Le pape condamne l'évangile selon Judas

Mathieu Perreault

La Presse

Le pape Benoît XVI a profité de la messe de la dernière cène, jeudi soir dernier, pour condamner l'évangile selon Judas, dévoilé en grande pompe la semaine dernière par la revue National Geographic. Dans ce document du IVe siècle, Jésus charge Judas de le dénoncer afin de pouvoir souffrir pour l'humanité, mourir et ressusciter.

Balivernes, répond Benoît XVI. Judas « jauge Jésus selon les catégories du pouvoir et du succès: pour lui, seul le pouvoir et le succès sont des réalités, l'amour ne compte pas, a dit le pape durant son homélie. Il est avide: l'argent est plus important que la communion avec Jésus, plus important que Dieu et son amour. Et ainsi, il devient aussi un menteur qui joue un double jeu et rompt avec la vérité; quelqu'un qui vit dans le mensonge et perd ainsi le sens de la vérité suprême, de Dieu. De cette façon, il s'endurcit, devient incapable de conversion, du retour confiant de l'enfant prodigue, et il jette sa vie détruite. »

Même s'il n'a pas directement fait allusion à l'évangile selon Judas, le pape visait clairement ce document, selon des vaticanistes italiens. Judas, dit Benoît XVI, fait réfléchir au « mystère obscur du refus » de l'amour. « L'amour du Seigneur ne connaît pas de limites, mais l'homme peut y mettre une limite. »

Jésus, fils de Seth

La dénonciation de Benoît XVI n'est pas surprenante. C'est que la réévaluation du rôle de Judas n'est pas le seul accroc au dogme catholique que commet le document du National Geographic. On y lit aussi que Jésus n'est pas le fils du dieu de l'Ancien Testament, mais de Seth, le troisième fils d'Adam. Seth fait partie d'une autre catégorie de divinités, au sommet de laquelle trône Barbelo, un dieu androgyne bienveillant. Le dieu de l'Ancien Testament, lui, est méchant et jaloux.
Ces théories ont été échafaudées par les sectes gnostiques, qui ont prospéré aux premiers temps du christianisme. En réaffirmant que Judas est un traître, Benoît XVI vise aussi le gnosticisme, qui a été à la source de plusieurs courants « nouvel âge ».