Lecture de la Bible à travers ses symboles

Les symboles de l'Esprit-Saint

à l'occasion de l'année liturgique 97 / 98 consacrée à la Personne de l'Esprit-Saint

Introduction générale

1 L'ambivalence des symboles

2 Les différents symboles bibliques de l'Esprit-Saint

2.1 Le symbolisme de l'air

  2.1.1. Le symbolisme de l'air en général

  Les huit propriétés de l'air

2.1.2. Le symbolisme du souffle

Le souffle créateur

Le souffle divin donné à l'homme.

2.1.3 Le symbolisme du vent

Les sept particularités du vent  

2.2 Le symbolisme du feu

Le feu symbole de la Présence divine

Le feu symbole de "deux" amours extrêmes

Le feu symbole de l'alliance par le sacrifice

Le feu symbole de purification

2.3 Le symbolisme de l'eau

2.3.1 Le symbolisme de l'eau en général 

  L’eau germinale et fécondante

  L’eau médicale

  L’eau baptismale ou lustrale

  L’eau diluviale

2.3.2 Le symbolisme de l'eau dans la Bible

  L'eau symbole de fécondité de la ruah, de l'Epouse

2.4 Les autres symboles de l'Esprit

  2.4.1 Le symbolisme de l'huile en général

    Le don de l'huile sainte au baptême, fruit de la Passion du Christ

    Rapprochement des symboles de l'huile avec les autres symboles de l'Esprit

2.4.2  Le parfum

2.4.3  La nuée

2.4.4  Le sceau

2.4.5  La colombe

2.4.6  Avocat et témoin

2.4.7  Les arrhes, les prémices et le gage

2.4.8  Le doigt

Essai de synthèse

Insaisissable mais omniprésent

Un Être de communication

L'Esprit, force de purification

Puissance et faiblesse, Présence et absence

Le feu insoutenable s'il ne me brûle pas à la source même de mon être

L'eau matricielle

La douceur et la bonne odeur de l'Esprit  

Introduction générale

En hébreu, le même mot jwr (ruah, féminin) désigne l'esprit (Dn 4,5), le vent,(Dn 7,2), l'air (Jr 2,24), l'espace, le souffle (Ps 33,6), l'haleine (Jb 19,17), la respiration (Ps 135,17), le principe de vie, l'âme (Gn 45,27). Le terme grec pneuma pneuma  ("esprit") a été utilisé par les versions grecques de l’Ancien Testament pour traduire le terme ruah  de la Bible hébraïque. En plus de sens physiques tels que "vent", "air", "haleine", "souffle", "respiration" (et, secondairement, "âme", "vie", "cœur", "esprit"), ce mot comporte un sens théologique important: "l’esprit" ou "le souffle de Yahvé". Cet esprit de Dieu est son activité déployée dans le monde et dans l’histoire. On peut le considérer, dans sa source, comme force divine émanant de Dieu, ou dans son résultat, comme esprit insufflé dans l’homme. De ce point de vue, l’esprit de Dieu vient "dans" (Nb 27,18) ou "sur" (Jg 3,10) l’homme, "fondant" (Juges, XIV, 6; I Sam., X, 6) ou "tombant" sur lui (Ez 9,5) ou encore le "revêtant" (Juges, VI, 34; I Chron., XII, 19; II Chron., XXIV, 20) comme un manteau. Dans son entretien avec Nicodème, Jésus déclare: "Le vent souffle où il veut; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit." (Jn 3,8; Jb 4,15-17)

Au moment du baptême de Jésus, "l'Esprit de Dieu descendit comme une colombe et venir sur lui" (Mt 3,16). La colombe est lié au souffle, à l'air, à l'espace. Il en va de même pour le feu qui symbolise aussi l'Esprit (Ac 2,2-4) et qui ne peut brûler sans air.

L'eau est aussi intimement lié à l'air par sa composition (H2O) et parce qu'elle tombe du ciel en pluie. "De son sein couleront des fleuves d'eau vive" (Jn 7,38) Jean nous dit que Jésus désignait ainsi l'Esprit (Jn 7,39).

Les autres symboles de l'Esprit sont moins importants et nous verront qu'ils ont moins de rapport direct avec le souffle. Parmi ceux-ci relevons simplement, pour l'instant, l'huile utilisée pour l'onction (1 Jn 2,20).

Nous pouvons donc centrer notre étude sur le souffle puis prendre les autres symboles en regardant leur rapport au souffle.

Nous remarquerons très vite que ces symboles de l'Esprit-Saint sont ambivalents. C'est l'occasion pour nous de commencer notre étude sur l'ambivalence des symboles.

1 L'ambivalence des symboles

Un symbole est dit "ambivalent" lorsqu'il symbolise des valeurs contradictoires. L'eau, par exemple, symbolise la vie lorsqu'elle est nécessaire à l'être humain mais elle symbolise la mort lorsqu'elle est responsable d'inondations ou de noyades. Certains refusent l'idée même qu'un symbole puisse signifier ainsi des réalités ambivalentes.

En fait, tout est créé à l'image de Dieu et tout cela est bon selon le livre de la Genèse (Gn 1-2). Sur cette base nous pouvons affirmer que la création est comme le miroir du créateur, qu'elle reflète la Beauté, la Gloire du Créateur invisible mais qui, précisément se rend visible dans ses oeuvres (Rm 1,20).

Oui, vains par nature tous les hommes en qui se trouvait l'ignorance de Dieu, qui, en partant des biens visibles, n'ont pas été capables de connaître Celui-qui-est, et qui, en considérant les oeuvres, n'ont pas reconnu l'Artisan. Mais c'est le feu, ou le vent, ou l'air rapide, ou la voûte étoilée, ou l'eau impétueuse, ou les luminaires du ciel, qu'ils ont considérés comme des dieux, gouverneurs du monde! Que si, charmés de leur beauté, ils les ont pris pour des dieux, qu'ils sachent combien leur Maître est supérieur, car c'est la source même de la beauté qui les a créés. La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur. (Sg 13,1-6)

Jésus reproche à ses contemporains d'être superficiels car ils savent regarder la nature, la comprendre mais ils ne savent pas la contempler, autrement dit, ils ne savent pas découvrir le créateur. Ils reconnaissent le vent du sud qui se lève mais ils ne reconnaissent pas dans le vent, le souffle de Dieu créateur (Gn 1,2). Autrement dit, ils ne voient pas dans le Christ, le Verbe fait chair, la Parole créatrice (Gn 1,3) car ils ne sont pas habités pas le souffle de l'Esprit-Saint (Ac 2,2), de la Pentecôte ! (Lc 12,54-56)

Le symbole ne fait pas des créatures le divin mais le reflet du divin. De même que le miroir n'est pas ce qu'il reflète mais il est "habité" en quelque sorte par ce qu'il reflète.

Dieu ne peut pas se contredire dans ses oeuvres, il n'y a donc pas de place pour l'ambivalence au départ de la création. La difficulté arrive avec le péché lorsque l'homme et le femme ouvrent une brèche entre Dieu et la création. Le miroir est brisé. Tout n'est pas perdu car les morceaux du miroir brillent encore mais c'est l'harmonie qui leur manque. Ils ne sont plus capable d'offrir une image harmonieuse du divin même si chaque morceau reflète quelque chose de l'image divine. Il faudra une patience inouïe pour les hommes et pour Dieu jusqu'au moment où le miroir sera totalement reconstitué.

C'est le Christ, Image parfaite de Dieu, sans péché qui nous donne ce miroir, qui "réconcilie" les différents morceaux du miroir par son pardon, par sa Parole, par son Amour dans sa Vie. Toutefois, si le miroir, par lui, avec lui et en lui, est déjà reconstitué il y a encore, dans son corps qui est l'Eglise, bien des brisures, bien des fentes qui blessent le visage de Dieu en Jésus-Christ qui se reflète dans ce miroir. Il faudra la résurrection finale pour que les différentes pièces, fondues dans le baptême du feu, dans la fournaise de la mort, puissent ressortir en une seule pièce brillante, en un seul corps, sans tache ni fentes, mais totalement rayonnant de la lumière divine.

Ainsi donc, en attendant cet heureux moment, notre miroir est encore troublé par les brisures, bien des symboles des reflets semblent contradictoires comme lorsque les différentes pièces d'un miroir sont mal assemblées. La création est blessée par le péché (pollution... etc) et d'autre part, l'homme, n'étant plus totalement dans l'amour de Dieu, ne sait plus contempler l'image de Dieu dans la création et dans le visage de ses frères et soeurs.

Par contre, le Verbe créateur, le Verbe fait chair, le Christ, nous donne la clé de lecture de la contemplation. Il nous permet de mettre de l'ordre dans les différentes pièces du miroir, de les mettre au bon endroit à la manière d'un puzzle. Ainsi, grâce à la Parole de Dieu, ce qui nous semblait au départ, être des symboles ambivalents, ce qui semblait absurde dans le monde, dans la vie, retrouve toute sa vérité et son harmonie. Prenons un seul exemple. Sans le Christ, l'eau symbole de vie et de mort est un symbole contradictoire, ambivalent. Avec le Christ, par le baptême qui nous plonge dans la mort et la résurrection du Seigneur, la mort est vue comme le passage à la vie éternelle, la mort est l'aube de la vie... il n'y a plus de contradiction, plus d'ambivalence...

2 Les différents symboles bibliques de l'Esprit-Saint

2.1 Le symbolisme de l'air

2.1.1. Le symbolisme de l'air en général

Les huit propriétés de l'air

Il est nécessaire à la vie car il englobe toute la création

L'air qui entoure le globe terrestre symbolise le souffle qui planait sur les eaux avant la création (Gn 1,2) Nous sommes immergés dans le souffle de l'Esprit car tout a été créé dans l'Esprit de Dieu. L’air conditionne fondamentalement la quasi totalité des formes de la vie terrestre; selon l’activité qu’il fournit, un homme en consomme entre 3 000 et 5 000 litres par vingt-quatre heures (Sg 7,3). L’abondance (1 P 1,2) sans limite de ce mélange gazeux, son coût nul, sa gratuité (Ap 22,17), son omniprésence et sa nécessité absolue pour vivre en ont fait le symbole essentiel du principe de vie donné par Dieu, le souffle de vie, l'Esprit-Saint. C'est l'Esprit qui sanctifie l'être tout entier (2 Thess 2,13) et achève toute sanctification comme le dit la quatrième prière eucharistique.

D'autre part, l’interposition d’une couche d’air entre un véhicule et le sol ou l’eau permet de réduire les forces de frottement et par suite d’accroître la vitesse et le confort. Nous avons ici le symbole de l'Esprit comme source d'énergie (Gn 2,7) et de confort, de tendresse (1 R 19,12; Phil 2,1)

2. Il pénètre dans tout l'espace :

l'Esprit pénètre tout être au plus intime (Ps 139,15) mais on peut aussi l'empêcher de pénétrer en soi, demeurer hermétique au souffle de Dieu (Mt 12,31). Dans le Nouveau Testament, le Temple est source de controverse entre Jésus et les juifs (Jn 2,14-19) car ces derniers "enferment" la présence de Dieu dans une construction de pierres. Ils ne reconnaissent pas en Jésus, le Temple de Dieu, le Temple de l'Esprit-Saint. C'est dans la nuit de la passion de Jésus (Lc 23,44) que l'on reconnaîtra le souffle de l'Esprit, l'Amour de Dieu. Le voile du sanctuaire se déchire au moment où le corps de Jésus est déchiré par la mort, c'est là qu'il remet l'Esprit à son Père pour l'humanité tout entière.

Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l'esprit. Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas; la terre trembla, les rochers se fendirent. (Mt 27,51)

Il sert de moyen de communication

L'air "transporte" différents éléments légers, c'est un agent de communication. L’air contient de l'eau, des semences et des grains de pollen, autant d'agents de fertilité. Lors des plaies d'Egypte la cendre fine que Moïse lance en l'air devant le Pharaon sera sur toute l'Egypte une source d'ulcères et de boutons (Ex 9,8-10). L'air transporte aussi les sons et les odeurs, les parfums et la nuée. Il communique la Parole (Jn 14,26). La montagne, symbolise l'élévation dans le ciel pour recevoir une Parole de Dieu (Ex 24,12). ) L'air symbolise l'Esprit évangélisateur qui porte les bonnes odeurs que nous sommes en vivant du Christ (2 Co 2,15).

Par contre, l'air ne retient pas ce qui est lourd, ce qui est incapable de tenir dans le ciel, dans l'air. Une pierre, par exemple, plus on la jette haut dans le ciel, plus elle retombera violemment sur terre. Qui jette une pierre en l'air se la jette sur la tête, qui frappe en traître en subit le contrecoup. (Eccl 27,25)

Toute tentative contre le ciel nous retombe violemment dessus. Le souffle de l'Esprit ne laisse pas sans effet, la violence. Si quelqu'un jette une pierre contre son frère, l'air ne l'arrête pas. De même Dieu n'empêche pas, par un miracle, le mal que l'on fait à son frère.

Par contre la pression de l’air décroît si l’on s’élève. De même, en vivant dans le souffle de l'Esprit, on se détache des biens passagers de ce monde pour un monde nouveau (Col 3,1).

Il purifie

L’activité des hommes pollue parfois cet air pur à l'image de l'activité de son péché qui se mêle au don de la vie. En devenant notre souffle divin dès notre baptême, l'Esprit-Saint a accepté de porter la pollution de notre péché comme l'air porte la pollution et Jésus s'est fait "péché" pour nous: "Celui qui n'avait pas connu le péché, Il l'a fait péché pour nous, afin qu'en lui nous devenions justice de Dieu." (2 Co 5,21)

L'air, spécialement au bord de la mer, porte du sel. Le sel donne goût aux aliments, c'est un agent de conservation mais il provoque aussi certaines corrosions. L'Esprit-Saint nous donne d'être le "sel de la terre" (Mt 5,13). C'est lui qui donne goût, sens à notre vie et nous garde fidèle dans la foi mais il provoque en nous la purification qui nous ronge parfois ! On retrouve cette symbolique de la purification sur le plan technique, l’air comprimé est utilisé sous forme de jets d’air pour le nettoyage des machines et l’éjection des pièces terminées. En attisant le feu purificateur, en balayant tout sur son passage et en chassant les mauvaises odeurs, l'air purifie aussi.

5. Il a de la force (1 Co 2,4).

Il rassemble.2

. Il représente le néant et la futilité

Un beau texte du livre de la Sagesse nous livre une réflexion des impies au moment du jugement. Ils remarquent qu'ils ont couru, durant leur vie, après des futilités. Tout ce qu'ils ont convoité, richesse, honneur, pouvoir est néant. L'honneur des impies n'est que vide, comme la trace laissé dans l'air après le passage de l'oiseau ou d'une flèche (Sg 5,11-12). L'air peut donc aussi symboliser le vide, l'absence. Il est aussi intéressant de faire le parallèle avec le sommet de l'Amour sur la Croix où le Christ remet son Esprit au Père (Lc 23,46) mais il vit également une sorte de "vide" dans l'abandon (Mt 27,46). Le sommet de la purification rejoint le sommet le "vide", l'abandon. De même que le Christ "s'est vidé" de lui-même (Phil 2,6-11) de même l'homme doit "se vider" de lui-même pour se laisser envahir par Dieu (Eph 4,10). C'est quand je ne suis rien, que je suis faible que je suis fort dans le Christ dit saint Paul (2 Co 12,10). Dieu a choisi ce qu'il y a de faible pour confondre les puissants (1 Co 1,27).

8. Il attise la flamme car il ne peut y avoir de feu sans air.

Dans l'ensemble de cette symbolique, il y a un côté positif et un côté négatif, le vent peut emporter des bonnes ou des mauvaises odeurs. Il y a donc l'Esprit divin qui est bon mais il y a aussi les mauvais esprits (Lc 7,21).

2.1.2. Le symbolisme du souffle

Le souffle divin est créateur (Gn 1,2; Jud 16,14). Dieu met son propre souffle dans le coeur de l'homme (Gn 2,7; Jb 27,3) et lorsque celui-ci disparaît, c'est la mort de l'homme (Tb 14,11). Par la suite, l'eau inonde tout souffle de vie sur terre car l'humanité s'est pervertie (Gn 6,5-8). C'est le souffle divin qui met fin au déluge (Gn 8,1) et qui écarte les eaux de la Mer rouge (Ex 14,21; 15,8) mais c'est aussi le souffle divin qui inonde les Egyptiens (Ex 15,10), qui annonce sept années de vaches maigres au Pharaon dans son songe (Gn 41,6), qui est source d'une des plaies d'Egypte, les sauterelles (Ex 10,13) ou qui est source de mort (Jb 1,19; 4,9). C'est encore le vent divin qui soufflait de la mer pour amener dans le désert des cailles à manger pour le Peuple de Dieu (Nb 11,31) ou qui met fin à la plaie de sauterelles en Egypte (Ex 10,19). C'est aussi le souffle de Dieu qui transforme l'eau en glace (Jb 37,10), la grâce divine est comme "gelée" mais c'est le même souffle divin qui fait fondre la glace pour que les eaux de la grâce coulent (Ps 147,18). Le souffle, par contre peut aussi dessèchent les êtres vivants (Is 40,24).

Le repos permet de reprendre son souffle, de se libérer des travaux pénibles (Ex 23,12). Lorsque Dieu menace son peuple infidèle, le souffle manque à l'homme qui s'épuise (Lv 26,14-17; Dt 28,65). Le souffle de Dieu menace aussi les ennemis d'Israël (2 Sm 22,16). Il emporte ceux qui ne sont pas enracinés dans la terre promise (Is 57,13).

Le souffle exprime aussi la légèreté, la fragilité de l'être humain (Ps 62,10; 144,4). Dans le Cantique des Cantiques, le souffle manifeste la Tendresse de Dieu entre l'Epoux et l'Epouse (Ct 2,17; 4,6; 4,16; 7,9). La bible révèle aussi le souffle des esprits mauvais (Sg 11,18; Is 25,4). Dans le livre d'Isaïe, c'est le souffle qui provoque le jugement, un souffle de feu destructeur (Is 4,4; 30,33; 33,11) Le rejeton qui sortira de la souche de Jessé (Is 11, 1-4; 27,8) possédera cet Esprit.

Le souffle créateur

"Dieu dit... et cela fut" (Gn 1). La parole est liée au souffle créateur car la production et la propagation des sons sont liées à l’existence d’une vibration de l'air. Le son, la Parole est invisible et vivante comme l'Esprit créateur qui fait émerger à l'existence la création par la Parole. À la source du son, le milieu est déformé (par un choc, une compression, etc.) et, par suite de son élasticité, la déformation gagne les molécules voisines qui, dérangées de leur position d’équilibre, agissent à leur tour de proche en proche. Le phénomène se produit sans transport de matière, symbole de la création ex nihilo, à partir de rien. Une image habituellement donnée pour illustrer ce phénomène est celle des rides se déplaçant sur une nappe d’eau dans laquelle on a jeté une pierre.

La science qui parle d'une explosion (big bang) à l'origine de la création et qui, en constante expansion, ne cesse de s'étendre, rejoint le récit de la création dans la Genèse par le symbolisme de la Parole. Elle aussi part d'un choc et est en expansion constante. Le phénomène se produit sans transport de la matière, c'est donc l'Esprit-Saint, le Souffle divin, qui transmet la Parole de Dieu jusqu'à nous: "L'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit." (Jn 14,26) C'est l'Esprit-Saint qui a inspiré les Saintes Ecritures, la Parole de Dieu (Eph 6,17) (Ps 148,8).

Dans de nombreuses mythologies, le phénomène sonore est un élément essentiel de la genèse de l’univers; le son, la parole, le souffle, le rythme sont actes du Dieu engendrant le monde. Ainsi, la vocifération du Prophète restaure la Parole perdue. Le mugissement du yogi et l’appel lancé du haut du minaret par le muezzin font écho à la clameur sans laquelle le monde n’eût point jailli du "néant de la caverne".

La célérité du son dans l’air dépend de la température. À la température ordinaire, elle est de l’ordre de 340 m/s. Dans d’autres milieux que l’air, le son se propage à des vitesses différentes. Ainsi, dans l’eau à la température ordinaire, elle atteint 1 500 m/s. La Parole créatrice se transmet rapidement dans l'eau vive de notre baptême car nous sommes en Christ un seul Homme nouveau (Eph 2,15).

"Celui qui croit en moi, selon le mot de l'Ecriture, de son sein couleront des fleuves d'eau vive. Jésus parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié." (Jn 7,38-39).

Le souffle divin donné à l'homme.

Alors Yahvé Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant. (Gn 2,7)

Ce souffle divin assume les "trois souffles humains", image de Dieu Trinité. Le souffle de la Parole, souffle de l'esprit, de l'intelligence, c'est le niveau de la tête. Le souffle du coeur au niveau de l'affection et de l'amour. Enfin, le souffle des entrailles qui correspond aux pulsions vitales les plus puissantes, l’expression émotionnelle, c’est le "cri du ventre" comme expression des affects primaires: peur, attaque, fuite, faim, appel sexuel, etc.

Le souffle humain a deux fonctions essentielles: oxygéner le corps, rejeter le gaz carbonique, symbole de purification, et permettre à l'homme de s'exprimer par la voix, la Parole. La psyché veut dire étymologiquement "le souffle frais", l'âme.

La respiration doit être contrôlée, car l’élève "apprécie la quantité d’air nécessaire au bon cheminement de son chant". Il est néfaste de respirer avec rapidité. Il s’agit d’acquérir une respiration profonde. L'Esprit doit pouvoir atteindre les profondeurs de notre être mais il s'agit de ne pas l'expirer aussitôt avec rapidité car il ne peut "devenir parole" ou "chant". L'homme aspire le souffle de l'Esprit pour vivre, pour devenir Parole et pour nous purifier en expirant le gaz carbonique symbole de notre péché. L'air est-il alors pollué, l'Esprit devient-il pécheur ? Non mais Dieu s'est fait péché pour nous dans son Verbe divin ! (2 Co 5,21)

Le souffle est si important que la cavité abdominale doit être vide pour faciliter la respiration, ce qui explique que les grands acteurs ne prennent pas leur repas avant le spectacle. C'est tout le sens du jeûne qui est symbolisé ici, pour "prendre son souffle correctement", il faut faire le vide. En terme théologique on parle de la kénose du Christ car il s'est "vidé" de lui-même dans l'abandon total, dans le don total jusque sur la croix. C'est ainsi qu'il peut remettre son Esprit au Père... (Lc 23,46). Il y a, selon Zeami, deux sortes de voix: la voix horizontale qui procède de l’expiration, et la voix verticale qui a le timbre de l’inspiration, c’est-à-dire le timbre du son filé. "Par cet usage de l’expiration et de l’inspiration, on obtiendra une sensibilité sonore qui enrichit la voix et qui colore le chant". Nous avons ici le symbolisme de la croix, l'inspiration vient d'en haut et l'expiration est la purification des péchés. Le tout est l'harmonie entre le ciel et la terre et entre les humains.

L’acte vocal produit un effet régulateur. Non seulement le fait d’établir une solidarité entre le souffle et les cordes vocales constitue un exercice bénéfique, mais la communion de pensée qui existe au sein du groupe choral ou la recherche par le chanteur du mythe, du symbole enclos dans les sons élargissent l’horizon de la vie quotidienne. Apprendre à chanter, c’est apprendre à se dépasser soi-même. Le souffle de l'Esprit permet de chanter, de retrouver la paix, l'harmonie divine (Ez 33,32).

2.1.3 Le symbolisme du vent

Le vent est un mouvement de l'air, c'est pour cette raison que le souffle est parfois associé au vent. L'un et l'autre sont incolores, inodores, invisibles, imperceptibles, subtils et insaisissables. Le phénomène s'observe donc uniquement dans ses effets. (Eccl 43,20) C'est pour cette raison essentielle que le souffle ou le vent symbolisent l'Esprit-Saint car ce dernier on ne sait ni d'où il vient ni où il va. (Jn 3,8)

D'une manière générale, le vent symbolise le réel non-corporel, l'âme, l'esprit, le souffle, la vie. Le vent est la respiration des dieux ou les esprits bons ou mauvais.

Le vent est un élément déterminant du climat syro-palestinien, ils sont identifiés à partir des 4 points cardinaux (Za 6,5; Jr 49,36)

Il y a les vents de la saison des pluies en hiver. Le vent d'ouest qui vient de la mer, il est gorgé d'humidité et apporte la pluie (1 R 18,41-46; Lc 12,54) bienfaisante pour les cultures. Le vent d'est est froid et desséchant, il est plus rare. Le vent du Nord, l'Aquilon, apporte la pluie (Pr 25,23) mais aussi le froid et le gel (Si 43,22) lorsqu'il chasse les nuages et clarifie l'atmosphère. Il y a les vents de la saison sèche en été. Le vent d'ouest n'apporte pas la pluie comme en hiver mais donne une abondante rosée nocturne à la végétation qui permet de supporter la sécheresse du jour. Le vent d'Est, issu du désert, est chargé de poussière et est brûlant (Lc 12,55) mais hâte la maturité des récoltes (Os 13,15). Il provoque de réelles tempêtes (Jb 1,19) et peut même être dangereux pour l'homme (Jon 4,8). Le vent du Sud est chaud et accablant, il est assez rare et souffle tout au plus une quarante de jours par an diffusant le parfum des fleurs (Ct 4,16).

Il y a les vents locaux. Les brises fraîches qui permettent de vanner les céréales (Rt 3,2) ou la brise de terre qui souffle peu avant le lever du soleil. Il y a les tempêtes locales surtout sur le lac de Tibériade (Mt 8,24) et les trombes qui sont des colonnes tourbillonnantes qui se forment dans le désert. Elles sont violentes mais rarement dangereuses.

Les sept particularités du vent

1. Il annonce un événement: d'où les différentes expressions : "Quel bon vent t'amène?" "être dans le vent"; "le vent commence à tourner", on souhaite "bon vent". Le vent est une créature de Dieu (Am 4,13) qui, par tempête, manifeste la colère de Dieu ou une théophanie (Os 13,15). Le vent est issu de la bouche (Is 27,8) ou du nez de Dieu (Ex 15,8). Il est soumis à Dieu et élève les prophètes au ciel (2 R 2,1). Mais il est parfois imprévisible (Jn 3,8) et en poussant des nuages qui ne provoquent aucune pluie, il est le symbole de celui qui se vante faussement de donner (Pr 25,14).

2. Il donne une énergie positive : "Avoir le vent dans le dos" ou du "vent dans les voiles" exprime une force qui propulse quelqu'un en avant. Il apporte parfois la pluie féconde (Lc 12,54), la rosée ou la chaleur pour la fécondité et la maturité des cultures (Os 13,15). Chez Ezéchiel, dans sa grande vision des os desséchés qui retrouvent vie, l'Esprit redonne vie aux morts, c'est déjà l'annonce de la résurrection (Rm 8,11). Dans le Nouveau Testament, Le souffle du Christ est clairement identifié à l'Esprit-Saint (Jn 20,22) et un violent coup de vent manifeste le don de l'Esprit à la Pentecôte (Ac 2,2) et les 4 vents symbolisent le rassemblement des élus (Mt 24,31; Mc 13,27; Ap 7,1)

3. Il est une force antagoniste : "Il va contre vents et marées". Le vent est souvent variable, capricieux, imprévisible, agressif et parfois déchaîné. Il provoque des naufrages. La dispersion et la destruction se réalisent par le vent de Dieu (Jr 49,32; Ez 13,11-13). Le vent peut aussi dessécher la vigne (Ez 17,10; 19,12), la source (Os 13,15) ou briser les navires (Ez 27,26; Jon 1,4; Ps 48,8). Si l'homme prend la prérogative de Dieu en semant le vent, il récolte la tempête (Os 8,7). Le vent peut être brûlant à tel point que l'on peut y préférer mourir (Jon 4,8) Les impies recevront une coupe de vent de flamme, une coupe de feu (Ps 11,6), instrument du châtiment de Dieu. Dieu broie les impies comme poussière au vent (Ps 18,43) ou les emporte comme la paille dans un tourbillon de vent (Ps 83,14). Le vent est contraire lorsque les disciples sont dans la barque (Mt 14,24) à tel point qu'ils ont peur (Mt 14,30) mais au moment où Jésus est dans la barque le vent tombe (Mt 14,32). Chez Marc et Luc, Jésus est dans la barque pendant la tempête mais il dort. Au moment où il se réveille il commande au vent de se taire et celui-ci obéit (Mc 4,39).

4. Il est une source d'informations. Nous avons vu que l'air "transmet" les sons. "Avoir vent de quelque chose", c'est être informé. Le vent joue un rôle de médiation et de communication car il remplit tout l'espace entre le ciel et la terre, en l'homme le souffle fait le lien entre l'extérieur et l'intérieur, il permet de communiquer par l'envoi de sons (paroles, musiques, bruits divers..), de transmettre la pensée intime de l'homme aux autres. Il diffuse le parfum des fleurs (Ct 4,16).

5. Il est une puissance. "Il passe en coup de vent". C'est lui qui assèche la mer Rouge (Ex 14,21) et brise les vaisseaux de Tarsis (Ps 48,8). Le vent a une puissance extraordinaire. Si l'air ne pèse rien, le vent est capable d'évacuer les métaux les plus lourds (Dn 2,35).

6. Il exprime la liberté: "se sentir libre comme le vent ou comme l'air". "Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit." (Jn 3,8)

7. Il est inconsistant. "C'est du vent" pour dire que cela ne vaut pas grand chose. "Il tourne au moindre vent". "Ce n'est que du vent", le vent symbolise à ce moment-là l'illusion, l'inconsistant (Os 12,2). La femme querelleuse est comme une gouttière qui coule sans fin un jour de pluie, essayer de la retenir c'est saisir du vent ou de l'huile avec la main ! (Pr 26,15-16)

Pour l'Ecclésiaste "tout est du vent" Eccl 1,6.14.17; 2,11.17.26; 4,4.6.16; 5,15; 6,9;, tout nous échappe (Eccl 2,21), on n'a de prise sur rien (Eccl 12,8), il s'agit donc de craindre Dieu et d'obéir à ses commandements (Eccl 12,13). De même que l'on n'a de prise sur rien, de même on ne peut pas saisir le vent, on n'a pas de prise sur lui, on ne peut pas le retenir (Eccl 8,8). Ainsi celui qui regarde le vent ne sème pas (Eccl 11,4). On ne maîtrise pas l'origine du vent (Ecc 11,5; Jn 3,8). L'espoir de l'impie se dissipe comme fumée au vent (Sg 5,14) Le vent emporte les feuilles mortes comme les hommes qui se flétrissent à cause de leurs fautes (Is 64,5).

Dans le nouveau Testament, Jésus demande si Jean-Baptiste est un roseau agité par le vent (Mt 11,7). Le roseau comparé à la grande palme est symbole de petitesse (Is 9,13) et le roseau qui se balance au vent est symbole de l'inconstance. Jean est le plus petit dans le Royaume des cieux (Mt 11,11) mais le plus grand parmi les enfants des femmes, il n'est pas inconsistant !

8. Il est source de rassemblement: les feuilles mortes, accumule la neige en congères, forme les dunes de sable au bord de la mer. Le souffle fait aussi l'unité du corps dispersé (Ez 37,7), c'est un principe de communion. Le chiffre 4 symbolise la création et ici, la recréation après la mort par le Souffle de l'Esprit: Il me dit: "Prophétise à l'esprit, prophétise, fils d'homme. Tu diras à l'esprit: ainsi parle le Seigneur Yahvé. Viens des quatre vents, esprit, souffle sur ces morts, et qu'ils vivent." (Ez 37,9)

2.2 Le symbolisme du feu

Nous ne pouvons qu'effleurer, dans le cadre de ce travail, l'immense richesse de la symbolique du feu dans la Bible.

Le feu est lié à la vigueur du souffle car ce dernier ne peut pas exister sans oxygène. C'est de cette manière que le feu est intimement lié au symbole de l'air. La quantité et la vigueur du feu va donc dépendre de la présence du souffle et de sa vigueur (Jr 6,29; Ez 21,36). L'eau attise le feu au lieu de l'éteindre car ce n'est pas l'eau mais la pression de l'eau qui étouffe le feu. Lorsqu'il s'agit du feu divin tout particulièrement le feu s'embrase davantage avec l'eau (Sg 16,17-19). Le baptême engendre le feu de l'Esprit. Il faudra ce feu divin dans le coeur des justes pour résister, contrairement aux impies, au feu de Dieu (Sg 16,17-19.23; Is 43,2). La Parole de Dieu est un feu (Jr 23,29) mais le feu est aussi le refuge des démons (Ba 4,35) et est éternel (Mt 18,8; 25,41). Dans le livre d'Ezéchiel, Israël est comparé à la vigne qui doit être brûlée au feu de l'Exil pour pouvoir redevenir une "terre fertile" (Ez 19,12-14; 28,18; Ez 36,35).

Un petit feu peut embraser toute une forêt (Jc 3,5), l'Esprit-Saint peut faire des grandes choses à travers ce qui est faible car Dieu peut ainsi déployer sa puissance dans notre faiblesse (Rm 8,26; 1 Co 1,25; 2 Co 12,9). Dans l'Apocalypse l'Esprit est clairement identifié au feu (Ap 4,5) mais le dragon est aussi rouge que le feu (Ap 12,3) et la Bête peut même accomplir des prodiges étonnants jusqu'à faire descendre le feu du ciel sur terre. (Ap 13,13) Toutefois celui qui adorera une telle Bête boira le vin de la fureur de Dieu, il subira le supplice du feu devant l'Agneau (Ap 14,10) et tous seront vaincu par Dieu dans un étang de feu (Ap 19,20) de même que le diable lui-même (Ap 20,10) et la mort (Ap 20,14). Cet étang de feu est le symbole de la seconde mort y sont jetés tous ceux qui ne sont pas inscrits au livre de Vie (Ap 20,15; 21,8).

Le feu symbole de la Présence divine

La colonne de feu éclairait le Peuple de Dieu dans le désert durant la nuit pour qu'ils puissent marcher de jour comme de nuit (Ex 13,21). Cette colonne de feu est Dieu lui-même, elle est là pour éclairer. Par contre, le jour, c'est une colonne de nuée qui guide le peuple. Y aurait-il déjà l'annonce, dans ce passage, de notre difficulté de reconnaître la présence de Dieu lorsqu'il fait jour, lorsque tout va bien et qu'il y a plus de facilité à reconnaître Dieu dans l'épreuve ? Ou plutôt n'est-ce pas sur la croix, au creux de la nuit de l'abandon que l'on reconnaîtra véritablement le Fils de Dieu ? (Mc 15,39)

C'est au petit matin, à l'aube du salut, que Dieu, du haut de la colonne de feu et de nuée, sema la panique dans le camp égyptien ! (Ex 14,24) Les deux colonnes symbolisent ici le passage de la nuit au jour. Il est aussi intéressant de rapprocher le symbole du yin et du yang chinois.

Yin et Yang désigne l'aspect obscur et l'aspect lumineux de toutes choses et ces deux éléments sont indissociables. Ces deux principes expriment la dualité dans la complémentarité dans laquelle l'unité originelle s'est polarisée. Ces deux principes s'influencent et s'alternent constamment comme le jour et la nuit, décomposant le temps en périodes déterminées. Yin exprime le négatif, l'obscurité, la terre, la ligne brisée, la féminité. Le Yang exprime le positif, la lumière, le ciel, la ligne ininterrompue, le masculin.

Le passage de la mer rouge, préfiguration de la Pâque chrétienne, n'est pas le salut des bons et la destruction des méchants mais la communion de toute l'humanité retrouvée par la destruction de l'esclavage du péché symbolisé par le peuple égyptien. C'est bien sûr le sacrifice du Christ qui révèle pleinement cette image de Dieu.

Dieu se manifeste dans le feu au sommet du Sinaï (Ex 19,18). Le feu symbolise le cœur même de la Présence de Dieu alors que la fumée voile, en quelque sorte cette présence redoutable (Ex 19,21). L'homme ne peut pas voir la face de Dieu et vivre, il doit passer par la mort (Ex 33,20).

Le feu symbole de "deux" amours extrêmes

Le feu peut manifester l'absence de Dieu dans la géhenne de feu (Mc 9,43) ou sa présence comme dans la colonne de feu qui précédait le Peuple dans le désert (Ex 13,21). Yahvé est un feu dévorant, un Dieu jaloux (Dt 4,24) qui ne supporte pas l'orgueil de l'humanité (Jb 22,29). Dieu va donc embraser l'homme humble dans le feu de l'Esprit-Saint pour l'élever dans sa Gloire et détruire l'homme dans son orgueil. C'est l'Esprit-Saint qui va combattre l'orgueil et élever les humbles (Lc 1,52). C'est tout le parcours biblique du feu dans la Bible de la tour de Babel à la Pentecôte.

La tour de Babel est la manifestation mythique de l'orgueil humain qui désire atteindre symboliquement le ciel, autrement dit, désire être Dieu par sa propre puissance (Gn 11). Ce désir crée la confusion entre les hommes car l'orgueil n'engendre pas la communion mais la confusion et la jalousie entre les hommes eux-mêmes. La Pentecôte est l'opposé de la tour de Babel, car c'est l'Esprit d'Amour qui règne et qui crée la communion dans l'accueil de l'Esprit divin (Ac 2). Il est intéressant de noter que le symbole du feu est présent dans les deux cas. A la tour de Babel, il sert à cuire les briques faite d'argile ou de glaise foulée aux pieds et mêlée à la paille avant d'être moulée dans un cadre en bois (Na 3,14). On n'osait pas utiliser des briques pour les autels (Is 65,3) le feu humain ne pouvant façonner la pierre qui porte l'offrande vers le Seigneur (1 R 9,25) A la Pentecôte, le feu sert à embraser l'humanité façonnée dans l'argile (Gn 2,7). A Babel, l'argile est foulée aux pieds, symbole de l'humanité humiliée - comme les hébreux en Egypte (Ex 1,14) - alors que l'humanité pensait s'élever par son orgueil. A la Pentecôte, l'argile de l'humanité est divinisée dans le feu de l'Esprit. L'homme est divinisée, comme le désirait l'humanité à Babel, mais non en s'élevant par ses forces (les travaux des briques étaient très pénibles) mais en accueillant l'Esprit de Dieu qui descend sur l'humanité. La condition pour recevoir l'Esprit est d'être humble et de se reconnaître pécheur (Ac 2,38). Quoiqu'il en soit, notre destinée est le feu, soit celui de notre orgueil qui nous brûlera de jalousie, soit celui de la gloire dans la résurrection qui nous embrasera d'amour. En effet, nous ne pouvons pas éviter d'aimer mais, comme disait saint Augustin, d'un amour de soi jusqu'au mépris de Dieu ou d'un amour de Dieu jusqu'à l'abandon de soi.

Les briques pouvaient être séchées au soleil ou cuites au feu. La deuxième solution était plus rapide et séduisait l'humanité pressée de "devenir Dieu" car la tour doit être haute pour rejoindre le ciel, il ne s'agit pas de perdre du temps. On renonce ainsi à la chaleur venue du ciel pour prendre du feu que l'on fait soi-même ! Le feu ne symbolise pas l'Esprit-Saint mais ce qui le remplace, ce qui paraît être tellement plus efficace ! L'esprit du mal nous met toujours devant la même tentation: vouloir faire soi-même au lieu de laisser Dieu le faire en nous. La finalité est la même mais l'esprit n'est pas le même. L'esprit du mal "sous des apparences de bien", en proposant à l'homme quelque chose de bien, conduit finalement au mal car il propose à l'homme d'y arriver par ses propres fins qui paraissent tellement plus efficaces que la patience exagérée de Dieu !

On retrouve pleinement le péché originel. Dieu a créé l'homme à son image, il l'a divinisé, il en a fait son Temple ! (Gn 1,27) et le serpent propose à l'homme et à la femme d'être "comme des dieux" (même finalité) mais par ses propres forces, c'est-à-dire en possédant le fruit de l'arbre du centre du jardin (être au centre est le privilège de Dieu), en désobéissant à Dieu !

Le feu symbole de l'alliance par le sacrifice

Un deuxième passage très important dans l'ancien testament évoque le feu au moment où Dieu fait alliance avec Abram (Gn 15) en lui promettant une descendance aussi nombreuses que les étoiles du ciel (Gn 15,5) et une terre pour sa descendance (Gn 15,18). La foi d'Abram lui fut compté comme juste. Le signe de l'alliance est manifesté par des animaux séparés en deux. Abram tombe dans un profond sommeil. Symbole de la mort renforcé par l'angoisse, l'obscurité (Gn 15,12) et la nuit noire (Gn 15,17). Alors une fournaise et une torche embrasée par le feu passèrent entre les victimes. Dieu accueille le sacrifice offert par Abram dans la foi et il s'engage par le feu, signe privilégié de la transcendance divine et de cette insurmontable distance qu'il y a entre lui et les hommes.

Le feu est utilisé pour les sacrifices afin de détruire l'animal offert à Dieu mais surtout parce qu'il symbolise la mort par sa destruction et la vie par sa lumière et sa vivacité, son énergie. Le feu est prévu pour le sacrifice d'Isaac (Gn 22,6) qui préfigure celui du Christ.

Au buisson ardent (Ex 3) le feu ne détruit rien (Ex 3,2). Comme le feu, Dieu aurait toutes les raisons de se mettre en colère et de détruire mais il ne le fait pas, et ceci pour toujours. "Je suis" ainsi pour toujours dit-il à Moïse (Ex 3,14-15). Ce passage annonce déjà que le Christ va donner sa vie en sacrifice plutôt que de faire retomber sa vengeance sur le peuple. Il faudra beaucoup de temps pour comprendre cette révélation faite à Moïse car on a cru souvent que le feu destructeur était l'instrument de la vengeance de Dieu (Gn 19,24; Ps 11,6; Ex 9,24).

La chair de l'agneau pascal est rôti au feu et mangée durant la nuit, rien ne doit être cru ou bouilli dans l'eau (Ex 12,8-9) et rien ne doit rester pour le lendemain car la Pâque est consommée durant la nuit.

Il est interdit d'allumer le feu le jour du sabbat (Ex 35,3) mais le feu de l'autel des sacrifices ne devra jamais s'éteindre (Lv 6,5-6). C'est le feu de Dieu qui réalise le sacrifice (1 R 18,23-24) et exprime la gloire de Dieu (Lv 9,23-24) parfois le feu divin provoque la mort (Lv 10,2.6; Nb 16,35). Lors de la déportation perse, le feu a été caché par les prêtres zélés dans un puits desséché (2 Macc 1,19-20) mais on ne l'a pas retrouvé. On a retrouvé de l'eau qui engendre à nouveau le feu des sacrifices (2 Macc 1,22), symbole du baptême dans l'eau et le feu que viendra allumer le Christ sur la terre (Mt 3,11; Lc 12,49-50; Dn 7,9-10). Le feu jaillit du roc (Jg 6,21) et dévore l'offrande, préfiguration du roc que sera le Christ embrasant par son Esprit l'eucharistie.

Le feu symbole de purification

Le feu purifie des péchés (Ex 29,14), des objets (Nb 31,23), purifie des idoles (Ex 32,20) mais peut aussi servir pour fondre l'or en veau d'or, en idole ! (Ex 32,24) Comme dans le cas de Babel, on renonce à ce Dieu "redoutable" dont on ne peut pas voir le visage (Dt 4,12.15) pour se faire sa propre image de Dieu, pour lui donner son propre visage que l'on fait soi-même ! Le feu ne symbolise pas l'Esprit-Saint mais ce qui le remplace, ce qui paraît être tellement plus efficace ! Le feu en fondant l'or singe la communion réalisée par l'Esprit-Saint !, singe le sacrifice de communion qui immole l'animal par le feu (Nb 6,18). L'esprit de "communion humaine" autour de l'adoration de la richesse, de l'or fondu par le feu qui symbolise l'esprit du monde (Is 50,11) est détruit par le feu divin (Dt 9,21) ou est rendu inoffensif par Dieu (Dn 3,49-50.94). Le veau est réduit en poussière et jeté dans l'eau, c'est le symbole de la destruction du péché par la mort (réduit en poussière) (Gn 3,19) dans l'eau du baptême (Dt 9,21; Ex 32,20). De retour en terre promise après l'Exil, on purifie le temple et on engendre le feu nouveau par le frottement des pierres (2 Macc 10,3).

2.3 Le symbolisme de l'eau

2.3.1 Le symbolisme de l'eau en général

L’eau a toujours hanté l’esprit des hommes. Des différents symboles qu’elle suggère, le plus perceptible est celui du mouvement et de la vie. Depuis leur apparition dans les océans primitifs, les êtres vivants participent plus ou moins au "cycle de l’eau", c’est que, réciproquement, cette substance conditionne leur existence: elle est le constituant principal de leur organisme et de leur nourriture. Élément de la vie quotidienne, l’eau est si familière que l’on en oublie souvent l’importance et l’originalité. Sans l’eau, la Terre ne serait qu’un astre mort, semblable à ce que la Lune est demeurée depuis sa formation.

D’autre part, l’eau constitue toujours un danger pour l’homme, qui reste particulièrement désarmé face aux grands phénomènes hydrologiques: crues, raz de marée, pluies dévastatrices. Enfin, l’eau répand les déchets, les substances toxiques que l’homme fabrique en quantité croissante.

L’eau est un corps très répandu dans la nature, liquide, sans odeur, sans saveur, sans couleur, transparent, mais ce corps est difficile à caractériser à cause des impuretés parfois invisibles qui s’y trouvent parfois mêlées.

Au premier abord, le symbolisme des eaux semble le type même du symbolisme pluriel, voire du rassemblement de symboles contradictoires: Bachelard a bien montré dans un essai célèbre, L’Eau et les rêves , combien les axes de symbolisation proposés par l’élément liquide étaient divergents.

Et cependant l’on peut se demander si cette pluralité n’est pas qu’apparente et si, justement, le pluriel auquel se mettent "les eaux" n’est pas constitutif de la symbolique de cet élément et ne crée pas une cohérence plus forte dans le symbolisme aquatique que celle existant dans celui du feu, de l’air et surtout de la terre. Tandis que le feu et la terre sont des éléments formateurs, c’est-à-dire par lesquels une forme est accordée ou manifestée aux choses, la fonction des eaux, comme le remarque Eliade (Traité d’histoire des religions ), "quel que soit l’ensemble religieux où elles sont présentes, s’avère toujours la même: elles désintègrent, abolissent les formes  ne pouvant jamais dépasser leur propre modalité, c’est-à-dire ne pouvant se manifester dans des formes". Le pluriel des eaux n’est que le symbole au deuxième degré, si l’on peut dire, de cette qualité qu’ont les eaux d’être le réservoir indifférencié de toutes les formes possibles. L’eau étant toujours ce qui ne peut venir qu’avant ou après la forme va voir tous ses axes symboliques polarisés par cette puissance de l’informel.

On peut ainsi distinguer, sous le geste solvant et absolvant fondamental de l’archétype aquatique, cinq directions essentielles du symbolisme aquatique: celle de l’eau germinale et fécondante, celle de l’eau médicale, source miraculeuse ou boisson d’éternité, celle de l’eau lustrale et baptismale, celle enfin de l’eau diluviale permettant la purification et la régénération du genre humain.

L’eau germinale et fécondante

Dès la plus haute antiquité égyptienne et la culture néolithique de Walternienburg, comme déjà dans le Paléolithique ou les cultures néolithiques précolombiennes, les hiéroglyphes de l’eau sont l’emblème d’une vaste constellation anthropocosmique où l’humidité, la femme, les phases lunaires viennent surdéterminer l’image de la fécondité. La lune dans ses phases comme dans sa situation nocturne – c’est-à-dire dans la partie la plus fraîche de la journée où l’humidité se condense en rosée – ou dans sa fonction marémotrice, était tout naturellement liée à cet ensemble emblématique.

La fécondité est donc bien la signification primordiale de l’eau, mais dans cet élément indifférencié par excellence, les sexes eux-mêmes interfèrent: tantôt l’eau se confond, comme chez les Sumériens avec le semen virile , tantôt l’eau, comme chez les anciens Mexicains, les Germains, est la Mère primordiale. Tantôt la fécondité vient de l’eau qui tombe, tel le sperme, sur la matrice du nuage, de la pluie ou simplement de la fontaine, comme chez les indigènes de Trobriand, les Germains, les Chinois ou les paysans français et allemands pour qui certaines naissances, certains enfants naturels sont les "fils des fontaines". Tantôt l’eau, le limon, la vase ou même le contenant vase ou coquille, sont la matrice primordiale d’où jailliront les formes, comme chez les Caréliens, les Estoniens, les anciens Indiens.

L’eau – qu’elle soit masculine ou féminine – est donc bien l’"origine" première, indifférenciée, la pure fécondité. Comme l’écrit Eliade, "l’eau est germinative source de vie, sur tous les plans de l’existence". Les cosmologies babylonienne et sémitique semblent conserver un écho affaibli de ce mythe lorsqu’au commencement du monde elles font flotter l’Esprit de Dieu "au-dessus des eaux".

Il faudrait ajouter à ce symbolisme quasi "officiel" de la fécondité aquatique toutes les configurations que repèrent des psychanalystes comme Marie Bonaparte dans son ouvrage sur Edgar Poe, ou Gaston Bachelard dans le chapitre "L’Eau maternelle et l’eau féminine" (L’Eau et les rêves ). Bachelard se plaît à repérer dans l’eau la "substance voluptueuse" par excellence, celle qui a suscité l’imagination informelle du Novalis d’Heinrich d’Ofterdingen  ou de l’Edgar Quinet d’Ahasvérus.  Mais, déjà, de telles phénoménologies de l’eau maternelle font bifurquer le symbolisme de cet élément vers d’autres polarités: celle du bercement de la barque qui appelle les images du déluge et celle de la boisson maternelle, le lait, par lesquelles le symbolisme de la fécondité aquatique se relie à celui du liquide médicinal, de la boisson de jouvence ou d’éternité.

L’eau médicale

Il est inscrit en effet dans cette logique "buissonnante" du symbole que, puisque l’eau est l’inductrice de toute fécondité et qu’elle est à la fois liquide séminal et matrice humide et océane, elle peut également redonner, prolonger, sauver la vie puisqu’elle en est la donatrice première.

Toutes les pratiques communielles qui utilisent un liquide, qu’il s’agisse du sang chez certaines tribus africaines, de la bière chez les Germains ou du vin chez les chrétiens, symbolisent implicitement la régénération. L’aspect inverse de cette délectation, voire de cette ivresse due au breuvage sacré, a bien été noté par Eliade (Histoire des religions ) comme l’enfer de la soif qui torture le mort. Le mauvais riche de la parabole évangélique (Lc 16,24) associe la brûlure de l’enfer et la soif lorsqu’il clame sa douleur à Abraham: "Je brûle et me consume de soif." D’où la pratique des libations funéraires, qui a pour but d’apaiser physiquement et moralement la soif du mort, de permettre à la fois l’étanchement de cette soif, la dissolution, peut-être même la purification. Leur modèle mythique est bien, pour les pays chrétiens, cette piscine miraculeuse qu’un ange venait agiter à l’instant des guérisons (Jn 5,4). Mais cette croyance en l’eau vive est universelle, et le symbolisme de la boisson de vie ou d’éternité se retrouve chez les Amérindiens, les Hindous, les Finno-Ougriens. La liaison entre ces vertus médicinales de l’eau et sa vertu fondamentale de fécondité se trouve dans les rituels de régénération du dieu par le bain rituel (Eliade, Histoire des religions ). L’immersion de la statue de la Vierge, de la croix du Christ, de différentes statues de saints se prolonge durant tout le Moyen Âge et les temps modernes, jusqu’à nos jours où les "saintes Marie" sont chaque année processionnellement plongées dans la mer.

Bains et boissons de jouvence ont médicalement continué d’exister et se perpétueront dans la pratique du thermalisme qui, au Japon comme en Europe, remonte à la plus haute antiquité, en un point où l’efficacité médicale vient relayer la légende et le mythe. L’eau sous forme de boisson ou de bain et immersion est donc bien en quelque sorte le prolongement rituel du grand symbolisme aquatique de la fécondité: ce qu’ont fait à l’origine les eaux primordiales, dans certaines conditions une eau, voire un liquide, peut le refaire et redonner puissance, fécondité, santé et longévité à celui qui sait l’utiliser.

 L’eau baptismale ou lustrale

Une troisième orientation peut alors s’amorcer dans le symbolisme aquatique: celle de la purification, de l’eau baptismale ou lustrale. Nous saisissons là sur le vif cette logique si particulière du symbole où une image suscite une autre image qui peut jusqu’à un certain point contester la première tout en prolongeant une part importante de son sens. C’est ainsi que la méditation de l’archétype de l’eau fécondante, de l’informalité primordiale suscitait en ligne directe les symboles rituels de la régénérescence aquatique. Mais si l’on ajoute une valeur de plus au liquide, si le bain devient lavage, la médiation imaginaire induite de l’arrosage pluvial ou artificiel, coulée dans la boisson et le bain, se dialectise soudain partiellement lorsqu’elle se penche sur la vertu lavante de l’eau.

Eliade énumère la longue liste des pratiques quasi universelles d’ablution lustrale, d’aspersion ou d’immersion: Zoulous, Arabes, anciens Grecs et Romains, Juifs et bien entendu Hindous pratiquent sous une forme quelconque la purification par l’eau telle qu’elle nous est conservée en chrétienté sous la forme de l’aspersion d’eau bénite ou d’immersion ou de simple ablution baptismale (Lc 3,16; Rm 6,3-4). Le baptême lui-même participe de cette ambivalence surdéterminante qui est celle de l’eau pure, à la fois purificatrice par contagion, fécondante et régénérescente. "Quand nous plongeons notre tête dans l’eau, comme dans un sépulcre, le vieil homme est immergé, enseveli tout entier; quand nous sortons de l’eau, le nouvel homme apparaît simultanément." Nous voyons poindre dans cette accentuation de l’eau baptismale imaginairement mortuaire une quatrième acception du symbolisme de l’eau.

Chez les Chinois comme chez les Grecs, l’eau est symbole de dissolution, irrésolution fondamentale.

L’eau diluviale

Les méchancetés, les péchés finiraient pas défigurer l’humanité; vidée des germes et des forces créatrices, l’humanité s’étiolerait, décrépite et stérile. Au lieu de la régression lente en formes sous-humaines, le déluge amène la réabsorption instantanée dans les eaux, dans lesquelles les péchés sont purifiés et desquelles naîtra l’humanité nouvelle, régénérée. La valence positive du déluge est souvent symbolisée par l’arche, dont la barque n’est qu’un diminutif. Il n’est pas besoin d’insister sur le mythe de l’arche de Noé que chacun connaît (Gn 6,13), mais il nous faut nous arrêter au symbolisme des barques et des nacelles qui toutes sont, si l’on peut dire, le symbolisme "quintessentiel" de l’eau. De même que l’aspersion par l’hysope est une purification superlative, la barque concentre en elle les vertus de salvation, de fécondité, de naissance des eaux, au sein même de la tempête, de la colère aquatique et de la mort diluviale.

Certes la barque est un symbole très polyvalent: elle est faite de bois, de peaux, de roseaux, matériaux qui renvoient à autant de nuances symboliques. "Le cercueil, dans cette hypothèse mythologique, ne serait pas la dernière  barque. Il serait la première  barque. La mort ne serait pas le dernier  voyage. Elle serait le premier voyage. Mais cette barque qui remonte aux sources de la vie ne peut se séparer de son moteur liquide. "Pour certains rêveurs, l’eau est le mouvement nouveau qui nous invite au voyage jamais fait. La barque fût-elle mortuaire, participe donc en son essence au grand thème de la berceuse maternelle.

Ainsi se trouve bouclé le symbolisme des eaux: partis de l’image de la fécondité primordiale précédant toute forme, nous sommes ramenés à l’image de l’informel comme gage de toute fécondité, de toute vie, de toute survie. Le périple symbolique que nous font parcourir les eaux en leur fluidité plurielle est bien significatif de cette ambivalence de certaines matières d’où découlent deux séries de gestes, donc de rêveries humaines: les eaux lavent et les eaux arrosent, les eaux purifient et étanchent la soif... C’est la même eau qui donne la vie et qui noie. Mais ce qu’il faut remarquer, et c’est peut-être là le propre de toute logique des symboles, c’est que les antagonismes significatifs sont solidaires comme nous le disions en introduction.

2.3.2 Le symbolisme de l'eau dans la Bible

"Celui qui croit en moi!" selon le mot de l'Ecriture: De son sein couleront des fleuves d'eau vive. Jésus parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié.(Jn 7,38-39)

La relation symbolique de l'eau avec l'Esprit et la Vie est explicite dans l'Evangile de saint Jean. Il va de soi que cette même eau est un danger pour l'homme au moment du déluge en particulier. Comme le feu et l'air, l'eau symbolise l'Esprit-Saint en tant qu'il nous échappe constamment car il est insaisissable (Jn 3,8). L'eau qui n'a pas de forme mais qui les épouse toutes, qui n'a ni odeur ni saveur ni couleur est comme le souffle transparent et invisible.

Les eaux désintègrent, abolissent les formes  ne pouvant jamais dépasser leur propre modalité, c’est-à-dire ne pouvant se manifester dans des formes". Elles ont cette qualité d’être le réservoir indifférencié de toutes les formes possibles (1 Co 12,4).

L'eau symbole de fécondité de la ruah, de l'Epouse

Jésus dit à Simon: "Tu vois cette femme? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds; elle, au contraire, m'a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. (Lc 7,44)

Verser de l'eau sur les pieds ! Le pied est symbole de la présence (1 S 23,22) et de puissance. Marcher sur l'ennemi ou poser le pied sur eux manifeste la victoire et la soumission des vaincus. Le pied spécialement dans son activité est un symbole phallique, un symbole de fécondité car il marque la terre de ses pas, symbole de son passage, de sa présence. La femme qui verse l'eau qui sort de son corps sur les pieds de Jésus symbolise l'Epouse, l'Eglise, qui ses eaux matricielles à l'Epoux pour enfanter. Les eaux du baptême en deviennent le sacrement dans le don de l'Esprit.

Le récit de la samaritaine en saint Jean confirme parfaitement cette symbolique:

Une femme de Samarie vient pour puiser de l'eau. Jésus lui dit: "Donne-moi à boire." (Jn 4,7)

La plupart des exégètes interprètent l'étonnement de la samaritaine face à la question de Jésus en soulignant, comme le fait l'évangéliste, la relation difficile entre juifs et samaritains. Pourtant l'évangile de Jean (tout particulièrement) fait constamment le lien entre le visible et l'invisible. Nous y voyons donc une raison beaucoup plus profonde. La samaritaine est étonnée que Jésus lui pose cette question parce qu'elle est appelée à offrir sa maternité, l'eau de la vie. N'est-ce pas Jésus qui est source d'eau vive ? (Jn 7,38) D'où la réponse de Jésus:

Jésus lui répondit: "Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive." (Jn 4,10)

C'est bien Jésus qui est source d'eau vive car il remettra l'Esprit à l'humanité tout entière (Jn 7,38-39) pour que l'humanité devienne son Epouse, le Temple de la Ruah. Jésus désire donc fécondité l'humanité, son Epouse. De même qu'Eve est tirée du côté d'Adam (Gn 2,22) la nouvelle Eve est tirée du côté du Nouvel Adam au moment où l'eau vive, symbole de l'Esprit (Epouse), jaillit du Christ sur la croix (Jn 19,34). La Personnalité de l'Eglise est celle de l'Esprit, celle de l'Epouse. La question de Jésus à la samaritaine symbolise donc le désir de l'Epoux de féconder son Epouse.

"...c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive." (Jn 4,10)

C'est toi qui m'aurait demandé l'Esprit pour avoir la joie d'être fécondée par le Messie, (Jn 4,25) l'Epoux, l'unique Seigneur.

Elle lui dit: "Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où l'as-tu donc, l'eau vive? (Jn 4,11)

Le symbolisme du puits vient renforcer la dimension phallique. La bien-aimée du Cantique des Cantiques est un puits (Ct 4,12-15) comme l'épouse dans les Proverbes (Pr 5,15). La profondeur du puits manifeste la distance qu'il y a pour le Messie, pour Dieu entre lui et la misère de l'homme. Le Christ devra, en effet, descendre dans ces profondeurs misérables de l'humanité pour venir l'épouser. Le Christ n'a rien que la faiblesse de l'amour qui le conduira dans la nudité de la croix mais c'est précisément cette nudité devant l'épouse qui la fécondera d'eau vive (Jn 19,34).

La femme lui dit: "Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser." (Jn 4,15)

L’eau – qu’elle soit masculine ou féminine – est donc bien l’"origine" première, indifférenciée, la pure fécondité. Comme l’écrit Eliade, "l’eau est germinative source de vie, sur tous les plans de l’existence". C'est pour cela qu'elle représente dans cette rencontre de la samaritaine les deux fécondités, celle du Christ Epoux et celle de l'Eglise Epouse. "Donne-moi de cette eau" manifeste le désir de l'humanité d'être fécondée par le Christ qui nous donne la semence de Vie du Père (Ap 22,17) qui est bien plus grand que "notre Père Jacob" (Jn 4,12) qui a creusé ce puits. Aucune paternité humaine ne peut combler la maternité (Jn 4,13). Par contre, si l'Epouse se laisse féconder par le Christ, elle deviendra elle-même source de Vie (Jn 4,14). Tel est le sens du sacrement du baptême dans les eaux matricielles de l'Eglise.

La femme lui dit: "Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser." Il lui dit: "Va, appelle ton mari et reviens ici." (Jn 4,15-16)

 Au moment où la samaritaine demande d'être fécondée, Jésus l'interpelle sur son mari. La femme lui répondit: "Je n'ai pas de mari." Jésus lui dit: "Tu as bien fait de dire: Je n'ai pas de mari car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari; en cela tu dis vrai. La femme lui dit: "Seigneur, je vois que tu es un prophète..." (Jn 4,17-19)

Si on comprend que les samaritains, du temps d'Esdras, ont refusé de se séparer de leur femme étrangères qui ont apporté des baals (Jr 23,13), c'est-à-dire des idoles, des faux dieux, les femmes de Samarie ne connaissent pas leur vrai mari. D'autre part, en hébreu, l [ b baal peut aussi signifier époux, mari mais pour ce dernier qualifie la relation d'épousailles aux idoles.

Il adviendra en ce jour-là, oracle de Yahvé, que tu m'appelleras "Mon mari",yviya et tu ne m'appelleras plus "Mon Baal yli[]B'." (Os 2,18)

Osée montre, à travers le vocabulaire, l'abandon du projet créateur de Dieu. Le Peuple, Epouse de Yahvé n'est plus hca ((Gn 2,22) mais yli[]B 'époux des idoles, des baals. Osée annonce donc qu'il va conduire son Epouse dans le désert pour la séduire, pour qu'elle retrouve son vrai mari, selon le projet créateur et qu'elle cesse sa relation d'adultère avec les faux dieux.

Les samaritains ont donc abandonné l'Epoux pour des maris païens, leur vrai mari pour les baals.

Mais l'heure vient -- et c'est maintenant -- où les véritables adorateurs adoreront le Père dans l'esprit et la vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et ceux qui adorent, c'est dans l'esprit et la vérité qu'ils doivent adorer. C'est dans l'Esprit, l'Epouse que nous adorerons le Père de nous avoir donné un tel Epoux, son Fils. (Jn 4,23-24)

Dans l'Esprit, l'Epouse reconnaîtra son véritable et unique mari. La samaritaine abandonne alors sa quête de fécondité humaine en laissant sa cruche sur le puits (Jn 4,28) pour annoncer à ses frères qu'elle a enfin découvert son véritable mari, non pas le puits de Jacob mais le Puits de l'Eau vive. Il faut que chacun découvre personnellement cette relation d'épousailles pour croire

Les samaritains disaient à la femme: "Ce n'est plus sur tes dires que nous croyons; nous l'avons nous-mêmes entendu et nous savons que c'est vraiment lui le sauveur du monde.". (Jn 4,42)

Dans l'Apocalypse, le serpent, comme dans un combat ultime "vomit de sa gueule comme un fleuve d'eau derrière la femme pour l'entraîner dans ses flots." (Ap 12,15) C'est la terre qui accueille la femme, symbole de la mort, qui va la sauver car la mort engloutit dans la terre tous les effets du mal. Le dragon s'attaque alors aux enfants de la femme. Le serpent, dans une ultime tromperie, a essayé d'inonder la femme, image de l'Eglise, dans la fécondité démoniaque. Tous ceux qui se sont corrompus avec les baals, les faux dieux, les faux maris dans la prostitution sacrée se sont souillés (Os 1,2).

Les vierges, par contre, auront part aux noces de l'Agneau (Ap 14,4). Soyons dans l'allégresse et dans la joie, rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l'Agneau, et son épouse s'est faite belle. (Ap 19,7)

Cette Epouse repose dans la plénitude de l'Esprit :C'est ici qu'il faut un esprit doué de finesse! Les sept têtes, ce sont sept collines sur lesquelles la femme est assise.(Ap 17,9)

Les épousailles peuvent être enfin consommées, l'union charnelle en une seule chair dans le ciel de la résurrection peut enfin être pleinement réalisée, l'Epouse attend d'être fécondée. Le temps des fiançailles terrestres est terminé.

L'Esprit et l'Epouse disent: "Viens!" Que celui qui entend dise: "Viens!" Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement. (Ap 22,17)

2.4 Les autres symboles de l'Esprit

    2.4.1 Le symbolisme de l'huile en général  

Le don de l'huile sainte au baptême, fruit de la Passion du Christ

 L’histoire des corps gras se confond avec celle de l’humanité. On retrouve des lampes à huile et des chandelles chez les Égyptiens qui connaissaient aussi le pouvoir lubrifiant des huiles, utilisées pour déplacer les matériaux lourds et graisser les essieux des chars. Les moulins pour presser les olives étaient connus en Égypte, en Grèce et à Rome. Le symbolisme de l'huile se superpose exactement à celui de l'olivier puisque l'huile, en Israël, provenait des olives broyées. Les olives sont d’abord lavés (symbole de la conversion), puis broyés dans une presse à vis (symbole de la croix). Le mélange d’huile (symbole de l'Esprit) et d’eau (symbole du baptême dans le Christ) est ensuite centrifugé (symbole de la vie dans l'Esprit). On termine l’opération, si nécessaire, par une filtration (par la mort, l'Esprit nous purifie) qui clarifie l’huile. Cette dernière est appelée "huile vierge" (symbole de la résurrection).

Le Christ se rend au mont des Oliviers (Mt 26,30) avant de descendre à Gethsémani. Il manifeste ainsi qu'il va être broyé comme les olives pour donner au monde la Douceur (symbolisée par la consistance de l'huile) dans l'Esprit en donnant sa vie sur la croix (Jn 19,30). Le Christ (symbolisé par l'eau du baptême) et l'Esprit (symbolisé par l'huile) sont nécessaire pour atteindre la joie en Dieu (Ps 45,8; Mt 3,11). Toutefois, l'Esprit n'est pas le Fils, l'huile est indissoluble dans l'eau ! L'huile se rassemble en une seule masse dans l'eau. Ceci symbolise l'onction d'huile indissoluble et donc ineffaçable du baptême (Ex 40,15). Cette onction est clairement liée au don de l'Esprit-Saint (Is 61,1; 1 S 10,1-4) puis par Jésus lui-même: "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres." (Lc 4,18)

Un autre rite prébaptismal est celui de l’onction de l’huile sur tout le corps. Cette onction d’huile est faite par le diacre pour les hommes et par la diaconesse pour les femmes. Elle a eu des significations diverses. Dans l’ensemble des Églises, l’onction d’huile était interprétée comme communiquant une force en vue du baptême. Mais les Églises syriennes et cappadociennes l’ont entendue comme une assistance de l’Esprit nécessaire à l’acte de foi. Et, dans ce cas, elle précédait la profession de foi. Puis venait une onction d’huile sur le front, en forme de croix, la consignation. Le rite paraît avoir son origine dans les onctions utilisées dans le judaïsme pour les rois et les prêtres. Cette onction était faite avec un mélange d’huile et de parfum appelé le chrisma  ou chrême. Elle signifiait une communication spéciale de l’Esprit en relation avec la mission des chrétiens. C’est cette onction qui est devenue par la suite un sacrement particulier, la confirmation.

Saint Jean Chrysostome: "Dans les combats olympiques, l’arbitre se tient au milieu des deux adversaires sans en favoriser aucun [...]. Dans le combat qui nous oppose au Diable, le Christ ne se tient pas dans l’entre-deux, il est tout entier nôtre [...]: quand nous sommes entrés en lice, il nous a oints, tandis qu’il a enchaîné l’autre." Le rite consiste habituellement dans une imposition des mains, à laquelle se joint parfois une onction d’huile, symbole de l’agilité dans le combat."

Rapprochement des symboles de l'huile avec les autres symboles de l'Esprit

En Israël, l'huile est symbole de lumière car elle servait à alimenter le chandelier à sept branches (Ex 27,20). Il y a de l’oxygène dans les corps gras et la lumière ne peut pas exister sans air. Le prêtre veille à l'huile du luminaire et à l'huile d'onction (Nb 4,16) et sont eux-mêmes oints (Lv 8,1) ainsi que l'autel lors de sa consécration (Lv 8,11).

D'autre part, l'air atténue les chocs, les frottements, dans le cas des pneus, par exemple, comme l'huile qui permet d'harmoniser ce qui "grince" ou fait fonctionner ce qui ne "tournait plus" dans le cas des essieux, par exemple. Ainsi ces symboles de l'Esprit se rejoignent et manifestent que celui-ci est à la source du feu de l'amour (Pentecôte / Ac 2) et qu'il réconcilie ce qui grince et permet de "remettre en marche" ce qui ne peut plus avancer en "amortissant les chocs, les frottements (Mc 6,13) ou les blessures (Lc 10,34).

Dans l’Antiquité, les bateaux étaient rendus étanches par des mélanges de cires, d’huiles et de goudron. Le corps gras permet l'étanchéité, ce qui empêche de couler. D'autre part, le souffle de l'Esprit fait avancer la barque et s'oppose parfois aux vents contraires, aux souffles du monde qui mettent en péril l'embarcation (Mt 8,24). Chez les animaux, les corps gras sont aussi un isolant thermique.

Chez les animaux, les corps gras constituent une réserve d’énergie, (de force / Is 11,2) un apport d’éléments nutritifs indispensables. "Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son oeuvre à bonne fin." (Jn 4,34) C'est dans l'Esprit, reçu sous forme d'une colombe, à son baptême que Jésus se nourrit en faisant la volonté du Père (Mt 3,16-17).

Dans le règne végétal, les lipides sont le plus souvent concentrés dans le fruit, pour permettre à l’embryon de disposer d’une source d’énergie nécessaire à son développement. "Les fruits de l'Esprit sont charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres." (Ga 5,22) Mais si le fruit n'est pas bon, on le jette au feu (Mt 7,19).

2.4.2 Le parfum

Nous avons déjà vu que le parfum est communiqué par l'air et, du point de vue symbolique, il prend ainsi toutes les particularités de l'air. Comme le souffle est le principe de vie de la personne humaine (Gn 2,7) et de tout être vivant (Gn 6,17), le parfum contenu dans l'air pénètre la réalité la plus profond de l'être humain et celle de sa vie. C'est l'amour qui, seul, peut ainsi pénétrer l'être aimé (Ct 1,3). Le parfum symbolise aussi la pénétration de l'être humain dans le coeur de Dieu car celui-ci respire le sacrifice d'agréable odeur qui vient des hommes (Gn 8,20-21). L'animal sacrifié représente ceux qui offrent le sacrifice et celui-ci doit être réalisé avec amour unique moyen de pénétrer le coeur de Dieu. Les prophètes rappelleront constamment cette vérité (Os 6,6).

Le parfum de l'amour qui pénètre le cœur de l'être aimé est invisible, insaisissable mais bien réel. Au moment de la séparation, le parfum demeure, la présence invisible de l'amour est plus forte que la mort (2 Co 2,14-16). Au moment de la mort le souffle disparaît (Ps 104,29) mais la présence de l'amour ne meurt pas. C'est ainsi que l'on pratiquera avec un très grand soin, l'embaumement des corps (Gn 50,3). Le geste symbolique de cette femme qui verse un parfum sur la tête de Jésus est en vue de son ensevelissement (Mt 26,12). Elle manifeste donc son attachement au-delà de sa mort parce qu'elle a reconnu son Amour. En fait, on fera mémoire de son geste parce que l'on se souviendra que c'était un symbole de la résurrection (Mt 26,13), de l'Amour qui a vaincu la mort.

Le parfum marque l'identité unique de la personne (Ct 1,12). Pour le Christ, c'est le parfum de la connaissance, du Verbe de Dieu (2 Co 2,14) donné dans son souffle de vie qu'il remet au Père au sommet de son Amour sur la croix (Jn 19,30). C'est dans le Souffle de l'Esprit qu'il le réalise, dans une recréation (Gn 1,2) où l'Eau vive jaillit du sein du Christ (Jn 19,34). Nous avons vu que l'Eau symbolise aussi l'Esprit (Jn 7,38-39).

Le parfum symbolise l'amour, le don de soi car l'être aimé est imprégné du parfum de son ami (Si 24,15; 39,14). Plus on s'approche d'une personne parfumée, plus on respire son parfum à tel point que celui-ci ne nous quitte plus. Les vêtements (Ct 4,10-11), la peau et le souffle se sont laissés imprégnés par lui. A un moment donné on ne sent même plus sa propre odeur, on n'y fait plus attention, on est habitué. C'est le symbole des Epoux qui ne font plus qu'une seule chair. Ils ne font plus qu'un dans l'amour. C'est l'amour indissoluble, même ceux qui se quittent physiquement ne peuvent pas se débarrasser de leur parfum ! S'ils achètent un autre parfum, ils se trahissent, ils brisent définitivement la présence de l'amour. Il en va de même pour notre relation à Dieu qui est notre Epoux (Os 2,15). Ce n'est en tout cas pas la mort qui brise l'amour (Ct 8,6).

2.4.3 La nuée

L'arc-en-ciel, signe de l'alliance entre le ciel et la terre après le déluge, est dans la nuée (Gn 9,16; Ap 10,1). Une colonne de nuée conduit le peuple de Dieu à travers le désert (Ex 13,22) et manifeste la présence de Dieu (Ex 34,5) dans la Tente lorsque Moïse s'entretient avec lui (Ex 40,34) ou dans le Temple de Jérusalem (Ez 10,4). Le Fils de l'Homme viendra de sur les nuées du ciel (Dn 7,13; Mt 24,30; Ap 14,14) et la voix du Père se fait entendre dans la nuée lors de la transfiguration (Mt 17,5). Enfin, c'est dans une nuée que Jésus ressuscité s'élève dans le ciel (Ac 1,9; Ap 1,7) et nous attend désormais à la fin des temps (1 Thess 4,17; Ap 11,12).

L'air communique la nuée, la présence de Dieu, c'est le rôle de l'Esprit (Rm 5,5). La nuée manifeste cette présence réelle (Nb 14,14) de Dieu et pourtant cette présence a quelque chose d'irrémédiablement insaisissable (Ex 20,21) même au moment de la transfiguration, Pierre ne peut pas se l'approprier (Mt 17,5-8).

2.4.4 Le sceau

Le sceau est la "carte d'identité" de la personne, c'est un signe d'appartenance (Gn 38,18) et d'élection (Ag 2,23). Il sert à marquer son engagement, sa consécration à Dieu (Ex 39,30). Le sceau manifeste l'irrévocabilité de l'engagement (Esth 8,8; Sg 2,5; Dn 6,18), sa valeur éternelle (Ct 8,6). Le Christ est marqué par le sceau du Père (Jn 6,27) et les chrétiens sont marqués d'un sceau divin (2 Co 1,22) par l'Esprit-Saint (Eph 1,13; 4,30). Seul l'Agneau pourra ouvrir le livre de Vie scellés par les 7 sceaux (Ap 5,1; 6,1) pour reconnaître ceux qui sont marqués par la vie dans l'Esprit car lui-même a la plénitude - symbolisée par le chiffre 7 - de l'Esprit (Ap 5,6).

2.4.5 La colombe

La colombe intervient comme messagère de la paix après le déluge (Gn 8,11), comme l'image de la Bien-aimée (Ct 5,2) et comme le symbole de l'Esprit au baptême du Christ (Mt 3,16). "Colombe" en hébreu se dit "jonas" hn:/y. Le livre de Jonas enrichit donc le symbolisme de la colombe.

La colombe est le sacrifice des "pauvres" (Lv 5,7) Jonas qui préfigure le sacrifice du Christ manifeste ainsi que le vrai sacrifice est vécu dans un esprit de pauvreté, comme Joseph et Marie à la naissance de Jésus (Lc 2,24), et que toute personne humaine, dans sa pauvreté pourra être, dans le Christ, le véritable sacrifice. Le véritable sacrifice se réalise en esprit et en vérité dans la nudité de la croix car ce qui plaît à Dieu c'est un esprit brisé et broyé (Ps 51,19).

La colombe est un animal pacifique et domestique comme la brebis, dont on peut disposer avec facilité, on l'utilisera ainsi pour les sacrifices. Jésus dira qu'il faut être pur et sans mélange comme la colombe (Mt 10,16). La colombe, par sa blancheur éclatante et son amour de l'eau (Ct 5,12), est symbole de pureté et du baptême. Le "lait" de pigeon est l'aliment pour les petits. Plusieurs auteurs, dont St Cyrille d'Alexandrie, affirment que la colombe s'approche de l'eau pour s'en servir comme miroir afin de découvrir l'épervier (ou tout autre danger) qui la guette dans son dos. L'Esprit-Saint nous permet de prévenir les dangers par la grâce du baptême.

Le mâle fait une cour assez élaborée et très élégante à la femelle, ce qui lui valu d'être considérée par les poètes de tous les temps comme le symbole de la passion amoureuse. Dans ce cadre, le mâle symbolise Dieu, l'Epoux et la femelle, l'Eglise, l'Epouse, la Bien-Aimée (Ct 2,14). Le pigeon sauvage est monogame et, une fois que le couple est formé, l'union semble garder une grande stabilité. Jamais leur tendresse et leurs caresses ne diminuent.

2.4.6 Avocat et témoin

Mais vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre." (Ac 1,8)

L'Esprit-Saint fait de nous des témoins, c'est notre Paraclet (Jn 15,26), notre défenseur(Jn 15,26), notre tuteur (Jn 14,16-18) notre consolateur (Rm 8,26) celui qui est toujours avec nous (Jn 14,16). C'est le Christ qui sera notre avocat auprès du Père (1 Jn 2,1) mais c'est l'Esprit qui l'est pour nous auprès des hommes (Mc 13,11). C'est l'Esprit qui est "l'exégète" du Fils (Jn 14,26) comme le Fils est "l'exégète" du Père (Jn 1,18). L'avocat ou le témoin est un symbole lié à l'air par la parole, le témoignage.  

2.4.7 Les arrhes, les prémices et le gage

L'Esprit-Saint est le gage (ou la garantie) de la promesse de Dieu et les prémices, les arrhes de la résurrection.

Et si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. (Rm 8,11) Dieu nous a aussi marqués d'un sceau et a mis dans nos coeurs les arrhes de l'Esprit. (Co 1,22).

2.4.8 Le doigt

Le doigt de Dieu écrit les dix paroles sur les tables de la Loi (Ex 31,18). Jésus prendra aussi son doigt pour écrire sur le sol (Jn 8,6). Il signifie par là que la parole n'est plus destinée à être gravée à l'extérieur de l'homme car elle condamne (Jn 8,5). Avec Jésus, les Paroles de Moïse sont accomplies car désormais, c'est l'Esprit (et non plus Moïse) qui les grave au cœur de l'homme (Ac 4,31) selon la prophétie de Jérémie (Jr 31,33). La parole inscrite sur les tables de Moïse est dure comme pierre mais la Parole inscrite en Jésus, Verbe de Dieu est douce comme le souffle de l'Esprit qu'il nous donne (Jn 3,8).

La création est l'œuvre de ses doigts (Ps 8,4). Jésus permet au sourd de retrouver l'ouïe en mettant ses doigts dans ses oreilles (Mc 7,33) et par le doigt de Dieu expulse les démons (Lc 11,20).

La main est l'expression de l'action de l'homme, de son travail, de son pouvoir, de sa créativité. De même la main symbolise l'action de Dieu, son acte créateur et son pouvoir. Les "deux mains" du Père sont le Fils et l'Esprit. Les doigts précisent l'activité divine.

Essai de synthèse

 Les symboles de l'Esprit les plus importants ont un lien intime avec l'air. Seuls le sceau, les arrhes, les prémices, le gage et le doigt qui sont de loin des symboles de moindre importance par rapport à l'Esprit-Saint. C'est donc dans les qualités de l'air qu'il faut voir l'essentiel du symbolisme de l'Esprit dans la Bible.

Insaisissable mais omniprésent

 L'air, le feu, l'eau, l'huile, le parfum et la nuée manifestent clairement la dimension insaisissable de l'Esprit. On ne peut pas l'enfermer, le saisir pour soi et il nous échappe toujours dès que l'on veut "mettre la main" sur lui, le posséder. On ne peut donc pas avoir de prise sur le don de Dieu, on ne peut ni l'acheter, ni le marchander.

Par contre, le souffle de vie est partout présent, il entoure toute la création et on ne cesse pas de respirer de l'air. L'eau manifeste aussi cette abondance de même que le feu et la lumière. Toute la création est donc pénétrer de l'Esprit insaisissable !

Nous touchons ici, à vrai dire, la question de la foi car d'une part, la présence de l'Esprit nous semble évident mais d'autre part, étant donné la discrétion de la Présence de l'Esprit, nous n'arrivons pas à une certitude absolue.

L'eau et le feu sont des signes visibles mais l'air, le souffle, le vent, la lumière sont invisibles comme l'amour. L'amour, précisément, ne s'impose pas, il se manifeste par des signes discrets et surtout symboliques tout particulièrement lorsque la bien-aimée cherche à manifester son amour à son bien-aimé. Dès que l'amour cherche à s'imposer il se dénature, il se pervertit. Dès que l'amour n'est plus transparent, il obscurcit. L'amour doit être limpide, clair comme l'air, l'eau et la lumière.

De même que je ne vois pas la lumière quand je regarde celui que j'aime mais que j'ai un besoin absolu de la lumière pour le voir, de même, je ne regarde pas l'amour mais celui que j'aime pourtant j'ai un besoin absolu de l'amour pour le voir. Dieu a la même humilité dans le sens où j'ai un besoin absolu de sa présence d'amour pour rencontrer mes frères et les aimer en Lui, dans sa Lumière, et pourtant je ne vois pas Dieu mais le visage de l'Amour dans celui que j'aime ! De même que l'amour de mon frère révèle la Présence de l'Amour en lui, de même la lumière révèle la présence de mon frère. Comme c'est la lumière qui me permet de voir mon frère, c'est Dieu qui me permet de l'aimer.

Un Etre de communication

 L'air, le feu, l'eau, le parfum, la colombe, l'avocat et le doigt sont des moyens de communication. Ils ne communiquent pas que des réalités positives car la "pollution" se mêle aux différents éléments communiqués. Il ne faut donc pas arracher le bon grain avec l'ivraie (Mt 13,29-30). L'Esprit-Saint est donc l'être de communication par excellence entre Dieu et les hommes comme il l'est au coeur même de la sainte Trinité. Le Christ est le Prêtre par excellence, au sens où il a enraciné l'Eternité dans l'histoire mais c'est l'Esprit du Christ qui sanctifie. Toutes les doxologies manifestent que nous allons au Père par le Fils, dans l'Esprit.

C'est le Christ qui est le Verbe fait chair mais c'est l'Esprit qui "porte la Parole" jusqu'à nous (Jn 14,26) comme le son est porté par l'air. Par contre, si le vent est contraire, si l'esprit est mauvais, le Christ et ses prophètes, ont beau parler, on ne les entendra pas. Tout le monde a déjà fait l'expérience d'une personne qui est très proche de vous, qui essaie de vous parler sans succès car le vent violent vous empêche de l'entendre.

L'Esprit, force de purification

 L'eau, le feu et l'air par leur puissance purifient la création. On peut noter ici une importante nuance entre les différents symboles. L'eau et l'air "transportent ailleurs" les impuretés alors que le feu les détruit. Cette nuance peut paraître sans importance mais nous y voyons, au contraire, un sens très fort. Le péché est détruit sans l'être vraiment. Autrement dit, Dieu a une telle capacité d'amour et de pardon que le péché est totalement et définitivement transfiguré sur la croix en source surabondante d'amour. C'est le sens symbolique du feu qui détruit le mal. Pour ceux qui refusent de s'ouvrir au pardon, ils seront jeté dans un feu qui ne les brûlera de souffrance sans pour autant pouvoir les consumer car ils se ferment au pardon et parce que l'amour de Dieu ne veut pas les anéantir ! Il y a ici comme un "déplacement" du feu destructeur.

Par contre le mal n'est pas totalement détruit mais transporté ailleurs au sens où Dieu ne peut pas oublier le péché et la croix. C'est l'apport symbolique de l'eau et de l'air qui purifient sans pour autant détruire. "Rien ne se perd, rien ne se crée" est un principe bien connu du chimiste Lavoisier (XVIIe s.). Tout se transforme. Il en va ainsi du péché dans le cœur de Dieu.

On peut maîtriser le feu, dans une certaine mesure l'eau, mais on ne peut pas maîtriser la puissance du vent qui arrache tout sur son passage dans une tornade ou un cyclone. Ainsi, même si le vent "déplace" ce qui est impur, il le fait d'une manière irrésistible lorsqu'il se manifeste dans toute sa puissance. Ainsi, Dieu, au cœur de la tornade de la croix pardonne tous les péchés. Toutefois, le feu qui détruit peut être maîtrisé, même si, parfois, cela est très difficile. On peut donc résister à la destruction du péché en fermant irrémédiablement son cœur à Dieu.

Puissance et faiblesse, Présence et absence

 L'air, si essentiel à la vie, peut aussi symbolisé le néant, le rien. Une boîte est vide même si elle est pleine d'air ! On ne perçoit pas la différence avant et après le vide d'air. L'espace, même rempli d'air symbolise l'absence. Lorsqu'il y a autre chose dans cet espace, il n'y a plus de vide, on perçoit quelque chose. Ainsi, lorsqu'il y a que la présence du souffle de l'Esprit dans un espace donné, on est face au vide, à l'absence, à l'abandon. C'est le cas du Christ sur la croix vivant dans la plénitude de l'Esprit. Tout est don en lui, au sommet de l'amour, il n'a plus rien en lui, il s'est vidé totalement de lui-même. Il s'est tellement donné qu'il a le sentiment d'être abandonné (Mc 15,34). L'amour semble alors au sommet de son impuissance car tout est donné.

L'amour est d'une extrême faiblesse car il ne s'impose pas, il n'a que le "rien" à offrir, la pauvreté de la croix. L'amour c'est donner ce que l'on a, son temps et ce que l'on est. Bien des amours s'épuisent au moment où ils ont "tout donné" parce qu'ils ne supportent pas la faiblesse de l'amour qui, à son sommet, "n'a plus rien à donner". Bien des amours deviennent angoisse au moment où ils ont l'impression de "se perdre", de tout perdre car ils arrivent en face du rien. C'est tout le problème de la gratuité. L'amour commence par donner puis accepte cette pauvreté de n'avoir plus rien à donner et de n'avoir plus rien à recevoir pour arriver à l'amour pur, pleinement gratuit. C'est précisément pour cette raison qu'il faut passer par la mort pour y parvenir. Cet abandon est une souffrance et celle-ci prend tout son sens dans la gratuité de l'amour. L'esprit humain qui rejoint Dieu au moment de la mort est ce souffle humain qui symbolise ce "rien" à offrir à Dieu car l'homme a tout donné jusqu'à l'abandon de son corps (Ps 39,6) qui symbolise l'offrande total de soi-même.

D'autre part, paradoxalement, l'amour jusqu'à son sommet de gratuité total, dans l'abandon, dans le don total, est suprême puissance car toute peur disparaît. En effet, la peur naît à partir du moment où l'on craint de perdre quelque chose ou quelqu'un. Ainsi au sommet du don on n'a plus rien à perdre, on s'est totalement donné à l'amour, identité à l'amour. La peur a fait place à la joie de l'amour indestructible car, arrivé à la gratuité totale il ne peut plus mourir, être trahit puisqu'il est gratuit, sans intérêt. Totalement identifié à l'Esprit, on fait l'expérience de l'Amour Eternel.

La Parole dans la vibration du souffle de l'Esprit a tout créé à partir du "rien" dans la plénitude de la gratuité de Dieu qui n'avait pas besoin de la création pour être pleinement heureux. La croix du Verbe fait chair est la recréation de tout l'univers (Col 1,15-20), la Parole d'abandon sur la croix est la dernière (dans l'Evangile de Marc) qui manifeste la recréation à partir du "rien" avant le don de l'Esprit qui va, cette fois-ci être ne tournoie pas sur l'eau (Gn 1,2) mais est dans l'eau qui jaillit du sein du Christ (symbole du baptême).

La première création a échoué à cause du péché, l'homme ne pouvant tout offrir à Dieu, est tombé dans l'orgueil en voulant se prendre lui-même pour Dieu et "être digne de l'amour de Dieu" c'est l'inverse du chemin de l'accueil gratuit et du "rien à offrir" dans l'amour. Il fallait donc que Dieu vienne lui-même tout offrir dans le cœur même de l'homme dans la gratuité absolue de l'amour parfait pour sauver l'humanité. Sans cet acte d'amour nous n'aurions jamais pu nous identifier jusqu'au bout à l'amour. L'eucharistie est le sacrement de cette identification totale au Christ. Nous devenons son propre Corps.

Le Christ devait s'identifier lui aussi à nous pour assumer tout ce que nous sommes, autrement dit pour pouvoir le donner totalement à Dieu. Il devait donc aussi passer par la souffrance et la mort (Lc 24,26). Jésus s'identifie aussi totalement à nous en se faisant "péché pour nous" (2 Co 5,21). Par le mystère de l'amour, il porte, -infiniment plus que nous- sur la croix tous nos péchés sans devenir pécheur.

Le feu insoutenable s'il ne me brûle pas à la source même de mon être

 Le feu est un lieu insoutenable, on ne peut pas y demeurer (Ex 3,3-5). Le feu de Dieu est un feu dévorant (Dt 4,24). Il faut que l'homme devienne lui-même un feu ardent pour pouvoir résister au feu. C'est le sens de la Pentecôte. Embrasés dans le feu de l'Esprit, les Apôtres passent de la peur des juifs (Jn 20,19-22) à la joie de la mission car désormais plus rien ne peut les détruire, ils sont donc capables d'aller jusqu'à offrir leur vie dans le martyr (Ac 1,8). Le feu divin dévore tout ce qui est périssable pour le faire devenir éternel et cette vie éternelle commence ici-bas dès le baptême du Christ dans le feu de l'Esprit (Mt 3,11). Les Apôtres n'ont donc plus peur de donner leur vie pour le Christ.

Le disciple donne sa vie jusqu'au bout et renonce à lui-même (Lc 14,26-27), il laisse le feu divin "détruire" toute forme d'égoïsme, ce "je" encombrant pour qu'il devienne totalement autre, embrasé du feu divin de l'intérieur, c'est-à-dire à partir de la source même de son être. "Je est un autre" disait l'abbé Maurice Zundel.

vae est le feu. On retrouve cette racine dans le premier verset de la Bible tyviareB tyviareB (Gn 1,1). La première alliance est donc dans le feu mais les ténèbres du péché ont provoqué une "rupture de création" d'où le passage obligé par la nuit de la mort où l'homme devra fermer les yeux (Gn 3,19). Il fallait une "recréation" à partir du Christ, nouvel Adam, Lumière du monde (Jn 1,9) pour que l'homme devienne à son tour la lumière du monde (Mt 5,14). Le chrétien garde son identité, sa personnalité mais, en même temps, elle est toute offerte, toute donnée, toute divinisée. L'homme n'est pas anéantit en Dieu, il ne s'agit pas d'une fusion ou d'une confusion, l'homme n'est pas dissout en Dieu. En effet, ce qui embrase l'homme, c'est le don d'amour, si l'homme était dissout en Dieu le don disparaîtrait et le feu d'amour avec ! L'homme est don éternel. Par contre, ce don, c'est l'Esprit-Saint qui le réalise en plénitude en l'homme car l'Esprit est lui-même "l'échange de don" à l'intérieur même de Dieu entre le Père et le Fils.

L'eau matricielle

 La fécondité est la signification primordiale de l'eau. La Ruah (Esprit) ne se contente pas de diviniser, elle enfante dans les eaux matricielles de l'Eglise par le sacrement du baptême. L'eau est un élément indifférencié par excellence, les sexes eux-mêmes interfèrent: tantôt l’eau se confond avec le semen virile, tantôt l'eau symbolise la matrice féminine. L'eau symbolise donc la fécondation du Christ-Epoux dans le sein de l'Eglise-Epouse, la Ruah qui, ensemble ne font plus qu'une seule chair.

L'Esprit et l'Epouse disent: "Viens!" Que celui qui entend dise: "Viens!" Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement. (Ap 22,17)

Le Verbe a fécondé le sein de Marie dont l'Esprit la couverte de son ombre (Lc 1,35). Autrement dit, Marie est l'icône de l'Esprit, de l'Epouse, de l'Eglise, elle devient l'ombre (c'est-à-dire une image limitée car Marie est une créature) de l'Esprit-Saint. Quant au Verbe, il enfante le Fils en Marie, le premier-né d'entre les morts, celui par qui nous deviendrons tous des fils et des filles de Dieu.

Marie nous montre que c'est Dieu qui enfante à la Vie divine mais que l'humanité dans cet acte même coopère. Comme il est difficile de voir l'œuvre de Dieu dans l'enfantement humain, à travers les parents, il est difficile de voir la collaboration de l'humanité dans l'enfantement à la vie divine. En fait, dans un cas, comme dans l'autre, chaque acte d'amour est l'œuvre de Dieu et de l'humanité. Dans le premier cas, l'enfant en est le signe dans le deuxième cas le rayonnement du visage du Christ dans l'enfant (ou l'adulte) en est le signe. Dans les deux cas l'être humain, la personne aimante, marque l'enfantement de son empreinte unique.

Concrètement, en général, un enfant ressemble à ses parents qui lui ont donné la vie humaine mais, un jour, il quittera son père et sa mère pour s'attacher à une femme et devenir une seule chair (Gn 2,24). L'acte d'amour, comme nous l'avons vu est appelé à la gratuité. L'acte d'amour dont l'enfant est le fruit est le détachement total de soi pour "être un autre". Il en va de même dans l'engendrement à la vie surnaturelle, (dont le sacrement de l'ordre est le signe) l'amour nous appelle à un détachement total pour laisser l'Autre émerger sur le visage de l'être engendré par nos actes d'amour dans le souffle de l'Esprit.

Toutefois, mystérieusement mais réellement, dans chaque cas, une empreinte et une relation intime demeure dans ces deux types d'engendrement. Toutefois, l'engendrement spirituel va beaucoup plus loin que l'engendrement physique car se dernier est limité alors que l'autre ne l'est pas notamment dans la relation du don total, autrement dit, du couple spirituel. Dans ce cas, puisqu'il s'agit d'un don total, l'homme et la femme se "donnent Dieu" mutuellement car c'est Dieu lui-même qui est la Source même de leur amour. Il faut le don total, c'est-à-dire, l'absolu du don pour se donner Dieu car il est lui-même don total. Dans ce cas, Dieu se donne de manière privilégiée à travers l'être aimé d'où la gravité de la rupture et l'insistance de l'Eglise catholique de l'indissolubilité du mariage. Notons enfin que le don total n'implique pas, en soi, le don du corps mais il faut, pour cela que ce renoncement soit fait pour une raison d'amour.

La douceur et la bonne odeur de l'Esprit

Le parfum pénètre l'esprit et l'âme de l'être aimé, c'est le symbole complémentaire de l'huile. L'onction d'huile sur tout le corps symbolise la sanctification de l'ensemble de la vie physique dans ses moindres gestes quotidiens. Aucune partie du corps n'est mauvaise, tout est assumé dans l'amour divin. Le contact physique des corps du couple est douceur et tendresse dans l'huile sainte. C'est Dieu lui-même qui, de part et d'autre, s'unit, c'est lui qui est communion des corps et donc des êtres tout entiers pénétrés dans la douceur de l'amour divin en une seule chair.