Judas, et si on s'était trompé ?
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Le plus grand traître de l’Histoire, Judas l’Iscariote, serait en fait… le seul disciple à avoir compris Jésus. C’est du moins ce que suggère "l'évangile de Judas", un manuscrit millénaire sorti de l'ombre et récemment traduit en français. Qu'en est-il ? |
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Un traître historiquePendant des siècles, la figure de Judas a incarné le mal et la cupidité dans la chrétienté. |
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L'évangile de JudasQuel crédit apporter à ce manuscrit révolutionnaire qui fait de Judas le favori de Jésus ? |
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L'épopée d'un manuscritComment un codex réapparaît après 1700 ans et des péripéties dignes d'un roman d'aventures. |
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Pourquoi Judas aurait-il trahi ?Quelques hypothèses sur les raisons qui auraient poussé Judas à livrer Jésus, les relations du maître et son disciple. |
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Judas, le traître de la chrétienté
Dans la Bible, Judas est l'un des douze apôtres de Jésus, certainement l'un de ses plus proches fidèles, un de ceux qui ont tout abandonné pour le suivre. Trésorier de ce groupe itinérant, il est chargé de récolter et de gérer les fonds des apôtres. L'évangile de Jean suggère aussi que l'intendant aurait eu tendance à détourner l'argent du groupe. Un groupe de fidèles qui a marché jusqu'à Jérusalem pour la Pâque. Selon les évangiles, la veille de son arrestation, lors de la Cène, Jésus réunit ses apôtres autour de lui et annonce que l'un deux le trahira. Chose faite dans les jardins de Gethsémani : en échange de "30 deniers", Judas le désigne aux gardes romains en l'embrassant, d'où l'expression "le baiser de Judas", baiser du traître. Le vendredi, Jésus est crucifié par les Romains. Selon l'évangile de Mathieu, le traître, pris de remords, se pend à un arbre quelques jours plus tard. Pendant des siècles dans la chrétienté, la figure de Judas se convertit en incarnation caricaturale de tous les vices. Le mot "Judas" devient synonyme de traître. Une figure qui sera par ailleurs exploitée par l'antisémitisme qui évoque à travers lui un peuple cupide et déicide. Mais dès les premiers temps du christianisme, Judas a aussi suscité des interprétations plus complexes. Théologiens et intellectuels se sont interrogés sur les raisons profondes de son forfait et ses relations avec Jésus. Une curiosité qui s'accroît à partir du XIXème siècle. L'incroyable épopée d'un manuscrit
Dans les années 1970, un mystérieux manuscrit est découvert par des Egyptiens en plein désert. Ils le revendent à un joaillier du Caire… qui se le fait voler. Quelques années plus tard, le fameux codex réapparait en Suisse. Le joaillier le récupère et tente de le vendre à un prix exorbitant. L'offre est repoussée et le manuscrit, enfermé dans un coffre à New York, retrouve l'ombre pour une quinzaine d'années. Mais le précieux document a excité la curiosité des marchands d'art. C'est finalement l'antiquaire suisse Frieda Tchacos qui acquiert l'objet en 2000 et le fait expertiser. Résultat : il s'agirait bien de "l'évangile de Judas", un document cité par les premiers chrétiens. Mais Frieda Tchacos revend à son tour le manuscrit à un acheteur qui lui fait un chèque en bois. Après de nouvelles péripéties, le codex réapparait à nouveau en Suisse en 2001…en très mauvais état et dépouillé de certains fragments. On compte alors plus de mille morceaux à recomposer. Frieda Tchacos le confie alors à la Fondation Maecenas pour les arts anciens. Chargée de reconstituer et d'étudier le manuscrit, la National Geographic Society, gèle toute communication sur l'objet. Jusqu'au mois d'avril 2006, au cours duquel la revue National Geographic en révèle l'existence au grand public. Après la reconstitution à 75 % de ce puzzle millénaire, le document vient d'être traduit en plusieurs langues et devrait désormais rejoindre le musée copte du Caire. Le mystère de "l'évangile selon Judas"
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Judas, le favori de JésusLe fameux codex en papyrus comprend
plusieurs textes dont un dialogue entre Jésus et Judas l'Iscariote. Dans
cette discussion apparaissent plusieurs phrases clefs comme : "Tu les
surpasseras tous, tu sacrifieras l'homme qui me sert d'habit" ou encore
"Je t'enseignerai les mystères du Royaume (…) mais pour cela tu
souffriras beaucoup". Autant de citations qui font de Judas non plus un
traître, mais le préféré de Jésus. Celui qui accepte de le sacrifier et
d'endosser le mauvais rôle pour que se révèle son essence divine. Celui par
qui s'accomplit la volonté divine en permettant la résurrection. L''image
traditionnelle de Judas, bête noire de la chrétienté est donc remise en cause
par ce texte. . Un authentique document... qui n'a pas été écrit par Judas"L'évangile de Judas" est cité par les premiers chrétiens et notamment par Irénée, Evêque de Lyon, qui le dénonce pour hérésie au milieu du IIème siècle. Le texte n'est donc pas une invention sortie de l'imagination de faussaires modernes. En revanche, le document retrouvé, écrit non en grec mais en copte (la langue des premiers chrétiens d'Egypte), est daté du IIIème ou IVème siècle par les experts. Il ne peut donc s'agir que d'une copie ultérieure d'un original. Pas d'un faux, mais d'une authentique reproduction. On peut aussi penser que le premier manuscrit, pas celui qui vient d'être retrouvé mais l'original, n'a pas été écrit par Judas lui-même. Les spécialistes supposent en effet que les évangiles sont des compilations des paroles des évangélistes, recueillies et retranscrites ultérieurement par les premiers chrétiens. Ceci vaut également pour les 4 évangiles dits "synoptiques" ou "canoniques" reconnus par l'Eglise : ceux de Jean, Luc, Marc et Mathieu. Ces quatre textes présentent de grandes similitudes, contrairement aux évangiles non reconnus par l'Eglises, comme ceux de Philippe, Thomas, Marie-Madeleine, ou encore celui de Judas. Des évangiles dits "apocryphes", fortement influencés par d'autres croyances et courants de pensée. … et influencé par la pensée gnostiqueLe fond et la forme de l'Evangile
selon Judas semblent en effet le rattacher aux courants dit
"gnostiques". Pour ces groupes qui fleurissent aux premiers temps
de la chrétienté, seuls quelques élus rejoignent la vie éternelle. Pour les
gnostiques, sont "sauvés", non pas ceux qui croient en Jésus, mais
ceux qui connaîssent Jésus, ceux qui parviennent à percent les secrets du
divin après une longue quête initiatique. Dans tous les cas, ce texte reste un document des plus précieux pour tous les spécialistes. Il montre que la chrétienté des premiers siècles n'a pas été un bloc monolithique, mais un ensemble mouvant animé par de nombreux courants de pensée. Pourquoi Judas a-t-il trahi ?
Bandit ou révolutionnaire ?» La chrétienté, en s'appuyant sur l'Evangile de Jean, a longtemps fait de Judas un simple félon attiré par l'argent, livrant son maître pour quelques deniers. Mais cette hypothèse est contestée : la somme remise à Judas par les Romains (30 deniers) est fort modeste, et Judas, en tant que trésorier, aurait pu détourner des sommes plus conséquentes. » Son nom d'Iscariote a également laissé croire qu'il fut membre des sicaires, juifs "zélotes" prônant la rébellion armée contre les Romains. Finalement déçu par Jésus, un messie trop pacifiste, Judas l'aurait trahi. Mais l'influence des sicaires semble en fait postérieure à la mort de Jésus. Néanmoins, la piste d'une incompatibilité idéologique, d'un différend entre un guide idéaliste, éloigné de toutes préoccupations matérielles, et un intendant trop rationnel, reste envisageable. Un traître nécessaire ?» Avant même la réapparition de l'évangile de Judas, la théologie a avancé la possibilité d'un "traître messianique", sacrifié pour que s'accomplisse le destin de Jésus. Sans Judas en effet, pas de crucifixion, ni de résurrection. La question de la sanction réservée à Judas, et d'une possible miséricorde divine, a aussi agité les débats théologiques. Le regard porté sur ce personnage maudit semble de moins en moins sévère à partir du XIXème et surtout du XXème siècle. » Au XXème siècle, la littérature, que la figure de Judas a toujours fasciné, s'en empare à nouveau. De Paul Claudel ("La Mort de Judas", 1907), à Jorge Luis Borges (dans la deuxième partie de "Fictions", 1944), en passant par Marcel Pagnol ("Judas", 1955), ou Eric Emmanuel Schmitt ("L'évangile selon Pilate", 2000) les romanciers du XXème siècle ont souvent cherché à démêler les ressorts de sa trahison, les raisons intimes de son forfait et la nature de ses relations avec Jésus. Le mystère reste entier. |



