Le traducteur de Judas répond à l'Eglise
Le coptologue genevois Rodolphe Kasser a passé plusieurs années à traduire l'Evangile selon Judas. [Keystone]
21.04.2006 17:21
C'est
par
«paresse
intellectuelle»
que
l'Eglise
rejette
l'évangile
selon
Judas,
explique
à
swissinfo
Rodolphe
Kasser,
qui
a
dirigé
la
traduction
du
texte.
Ce
manuscrit
vieux
de
1700
ans
donne
de
Judas
l'image
d'un
des
disciples
favoris
de
Jésus,
bien
loin
de
celle
du
traître
honni
que
véhicule
le
Nouveau
Testament.
Au
terme
d'une
longue
et
rocambolesque
histoire
(le
texte
s'est
retrouvé
au
cœur
du
trafic
international
des
antiquités),
l'Évangile
de
Judas
est
finalement
restitué
au
public.
Après
plusieurs
siècles
passés
dans
une
grotte
égyptienne,
le
manuscrit
a
été
traduit
par
le
professeur
genevois
Rodolphe
Kasser.
Or
cet
émiment
coptologue
en
est
convaincu
:
il
existe
encore
des
évangiles
à
découvrir.
Et
en
attendant,
celui
de
Judas
permet
de
lever
le
voile
sombre
qui
recouvre
la
figure
de
son
auteur,
dont
la
traîtrise
a
alimenté
l'antisémitisme
durant
des
siècles.
swissinfo:
Quand
vous
avez
reçu
le
manuscrit,
il
était
en
très
mauvais
état.
Comment
s'y
prend-on
avec
un
tel
objet?
Rodolphe
Kasser
:
Il
a
d'abord
fallu
le
restaurer,
ce
que
personne
n'avait
fait
jusqu'ici.
J'avais
déjà
travaillé
sur
d'autres
papyrus,
dont
on
pouvait
déplacer
délicatement
les
morceaux
avec
des
brucelles.
Mais
ici,
dès
que
l'on
touchait
un
fragment,
il
se
cassait
en
morceaux
encore
plus
petits.
Alors,
si
vous
voulez
avoir
une
idée
de
l'ampleur
de
la
tâche,
imaginez
que
l'on
déchire
un
cahier
en
2000
morceaux
et
qu'il
faille
ensuite
reconstituer
le
puzzle.
swissinfo : Vous êtes parvenu à réassembler les trois quarts de cet évangile. Est-ce que les morceaux manquants pourraient contenir des passages importants qui auraient pu changer la signification du texte?
R.K.: Peut-être, mais j'en doute. Sur les passages manquants, seules cinq ou six lignes auraient pu contenir des informations essentielles.
swissinfo : Ce texte montre un Judas bien différent de celui du Nouveau Testament. Ce n'est plus seulement le traître, mais d'abord un des disciples favoris de Jésus. Quelle importance cela a-t-il?
R.K.:
C'est
certainement
complètement
différent,
mais
cela
n'a
pas
de
conséquences
théologiques
majeures.
Je
me
suis
aussi
posé
la
question:
est-ce
que
cela
altère
la
foi
et
la
croyance
?
Et
la
réponse
est
non,
cela
ne
change
pas
grand-chose,
parce
que
la
foi
chrétienne
est
centrée
sur
Jésus
Christ.
Judas
n'est
qu'un
des
disciples.
Par
contre,
ce
texte
lève
l'opprobre
jeté
sur
son
nom.
swissinfo : Pourtant, le pape Benoît XVI a encore répété la semaine dernière que Judas était un traître...
R.K.:
Je
trouve
plutôt
stupide
de
dire
que
cet
évangile
confirme
l'idée
que
Judas
a
trahi
Jésus
par
appât
du
gain
et
du
pouvoir.
Car
ce
n'est
pas
vrai
du
tout.
Je
vois
plutôt
Judas
comme
quelqu'un
qui
veut
en
savoir
plus.
Pour
lui,
comme
pour
tous
les
gnostiques,
c'est
la
connaissance
qui
apporte
le
salut,
et
les
fausses
croyances
qui
empêchent
l'homme
de
se
développer.
C'est
une
idée
à
laquelle
la
Bible
n'est
nullement
opposée.
swissinfo
:
Serait-ce
la
peur
qui
a
motive
la
réaction
de
l'Eglise?
R.K.:
Pour
moi,
c'est
plutôt
la
paresse
intellectuelle.
Les
gens
ne
veulent
rien
changer
à
ce
qu'ils
ont
toujours
cru.
J'ai
observé
ce
type
de
réaction
également
dans
la
ville
d'Yverdon,
où
je
vis.
Quelqu'un
que
je
connais
bien
m'a
dit
qu'il
était
contre
cette
découverte,
simplement
parce
qu'il
n'aimait
pas
l'idée
que
Jésus
et
Judas
aient
pu
comploter
ensemble.
swissinfo: Pensez-vous que l'Eglise devrait un jour revoir le Nouveau Testament?
R.K.: L'Eglise ne cesse d'étudier le Nouveau Testament. Mais elle devrait le faire aussi lorsque de nouveaux textes apparaissent. On ne peut pas se contenter de dire «il ne sert à rien d'en tenir compte, puisque nous savons déjà tout».
swissinfo: A quel accueil vous attendez-vous pour l'évangile de Judas de la part du public?
R.K.:
Je
ne
m'attends
à
rien.
J'ai
juste
dirigé
la
traduction
du
manuscrit
pour
le
rendre
accessible
au
public.
Lorsque
je
me
retrouve
face
à
un
document
comme
celui-ci,
j'espère
simplement
trouver
quelqu'un
qui
soit
prêt
à
s'atteler
à
la
tâche
très
ingrate
de
le
restaurer,
de
le
photographier
et
de
l'éditer.
Ce
qui
est
vraiment
regrettable,
c'est
de
voir
que
des
objets
archéologiques,
qui
sont
toujours
de
précieuses
sources
d'informations,
puissent
être
détruits
sans
même
avoir
été
examinés.
C'est
comme
si
vous
aviez
un
témoin
que
personne
ne
veut
entendre.
Même
s'il
y
a
de
fortes
chances
que
ce
témoin
soit
un
menteur,
vous
devez
lui
donner
la
possibilité
de
parler.
Et
désormais,
Judas
a
eu
cette
possibilité.
Interview
swissinfo:
Adam
Beaumont
à
Genève
(Traduction
et
adaptation
de
l'anglais:
Marc-André
Miserez)