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Lecture de la Bible à travers ses symboles Le symbolisme de l'eauLes symboles dans la Bible Première partie : Enjeux d'une lecture de la Bible par les symboles 1. Un terreau anthropologique universel Les grands symboles transcendent les cultures, ils font partie de l'expérience universelle de l'humanité. Les symboles bibliques s'enracinent dans ce "terreau anthropologique universel et soulignent l'incarnation de la Parole divine, de la Révélation, dans l'humanité toute entière. Cette incarnation s'est concrétisée à travers une culture donnée (juive), mais ne s'y limite pas. La parole de Dieu rejoint donc chaque culture dans toute son histoire et enracine la Parole de Dieu aux dimensions universelles dans le temps et l'espace. Inspiré par Dieu, la Bible devient le livre universel. L'universel humain rejoint l'universel absolu divin dans une Parole faite chair. L'approche symbolique est intuitive, c'est une approche expérimentale et "contemplative". Contrairement au raisonnement qui fait appel à un certain niveau intellectuel, le symbole parle au plus pauvre et ouvre de ce point de vue, également, les portes de l'universalisme tout en respectant le mystère. Jésus a choisi cette approche. 2. Du symbole à la contemplation Le symbole "révèle" une réalité invisible, il nous conduit à un au-delà de lui-même (p. 56). Il nous "parle d'un au-delà". Au sens où tout est symbole car tout est à l'image de Dieu, avec la foi, nous passons de l'approche symbolique à la contemplation. L'évangile de saint Jean en est l'exemple type: p. ex., Jésus invite la Samaritaine à passer du regard de l'eau dans sa richesse quotidienne, vitale, à l'Eau Vive qu'est venue donner le Christ ! (Jn 4). Saint Paul dira des païens qu'ils ne sont pas excusables "...car ce que l'on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste: Dieu le leur a manifesté. En effet, depuis la création du monde, ses perfections invisibles, éternelle puissance et divinité, sont visibles dans ses oeuvres... ils ont troqué la gloire du Dieu incorruptible contre des images représentant l'homme corruptible..." (Rm 1,20) Les païens n'ont pas su contempler l'invisible révélé dans le visible, ils n'ont pas contemplé la création à l'image de Dieu. Ils ont remplacé l'image divine par des images représentant l'homme. 3. Le symbole révèle l'unité des deux Testaments Le symbole nous ouvre les voies d'une théologie biblique qui montre la cohérence profonde de l'ensemble des livres bibliques, de la richesse du Nouveau annoncé, préfiguré et déjà "présent" dans l'Ancien et de toute la richesse de l'Ancien épanouie dans le Nouveau Testament. Le symbole trouve cette unité parce qu'il renvoie, au-delà des différentes époques historiques à la même réalité invisible, la seule durable. Le buisson ardent et le feu de la Pentecôte renvoie à la même réalité. Deuxième partie : Méthode de travail Dans un premier temps, il convient de relever un symbole et ses "synonymes". P. ex.: "feu" et "flamme", "brasier", "fournaise" etc., à partir d'une concordance. Dans un deuxième temps, il y a un travail d'interprétation pour classer les textes trouvés (p. ex. les versets qui contiennent le mot "feu" ) selon 4 catégories: - sens exclusivement réel (matériel) du mot - sens figuré (ou métaphorique) - sens réel et symbolique à la fois - sens exclusivement symbolique. En effet, le terme de "feu" est symbolique mais il n'est pas nécessairement employé comme tel. Nous verrons qu'une réalité peut être employé comme symbole ou comme signe, comme métaphore, comme allégorie.. etc.. C'est le contexte qui me permet de discerner dans quel sens il est employé (p. 20). Il peut être même dangereux de voir à tout prix un sens symbolique dans chaque mot du texte. L'ensemble des textes trouvés sur un symbole révèlent déjà entre eux une grande cohérence. Troisième partie : La notion de symbole 1. L'étymologie du mot symbole Symbole vient du grec sumbolon (symbolon) que l'on employait pour tout ce qui sert de signe de reconnaissance. Au départ, on parlait de symbole pour un objet coupé en deux, dont deux hôtes conservaient chacun une moitié; ces deux parties rapprochées servaient à faire reconnaître les porteurs et à prouver les relations d'hospitalité contractées antérieurement. sumbolon dérive du verbe sumbalein (symballein) qui signifie jeter avec, mettre ensemble, joindre, comparer, échanger, se rencontrer, expliquer. L'étymologie nous indique donc que le symbole implique une dualité puis une unification, une réalité visible qui m'invite à découvrir la réalité invisible qui ne fait qu'un avec la réalité visible. L'unité ne se fait pas par mode de fusion mais d'ajustement (sumbolh). L'ensemble des deux éléments (visible et invisible) forme un tout et l'un ne se comprend pas sans l'autre. 2. Densité du symbole : 4 classes Il est évident que l'emploi du mot symbole dans nos langues modernes s'est appliqué pour désigner des réalités symboliques d'intensité différentes. Nous pouvons les classer, dans l'ordre croissant, en 4 grandes catégories d'intensité. 2.1. Le symbole de 4e classeLes sciences exactes parlent de symbole chimique ou mathématique pour désigner des réalités qui ne vont guère ensemble. En fait, on peut les ranger dans la catégorie des signes conventionnels (et non pas naturels). P. ex. on symbolise l'or "au " par les deux premières lettres du mot latin aurum. 2.2. Le symbole de 3e classeIl s'agit ici des emblèmes utilisés comme symbole d'un pays, p. ex. Il y a ici un certain lien mais qui demeure limité. On reste dans le registre des signes conventionnels même si la part de conventionnel s'explique par ce qu'elle exprime l'identité d'un peuple. P. ex., ce n'est pas par hasard que l'ancien drapeau de l'URSS avait le marteau et la faucille. 2.3. Le symbole de 2e classeCette catégorie renferme les emblèmes qui se regroupent dans un symbolisme plus universel. P. ex., la paix et la colombe, le christianisme par la croix. La colombe est un bon exemple de symbole de 2e classe car elle renferme, en elle, des symboles plus profond qui rejoignent ce qu'elle symbolise: p. ex. la couleur blanche et sa capacité de voler expriment la paix. Il s'agit ici de symbole d'une valeur morale. Il peut y avoir des symboles d'un pouvoir: le sceptre royal, la crosse de l'évêque qui s'explique par l'arrière-plan primitif du bâton magique (Ex 15,22-27). Il y a les symboles d'un savoir: la croix fait appel à un symbolisme qui dépasse la croix du Christ, c'est le symbole d'une rencontre, d'un carrefour et le symbole du bois est très important aussi (Ex 17,1-7). On peut aussi rattacher à cette classe, les symboles de la foi qui sont des textes de reconnaissance des chrétiens. Ils signifient leur foi qui est invisible mais qui les habite. Le texte renvoie à des symboles profonds (1ère classe), comme la croix. En résumé, nous pouvons dire que les symboles de 2e classe renferment en eux des symboles plus profonds. Dans la 2e catégorie on ajuste des choses qui vont bien ensemble mais de manière partielle. P. ex., la croix n'est qu'un aspect de reconnaissance entre chrétiens. Par contre, l'analogie a beaucoup moins d'arbitraire que dans la 3e classe et les symboles de 2e classe permettent d'identifier ceux qui les emploient. 2.4. Le symbole de 1ère classeCette classe regroupe les symboles oniriques (structurent les rêves), mythiques (utilisés dans les mythes) et religieux. Les symboles de ce premier groupe font partie du subconscient humain, du subconscient collectif (archétypes), avant même que l'imagination individuelle consciente des poètes et des littérateurs ne s'en empare. C'est la grande différence avec les symboles de la 2e classe: la colombe symbolise la paix, non pas "directement" par un symbole profond, mais par réflexion consciente sur d'autres symboles qui se révèlent en elle (p. ex. la couleur blanche, la capacité de s'élever etc...) C'est pour cela que la colombe est un symbole de 2e classe. Les grands mythes se sont fondés sur les archétypes. C'est dans la 1ère catégorie que le conventionnel joue le moins grand rôle. Le symbole n'est pas un signe de reconnaissance sociale car il est universel, il est un signe de reconnaissance humaine, il fait partie de l'humus collectif. Un même symbole peut se ranger dans plusieurs catégories, la croix, par exemple. 2.4.1. Traits distinctifs des symboles de la 1ère classe Dans la 4e catégorie, nous avions la dualité abstrait-abstrait, dans la 3e et la 2e concret-abstrait. Symbolisant et symbolisé sont tous deux concrets. Certes le symbolisé est un concret complexe et insaisissable (mystère) mais l'intuition symbolique est précisément une manière de le "saisir". Ce n'est pas parce qu'une chose est insaisissable qu'elle est abstraite. Dieu n'est-il pas le plus insaisissable (parce qu'il est le plus grand mystère) et pourtant, en même temps le plus réel et le plus concret ? Ainsi, dans cette 1ère catégorie de symbole, un concret simple et saisissable (symbolisant) évoque un concret complexe et insaisissable (symbolisé). Seul le tout est concret. C'est en raison de mes limites intellectuelles que j'abstrais, c'est-à-dire que j'isole la partie du tout qui est insaisissable pour moi. La fonction symbolique est de reconstituer le réel total qui a été comme brisé. L'opération qui vise à combler les manques est le processus de symbolisation. Le symbole est ce qui manque au réel perçu (faute de mieux) pour qu'il soit total. Le symbole n'est donc pas que la réalité saisissable mais le concret dans sa totalité: symbolisant + symbolisé. Saint Paul renvoie les païens à la création pour découvrir le vrai Dieu mais il dit également aux Corinthiens : Nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. A présent, je connais d'une manière partielle; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. (1 Co 13,12) C'est le péché qui nous empêche de voir le mystère du créé et de l'incréé dans toute sa splendeur. Le symbole n'est donc pas l'invention de l'homme mais la prise en compte de l'harmonie du tout créé et du fait qu'il est à l'image de l'Incréé. 2.4.2. La réalité symbolisée et la réalité symbolisante Le domaine de prédilection du symbolisé (inobservable) est l'invisible, l'imperceptible, le surnaturel, bref, le non visible sous toutes ses formes. Le symbolisant (observable) doit répondre à cinq éléments: - il doit être observable; - il doit être facilement exprimable: c'est pour cette raison que les grands symboles sont les choses les plus courantes - il doit être très expressif; - il doit être reconnu dans un groupe social donné (la première catégorie de symbole dans l'humanité toute entière même s'il y a des différences d'intensité selon les cultures) - il doit être relié au vécu: autrement dit faire appel à la connaissance de tout l'homme (non seulement intellectuelle mais expérimentale, sensible, affective -coeur-, spirituelle et psychologique de la personne ou du groupe social). 2.5. Tableau récapitulatif
3. Le symbole et ses notions apparentées3.1. Le symboleLe symbole est une seule réalité totale. Le symbole "feu", p. ex., n'est pas que le feu matériel observable mais aussi le feu "immatériel" inobservable. Le symbole "feu" ne s'arrête pas à l'observable, il englobe l'inobservable. Le feu observable n'est que la moitié du symbole feu. L'intuition symbolique a la capacité géniale de mettre ensemble deux niveaux d'être pour en constituer la réalité totale. Il n'y a pas d'altérité de choses réelles mais altérité (observable et insaisissable) de niveaux du réel total. Le feu est le feu mais il est réalisé à différents niveaux, à un certain niveau dans le feu observable et à niveau différent dans le feu insaisissable (p. ex. divin) mais c'est une seule et même réalité, le feu... Le symbole est forcément imprécis, ambivalent et a une richesse inépuisable (dans le registre de la connaissance intuitive et non pas empirique). Connaissance hors de portée des sens externes et de la pensée rationnelle, on ne peut donc pas l'expliquer une fois pour toutes. ex: le symbole de la lumière englobe non seulement le feu observable mais la lumière invisible et divine. 3.2. Le signeLe signe relie deux réalités différentes dans un unique niveau de réalité (appartenance à l'unique monde d'en bas, observable). Le signe est clair et univoque. ex : la fumée signe d'un feu. 3.3. L'imageAu sens strict, l'image implique aussi une seule réalité mais à un seul niveau d'être (empirique). Il n'y a d'altérité qu'entre la chose elle-même et sa représentation (soit mentale, soit matérielle), tant soit peu déficiente. L'icône religieuse se rapproche du symbole en essayant de visualiser l'invisible. ex: la photo d'un paysage 3.4. La métaphoreLe symbole jaillit du fonds de l'inconscient collectif et du supra-conscient du sacré alors que la métaphore est déjà un "produit du langage". La métaphore se dégradent avec le langage et la culture, contrairement au symbole. La métaphore réunit deux réalités distinctes de même niveau. La métaphore extrait un aspect commun à deux réalités pour les réunir alors que le symbole est une seule réalité totale. Dans le symbole, un ou quelques aspects fondent le lien qui devient total entre une réalité et l'au-delà d'elle-même. Dans la métaphore de même mais le lien reste partiel. ex : mon patron est un ours. 3.5. L'allégorieL'allégorie est une comparaison de deux réalités distinctes d'un même niveau, découlant, comme la métaphore, d'un produit du langage, elle peut donc se dégrader. (ceci fait difficulté pour certaines métaphores et allégories bibliques inconnues de notre culture). L'allégorie "compare" plus les deux réalités que la métaphore. ex: Israël et la vigne 3.6. La Parabolepara-ballw (paraballo) signifie "jeter à côté". Si le symbole met ensemble le visible et l'invisible, la parabole juxtapose deux réalités distinctes de même niveau comme l'allégorie. La parabole est aussi un "produit du langage" d'une culture, elle relève de l'imagination et de la raison, non de l'intuition. Rien n'empêche que les paraboles, les allégories contiennent des symboles ! On peut mettre dans la catégorie des paraboles, la fable. ex: Lc 13,6-9 : le figuier stérile 3.7. Le Type et l'Antitype bibliqueLa typologie se rapproche de l'image mais ici c'est le modèle (type) qui est imparfait et non l'image (la reproduction). La typologie met en lien deux réalités distinctes d'un même niveau d'être. L'antitype du Nouveau Testament est la réalisation plénière du type de l'Ancien Testament. Le type est la figure préparatoire annonciatrice de l'antitype. Comme le symbole, le type vise à reconstituer une totalité (Adam se réalise en plénitude que dans le Christ). Le symbole est synchronique (simultanéité temporelle), le type est diachronique (se réalise à travers le temps). ex: Adam et le Christ, nouvel Adam. 3.8. Le mythe3.8.1. Le mythe en généralLe mythe est la perception intuitive d'un mystère, il correspond à peu près à ce qu'il y a de plus vrai et de plus profond dans la vie et l'expérience humaines. On retrouve l'intuition qui vise à rétablir une totalité comme pour le symbole. La réalité totale est le mythe dont la partie saisissable est le récit qui renvoie à la partie insaisissable, le mystère intuitivement perçu. Le mythe-récit est l'équivalant du symbolisant et à partir de lui l'intuition reconstitue le mystère équivalant du symbolisé. Le mythe est comme un ensemble cohérent de symboles harmonisés dans un récit. Le mythe (non le mythe-récit) a le même enracinement universel que le symbole. Les récits sont différents (ex: le mythe-récit d'Icare et la Tour de Babel dans la Bible) mais le mystère perçu est le même. Différence entre le mythe-récit et le symbole: - le mythe-récit a un caractère fictif contrairement au symbole donné directement par la création. - le mythe-récit est diachronique, il fait appel à un passé (intemporel) pour expliquer le présent alors que le symbole est trans-temporel et trans-spatial. Seul le mythe et le symbole se servent de l'intuition. ex: le mythe d'Icare 3.8.2. Le mythe biblique La Bible réussit le tour de force d'allier le mythe et l'histoire. L'enracinement dans des faits rigoureusement historique est la caractéristique propre des mythes bibliques. Avant les patriarches et surtout l'Exode, les mythes font moins appel à des faits historiques précis mais l'ensemble de la Bible est présentée dans l'histoire sainte dès Adam et Eve ! Toutefois les mythes bibliques sont aussi "trans-historiques" car Dieu y intervient (il donne sens à l'histoire et la rend sainte). C'est pour cette raison qu'ils restent présent en Dieu et sont de valeur universelle (trans-temporel et trans-spatial) mais si le fait historique, comme tel est passé il est "inscrit dans la mémoire de Dieu. Le Peuple de Dieu fera alors mémoire (anamnèse) de cet événement dans l'Esprit (épiclèse) et le rendra présent. Seule la liturgie peut unifier le temps et donc vivre les événements historiques. 3.9. Tableau récapitulatif
Quatrième partie : Deux mauvaises lectures du symbolisme Nous avons vu que le symbole tend à reconstituer la réalité dans sa totalité. Nous avons dit également que la réalité "feu" , p. ex., dans sa totalité, comprend, inclut, englobe à la fois le feu matériel et le feu insaisissable, invisible, plus-que-matériel, immatériel. Le symbole correspond à une seule réalité totale. A partir de cette affirmation, il y a le danger de faire deux mauvaises lectures du symbolisme: la première est celle de l'ésotérisme, la deuxième est celle de l'alchimie. Cinquième partie : Les choses symboliques Préambule Nous pouvons classer les symboles de choses dans la Bible à partir de 4 expériences absolument fondamentales: - la conscience d'un transcendant qui se manifeste; besoin d'incubation dans l'utérusconscience d'être assailli par des forces obscuresbesoin d'élévation et d'auto-dépassementqui correspondent respectivement à 4 catégories de symboles: - les symboles théophaniques; - les symboles matriciels; - les symboles ponérologiques; - les symboles de verticalité cosmique. Les symboles théophaniques et les symboles ponérologiques sont des prises de conscience d'une réalité extérieure alors que les symboles matriciels et les symboles de verticalité cosmique situent l'homme par rapport à lui-même, à ses besoins profonds. Le symbole matriciel est l'expression de la tension entre deux besoins : - sortir de l'utérus emprisonnant - retourner à l'utérus protecteur. C'est toute l'expérience vitale de chaque personne humaine: - gestation - naissance - vie - mort qui fonde l'aspiration en l'homme de poursuivre ce cycle linéaire dans l'après-mort. C'est un besoin d'ordre chronologique. Dans les symboles de verticalité cosmique, c'est le besoin de surmonter la rupture entre le monde d'en bas et le monde d'en haut ce qui fonde l'aspiration à monter verticalement vers le transcendant. C'est un besoin d'ordre spatial. Les symboles théophaniques répondent au besoin exprimé par les symboles de verticalité cosmique quant au besoin exprimé par les symboles matriciels, il dépend des forces ponérologiques et me renvoie au besoin exprimé par les symboles de verticalité cosmique. Au fond un même thème sous-tend l'ensemble des symboles: le salut, la libération.
Les symboles théophaniques évoquent l'unique force transcendante capable de sauver alors que les symboles ponérologiques évoquent les forces hostiles au salut. Les symboles de verticalité cosmique symbolisent le monde d'en haut à retrouver. 1. Le symbole de l'eau 1.1. Symbole matriciel et/ou ponérologique de l'eau en generalL'eau est fondamentalement un symbole matriciel tout en prenant fréquemment une orientation ponérologique. L'intuition symbolique perçoit cette réalité comme un contenant, une matrice de vie ou de mort. De là ressort l'ambivalence du symbole de l'eau. De l'eau sort tantôt la vie (aspect positif), tantôt le mal, le péché ou la mort (aspect ponérologique). De tout temps, l'homme se sert de l'eau pour exprimer, d'une part, son besoin d'incubation dans l'utérus maternel mais aussi son besoin de naître (libération), et, d'autre part, pour évoquer l'origine mystérieuse des forces du mal qui l'assaillent aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur. 1.1.1. L'expérience courante de l'eau Deux critères de discernement de notre expérience de l'eau: 1. - la pression subie par l'eau L'eau tend vers le bas (contrairement au feu), fluide et mobile, elle coule et se répand du fait de sa propre pesanteur dès qu'il y a la moindre déclivité, sauf si une pression s'exerce contre elle. On distinguera ainsi: - l'eau emprisonnée, celle qui subit une contrainte par dessous et des quatre côtés (océan, mer lac, mare, piscine, puits citerne jarre, eaux intra-utérines) - l'eau semi-libre, celle qui subit une contrainte par dessous et de deux côtés (fleuve, rivière, torrent, canal) - l'eau libre, celle qui jaillit vers l'avant ou vers le haut (source, fontaine, geyser) ou que rien n'entrave dans sa chute (pluie et phénomènes météorologiques semblables) 2. - le niveau cosmologique où elle se trouve - l'eau ouranienne : pluie, grêle, neige qui viennent du ciel et les "eaux d'en haut" (nappe d'eau surplombant le firmament), ou l'océan supérieur. - l'eau chtonienne : les "eaux d'en bas", (étendue d'eau et cours d'eau sur terre). Ce critère cosmologique n'intègre pas les eaux intra-utérines si importantes pour le symbolisme de l'eau. Fondamentalement toute eau porte l'espérance de la vie, et la mer profonde, avant d'être la grande avaleuse, est tout de même la mère des sources, voire la réelle matrice des vivants (on ne peut pas vivre sans les mers). La mer n'a rien de mort ni d'immobile puisqu'elle respire comme un poumon, au gré de ses "humeurs". Les 4 grandes propriétés observables de l'eau 1. - l'eau fait vivre : D'un point de vue "passif de l'eau" celle-ci apparaît comme le milieu naturel où la vie se développe. Le développement des espèces (phylogenèse) enseigne souvent que toute vie a une origine marine. L'embryon animal et humain se développe dans la poche des eaux protectrices (liquide amniotique), phénomène en petit (ontogénèse) du processus de développement des espèces. D'un point de vue plus actif de l'eau, celle-ci a un pouvoir pénétrant (sous toutes ses formes) qui fait d'elle l'agent par excellence du développement et de l'entretien de la vie. Elle rend la terre fertile, fait germer les graines. Elle est au principe de toute croissance (plantes, animaux, humains). Elle représente le 60% du poids de l'homme et le 93% du poids de la tomate ! Toute perte d'eau (déshydratation) devient fatale à très brève échéance. Elle joue un rôle important pour notre santé par son pouvoir thérapeutique (eau minérale, thermale, salée) Eau et vie s'appellent réciproquement. Elle est, en ce sens positive. 2. - l'eau dissout : elle désagrège instantanément les molécules de substances solides (sucre) ou à la longue (érosion). Ceci peut être négatif, (p.ex. l'humidité rouille le fer et moisit le linge) ou positif (l'eau nettoie les taches et la saleté, dégraisse, purifie, nettoie, lave). Ceci dans l'eau emprisonnée (bain) ou dans l'eau courante, semi-libre (rivière) ou encore en faisant couler de l'eau libre sur la chose à nettoyer (arrosage, douche, pluie naturelle). 3. - l'eau éteint le feu : Propriété négative (feu utile) ou positive (incendie). 4. - l'eau fait mourir : Propriété négative: l'eau stagnante des marais ou l'eau enfermée trop longtemps finit par se corrompre et provoque la maladie ou la mort par contamination. D'autre part, l'eau emprisonnée ou semi-libre (mers, rivières, puits) engloutissent souvent des hommes (navigateurs, nageurs). Des torrents dévalent (pays biblique) par surprise des lits de rivières asséchés durant l'été, et emportent tout sur leur passage. Il y a enfin les débordements, les inondations (intempéries) qui causent des dégâts à la nature et aux habitations. Bref, lorsqu'elle est emprisonnée ou semi-libre l'eau peut constituer un redoutable danger de mort. Seule l'eau libre échappe à cette propriété négative. Quelques caractéristiques étonnantes de l'eau- L'eau n'est pas seulement nécessaire à l'homme, elle le constitue un peu : majeure partie de sa substance chimique ; condition sine qua non de sa survie ; l'homme est né de l'eau et dans son corps, il assimile, transforme et transpire l'eau ; +/- trois jours sans boire (chute de 20% de ses réserves), l'homme meurt. - l'inépuisable quantité d'eau dans le cosmos - le caractère vital et irrésistible de l'eau, elle est le symbole du désir - l'aspect vivant de l'eau: elle bouge, réagit et semble parler. Il y a la persistance du mouvement des vagues, du flux et du reflux d'où l'impression que la mer et certains fleuves respirent. La mer réagit, elle a des sautes d'humeurs, tantôt elle dort, tantôt elle se fâche, bave ou écume. Tout eau tient un langage que le poète décode: doux murmure du ruisseau, cris d'alarme des rapides (chutes), mugissement menaçant de l'océan. - l'eau représente un danger de mort: - la fugacité (qui ne dure pas) de l'eau: elle sert de symbole pour tout ce qui n'a pas d'assise stable. Image de la prodigalité (dépense à l'excès): "l'argent lui coule entre les doigts." - l'origine de l'eau: symbole de bien des points de départ, de production, de principes: "la source du vrai bonheur, des conclusions qui coulent de source." - la pureté cristalline de l'eau: "un raisonnement clair comme de l'eau de roche." 1.1.2. Le symbole de l'eau en général De la métaphore au symbole1. L'eau jaillissante (libre), source est la métaphore de l'origine, du principe. La "naissance de l'eau" est liée à sa première manifestation: sa sortie à l'extérieur (libération). Le symbolisme remonte beaucoup plus haut, jusqu'à la pré-source, l'avant-jaillissement. Le symbolisant "source" n'est plus adéquat pour symboliser cette réalité. L'intuition symbolique remonte au symbolisant "mer" (eau emprisonnée, chaos). De la sorte, on arrive à suggérer le stade énigmatique de l'avant-manifestation (naissance). S'appuyant sur la réalité observable de la mer comme origine de toute vie biologique, la mer évoque la "plus-que-mer", la matrice mystérieuse de toutes choses. Ainsi, même si l'origine de l'eau n'est qu'un aspect métaphorique de la mer, celle-ci devient dans le processus de symbolisation, un symbolisant tout à fait essentiel et premier. 2. L'aspect vivant de l'eau lui donne l'aspect d'un être animé. Son aspect inépuisable en fait la métaphore de l'abondance. Le symbolisme va plus loin en faisant de l'eau le symbolisant de différentes dimensions insaisissables: - sur le plan cosmique: le mystère de la vie en sa totalité; - sur le plan anthropologique et religieux: le mystère de l'accès de l'homme à une vie trans-biologique, surabondante, celle même des dieux. 3. La pureté de l'eau est liée à la propreté extérieure. On utilisera alors l'eau comme la métaphore d'un objet transparent ou pour la limpidité d'un raisonnement. Le symbolisme va beaucoup plus loin, l'eau devient le symbolisant du mystère d'une purification plus profonde, invisible, imperceptible qui libère l'intérieur de l'homme de ses taches invisibles (souillures morales). ? L'eau bonne peut éteindre le feu mauvais. 4. La fugacité de l'eau et le danger de mort qu'elle représente en font l'image des valeurs inconscientes (surtout le temps) et de l'écroulement. Le symbolisme va plus loin: l'eau qui s'écoule et qui engouffre est le symbolisant, sur le plan psychologique, de la mort de l'âme et sur les plans anthropologique et cosmique, le symbolisant du mystère de l'inéluctable retour de toutes les formes vivantes au néant, suivi ou non de renaissance. ? L'eau mauvaise peut donc éteindre le feu bon 5. Le caractère irrésistible de l'eau, celle-ci est l'image des appétits. Ici la métaphore empiète sur le symbolisme qui voit dans l'eau le symbolisant négatif lorsqu'elle assouvit les désirs et emprisonne, noie l'homme dans son inconscient profond; et le symbolisant positif de l'eau qui renvoie à des valeurs supérieures de sagesse et de vie spirituelle. L'eau primordiale comme symboleL'eau nous apparaît d'abord comme un symbole matriciel, l'eau originelle d'où émergent censément toutes choses. Symbole cosmogonique: l'eau sert à reconstituer le mystère des origines du monde. On parle alors d'abîme ou d'océan primordial, l'eau est l'archétype par excellence pour suggérer l'idée abstraite et floue de chaos originel. Mais pourquoi choisir l'océan comme symbolisant du stade antérieur à la genèse du monde ? 1. La liquidité de l'eau: par son inconsistance car la création est "consistante". L'acte créateur tire de l'inconsistant du consistant. (les formes sont tirées de l'informe, l'être est tiré du non-être, du néant). 2. Le subconscient et ses souvenirs ancrés dans le psychisme: individuellement, le souvenir des neuf mois passés dans l'eau avant de voir le jour; collectivement, le souvenir de l'humanité (inconscient collectif) du stade pré-évolutif probable où toutes les formes vivantes étaient encore immergées (dans l'océan). L'archétype de l'océan, symbolisant du chaos, comme tous les archétypes et les symboles, n'est pas le fruit de l'imagination (contrairement à une métaphore) mais une expérience profonde enregistrée dans l'inconscient (individuel et collectif) de la personne humaine et de l'humanité toute entière. 3. Dans les temps les plus reculés des milieux agraires on a dû gagner de la terre cultivable dans les marécages en drainant et canalisant l'eau. La terre sort de l'eau et exprime la victoire de l'homme sur l'eau. On a alors transposé ce phénomène sur la terre tout entière pour exprimer la création sortant de l'eau, victoire sur les eaux primordiales. Le chaos est une eau emprisonnante car elle recèle en germe toutes les possibilités d'existence. Elle n'est pas emprisonnée dans le sens où il n'y a rien qui puisse préexister pour l'emprisonner. Par contre, dans le sens où le chaos ne coule pas, c'est une masse compacte et donc emprisonnée comme l'océan. On peut dire ainsi que l'eau primordiale est emprisonnée puisqu'elle est elle-même emprisonnante et captive de toutes les potentialités du devenir cosmique. Conclusion de l'intuition symbolique: une eau captive ne peut être que captive (elle-même), une eau libérante ne peut être que libérée (elle-même). L'eau emprisonnée comme symboleSymbole cosmique- le déluge (eau emprisonnée) est un symbole de régénération cosmique (très largement répandu). Le déluge est essentiellement un retour au chaos des origines, une régression dans l'utérus primordial. Cela suppose une conception cyclique de l'histoire. Les formes créées soumises au temps finissent par s'user, se vider (érosion). Elles ont donc besoin, périodiquement, d'être réabsorbées, régénérées dans les eaux. En histoire des religions, le déluge est souvent (pas nécessairement) lié à des fautes morales ou rituelles de l'humanité pour un nouveau départ. On rencontre ce mystère de la dégradation des formes dans les hommes qui meurent, les sociétés qui passent et qui s'effondrent mais il y a toujours d'autres hommes et d'autres sociétés qui viennent. C'est l'eau diluvienne qui symbolise cette "re-création". Ce sont pour les trois mêmes raisons que ci-dessus: - le consistant est tiré de l'inconsistant - le recommencement s'inspire des schèmes du commencement - l'expérience d'inondation qui transforme très vite les terres en chaos et déstabilise les structures sociales. Le symbole du déluge recouvre celui des eaux primordiales à deux différences près: - eau matricielle est emprisonnée (déluge est comme une mer entre rivages créés) et elle emprisonne moins les germes informels et virtuels de la vie à venir que l'ensemble des formes déjà créées dégradées avec le temps. Il s'agit plus ici d'une matrice dévoreuse que d'une matrice en gestation. Le cosmos renaît des eaux qui l'ont submergé mais l'humanité renaît d'un héros qui a échappé aux eaux dévoreuses (le héros se construit une arche qui flotte). Symbole anthropologique- L'eau emprisonnée est symbole de purification : L'eau (piscine, bassin, lac, mer) symbolise couramment la régénération de tout l'homme (intérieur et extérieur) lorsqu'elle est utilisée à des fins rituelles (ablution, aspersion, immersion). Elle joue le même rôle que l'eau du déluge ou celle des origines (surtout pour l'immersion). Toute purification par l'eau est la "répétition symbolique de la naissance des mondes ou de l'homme nouveau." Les formes vieilles retournent dans l'utérus originel pour en ressortir régénérées. Symboliquement, le retour à la poche des eaux correspond à une mort (l'immersion équivaut à un enterrement); la sortie (libération), à une renaissance. D'où les rites d'immersion d'initiation socio-religieuse, fertilisation des femmes stériles (résorption des ventres morts pour les revivifier), fertilisation du sol cultivable. Tout bain rituel (y compris le baptême), apparaît donc comme une régression utérine, un ressourcement dans la matrice ambivalente de la mort et de la vie. - L'eau emprisonnée est symbole de l'origine de la sagesse: l'océan est la "maison de sagesse", c'est de ses profondeurs que proviennent la science, la culture et l'écriture (chez les Babyloniens). Isaïe compare la plénitude de la sagesse à la mer (Is 11,9). Symbole religieuxl'eau emprisonnée devient un symbole du divinL'océan évoque parfois, dans la mystique chrétienne et musulmane, l'essence divine elle-même car la mer est la cause et l'origine de toutes choses et elle est incommensurable (immensité horizontale et profondeur inscrutable). Symbole du mal- l'eau emprisonnée devient facilement le symbole des forces agressives du mal et de la mort. L'eau primordiale a une valence ambivalente dans certaines cultures. Les profondeurs de la mer passent généralement pour l'habitat privilégié des forces malignes (dragons et monstres). L'eau qui tombe, qui bouge, qui coule finit par sa mort horizontale, toute eau libre est prisonnière en sursis. Le destin de l'homme comme de l'eau est d'être réabsorbé, ré-enfermé. Seule une eau qui subit une pression peut exercer une pression. Il faut donc qu'une eau qui opprime soit tenue en laisse. Symbole psychologiqueL'abîme évoque l'inconscient obscure comme matrice de la conscience. Le sommeil est un retour à la mer de l'inconscient. En rêve, l'eau qui reste enfermée dans ses limites est de valence positive ou négative (noyade). Elle est aussi négative lorsque l'eau outrepasse ses limites (mer en furie, pluie diluvienne). C'est le subconscient qui envahit (et risque de noyer) le champ de la conscience. L'eau brouillée mélangée à la terre (boue, marais) évoque le pervertissement. L'eau gelée figure la complète stagnation psychique, le manque de chaleur de l'âme. Sur le plan collectif, la mer est le symbole de l'inconscient collectif. Au-dessous des reflets brillants de sa surface, elle renferme des profondeurs insoupçonnables. L'eau libre comme symboleNormalement, l'eau jaillissante (pluie, source) n'a pas la moindre connotation négative. Elle rejoint le symbolisme de l'eau contenue (sans la connotation de mort) et a aussi ses aspects propres. Symbole cosmique et religieux- elle est symbole de vie cosmique, semence (masculine) ouranienne qui vient féconder l'utérus de la terre-mère. La source peut jouer le même rôle comme semence chtonienne. La pluie peut même être un symbole du divin (obéissant à Dieu qui féconde), semence divine et céleste, symbole de hiérogamies (mariages sacrés) entre ciel et terre. Leitmotive de la mythologie universelle. L'eau jaillissante peut même rendre les femmes enceintes (pluie naturelle ou surnaturelle). Des sources naturelles, habitées ou non par des esprits ou naïades (divinités féminines), ont le pouvoir de guérir la stérilité féminine. L'eau libre symbolise l'origine de la vie au moment précis de son émergence, de sa manifestation. L'eau emprisonnée remonte à l'avant manifestation. L'eau libre est donc masculine et l'eau emprisonnée féminine. Symbole anthropologique- l'eau de source renvoie à trois aspirations essentielles de l'homme: son aspiration à la survie - à se débarrasser de ses souillures - à connaître les secrets du réel. - symbole de l'éternelle jeunesse (survie): qui s'abreuve à la fontaine de jouvence échappe aux limites temporelles. De même dans certaines rivières hindoues. Seule une eau perpétuellement libre peut libérer l'homme des contingences (vieillissement, tristesse, malheur, mort). - symbole de purification (souillures): la source est symbole de pureté, elle recrée la pureté altérée de l'homme (intérieure et extérieure). Contrairement à l'eau emprisonnée (bain, baptême) il n'y a pas de connotation de mort car on ne se plonge pas dans l'eau mais on la laisse couler sur soi pour qu'elle emporte avec elle nos souillures. Elle communique sa propre vitalité et sa propre virginité à celui qui se soumet rituellement à son pouvoir. La source symbolise la vertu curative et miraculeuse dans certaines eaux jaillissantes, elles emportent la maladie et l'infirmité. - symbole de sagesse (connaître): l'eau jaillissante est symbole de sagesse, de connaissance supérieure. Sur le plan matérielle la pluie féconde le sol, sur le plan spirituelle, la pluie symbolise les influences célestes qui viennent fertiliser l'esprit humain (grâce et sagesse). L'eau de source, origine de la manifestation de la vie, symbolise l'origine de la manifestation d'une gnose. Les oracles étaient souvent proches de sources sacrées ou de fontaines. Parfois on parle de source souterraine. Ce symbolisme se fonde aussi sur le doux murmure des sources, révélation presque imperceptible des mystérieux secrets des profondeurs souterraines. Symbole psychologique- au niveau des archétypes: la source symbolise sur le plan psychologique, l'âme en tant qu'origine de la manifestation de la conscience (vie intérieure et spirituelle). La pluie peut symboliser la purification sublime des désirs subconscients. La pluie, la douche ou l'instillation , dans le rêve évoque l'acte de fécondation ou la semence masculine. L'eau semi-libre comme symboleLe fleuve est parfois l'équivalent de la mer emprisonnée et emprisonnante- quand prime l'aspect de l'eau à demi emprisonnée, c'est la dimension matricielle (ambivalente) de l'eau qui l'emporte. - sur le plan cosmique: parfois des fleuves remplacent l'océan primordial. De même pour le déluge. - sur le plan anthropologique: régénérations, ablutions et bains rituels se pratiquent aussi dans des fleuves sacrés. - sur le plan religieux: les divinités habitants les cours d'eau sont fréquentes. Elles sont parfois dévorantes (archétypes de la matrice dévoreuse) qu'on leur offre des sacrifices avant de traverser ces cours d'eau. - sur le plan ponérologique: les torrents déchaînés évoquent la mort. - sur le plan onirique: les fleuves qui sortent de leur lit ou qui forment un obstacle ont la même signification que la mer qui déborde. Le fleuve est parfois l'équivalent de la source libre et libérante- quand l'aspect semi-libre prime, la valence est positive. Les cours d'eaux qui fertilisent évoquent la vie et la fécondité. Quelques textes égyptiens semblent attribuer au Nil des vertus qui confèrent l'immortalité et des vertus qui combattent la stérilité des animaux et des femmes. En psychologie des profondeurs, l'eau courante est symbole d'énergie. Dans un rêve, un fleuve qui traverse calmement le paysage, signifie que le psychisme est censé posséder toutes les ressources voulues pour porter le rêveur vers les buts les plus lointains sur terre. 1.1.3. Essai de synthèse
Processus de symbolisation : fonctionnement symbolique de l'eauLe modèle de base de ce processus est le mystère de la vie humaine (gestation, années de vie, mort). L'homme lit son périple tout entier comme une histoire d'eaux en trois grandes phases: - de tout temps, l'homme s'est rendu compte que toute naissance s'accompagnait d'un phénomène d'eaux. On dira d'une femme qui accouche que "ses eaux viennent de crever". L'intuition symbolique ne se trompe pas: le contenu (eau emprisonnée dans la femme) est vue comme contenant (le bébé baigne dans l'eau pendant 9 mois). D'autre part, on parle de "délivrance" des eaux emprisonnées (dans la femme). Certes le bébé baigne dans l'eau (emprisonnante) mais sa délivrance qu'est la naissance s'accompagne de la délivrance des eaux auparavant emprisonnées. Les eaux intra-utérines équivalent à la mer-mère, évocatrice de l'informe (non-encore formé), du chaos, de l'avant-manifestation, de l'avant-naissance. Les eaux libres équivalent à la source jaillissante, évocatrice de la naissance (origine de la manifestation visible des formes vivantes). - Le temps terrestre "s'écoule", c'est la fugacité de l'eau ici qui est relevée. Mais l'eau libre est très vite "canalisée" (rivières, canaux...) et est donc semi-libre. Ce sont les années de la vie humaine qui déterminent les contours sinueux de l'existence (période d'eau calme, de rapides, de chutes) mais le fleuve suit son cours. - Vient enfin, l'inévitable stagnation définitive de l'eau: la mort. Toute eau jaillissante et courante finit par s'immobiliser: pluie et rigole deviennent des flaques, les rivières vont se perdre dans les lacs et les fleuves dans les mers. La vie humaine, comme l'histoire des eaux, prend l'allure d'un grand détour pour retourner aux origines. Élargissement de l'expérience de la vie humaine à la dimension cosmiqueLe symbolisant "eau" pour symboliser la vie humaine est extrapolé par les mythes au plan cosmique: comme l'homme, l'univers est né des eaux enveloppantes des origines. Les religions font la même extrapolation mais sur le plan de l'au-delà de la mort: de même que l'homme naît de l'eau la première fois, il peut renaître une seconde fois en retournant dans l'eau et en ressortant victorieux de la mort (biologique et / ou spirituelle). 1. Toute eau symbolique vise à reconstituer un mystère d'origine: émergence des dieux, des forces du mal, de la mort; émergence ou ré-émergence du cosmos, de la vie, de l'homme, de sa conscience, de son énergie psychique, de sa connaissance, de sa pureté, de sa vie spirituelle... L'eau emprisonnée renvoie, en principe, à un stade d'avant-manifestation. L'eau jaillissante renvoie au moment précis de la manifestation observable. 2. L'eau est un symbole fondamentalement matriciel: par conséquent, l'eau emprisonnante est première: c'est d'elle que tout s'écoule et c'est vers elle que tout s'écoule. A strictement parlé, l'eau primordiale (chaos des origines) n'est qu'emprisonnante. 3. L'emprisonnement et la libération des eaux s'envisage à partir de l'eau matricielle primordiale: Ces deux processus symboliques s'opposent. - D'une part, le refoulement des eaux (emprisonnement) rend possible l'apparition de la terre (émergence positive) et sa conservation. L'eau emprisonnante devient l'eau emprisonnée. De même, le contrôle des eaux de l'inconscient rend possible l'émergence de la conscience psychologique. De même, la maîtrise des pulsions sauvages (tentations) rend possible l'émergence victorieuse du bien sur le mal. Ainsi, tout ce qui nuit à l'émergence, les forces anti-constructrices, est symbolisé dans les eaux emprisonnantes et emprisonnées: p. ex. la mer (océan) deviennent l'abîme, le gouffre dévorant, l'habitat privilégié des dragons hostiles, des forces mauvaises, de la Mort personnifiée, des instincts mauvais (psychologie). Il y a donc une dimension matricielle et ponérologique du symbole de l'eau. L'emprisonnement des eaux apparaît donc comme une condition sine qua non de toute émergence positive. Ce refoulement n'est pas aussi stable que souhaiter (la mer s'agite, l'inconscient a des pulsions sur le champ de la conscience sans compter les forces menaçantes de la mort sur l'homme. - D'autre part, si l'emprisonnement des eaux favorise la vie, de manière extrinsèque et négative, en laissant émerger les formes qui échappent à l'eau, (le vivant se trouve protégé des eaux emprisonnées), le défoulement de l'eau, par contre, favorise la vie de manière active et positive. La terre-mère est féconde dans la mesure où la mer-mère laisse échapper un tant soit peu ses eaux. Sur le plan humain, la libération des eaux intra-utérines est la naissance, l'émergence de la vie, la libération définitives des eaux emprisonnantes. L'eau libérée évoque donc symboliquement le mystère de la vie et de la fertilité dans le cosmos, de l'émergence de la conscience, de la connaissance des choses cachées, de la vie spirituelle et éternelle. Cette eau qui naît du sein de la mer-mère, de par ses propriétés fécondantes, prend valence masculine. Il semble que le côté négatif soit toujours l'aspect féminin. En fait, comme tout symbole, l'eau n'oppose pas mais harmonise ses aspects divers de manière à évoquer une totalité mystérieuse mais cohérente. Tout les aspects, au fond, peuvent apparaître positifs d'une certaine manière. L'emprisonnement matriciel joue d'abord et avant tout un rôle préservatif, condition sine qua non pour que le germe puisse se développer à l'intérieur de l'utérus protecteur. D'autre part, l'emprisonnement (par l'eau) des forces mauvaises dans les profondeurs marines permet à la vie de se développer à l'abri et à l'extérieur de cet utérus dévorant. Comme milieu matriciel (contenant), les eaux sont féminines; mais les forces démoniaques (contenu) sont souvent masculines. Il faut donc toujours voir les symboles de manière globale, ne pas insister sur la différenciation mais sur la synthèse du féminin et du masculin en une seule réalité totale. Que deviendrait le puits et la citerne (valences féminines) s'ils n'étaient pas alimentés par la source souterraine ou par la pluie (valences masculines) ? 1.2. Symbole matriciel et/ou ponérologique de l'eau dans la Bible1.2.1. Le symbole de l'eau primordialeDes deux récits de la création, seul le premier traite explicitement de l'eau primordiale (avant manifestation) (Gn 1,2). C'est un chaos aqueux sans consistance ni limpidité. Par rapport au paganisme environnant, le symbole de l'eau (fondamentalement matriciel) est à la fois conforme et original. Conforme : l'eau pré-originelle évoque l'indifférenciation, l'avant-manifestation. C'est la dimension archétypale dans l'inconscient de tous les êtres humains. Original : ce n'est pas de la poche des eaux, réceptacle de tous les germes, que surgit le cosmos, mais de la Parole de Yahvé qui refoule les eaux du chaos. C'est plus la non-vie, l'anti-émergence de l'eau qui est évoqué que la vie en potentialité. L'eau semble garder dans ce récit de la création la dimension ponérologique qu'elle a nettement en Mésopotamie. L'auteur précise, pour cette raison, que Dieu (symbolisé par le vent libre/Gn 1,2) a le dessus, dès avant l'origine, sur les eaux, symbole ici de mal et de non-vie. Toute l'Ecriture souligne l'absolue supériorité de Dieu sur l'océan des origines. L'eau primordiale a ici un caractère exclusivement symbolique. Le second récit de la création ne décrit pas l'avant-manifestation mais le moment de la manifestation de l'eau originelle. L'eau est jaillissante, selon un symbolisme masculin, non matriciel (Gn 2,6) (contrairement au premier récit). 1.2.2. Le symbole de l'eau emprisonnée 1.2.2.1. Le déluge La création (bonne) émerge du chaos (mauvais) et y retourne car elle s'est laissée contaminer par le péché. Il y a donc un recommencement par les pluies diluviennes. Tout ce que nous avons vu du déluge en général (p. 19) s'applique tel quel au récit biblique (Gn 6-8). Le récit biblique insiste sur la dégradation et la régénération des formes du point de vue essentiellement moral car c'est la corruption de l'humanité qui a entraîné le déluge (Gn 6,5). Ici encore, comme pour l'eau primordiale, le symbole matriciel prend une valence principalement négative, le déluge une régression dans l'utérus primordial, non pas pour jouer le rôle de gestation mais d'utérus dévoreur. Le mal doit être noyé dans son antre emprisonnant, les eaux innombrables, symbole et habitat des forces mauvaises. L'humanité nouvelle ne peut donc pas renaître de l'eau comme telle mais d'un noyau humain (famille) préservé des eaux. C'est le symbole de l'arche protectrice qui domine les eaux. Ce qui vaut aussi pour les animaux mais pas pour le monde végétal. L'origine de l'eau importe peu. Le déluge est un événement isolé que Dieu s'engage à ne plus répéter (Gn 8,21). L'eau du déluge est clairement placé aux origines de l'histoire pour marquer sa portée mythique. Même se des faits historiques ont certainement marqué l'histoire biblique, la bible vise à exprimer la condition humaine universelle et fondamentale: nécessité de résorber, tôt ou tard le mal qui contamine l'humanité et le cosmos. Ce n'est pas le fait historique qui est mis en valeur, au contraire. L'eau du déluge est donc exclusivement symbolique. Dans le concret de l'histoire et du culte bibliques, cette condition humaine va s'exprimer dans les rites de purification avec l'eau réelle (symbolique). Ces rites ont pour fonction de permettre à l'homme, au quotidien, de vivre et d'actualiser le mythe du déluge. 1.2.2.2 Le symbole de la mer (eau emprisonnée) De la métaphore au symboleLe symbole, fondamentalement matriciel, est pratiquement toujours négatif. Il y a des comparaisons et des métaphores qui évoquent l'oppression, le péché, la souffrance, la ruine, la mort (toutes les formes du mal). L'oppression : situation socio-politique comportant un danger de destruction ou de mort (sens figuré). "Entrer dans les eaux", "passer par les eaux" ou "subir une inondation" expriment l'oppression de l'ennemi. Par contre, être "tiré des eaux" (Moïse) c'est vivre l'expérience du salut. "Avoir la main haute sur la mer ou les fleuves" est dominer l'ennemi. L'homme pécheur: Babylone est l'humanité tout entière "assise sur les grandes eaux" de l'impiété (Ap 17, 1.15) La souffrance : ou la détresse psychologique causées par le péché, l'éloignement physique, l'épreuve, la déception ou la vieillesse sont comparées aux eaux emprisonnées. (Ps 42,8) La mort : est exprimée par la submersion des eaux due à une culpabilité morale, pour une nation (Jr 51,42), un groupe (Ps 140,11), un individu (Is 14,15). Le péché doit retourner au fond de la mer pour libérer le peuple élu (Mi 7,19). La mer, cette fois-ci, sans connotation morale directe, peut aussi être le séjour des morts (Jb 26,5), ou le séjour de la mort elle-même en tant que condition universelle (Ct 8,7). On a à nouveau ici le thème du retour à la mer en tant qu'utérus dévorant. Habitat des forces mauvaises (thème ponérologique)Nous avons vu la dimension ponérologique du chaos primordial (Gn 1,2). Dieu, en refoulant les eaux, en créant, a dompté le monstre aquatique des origines et l'a laissé emprisonné dans le réservoir des eaux inférieures, la mer (Jb 7,12; 26,12; Ps 74, 13-14; Si 43,23.25). Cette dernière reste donc l'habitat privilégié des forces mauvaises souvent symbolisées par le dragon ou (Ap 20,11) l'ange de l'océan qui règne sur un escadron de sauterelles démoniaques. Ainsi dans la relecture du passage de la mer rouge, p. ex. chez Isaïe (Is 51,9-10), ou dans les Psaumes (Ps 74,13-14; 89,11), on insiste plus tant sur la mer fendue en deux par Dieu (comme dans le texte de base en Ex 14,16.21) mais sur le terrible dragon qui l'habite "Rahab" ou "Léviathan" ou les dragons. Dieu a réitéré, dans l'Exode, sa victoire lors de la création, sur les eaux et le monstre aquatique qui est en elles. Le thème du monstre marin apparaît aussi dans certaines circonstances morales (Jb 9,13): "les méchants aident Rahab". L'Egypte est assimilé au monstre aquatique (Ez 29,3). Dans les apocalypses, les royaumes qui incarnent l'impiété prennent la forme des qui "montent de la mer" (Ap 11,7). Le mal à son paroxysme ne peut que provenir de là. L'espérance eschatologique est signifiée (fin de tous les maux) par le coup d'épée de Yahvé qui tuera Léviathan le monstre qui est dans la mer (Is 27,1). La mer et ses monstres symbolisent les forces du mal mais Dieu en garde toujours le contrôle absolu. (Am 9,3). Dieu, maître de la mer (thème théologique)Le pouvoir sur la mer relève que de Dieu, il en connaît les profondeurs inscrutables (Jb 28,25). Dieu y fait tout ce qui lui plaît (Ps 135,6). Tantôt il soulève les flots, tantôt il les apaise (Ps 65,8), ils obéissent au son de sa voix (Jb 38,34). Dieu peut même assécher totalement la mer (Is 11,15). Les fidèles ne doivent pas craindre les sautes d'humeur de la mer (Ps 46,3-4). La maîtrise de Jésus sur la mer manifeste sa divinité (Mt 8,23-27): "le vent et la mer lui obéissent" (renvoient aux esprits impurs) (Mc 4,41). Dimension anthropologique du symbole de la merSi Dieu est toujours maître de la mer, il n'en va pas de même pour l'homme. La traversée de la mer est l'événement fondateur du Peuple de Dieu, c'est la traversée de la mer rouge (Ex 14-15). Cet événement est donc d'une importance primordiale. Moïse et son peuple est en fuite, est poursuivi et se heurte à un obstacle naturel: la mer. Grâce à un fort vent d'est miraculeux, le peuple peut passer à pied sec mais les eaux se referment sur les Egyptiens pour les engloutir. Ici, l'eau réelle a une dimension symbolique très forte. Esclaves en Egypte, les Hébreux prennent le chemin de la liberté donné par Dieu. La mer qui barre leur route est une menace de mort (réelle, physique) à portée symbolique car ce n'est pas seulement leur corps qui mourrait mais leur aspiration au salut, à la naissance d'un peuple croyant à Yahvé qui a la puissance de les sauver. La mer symbolise aussi le péché de l'oppression: les mauvais traitements subis par Israël en Egypte symbolisent une matrice dévorante qui achève toute sa puissance en plongeant les Hébreux dans la mer, dans les eaux de la mort réelle. Israël échappe donc aux eaux emprisonnantes, le mal et la mort n'ont plus de prise sur eux grâce à Dieu qui les protège et les sauve. Le récit de tradition sacerdotale reprend le symbolisme de l'eau primordiale qui se retire pour laisser immerger le Peuple de Dieu (Ex 14,16.22) car il veut souligner que ce peuple est "créé" par Dieu. Les "eaux mauvaises" sont refoulées pour que naisse un être social (humain) complètement nouveau. Ceci est symbolisé aussi par le passage d'une rive à l'autre de la mer: de l'esclavage à la liberté, de la mort à la vie. Deux autres symboles appuient ce changement: le peuple passe de l'ouest à l'est, de la nuit au jour (Ex 14,20-21.27.30). Le peuple fait le même parcourt que le soleil la nuit (ouest à est), il se dirige vers le matin de la résurrection (durant sa traversée dans la nuit, symbole de la mort). Le symbolisme de la traversée de la mer sera repris ultérieurement par les prophètes pour exprimer des passages d'esclavage à la liberté, de la mort à la vie (Is 43,2). Pour le chrétien, c'est le baptême qui symbolise cette traversée (1 Co 10,2). La mort elle-même devient un Exode spirituel et définitif. Le retour à la mer est l'antithèse de la traversée de la mer. C'est la régression dans la mer envisagée comme puissance mauvaise et matrice dévorante. Le mal humain provient et sort, symboliquement, de la mer mais il doit aussi y retourner et s'y immerger à nouveau. - au plan de l'histoire : les Egyptiens (symbole de l'oppresseur) doivent être engloutis dans la mer (Ex 14,27-30). Même si, historiquement, aucun Pharaon n'a été englouti, il faut comprendre ici l'engloutissement symbolique de toute l'Egypte car la libération d'Israël a précipité dans la mer mythique tout le mal dans sa destination finale. - au plan de la légende : la mer symbolise parfois aussi la matrice dévorante. C'est le cas dans l'histoire de Jonas qui fuit l'appel de Dieu et est jeté en mer (Jon 1,1-16; 2,4-6). Au fond, au plan psychologique, ce qui avale Jonas, c'est son réflexe inconscient d'évasion et, au plan moral, c'est son péché. Dans le Nouveau Testament, ce sont les forces démoniaques qui s'en vont dans un troupeau de porcs qui se jette dans la mer (Lc 8,31; Mt 8,32). Le possédé est guéri. La destination finale des démons et des porcs (animal impur) est la mer. - au plan du mythe eschatologique: l'humanité contaminée par le mal (Ap 18,21) et Satan lui-même, seront, dans une première phase, précipités dans l'abîme (Ap 20,3) avant d'être jetés définitivement dans l'étang de feu et de soufre (Ap 20,10). Ici la mer a un sens uniquement symbolique. Le péché et les forces obscures qui président au péché sont ultimement voués à cet utérus emprisonnant et dévorant qui ne s'ouvrira jamais plus pour libérer les eaux d'une quelconque renaissance. La marche sur la mer exprime la victoire sur les eaux. Seul Jésus y est parvenu (Jn 6,16-21). Sur la base d'un événement marquant, c'est surtout la dimension symbolique qui est marquée ici. C'est le symbole du dépassement de la condition du monde d'en bas, sur le mal et la mort (apanage de Dieu lui-même) (Jb 9,8). Même Pierre ne peut que se débattre dans l'eau (Mt 14,28-31). L'ange de l'Apocalypse marquera qu'il dépasse la condition humaine (Ap 10,2.5.8). Dimension eschatologique: disparition de la merDe la Genèse à l'Apocalypse, la mer a une connotation négative. Dans le cadre de la nouvelle création, il n'y aura plus de mer (Ap 21,1). Toute eaux captive et captative disparaîtra pour de bon. La mer est donc le symbole qui synthétise en fait toutes les formes de mal qui font partie de l'expérience de l'homme et du cosmos. Définitivement enrayés, donc, l'oppression, le péché, la souffrance et la mort. 1.2.2.3. L'eau emprisonnée par l'homme Puits et citernesLa profondeur du puits et de la citerne frappe l'imagination, elle évoque la mort (Ps 55,24) ou un grave danger moral (Pr 23,27). On rejoint le symbolisme de la mer "sans fond" appelée "puits de l'océan" (Ap 9,1-2). Mais cette profondeur peut aussi avoir une valence positive et évoquer la sagesse humaine (Pr 20,5). Citernes et puits évoquent aussi la génitalité féminine. Ceci permet de comprendre le sens du proverbe (Pr 5,15-20). De même dans le Cantique des Cantiques, la fiancée est appelée "puits des eaux vives" (source verrouillée ou fontaine scellée) pour exprimer sa virginité. Ce n'est pas par hasard que Jésus parle des 5 maris à la samaritaine... Piscines et bassinsL'eau symbolise ici la purification, la régénération humaine. Prêtres et lévites doivent donc se purifier dans un bain avant d'accomplir des fonctions sacrées. A l'approche de la manifestation de Dieu au Sinaï, le peuple reçoit l'ordre de laver ses vêtements. Au cours du repas de la sainte cène, Jésus lave les pieds de ses disciples et si Pierre avait refusé, il n'aurait pas de part avec le Seigneur (Jn 13,9). Ces gestes sont le symbole du renouvellement intérieur. Le bassin est symboliquement la matrice où se refont positivement les forces de la vie (Dt 23,10-12). On purifie ainsi les lépreux et les infirmes. La matrice des eaux est censée réabsorber tout ce qui s'est détérioré dans l'être humain, l'être est ainsi régénéré. Ceci vaut pour les souillures physiques et morales. Il ne faut pas oublier que dans l'antiquité et dans la Bible, on attribuait au péché les infirmités physiques (Jn 9,2). Finalement, on retombe dans le symbolisme du mal, sous toutes ses formes, qui doit retourner aux eaux emprisonnées. Par contre, se laver les mains dans un bassin devient un signe d'innocence si l'eau matricielle n'a pas de crime à réabsorber. RécipientsDans le contexte du récit des noces de Cana, les six jarres pour la "purification des juifs" (Jn 2,6-7), symbolise surtout l'imperfection des rites de lustration juifs. Ceci est renforcé par le chiffre six qui désigne aussi l'imperfection. Le contraste est évidemment frappant avec le bon vin des noces perpétuelles de l'humanité avec le Christ source de la véritable purification (Eph 5, 25-27). Conclusion sur l'eau emprisonnée par l'hommeL'eau conservée par l'homme est ambivalente: négative si elle provoque la mort (puits profond, eau contaminée); positive si elle concourt à la vie (étanchement de la soif, lavage). Pour que l'eau enfermée ait une valence positive, il faut qu'elle soit libérée, qu'elle coule, elle devient alors bienfaisante et positive (Jg 15,19). L'eau matricielle doit réabsorber les éléments de dégénérescence, et l'homme doit émerger de l'eau pour recommencer à neuf. C'est le sens du baptême. L'eau contenue est très généralement négative dans la Bible (océan primordial, déluge, mer). 1.2.3. Le symbole de l'eau libre L'eau de sourceSur les trois sortes d'eau libre, il y a l'eau de source, l'eau jaillissante dont on peut relever six aspects principaux: 1. L'origine de la vie et la fertilité cosmiques (Gn 2,6) 2. Pour l'homme, c'est un symbole de vie, de bonheur et de prospérité (Gn 49,22). L'apparition des sources dans le désert recrée les conditions de la vie au paradis. L'événement type sera celui de Moïse qui frappe le rocher à Mériba (Ex 17,1-6). L'assèchement des sources est l'expérience inverse, celle de la misère (Jr 51,36). Le Seigneur est "source d'eaux vives", source de salut (Is 49,10; Jr 2,13). 3. Le symbole de la purification morale par le sacrifice du Messie transpercé (Za 13,1). C'est un élément masculin, actif, qui communique la vitalité et la pureté. 4. En saint Jean, l'eau jaillissante est symbole de la vie divine elle-même qui se communique au croyant (Jn 4,10-15; Jn 19,34). 5. Symbole de connaissance supérieure. Soit la sagesse humaine, soit la sagesse suprême qu'est la Parole de Dieu (Am 8,11-12). 6. Symbole de la semence masculine. Le puits (symbole de la génitalité féminine) reçoit la semence masculine symbolisée par l'eau jaillissante (Ct 4,15) L'eau de pluieL'eau de pluie est vue, surtout dans les pays arides du milieu biblique, comme une bénédiction divine et peut s'intégrer au symbolisme théophanique de l'orage (nuage, tonnerre, éclair). Dans le contexte de l'orage, la pluie n'a plus la valence positive de fertilité et de liberté mais dans sa valence négative de destruction et d'emprisonnement (pluie sombre, torrentielle). L'eau libérée par un geste de la mainIl n'y a pas que la nature (sources et pluie) qui libère l'eau mais aussi les hommes. Il y a deux rites dans l'Ancien Testament qui touchent le symbolisme de la purification. Une libation expiatrice (1 Sam 7,6) et une aspersion (Nb 8,7). Il y a ici une harmonie entre le symbolisme de l'eau emprisonnée et de l'eau libre. Plonger le récipient à libation (ou la branche d'hysope) dans l'eau emprisonnée, c'est déclencher le processus de réabsorption des souillures dans la matrice originelle. Dans le cas de la libation, les personnes n'ont pas de contact avec l'eau à l'inverse de l'aspersion où l'eau libérée atteint les personnes. Cette eau libre a donc une valence masculine qui communique pureté et vitalité (Ez 36,25-27). Cette eau est fertilisante et renouvelle l'homme intérieur sans avoir besoin de retourner aux eaux matricielles. La roséeLa rosée s'évapore très vite dès que vient le jour mais elle aide grandement à fertiliser le sol. Elle est un gage de prospérité matérielle, de paix et de joie. On compare ainsi, la rosée à ce qui est fragile et évanescent mais aussi au bien-être, à la sagesse humaine et au salut. C'est la semence de Dieu lui-même, porteuse de vie et de salut (Is 26,19). La rosée se rapproche donc de la pluie, elle est masculine et vient des astres (surtout la lune) pour féconder la terre. Elle tombe la nuit en fine gouttelettes. C'est de l'eau très pure. ConclusionL'eau vive symbolise tout le dynamisme de la vie d'en haut, divine et éternelle, accessible à l'homme dès ici-bas parce que libérée par le Souffle divin qui suscite la foi au fond des coeurs. Le rite de l'eau libérée prend chez les chrétiens une signification extrêmement riche d'évocations symboliques: il devient sacrement. 1.2.4. Le symbole de l'eau semi-libre Les eaux semi-libre sont vues comme à demi emprisonnées (matricielles, profondes, menaçantes, dangereuses) ou à demi libérées (fertilisantes, claires, bienfaisantes). On retrouve ainsi, dans le premier cas le symbolisme de la mer et dans le deuxième cas celui de la source. L'eau courante dans sa dimension négativeAu sens figuré, fleuves et torrents peuvent signifier l'oppression, la ruine, la mort. (Ex 1,22-2,10) Moïse est "tiré des eaux", symbole de l'oppression égyptienne. Libéré, Moïse pourra devenir libérateur, tirer son peuple des eaux de l'oppression, c'est-à-dire de la Mer Rouge. Le fleuve a le même symbolisme dans ce cas que la mer (Is 63,11). Un torrent est un déchaînement de la colère-passion. Un fleuve endigué, par contre, est l'image de l'angoisse étouffante qui résulte du non-aveu des péchés (Si 4,26). Dieu a un pouvoir sur les fleuves: de même qu'il commande la mer, il maîtrise absolument les fleuves (Ps 93,3-4). Il peut même les assécher au besoin. La traversée du Fleuve: le passage du Jourdain est une réplique du passage de la mer rouge. Ici encore, on rejoint le symbolisme de la mer traversée. L'Exode se termine comme il a commencé (Ps 74,13-15). Dans le cas du Jourdain, il y a une différence, il n'y a pas de retour du mal (Egyptiens) à la mer matricielle. Des eaux du Jourdain (nouvelle création) émerge un peuple quasi adulte qui peut prendre possession d'une terre (de la terre). En passant la mer le peuple était devenu semi-nomade, en passant d'une rive à l'autre du Jourdain, le peuple devient sédentaire. Cette fois le passage se fait le jour et non la nuit car Israël est déjà sauvé du mal. Il passe d'est en ouest (comme le soleil de jour), symbole et gage de bonheur et de réussite. Le thème de la traversée du fleuve à pied sec se retrouve dans l'histoire d'Elie et d'Elisée (2 R 2,8.14). Elie passe d'ouest en est (du statut sombre de la vie présente aux pleins feux de la vie de l'au-delà, il est emporté au ciel). Elisée reçoit son manteau de prophète et retraverse d'est en ouest (comme le soleil de jour), symbole et gage de bonheur et de réussite ici-bas. Cette traversée du fleuve est le point de jonction entre le maître (Elie) et le disciple (Elisée). Le fleuve, symbole de régénération: Elisée guérit un lépreux dans le Jourdain (2 R 5,10-14) et Jean-Baptiste appelle à un baptême (bain) de conversion (Mt 3,6.11). Ce renouvellent intérieur prépare le converti à autre chose (bain dans le "vent saint" et le feu) que Jésus va apporter. L'eau matricielle réabsorbe symboliquement quelque chose du mal moral publiquement confessé, signe de la metanoia (conversion) amorcée mais aussi à venir car cette purification est imparfaite. C'est aussi au baptême que Jésus prend conscience de sa mission divine. La plongée de Jésus dans le Jourdain, prélude à la phase terrestre de sa mission et n'est que l'avant goût de la "plongée" définitive dans les eaux de la mort (elle inaugure la phase finale de l'histoire). "J'ai un baptême dans lequel je dois être baptisé." (Lc 12,50) Jésus appréhende sa mort. L'eau courante dans sa dimension positiveL'eau semi-libre peut aussi avoir une valence positive (eau calme, claire, limpide, abondante et docile). Fleuves et torrents rejoignent alors le symbolisme des sources, à l'eau jaillissante, canalisée certes, mais pour mieux exercer sa fonction masculine de fertilisation de la terre-mère. Symbole de bonheur et de prospérité: un désert se métamorphose en pleine verdoyante. C'est Dieu lui-même qui irrigue la terre sèche ou qui promet de la rendre féconde par l'eau courante (Mc 10,38-39). La Genèse le transpose sur le plan cosmique pour parler du bonheur du paradis (Gn 2,10-14). Ezéchiel reprend l'idée de l'eau courante pour parler du bonheur au retour de l'Exil. Elle jaillit d'en dessous du nouveau Temple (à reconstruire) (lieu d'origine et source du bonheur national) et devient torrent grossissant qui assainit et fertilise tout sur son passage (Ez 47,1-12). L'irréalité matérielle des proportions symbolise que c'est une promesse cosmique, un contexte de "nouveau paradis terrestre". Un fleuve abondant (aussi dans le rêve) peut symboliser une restauration, un bonheur national. Dieu conduit son (ses) protégé jusqu'au point d'eau (Ps 36,9), symbole de bonheur matériel et spirituel. Symbole de sagesse et de connaissance supérieure: les paroles d'une bouche d'homme sont des eaux profondes, un torrent débordant (Pr 18,4). C'est la profondeur du cours d'eau, le bouillonnement de vie, la docilité par rapport aux rives et le débit inépuisable qui symbolise la sagesse. Symbole de présence et de vie divines: (Is 8,6; Ps 42,2-3) Les fleuves d'eau vive qui couleront du sein du croyant (Jn 7,37-39) et de celui de la Jérusalem céleste (Ap 22,1-2.17) symbolisent la vie éternelle, la béatitude spirituelle, le plan divin de salut liés au don de la foi. 1.2.5. Conclusion sur le symbolisme de l'eau dans la Bible L'eau est un symbole fondamentalement matriciel. C'est pour cette raison que les formes bonnes naissent (émergent) des eaux refoulées. L'eau vive résulte d'une libération des eaux matricielles. L'eau emprisonnante et emprisonnée est l'expression des deux dimensions anthropologiques: besoin de sortir de l'utérus primordial emprisonnant mais en même temps retourner à l'utérus protecteur, d'où l'importance primordiale du tandem mort-vie. L'eau non-libre a une forte coloration ponérologique, l'aspect de l'utérus positif, gravide, protecteur cède le pas à l'utérus dévoreur et négatif. La mer passe pour l'habitat des forces démoniaques, symbole de toutes les formes du mal, de la mort. C'est aussi le symbolisme qui exprime la conscience de l'homme d'être assailli par des forces adverses. 1.2.6. Corollaire théologique: l'eau du baptême Le statut de l'eau baptismaleLe baptême s'inscrit dans un symbolisme commun des rites d'eaux des différentes religions et de l'Ancien Testament et de Jean-Baptiste mais il a aussi quelque chose de tout à fait original. Pour comprendre tout la richesse du baptême, il ne faut pas la réduire à la célébration sacramentelle avec de l'eau réelle. De même, il ne faut pas réduire le baptême de Jésus à celui fait par Jean-Baptiste dans le Jourdain. Le véritable baptême de Jésus, c'est sa mort, en tant qu'offrande de toute sa vie. Jésus doit à tout prix plonger dans les eaux de la mort (Lc 12,50; Mc 10,38-39). Eaux considérées comme utérus dévorant. Jean-Baptiste plonge les gens dans l'eau réelle et semi-emprisonnées du Jourdain, symbole d'imperfection. Jésus, par contre, plonge le monde dans un vent sacré et un feu d'en haut parfaitement libres (et non emprisonnés) et exclusivement symbolique (Mt 3,11). L'unique baptiste est Jésus. La dimension rituelle du baptême des Apôtres "dans le souffle saint" se concrétise dans l'événement de la Pentecôte au contact du feu d'en haut (Ac 2,3) et il n'y a pas d'eau (ni réelle, ni symbolique) dans cet événement. Le Nouveau Testament parle rarement du rituel du baptême avec de l'eau (Ac 8,36). Par contre, la pratique apostolique la plus primitive effectuait toujours le baptême par l'immersion du baptisé dans de l'eau réelle. La Didaché exigera que ce soit de l'eau courante, vive. La bible ne précise rien, par contre (Ac 16,15). Le bain, le lavage, le baptême célébré à la maison (Ac 9,18) attestent qu'on pouvait déjà utiliser l'eau emprisonnée des vasques et des bassins. Les six fonctions de l'eau baptismale1. Une plongée dans la mort: (Rm 6,3-4.8; Col 2,12) comme le tombeau matrice, l'eau emprisonnée symbolise la puissance de la mort. 2. Une libération: exode, sortie du tombeau, des eaux de la mort (Rm 6,13). Le baptisé est ressuscité avec le Christ (Col 2,12), il vit avec lui d'une vie nouvelle, source de notre salut (1 P 3,21). C'est l'antitype de l'arche de Noé. Avec le nouveau Testament la vie nouvelle n'est plus biologique, naturelle mais surnaturelle, divine. Le baptême est le véritable exode de l'esclavage à la liberté (1 Co 10,1-2). Le baptême libère l'homme de l'eau emprisonnante de la mort mais il libère aussi l'eau elle-même (sur le plan réel et symbolique) au sens où Dieu libère l'eau emprisonnante et emprisonnée. 3. Une purification morale: Cet élément se trouve explicitement déjà dans le baptême de Jean-Baptiste (Mc 1,4). Le baptême du Christ est la libération définitive: "Il est mort au péché, une fois pour toutes (Rm 6,10) et nous sommes aussi morts au péché" (Rm 6,2.11). Certes, Jésus n'a pas connu la mort morale causée par un péché personnel mais en plongeant dans les eaux exclusivement symboliques (son vrai baptême), autrement dit en mourant, il s'est librement laissé engouffrer par l'utérus dévorant de la mort (physique et morale tout à la fois) car le Christ s'est fait "péché" pour nous (2 Co 5,21). Le Christ a donc expérimenté le plus creux de la condition de l'homme, emprisonné et avalé par le péché au point d'en perdre la vie. A la résurrection, Jésus est "mort au péché" une fois pour toutes (Rm 6,10), en détruisant la mort (2 Tm 1,10), il a enlevé le péché du monde (Jn 1,29). Le chrétien, avant le baptême, est dans une situation de mort à cause de ses fautes personnelles (Col 2,13). Comme pour le Christ, son véritable baptême est sa propre mort, en tant qu'elle devient offrande de toute sa vie. Au moment où il s'immerge dans l'eau réelle, symbole de la mort morale (utérus dévorant du péché) et physique, il expérimente le plus creux de cette mort. En ressortant de l'eau, il sort du péché pour entrer dans le régime de la grâce (Rm 6,14; He 10,22). 4. Une incorporation: le sens étymologique du mot "baptisthenai" vient du verbe baptw qui signifie "plonger". Ainsi, les baptisés sont plongés dans le Christ, incorporés dans le Christ (Gal 3,27), dans le Nom du Père, et du Fils et du Souffle Saint (Mt 28,19). C'est une intégration à Dieu lui-même. Nous sommes les membres du Corps du Christ (Rm 12,4-5). 5. Une alliance: Les rites de lustration juifs enlèvent les souillures du corps, le baptême va infiniment plus loin, c'est "l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu" (1 P 3,21). Ce n'est pas un simple accueil passif d'une purification, c'est un engagement actif, une réponse au don de Dieu en se donnant soi-même à lui. 6. Une justification et une sanctification: (1 Co 6,11) Après la purification des souillures morales, la mise à part des baptisés pour constituer un peuple sauvé des eaux, le baptisé a un statut ontologique complètement nouveau qui exige un comportement nouveau. ConclusionLes deux éléments essentiels du baptême sont l'immersion et l'émersion. Le prototype du baptême chrétien est celui de Jésus: - plongée dans les eaux exclusivement symbolique du mal, du péché, de la mort (Passion du Christ) - l'exode, la sortie de ces eaux exclusivement symbolique, au 3e jour, pour déboucher sur une vie d'en haut désormais exempte de toute limite, c'est l'événement de la Résurrection. C'est l'expérience absolument finale des eaux exclusivement symboliques qui constitue la substance du baptême chrétien. Autrement dit, le baptême sacramentelle insère la vie toute entière (la mort faisant partie de la vie en tant qu'elle est offrande de toute sa vie): dès ma conception dans le sein de ma mère, j'entre dans le processus de vie mais aussi de mort ! D'un point de vue théologique, le baptême des petits enfants va donc de soi. Le symbole sacramentelle ne doit donc pas oublier de montrer que le baptême n'est pas que l'instant de la célébration mais toute la vie, de la conception à la mort. Le rite sacramentel réalise le baptême dans toute sa plénitude mais ce dernier déploie sa grâce sur la vie toute entière, durant mon histoire. La plénitude, la Pâques, le passage, le plongeon véritable et définitif, c'est la mort, là où je ne peux plus "tricher" face à Dieu et son jaillissement des eaux dans la résurrection dans une vie nouvelle incorporé à la Trinité tout entière de façon définitive et parfaite. Le rite sacramentel du baptême dans l'eau réelle consiste essentiellement à anticiper l'expérience finale dans un rite initiatique. Le plongeons dans l'eau réelle donne au catéchumène d'expérimenter symboliquement sa propre mort (extinction du souffle de vie par son état de péché). En émergeant de l'eau, il expérimente symboliquement le salut éternel, le don du Souffle de Vie d'en haut. Il reçoit cette vie par la grâce et l'expérimente dans la foi et la charité. Le symbolisant (tout le rite) est l'expression visible d'une réalité invisible, l'au-delà de lui-même, autrement dit le symbolisé (mystère de la vie et de la mort et la suppression du mal moral et du don de la Vie). Le rite "met ensemble" (sumballein) la partie accessible et la partie inaccessible d'une même réalité de notre expérience humaine. Il reconstitue en une seule réalité totale le présent et l'avenir absolu de l'homme dans l'éternité de la vie divine reçue. Le baptême est un long processus qui va de l'immersion-émersion initiatique dans l'eau réelle du baptême (englobe toute la vie dès la conception) jusqu'à l'immersion-émersion dans l'eau exclusivement symbolique de la mort. Le baptême peut être commencé sans l'eau réelle, c'est le primat absolu du don de la foi qui plonge dans le baptême (rituellement ou non). En saint Jean, l'eau libre (ou semi-libre avec valence positive) est souvent le symbole du don de la foi. Dans le dialogue de Jésus avec Nicodème (Jn 3,3.5), l'éveil à la foi est une naissance par en haut (renaître). Ce n'est pas le rite du baptême qui est le symbolisant ici mais les eaux matricielles de la femme (naissance au monde d'en bas) pour évoquer une autre naissance inobservable, le symbolisé, la naissance à la Vie même de Dieu. par un don purement gratuit qu'est le don de la foi. "Naître d'eau et de souffle de vent" ne met pas ensemble le rite sacramentel et le don de la foi par l'Esprit-Saint. En fait, l'eau et le souffle de vent est une même réalité sous deux aspects: l'Esprit est cause du don de la foi qui permet de renaître d'en haut et la libération de l'eau vive est l'effet immédiat de ce don de la foi. Le vent contribue, en effet, à libérer les eaux, de même, c'est l'Esprit (souffle d'en haut) qui est à la source de l'eau libre, il permet aux eaux emprisonnées et emprisonnantes du mal du péché et de la mort, (utérus dévorant) de libérer l'homme pour qu'il puisse renaître à la vie divine. C'est un long processus de croissance qui s'étale, comme la vie naturelle, sur notre histoire. A chaque instant, le chrétien doit renaître d'en haut ("respirer et boire") d'eau et de souffle. Le mythe de la traversée de la mer (Exode), du Jourdain (entrée en Terre promise) et de la marche sur les eaux (dépassement de la condition humaine) seront réalisées qu'à notre mort et, dans toute sa plénitude, à la fin des temps. 1.2.7. Corollaire liturgique et pastorale du baptême Le choix du riteIl y a trois manières d'utiliser l'eau au baptême mais aucune forme ne rend totalement, sur le plan pédagogique, toute la richesse symbolique: - l'immersion (plongeon total de la personne baptisée dans l'eau) - l'aspersion (comme l'eau bénite) - l'infusion (ou déversement). . Dans le baptême d'immersion, c'est l'eau emprisonnée (au moins à demi) qui prédomine avec sa valence principalement négative (plongeon dans la mort) mais il en ressort et accède à la vie nouvelle. Le symbolisme matriciel de la réabsorption des souillures et de la nouvelle naissance joue à plein. L'homme renaît et est libéré des eaux. Par contre, le symbolisme de la libération de l'eau elle-même reste dans l'ombre où à peu près. L'eau n'est pas libérée. L'immersion met mieux en valeur le fondement pascal du rite, l'incorporation au Christ mort et ressuscité. Dans le baptême par aspersion ou par infusion, c'est l'eau libérée qui prédomine avec sa valence positive et masculine: le candidat reçoit l'eau qui est pour lui semence d'une vie nouvelle et lui communique sa propre limpidité (transparence, pureté). Par contre, le symbolisme de la plongée matricielle reste dans l'ombre ou à peu près, seules les mains du ministre s'immergent pour recueillir l'eau à libérer sur la tête du baptisé. L'aspersion et l'infusion mettent mieux en valeur l'action génératrice de l'Esprit et l'accès du baptisé à une transparence morale toute nouvelle. On peut combiner les deux ou du moins expliquer la richesse symbolique qui apparaît le moins dans le rite choisi. L'explication du symbolisme de l'eau emprisonnée puis libérée en parallèle avec les eaux intra-utérines qui se libèrent à la naissance (délivrance). Le mémorial du baptême durant la vie chrétienneLa veillée pascale en est le sommet. L'immersion-émersion du cierge pascal (baptême dans le feu) dans l'eau contenue (symbole de la mort) est essentiel. Le rite de l'eau libérée sur l'assemblée est aussi important, c'est un renouvellement de son baptême. Le contact avec l'eau réelle du baptême est important à ce moment-là. Dans le cadre pénitentiel, on a remis en valeur l'aspect communautaire, la valeur de la Parole de Dieu, l'accueil des pénitents et la variété des formules et l'imposition des mains. Mais tout cela touche le cœur, la raison, l'esprit de foi plus que les profondeurs de l'inconscient. L'aspersion a aussi sa place au début d'une célébration pénitentielle car, le sacrement du pardon est un "second baptême". Il commémore le baptême et vise à réintégrer le pénitent dans la plénitude de la vie d'en haut et la pureté morale symbolisées par l'eau libérée au cours du baptême. Lavage des souillures, réabsorption du mal moral dans l'eau de la mer, passage de la mer -Exode-libération, désert (ascèse), passage du Jourdain à la terre promise, héritage (renaissance) pourrait être contenu dans le sacrement de pénitence. Dans un monde qui, comme Pierre, s'enfonce dans les eaux et qui, lui, n'a plus le courage ni la lucidité voulus pour tendre la main au Seigneur qui nous relève, le symbolisme de l'eau, archétype rejoignant le fond de l'inconscient peut favoriser le retour à la conversion. Ceci bien plus que des "flots de paroles". L'aspersion du début de la messe a disparu (même l'eau des bénitiers parfois). Il s'agit de réintroduire ce rite à des moments bien choisis de l'année liturgique. Bibliographie Bibles Bible de Jérusalem, éd. Cerf, Paris, 1981. Traduction oecuménique de la Bible (TOB), éd. Cerf, Paris 1988. Dictionnaires Dictionnaire des noms propres de la Bible, éd. Cerf-DDB, Paris 1978 Dictionnaire des Symboles, J. Chevalier-A. Gheerbrant, éd. R. Laffont-Jupiter, Paris, 1982. Petit traité de théologie symbolique, Dom Miquel, éd. Cerf, Paris, 1987. Ouvrage de base *Les symboles dans la Bible, Marc Girard, éd. Bellarmin-Cerf, Montréal-Paris, 1991. Pour poursuivre l'étude (par ordre alphabétique) *A la foi vivante par le symbole, M.-O. Knechtle, éd. St-Paul, Fribourg, 1981. **Du symbolique au symbole, L.-M. Chauvet, éd. Cerf, Paris, 1979. **Histoire des croyances et des idées religieuses, (3 vol.), Mircea Eliade, éd. Payot, Paris, 1986. *L'eau divine et sa symbolique, P. Hidiroglou, éd. Albin Michel, Paris, 1994. *Les symboles bibliques, M. Cocagnac, éd. Cerf, Paris, 1993. *Les symboles dans la Bible, Albert Soued, éd. J. Grancher, Paris, 1993. **L'homme et ses symboles, C.-G. Jung, éd. Robert Laffont, Paris, 1990. **Rite et efficacité symbolique, F. Isambert, éd. Cerf., Paris, 1979. ***Symbole et Sacrement, L.-M. Chauvet, éd. Cerf, Paris, 1987. *Symbolique du vêtement selon la Bible, E. Haulotte, éd. Aubier, Paris, 1964. *Théologie symbolique, C.-A. Bernard, éd. Téqui, Paris, 1977. **Traité d'histoire des religions, Mircea Eliade, éd. Payot, Paris, 1986. * ouvrage facile si la lecture est attentive et suivie. ** ouvrage plus difficile *** ouvrage très difficile Tous ces livres sont remarquables et passionnants. |
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