évangile
ou
d'écrit
que
l'Eglise
aurait
caché
pour
ne
pas
le
transmettre
au
fidèle.
Il
faut
entendre
caché
dans
le
sens
"qui
n'appartient
pas
au
canon",
qui
n'a
pas
été
reçu
dans
la
liste
canonique.
Ces
évangiles
apocryphes
viennent
de
communautés
gnostiques,
très
souvent,
c'est
le
cas
de
l'Evangile
de
Judas
dont
on
parle
dernièrement,
c'est
le
cas
aussi
de
l'Evangile
de
Thomas,
et
d'autres
évangiles
encore.
RV
-
Qu'apportent-ils,
même
s'ils
ne
font
pas
partie
du
Canon,
au
lecteur,
et
au
lecteur
chrétien
particulièrement
?
Est-ce
qu'il
apporte
une
source
en
plus
?
M.
Leroy
-
L'évangile
de
Judas
est
surtout
intéressant
pour
l'histoire
comparée
des
religions.
Il
ne
nous
apprend
rien
sur
le
personnage
historique
"Judas",
puisque
à
travers
cet
évangile,
c'est
surtout
la
pensée
gnostique
qui
est
dévoilée.
RV
-
Comment
s'est-elle
développée,
en
parallèle
ou
en
opposition
aux
premiers
chrétiens
?
M.
Leroy
-
A
la
même
époque
des
premières
communautés
chrétiennes
qui
naissent,
on
voit
se
développer
ad
extra
d'autres
communautés
gnostiques.
Ces
communautés
gnostiques
-
le
terme
vient
de
la
"gnosis",
la
connaissance
-
reprennent
certains
éléments
du
Nouveau
ou
de
l'Ancien
Testament,
mais
vont
développer
un
enseignement
ésotérique,
c'est-à-dire
que
seulement
quelques
uns,
les
initiés,
peuvent
atteindre
la
connaissance
de
Dieu.
Et
les
gnostiques
pensaient
qu'il
y
avait
un
dieu
du
bien
et
un
dieu
du
mal
et
qu'on
retrouvait
cette
opposition
en
tout
homme,
avec
l'opposition
du
corps
et
de
l'esprit.
Et
donc
tout
le
but
des
gnostiques
est
de
libérer
l'âme
du
corps,
pour
retrouver
le
dieu
du
bien.
Et
une
particularité
du
mouvement
gnostique,
tel
qu'on
peut
le
voir
dans
l'évangile
de
Judas,
c'est
de
reprendre
un
certain
nombre
de
personnages
qui
ont
été
condamnés
dans
l'Ancien
Testament
et
d'essayer
de
les
réhabiliter.
C'est
le
cas
de
Judas
pour
le
Nouveau
Testament,
mais
dans
l'Ancien
c'est
le
cas
de
Caïn
;
c'est
le
cas
du
frère
de
Jacob,
Ésaü
;
c'est
le
cas
de
Coré,
qui
s'est
rebellé
contre
Moïse.
RV
-
Aujourd'hui
alors
que
nous
sommes
en
plein
Triduum
pascal,
quelles
réflexions
peut
apporter
cette
redécouverte
-
ou
cette
médiatisation
-
de
l'évangile
de
Judas
et
les
évangiles
apocryphes
pour
les
chrétiens
?
M.
Leroy
-
Je
crois
que
c'est
aussi
l'occasion
pour
le
chrétien
de
s'interroger
:
pourquoi
est-ce
que
Judas
a
trahi
Jésus
?
Judas,
on
peut
penser
qu'il
a
voulu
choisir
Jésus
de
façon
tout
à
fait
honnête,
et
puis
il
s'est
rendu
compte
que
Jésus
n'était
pas
ce
messie
politique
devant
rétablir
le
royaume
qu'il
attendait.
Plutôt
que
de
voir
là
un
suicide
du
Christ,
je
crois
que
ça
nous
renvoie
à
ce
messianisme
éngimatique
de
Jésus.
A
la
fois
il
récuse
le
titre
de
Messie
ou
en
tout
cas
il
ne
veut
pas
se
conformer
à
ce
Messie
politique
attendu,
mais
les
premiers
chrétiens,
après
la
résurrection,
vont
reconnaître
en
Jésus
le
Christ
et
le
Seigneur.
Au
fond,
c'est
aussi
la
question
de
l'accomplissement
des
écritures.
Et
les
premiers
chrétiens
vont
voir
dans
la
mort
et
la
résurrection
de
Jésus
l'accomplissement
des
oracles
prophétiques.
Interview
réalisée
le
samedi
15
avril
2006
par
Radio
Vatican.
Transcription
:
inXL6
