1. Le symbolisme de la femme et du féminin

Introduction générale

Ce n'est pas facile de parler du symbolisme de la femme, devant une assemblée composée de femmes, pour un prêtre qui est célibataire… Pourtant je n'ai pas hésité un seul instant à l'invitation de Mme Beuchat parce que je suis un passionné du symbolisme. Je ne chercherai pas ce soir à avoir raison, à vous prouver des choses, des vérités, mais à vous communiquer une passion, celle du symbolisme. C'est ce qu'il y a d'intéressant parce que si vous mordez à l'hameçon vous poursuivrez vous-mêmes la recherche.

Pourquoi cet amour du symbolisme ?

Parce que le symbole révèle ce qu'il y a de plus profond sans vous faire violence, il se propose sans s'imposer, il respecte le mystère. Il nous fait traverser le temps et l'histoire parce que toutes les civilisations, les religions ont utilisé le langage symbolique et même à l'heure de l'informatique nous assistons en cette fin de siècle à une véritable redécouverte du symbole. Par exemple, si je définit scientifiquement la femme avec des concepts, j'aurai un très beau discours mais je fais d'elle un objet dont le but est de "posséder intellectuellement" tout ce qu'elle est. Si j'utilise la symbolique, rien n'est figé, tout peut évoluer, je ne fais pas d'elle un objet, mais je la considère comme une personne vivante dans toute sa dignité car son mystère révélé par le symbole me montre que la femme me dépassera toujours, elle me sera toujours supérieure par son mystère.

Enfin, la symbolique me passionne parce qu'elle est unie intimement à la vie, à l'expérience pour nourrir l'intelligence, elle fait davantage appel à l'intuition qu'au raisonnement rigide surtout dans une mentalité cartésienne. Elle est donc à la portée de chacun d'entre nous. Mais qu'est-ce qu'un symbole exactement ?

La notion de symbole

Symbole vient du mot grec sumballo qui veut dire jeter (ballo) ensemble (sum). On appelera alors, chez les grecs, un symbole :

  • Un objet coupé en deux, dont deux hôtes conservaient chacun une moitié. Les deux parties servaient à faire reconnaître les porteurs et à prouver les relations d'hospitalité contractées auparavant

  • Un objet servant à prouver l'identité

  • tout ce qui constitue une garantie

Le symbole est une fenêtre sur l'invisible. La fenêtre est le côté visible du symbole et ce que je vois à travers la fenêtre c'est l'invisible révélé par le symbole.

Le symbole est une réalité visible qui me révèle une réalité invisible qu'il contient de manière plus ou moins intense.

C'est pour cette raison qu'il y a des symboles nettement plus importants que d'autres. Les symboles les plus importants sont ceux de la création et non ceux inventés par les hommes. Remarquons que la signification des premiers n'est pas inventée par les hommes car elle ne ressort pas d'une théorie mais de l'expérience vivante de l'humanité avec le symbole.

"La pensée symbolique est consubstantielle à l'être humain" dit Jung. Les symboles répondent à une nécessité car ils remplissent une fonction, celle de mettre à nu les plus secrètes modalités de l'être.

  1. Le symbolisme de la femme et du féminin

    La féminité de l'être humain

    Au Moyen Age, on disait déjà que "chaque homme porte en lui une femme" C'est cet élément féminin en chaque homme que Jung a appelé l'anima. Lorsque je parle du symbolisme de la femme, il faut comprendre non seulement que je parle de la femme en tant que tel mais aussi de la féminité présente en chaque être humain.

    Selon Jung, les principes masculins et féminins ne relèvent ni de la culture, ni de la religion mais de la nature, c'est une loi essentielle, intérieure comme la loi de la gravité. Ces lois sont inhérents à la nature des choses, elles opèrent infailliblement et inévitablement. Il n'est pas rare d'entendre affirmer qu'il n'y a pas de différence essentielle entre l'homme et la femme, hormis une différence biologique. Nombre de femmes ont adopté ce point de vue. C'est une source de névrose si la femme n'a pas conscience de sa spécificité car elle s'achopera toujours à des difficultés relationnelles. On peut même aller plus loin et dire que l'homme doit également se soucier de son principe féminin, non seulement pour comprendre la femme mais pour son rapport avec le monde intérieur et spirituel qui ne sont pas gouvernés par des lois masculines. Comme Jung l'a démontré dans son livre.

    Dans l'histoire Mésolithique et néolithique: la femme et la végétation

    Les femmes ont joué un rôle décisif dans la domestication des plantes, ainsi la femme et la sacralité féminine sont promues au premier rang. La fertilité de la terre est solidaire de la fécondité féminine, elles deviennent donc responsables de l'abondance des récoltes car elles connaissent le mystère de la création, l'origine de la vie. La terre est assimilée à la femme et le travail agraire à l'acte sexuel. On rejoint la symbolique des origines qui voit dans la terre notre mère qui enfantait toute seule. Né de la terre, l'homme en mourant retourne à sa mère, la terre. Avec la découverte de l'agriculture on identifie le mystère de la naissance et de la mort au cycle de la végétation. Le mystère de l'univers est symbolisé dans l'Arbre du monde dont le fruit est censé apporter l'immortalité ou la mort car ce dernier unit les trois régions cosmiques, le ciel, la terre et l'enfer. Comme la nature se renouvelle périodiquement, le temps est conçu de manière cyclique dans l'éternel retour: naissance - mort - renaissance.

    Dans les textes islamiques la femme est appelée " champ " La femme est le champ et l’homme le dispensateur de la semence. L’assimilation de la femme au sillon implique celle du phallus à la bêche ou à la charrue . Le labourage est l’acte générateur.. On connaît la coutume qui exige que ce soit des jeunes filles nues qui qui tracent avec la charrue les premiers sillons.

    Les paysannes finnoises arrosent le sillon avant les semailles de quelques gouttes de lait de leur sein. Dans le rituel indien les grains de riz symbolisent le sperme qui féconde la femme.

    La femme, la fertilité, la sexualité, la nudité sont autant de centres d’énergie sacrée et de points de départ pour les rites et cérémonies.

    L’opulence des champs aide à son tour la femme à concevoir. On connaît aussi la prostitution sacrée dans l’enceinte du Temple. On avoue que l’hiérogamie consommée par les représentants de Dieu, les prêtres, est faite pour assurer la fertilité de la terre et des animaux. On connaissait déjà l’union des couples dans les champs pour la transmission réciproque de la fécondité. Les orgies rituelles ont pour but de laisser la puissance de la fécondité se répendre sans aucune barrière. Les rites agraires constituent une espérance de salut, la semence semble mourir lorsqu’elle tombe en terre mais le salut est manifesté par des gestes rituels (hiérogamie, orgie, " nouvel an " pour régénérer le temps) qui réactualisent l’état primordial pour recommencer un nouveau cycle de vie qui jaillit de la terre. C’est le mythe de l’éternel retour. La découverte de l’agriculture a fait progresser l’humanité dans une nouvelle espérance sotériologique.

    La lune

    La lune qui croît et décroît, disparaît est un astre soumis à la loi universelle de la naissance, du devenir et de la mort. Cet éternel retour à ses formes initiales, font que la lune est par excellence l'astre des rythmes de la vie. Elle va donc plus qu'aucun autre se maintenir à travers les âges comme le symbole de la femme dans ce qui la distingue de l'homme, l'élément féminin par opposition à l'élément masculin est la Lune. Elle a représenté la divinité de la femme, le principe féminin alors que le soleil symbolise le principe masculin. Dès l'aube de l'humanité la lune s'est révélée comme référence maternelle. Il y a 5000 ans l'initié des temples égyptiens apprenait que "le soleil est ton père et la lune ta mère." Sous l'influence ou suivant le rythme lunaire se coordonnent toute une série de phénomènes des plans cosmiques les plus divers. C'est ainsi par exemple, que depuis des temps très reculés, en tout cas dès l'époque néolithique, en même temps que la découverte de l'agriculture, le même symbolisme relie entre eux la Lune, les Eaux, la Pluie, la fécondité des femmes, celles des animaux, la végétation, le destin de l'homme après la mort et les cérémonies d'initiation. De même que la lune disparaît et laisse le ciel obscure pendant 3 nuits et qu'elle réapparaît ensuite, de même les morts acquièrent une nouvelle modalité d'existence. Tout comme la lune "meurt et ressuscite" de même nous qui passons par la mort nous allons revivre.

    Il y a l'idée du cycle perpétuel mais aussi l'unification de la lune et du soleil , c'est-à-dire le dépassement de la polarité pour se régénérer dans l'unité primordiale de l'histoire. L'homme désire dépasser sa condition par la religion ou la magie ou tous les deux à la fois. On cherche à dépasser son "mode d'être lunaire".

    Le serpent

    Certains animaux deviennent symboles de la lune parce que leur forme ou leur mode d'être évoquent le destin de la lune. P.ex., le serpent qui apparaît et disparaît comme la lune, parce qu'il mue et donc se régénère il est donc un symbole de l'immortalité, une source de fécondité et de science. Ils sont des génies protecteurs des sources de la vie, de l’immortalité, de la sainteté, de la fécondité, de l’héroïsme. Le serpent a donc un lien particulier avec la femme et avec la lune. Tous 3 sont des sources de fécondité. Le serpent était une "épiphanie" de la lune, bien des mythes affirmaient qu'ils s'accouplaient avec les femmes pour les rendre fécondes. Le cycle menstruel a rendue populaire la croyance selon laquelle la lune est le 1er époux de la femme et cette dernière est fécondée par le serpent. Il y a donc un lien consubstantiel lune serpent. Dans l'iconographie papou on représente des reptiles sortir des parties génitales de la femme.

    Comme le serpent vit sous terre, il "incarne" les esprits des morts, il connaît les secrets, la sagesse et entrevoit même l'avenir. En mangeant le serpent on acquiert cette même sagesse. N'oublions pas que la terre est aussi vue comme la "matrice" de toutes les formes de vies (végétale, animale). Les morts vont sous terre ou dans la lune pour être régénérés et apparaître sous une forme nouvelle. Par son pouvoir régénérateur, le serpent sera présent dans les rites d'initiations. On comprend aussi pourquoi la pluie va rejoindre cet ensemble de symboles, elle vient du ciel et féconde la terre.

    L'eau

    Les eaux sont aussi un symbole de la matrice, source de vie et de toutes les virtualités, de toutes les possibilités d'existence. Par sa capacité de purification, l'eau se range dans les symboles de la régénération, du renouveau, du retour à l'unité primordiale. L'immersion dans l'eau symbolise la régénération totale, la nouvelle naissance. La sortie des eaux symbolise l'émergence créatrice des formes, de l'existence. Dans la même ligne que le serpent qui vit dans la terre, nous avons le poisson qui vit dans l'eau et qui devient, lui aussi, symbole de fécondité.

    L’eau sera donc très importante dans les rites funéraires. Incorporant toutes les virtualités, l’eau devient symbole de la vie, l’eau vive. Riche en germes, elle féconde la terre, les animaux, la femme. L’eau est ainsi assimilée à la lune. Ainsi dès la préhistoire, l’ensemble Eau-Lune-Femme était perçu comme le circuit anthropocosmique de la fécondité. La spirale, l’escargot, la femme, l’eau, le poisson, appartiennent constitutionnellement au même symbolisme de fécondité. Il ne faut pas oublier que le monde était perçu comme un tout organique.

    L’eau précède toute création, toute manifestation cosmique et supporte toute réalité ferme telle que la terre, ce sont les eaux primordiales. Les eaux étant la matrice universelle, dans laquelle subsistent toutes les virtualités et prospèrent tous les germes. L’eau est germinative, la pluie est fécondante. Le ciel embrasse et féconde la terre par la pluie. La Terre est notre Mère. Les poissons sont l’emblème du sacré parce qu’ils sont dans les eaux source de Vie, c’est-à-dire de la réalité. L’eau assure la vie éternelle par sa capacité de régénérer, de donner la vie mais cela passe aussi par sa capacité de dissoudre les formes en les imergeant comme dans l’événement du déluge ou rituellement du baptême, du bain à la naissance, pour que ce qui est " déformé ", dégénéré, puisse rejaillir dans une forme nouvelle, être régénéré. L’arbre de Vie croît sur la rive du fleuve de Vie. D’où la capacité médicinale de l’eau, son pouvoir de guérison. L’eau absorbe le mal (comme la saleté coule au fond de l’eau lorsque nous nous lavons) grâce à sa puissance d’assimilation et de désintégration de toutes les formes.

    Les nymphes sont des jeunes filles belles et grâcieuses , ce sont les divinités des eaux courantes, des sources, des fontaines. Elles sont l’objet d’un culte et reoivent des sacrifices. Elles sont présentes dans les eaux primordiales et ce sont les grecs qui les ont " personnifiées ". Elles sont ausis dans les lieux humides comme les carvernes. Comme l’eau, les nymphes feront aussi peur car elles ont la puissance de donner la vie mais aussi l’enlever (comme lors du déluge ou de l’immersion rituelle dans la mort)..

    Les dragons qui logent dans les eaux fécondent la terre et les femmes.

    La lune est par excellence le symbole du devenir rythmique, de la mort et de la résurrection mais aussi de l’éternel retour symbolisé aussi par le déluge ou de façon cyclique les eaux immergent la terre entière pour la régénérer dans son état primordial et donc pour recommencer un nouveau cycle.

    La Terre

    La Terre est notre mère, le ciel est notre père ! Ce couple cosmologique s’inscrit dans la même dynamique. Le ciel fertilise la terre par la pluie. Si l’eau contient toutes les virtualités des formes possibles, ces dernières émergent sur la terre mère.

    Avant que les causes physiologiques de la conception fussent connues les hommes pensaient que la maternité était due à l’insertion directe de l’enfant dans le ventre de la femme et ceci par l’intermédiaire des différents symboles que nous avons vu (serpent, pluie.. etc). Aujourd’hui encore on parle des enfants nés dans les choux ou apportés par les cygognes… Ceci renforce la notion de " terre-mère ". (la terre étant entendue ici au sens général de cosmos). L’homme se sentait descendre de trois matrices : les eaux, la terre et la femme.

    La terre est vivante en tout premier lieu parce qu’elle est fertile, tout ce qui sort de terre est doué de vie. Le retour à la terre au moment de la mort n’est pas autre chose que le retour à la matrice. Le sol en culture (la glèbe) est très lié à la femme. On assimile la femme au sillon labouré, on idnetifie le phallus et la charrue, le travail agricole et l’acte générateur. . On pense que la femme dans l’agriculture va " transmettre sa fécondité " dans la terre et que la récolte sera ainsi plus importante que si c’est l’homme qui s’en occupe.

  2. Le symbolisme de la femme dans la Bible

L’Alliance de Dieu avec son Peuple : Epoux - Epouse

Nous avons vu que les interprétations les plus archaïques de la sexualité coïncident toujours avec une sacralisation de la sexualité. La sexualité, la fécondité et la procréation sont aussi mystérieuses que les semences qui germent le sol, l’alternance des saisons, la pluie qui féconde la terre, les cycles de la lune et du soleil. L’homme cherchera à maîtriser tous ces phénomènes naturels et pense pouvoir le faire en offrant des cultes pour communier aux forces de la nature ou, au contraire, les conjurer lorsqu’elles sont néfastes ou redoutables.

Au moment où les hébreux entrent en terre promise, ils sont confrontés aux religions païennes qui sont étroitement liées à la sexualité et à la prostitution sacrée. Les divinités de la fécondité et de la fertilité ne manquent pas et elles-mêmes ont des activités sexuelles qui influencent la nature et les êtres humains. Ces divinités étaient représentées, symboliquement, par des attributs sexuels (phallus, taureaux en érection, poitrines abondantes). On adorait ces divinités dans les temples et on leur offrait les fruits des champs, le travail et même les enfants. On cherche ainsi, par des rites magiques, à récupérer leur vitalité notamment par la prostitution sacrée et profane.

Les hébreux, eux, arrivent avec une religion de l’Alliance scellée avec Dieu au moment où ce dernier les libère de l’esclavage d’Egypte. Merveilleux événement mais déjà bien lointain et la Loi, les commandements sont difficiles à observer. La notion d’alliance est surtout vue comme un salut, une libération de l’esclavage… Il faudra attendre le prophète Osée (VIII s. avant J.-C.) qui compare la relation conjugale à celle d’Israël avec Dieu car ce dernier lui a demander de le faire. On entre donc dans une nouvelle perspective de l’Alliance vue à travers celle du couple : Dieu est l’Epoux, le Peuple de Dieu est l’Epouse. C’est le Dieu d’Israël qui est la seule source de fécondité.

Osée 2:3 (2-5) Sinon je la déshabillerai toute nue et la mettrai comme au jour de sa naissance; je la rendrai pareille au désert, je la réduirai en terre aride, je la ferai mourir de soif,

Osée dénonce la prostitution d’Israël qui " couche " avec d’autres dieux. L’image est sensible puisqu’il y a la prostitution sacrée chez les païens. Dieu avertit qu’il mettra à nue son Epouse si elle ne revient pas à son vrai et unique mari, Yahvé, c’est-à-dire le Dieu d’Israël. On a vu que la nudité était favorable à la fécondité, ici aussi car l’humanité a été créée dans la nudité (Gn 2,25). On retrouve l’idée païenne d’un retour à la sitution primordial " comme au jour de sa naissance " pour retrouver une nouvelle fécondité. La nudité de l’Epouse est donc aussi ici un symbole de fécondité. Dieu ne punit pas son Epouse mais il avertit que sa convertion va devoir passer par un " déluge " (les religions primitives auraient dit une dissolution des formes), une conversion, un temps de désert car elle sera séparés de ses amants (les faux dieux), c’est donc un déchirement mais pour retrouver la soif et le désir de son vrai Dieu, de son véritable et unique Epoux car lui seul est source de fécondité.

" Je la réduirai en terre aride " On retrouve aussi le lien entre la femme et la terre-mère. Il y a aussi la notion de mort rituelle " je la ferai mourir de soif ". C’est tout le thème de l’immersion ou du passage de la mer rouge ou l’annonce du baptême.

Dieu se révèle comme l'Epoux de son Peuple

Le couple n’est pas le modèle de Dieu mais Dieu est un modèle pour le couple. Remarquons qu’à ce stade de la révélation, Dieu est spécifiquement de modèle de l’Epoux. Dieu donne la vie mais pas comme un fécondateur ou un amant parce qu’il est au-delà de la différenciation sexuelle. Osée compare Dieu a un Epoux pour signifier que le couple participe, à travers sa sexualité, à la puissance créatrice de Dieu en transmettant la vie. Autrement dit, Dieu est la source de la vie alors que le couple reçoit la vie pour la transmettre, il est un intermédiarie. De ce fait, la sexualité ne doit pas être sacralisé mais sanctifiée. Le sacré ne dépend pas de la liberté humaine, la sainteté, elle, passe par la liberté humaine, elle permet de déployer la vie divine dans la vie humaine (c’est le mouvement de l’Incarnation de Dieu en Jésus-Christ).

On défend de se marier avec des païennes et des relations qui ne respectent pas la différence des sexes. Les relations consanguines, l’homosexualité et la zoophilie sont interdits car il faut pouvoir assumer la procréation pour participer à l’Amour de Dieu. Les pertes de sang qui accompagnent les menstruations chez la femme sont redoutées car le sang est symbole de vie mais aussi de mort lorsqu’il est versé, la femme est considérée comme impure et rendait impur tout ce qu’elle touchait y compris l’homme dans sa relation sexuelle avec elle. Il faut comprendre que les règles sont le symbole de la femme stérile, le sang, symbole de vie, " sort d’elle " ! La naissance d’un enfant, l’épanchement séminal chez l’homme et même la relation de couple rend impur car la vie est sacrée (contrairement n’est pas à la sexualité) et la sexualité qui permet de la recevoir de Dieu peut être idolâtrée. La vie mauvaise mais l’impureté n’est pas un péché, c’est le contact avec le sacré, comme lorsque l’on touche l’arche d’alliance (2 Sm 6,6-8) et il est intéressant de constater dans ce sens, surtout que c’est toujours mal compris et donc blesse les femmes, qu’une femme est impur plus longtemps lorsqu’elle a une fille que lorsqu’elle a un garçon, parce que la femme est plus proche de la vie ! (Lv 12,1-7)

Dieu veut que son Epouse soit féconde

La fécondité est essentielle dans la sexualité biblique, la femme dépendait d’elle pour obtenir son statut social et souvent l’amour de son mari. Cette fécondité est si importante qu’on n’hésite pas à assurer la descendance par la servante, (Gn 16,1-6) l’esclave, la polygamie (1 R 11,3), les relations sexuelles à l’intérieur de la famille (Gn 19,30-38) ou la loi du lévirat (Dt 25,5-10) qui prévoit que les frères de la femme du veuve doivent assurer une descendance masculine si elle n’a pas été assurée. La femme est aussi considérée souvent comme un objet (Gn 12,10-20 ; 26,6-14). C’est toujours l’intérête de la descendance qui est premier. L’homme est adultère, non pas par rapport à sa femme mais au mari auquel il a pris une femme. Il n’est pas adultère par rapport à sa femme s’il couche avec une femme non mariée. La femme est adultère dans tous les cas ! Ce n’est pas la chasteté qui est en jeu mais la dépossession d’une femme à un mari car le mari possède sa femme.

La confrontation avec l’Hellénisme et l'importance du corps

La sexualité n'est pas un instrument de plaisir ou de recherche égoïste mais cela peut le devenir, elle conduira alors à la violence meurtrière, au mensonge, au désordre (Jg 19-21). La sexualité est donc une réalité ambiguë car d'un côté c'est la capacité de participer à la procréation divine et de l'autre c'est le danger de l'idolâtrie de ce "pouvoir" créateur. Pour manifester que c'est Dieu qui est le maître de la procréation, bien des femmes stériles réussiront à enfanter grâce à l'intervention de Dieu (Gn 17,17; 18,10-15). Ce don de Dieu est manifesté aussi dans l'épisode du sacrifice d'Isaac par Abraham. Dieu veut le mettre à l'épreuve car l'enfant n'appartient pas à celui qui lui transmet la vie (les parents) mais à celui qui en est la source, Dieu lui-même. Le célibat comme choix, par contre, dans l'Ancien Testament sera marginal, du moins en tant que signe positif.

Dans l’Hellénisme le culte du corps a une importance fondamentale, il doit être beau et fort. La nudité est importante pour mettre en valeur la beauté mais sans que domaine le caractère sexuel. A côté de ce culte de la beauté corporelle se développa une méfiance du corps tenue comme prison de l’âme. Les 2 extrêmes : mépris du corps et exaltation excessive aboutissent à des comportements identiques. D’un côté on tend vers " l’angélisme " en luttant contre les passions et désirs jusqu’à l’abstinence totale. On idéalise la virginité et on méprise parfois la femme. Cette confrontation de culture engendre chez les juifs un mépris de la sexualité, les femmes disparaissent de la vie publique et du culte. On se méfie de la femme et de la sexualité (Qo 7,26), elle est à l’origine du péché (Si 25,13-17.19.24). Il y a toutefois des passages bibliques qui soulignent la volonté de Dieu dans le couple à travers la prière de Tobias et Sara (Tb 8,5-7). Ce n’est pas l’instinct charnel qui les unit mais le dessein de Dieu : le respect de soi, l’amour mutuel et le don de soi, l’ascèse et la prière.

Cantique des Cantique ou le chant de l'Amour du couple

Un livre détonne au cœur de la Bible, c'est le Cantique des Cantiques qui ne parle que de l'amour sans même qu'aparaisse la fécondité charnelle. C'est la joie d'être aimé mais au moment où la bien-aimée arrive à la plénitude de la rencontre, le Bien-Aimé se dérobe (Ct 5,6). Plus étonnant encore ce magnifique chant se termine sur une invitation de la Bien-aimée adressée au Bien-Aimé pour qu'il fuie comme une gazelle ! (Ct 8,14) Tous les obstacles sont franchis mais en tout amour doit demeurer l'espace d'une distance, d'une solitude conditions de l'amour authentique qui ne veut pas se confondre avec "l'amour" fusionnel. Cette conception tranche avec la tradition "possessive" du mari sur sa femme. Chacun se donne entièrement à l'autre et se désapproprie de soi mais n'a aucune mainmise sur son partenaire. Après la faute l'homme domine sur la femme (Gn 3,16) dans le Cantique on passe du désir de possession au don de soi par amour. L'autre n'est plus un objet servant de plaisir mais chaque partenaire trouve sa joie en l'autre et non en lui-même, on trouve son plaisir qu'en le donnant à l'autre. Le plaisir n'est pas supprimé ou péché en soi, il le devient s'il est entaché d'égoïsme mais s'il y a l'amour, il demeure fort et gagne en vérité. Nier la solitude et la différence c'est prendre la place de Dieu

Le récit de la création: 1er texte (Gn 1-2,1-4)

"Homme et femme, il les créa à son image" (Gn 1,27) Il faut comprendre qu'il est formellement interdit de faire une image, une statue de Dieu au moment où ce texte est écrit car l'image rend présent ce qu'elle représente, il y a donc le danger d'en faire une idôle. D'autre part, le Peuple de Dieu a fait l'expérience de son infidélité, de son péché… et pourtant ce que Dieu a fait "cela était très beau" A qui la faute alors ? A qui profite le crime ?

Bien sûr, l'homme au sommet de la création, seul capable de relation à Dieu reste une créature. C'est dans sa différenciation sexuelle, en tant que couple homme-femme, que l'on découvre l'image de Dieu. Aucun des deux n'est image de Dieu tout seul. Par l'acte de séparation (comme tout ce que Dieu a créé cela engendre un acte de séparation (Gn 1)), Dieu crée son image. L'unité et la différence implique la nécessité pour chaque sexe d'être en relation avec l'autre. La différence ne s'oppose pas à l'unité, au contraire, c'est pour manifesté la nécessité d'être l'un pour l'autre. Ce besoin de l'autre sera la condition de l'amour, de la relation homme-femme. Il y a une égalité de dignité évidente mais cette dignité se vérifiera si chaque partenaire reconnaît avoir besoin de l'autre de façon nécessaire dans leur complémentarité, différence sexuelle. Pas d'image de Dieu en vivant de façon angélique, elle doit nécessairement passer par la sexualité qui fait partie intégrante de l'œuvre créatrice de Dieu même si ce dernier n'est pas sexué.. l'image passe par la sexualité humaine. La sexualité reflète quelque chose de Dieu même si ce dernier n'est pas sexué… L'auteur biblique, par opposition aux nations païennes veut signifier que ce n'est pas le côté extérieur (on pourrait dire génital) de la sexualité qui est à l'image de Dieu mais la beauté de l'amour humain dans sa communion et cette dernière s'exprime pour les hommes à travers la sexualité (pris ici au sens large de la relation de couple). C'est dans cette sexualité-là que le couple humain participe en vérité à l'œuvre créatrice de Dieu qui donne naissance à la vie ! On n'aura pas seulement une fécondité physique "génitale" mais spirituelle, Dieu intervient en donnant la vie. C'est le sens de la bénédiction de Dieu pour qu'il soit fécond (Gn 1,22).

Dieu confie la création à l'homme et à la femme, ni l'un ni l'autre ne peut prétendre exercer le pouvoir seul. La prise du pouvoir par les hommes ne correspond pas au projet de Dieu pas plus que les femmes qui "copieraient" ou chercheraient à être comme les hommes car la domination doit se réaliser ensemble mais dans leur différence car Dieu a donné des charismes complémentaires aux deux sexes. La sexualité et le pouvoir ne sont pas mauvais mais ils ne doivent pas être exercés n'importe comment !

Le 7e jour rappelle au couple humain qu'il n'est pas la source de son pouvoir ni de sa sexualité car son œuvre est limitée et elle n'a de valeur que si elle est fécondée par le Créateur. C'est la Parole de Dieu qui est créatrice (Gn 1,3), la sexualité doit donc être à son écoute pour "transmettre la vie" selon le dessein de Dieu. Il en va de même pour le pouvoir. Le jour du Seigneur féconde l'être humain de sa Sainteté !

Le récit de la création: 2e texte (Gn 2,4-25)

Après un refrain continuel de Dieu "cela était bon" et pour la création de l'homme et de la femme "cela était très bon", on a soudain un verset surprennant d'autant plus qu'il est mis dans la bouche de Dieu… "il n'est pas bon que l'homme soit seul" (Gn 2,18). Dieu lui-même ne peut pas combler ce qui manque à l'homme, il lui faut une aide qui lui soit accordée. On trouve ici une dignité impressionnante pour la femme.

La traduction par le mot "aide" est très mauvaise en français, en fait l'hébreu utilise ce mot pour désigner Dieu qui vient "en aide" à l'humanité devant quelque chose qui menace sa vie. Rien avoir donc avec une vocation subalterme à l'homme dans une servitude perfide mais comme l'image de Dieu qui vient sauver l'homme devant un danger : un enfermement stérile et mortel pour l'homme d'être dans un face à face avec lui-même. De la femme, le texte hébreu dit également qu'elle sera "une aide en face ou contre" pour signifier la complémentarité et donc l'unité mais aussi parfois dans un face à face où la résistance est de mise pour signifier la différence. Invitée à n'être ni la servante, ni l'ennemie de l'homme, la femme sera l'autre voie de la pensée, celle qui ajoute, suggère, corrige, récuse, inquiète car elle interdit à l'être solitaire de se figer dans ses certitudes hâtives ou d'aller sans résistance dans un délire idolâtre.

Il va sans dire que l'homme ne sera pas l'apanage du péché et que la femme peut aussi tomber dans l'idolâtrie d'elle-même. La relation sera donc fragile et la genèse va le souligner dès le chapitre suivant (Gn 3).

La création de la femme tirée de l'homme (Gn 2,21-24)

L'homme est tiré de la poussière du sol (Gn 2,7) et les animaux lui sont présentés, eux qui sont aussi tirés de la poussière du sol mais aucun ne correspond à l'homme. La femme, par contre, n'est qu'indirectement tirée de la poussière du sol puisqu'elle est "tirée de l'homme". A partir de ce face à face, l'homme parle, c'est la première parole humaine (Gn 2,23) qui rappelle la Parole créatrice de Dieu, autrement dit, c'est dans le face à face, dans le dialogue exprimé par la Parole que le couple est l'image de Dieu. La femme n'est pas non plus le pur produit de l'homme car la "côte" est transformée pour devenir "femme". L'homme non plus n'est pas le pur produit de la terre, il est façonné par le "Potier" mais on remarquera que la manière de créer l'un et l'autre est très différent. Cette différence n'entame en rien la dignité de l'un et de l'autre car elle vient du fait même d'être façonné par Dieu pour être son Image au sommet de la création. Toutefois cette dignité est indissoluble, je veux dire qu'elle ne se comprend que dans la communion du couple puisque c'est en tant qu'image que l'homme et la femme l'acquièrent. Par contre cette dignité ne peut se comprendre que dans la différence pour éviter l'idolâtrie de la suffisance de l'un ou de l'autre. Pour nous modernes il faudra veiller à ne pas confondre dignité égale avec uniformité, car la dignité est d'avoir des merveilles différentes. L'amour ne sera donc jamais dans une perspective biblique fusionnel. "Une seule chair" n'implique pas la fusion mais la communion.

Le sommeil symbolise le mystère du couple, de la sexualité et de l'amour. La côte ou le côté ouvert de l'homme signifie que c'est une création de la femme dans l'amour car c'est le côté du cœur qui s'ouvre à la femme comme le côté du Christ, s'ouvre à l'humanité. L'homme et le femme ne sont pas fait pour rester avec leurs parents mais pour s'unir en couple (Gn 2,24) et ne faire plus qu'une seule chair (Gn 2,24). Comme ils sont l'image de Dieu leur alliance est le signe de l'alliance divine, elle est unique et indeffectible car "ils s'attachent" l'un à l'autre, tous deux sont nus mais n'ont pas honte de leur nudité (Gn 2,25) au contraire, la nudité symbolise ici la plénitude de la présence de l'un à l'autre.

La chute

Nous avons vu que le serpent est reconnu comme un symbole d'immortalité, de fécondité et de science. Il a ainsi un lien symbolique avec la femme et avec la sexualité. Mais le serpent vit sous terre, il a une connaissance secrète, celle du mystère de la vie qui jaillit de terre. Il acquiert, par ce fait, le symbolisme de la mort et de la résurrection. Dans le contexte biblique, on comprend pourquoi on a souvent interprété la faute originel comme un péché sexuel mais on a oublié que l'interdit ne porte pas sur la sexualité mais sur le fait d'être "comme des dieux" (Gn 3,5).

Le serpent pervertit la Parole de Dieu en l'utilisant, en la citant. Il fait croire à l'homme que Dieu a peur de perdre son pouvoir absolu d'où l'interdit. L'homme avait fait l'expérience de son manque avant la création de la femme mais une fois comblé l'homme et la femme pensent pouvoir "être comme des dieux". Ils d'sobéissent donc à Dieu en transgressant l'interdit, autrement dit leur condition de créature, ils pensent pouvoir tout maîtriser tout savoir même les mystères… c'était la promesse du serpent.

Pourquoi l'homme n'a-t-il pas reçu cette connaissance de l'arbre du bien et du mal ? (Gn 2,17) Ni l'arbre, ni son fruit ne sont mauvais, c'est la relation dAdam et Eve à l'arbre qui est mauvaise, qui est source de péché. Autrement dit, l'arbre est bon et il doit être contempler et non pas possédé car c'est aussi l'arbre de vie (Gn 2,9). Manger son fruit c'est vouloir posséder la Vie, posséder Dieu dont ils sont l'image pour être purement et simplement ce dont ils sont seulement l'image car ils ne sont que des créatures. A partir de là, on comprend que l'image est aussi blessée, la relation pervertie, la nudité qui ne faisait pas honte parce qu'elle exprimait la plénitude et la vérité de la relation et de la présence fait, maintenant, honte. En effet, la relation entre l'homme et la femme a changé, convoitise de la femme et domination de l'homme (Gn 3,16) remplace la transparence (nudité) de la relation, le don de soi dans la communion et la nécessaire complémentarité.

Il faut couvrir cette nudité, l'homme et la femme s'y engagent (Gn 3,7) mais Dieu aussi (Gn 3,21). Le couple cherche par peur de Dieu (Gn 3,10) à fuir pour cacher sa nudité, en terme moderne on dirait, il cherche à la refouler mais Dieu, lui, refuse pour le bien de l'homme ce refoulement. En lui donnant des habits il manifeste déjà son Esprit de miséricorde de pardon.

"tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi." (Gn 3,16) Ce verset a été largement utilisé pour profiter de justifier la domination de l'homme sur la femme, en fait, le texte dit clairement que cette domination est précisément le péché de l'homme. C'est pourtant l'expérience de tous les temps (le péché originel): profitant de sa force, l'homme domine la femme, la soumet à son bon plaisir, l'exploite, la bat, la viole… alors que la vocation de l'homme était, au départ, l'émerveillement de l'homme devant la femme, la joie et l'action de grâce devant celle qui vient lui permettre d'être à l'image de Dieu car Dieu lui-même, rappelons-le, ne pouvait combler le manque d'Adam !

Certes si le péché n'est pas un péché sexuel, la relation de domination, de possession et de violence de l'homme et de séduction de la femme, se manifeste souvent dans l'ordre de la vie sexuelle. On sait de tout temps que la sexualité peut révéler la violence inscrite au cœur de l'être humain, elle révèle la qualité de la relation à soi-même, aux autres et à Dieu. Pour ne pas éterniser cette relation pervertie, l'homme n'aura plus accès à l'arbre de vie (Gn 3,22), autrement dit la rédemption devra passer par une transformation à travers la mort.

L'homme met toutefois une grande espérance en sa femme. C'est la 2e fois que l'homme donne un nom à sa femme, cette fois c'est "la mère de tous les vivants, Eve" (Gn 3,20). C'est l'espérance de la vie au-delà de la mort annoncée d'autant que la descendance d'Eve écrasera la tête du serpent, la racine du mal (Gn 3,15). Ceci prendra du temps, beaucoup de temps. En effet, le récit suivant la chute est la relation de Caïn et Abel, premier meurtre de l'histoire (Gn 4). Ce n'est donc pas que la relation homme-femme qui est blessée mais la relation entre les êtres humains.

Éloge de la différence

Il faut comprendre que le la plupart des mythes qui entourent le monde biblique voient la différence entre hommes et femmes comme un châtiment des dieux ! Pour la Bible c'est un bienfait, nous l'avons vu. Créés l'un pour l'autre et l'un par l'autre. Il y a, certes la chute qui blesse l'unité mais aussi une formidable espérance vers cette unité pour ne faire plus qu'une seule chair. Cette image de Dieu est donnée par le créateur mais elle doit aussi se construire dans la relation de couple, Dieu ne peut pas le faire à notre place ! Pour cela il faut se dépouiller de son narcissisme, de son égoïsme, de ses peurs, de ses rêves de tout-puissance pour se donner pleinement à celui que l'on reconnaît dans l'émerveillement comme beau et différent.

Jésus et les femmes

Au temps de Jésus, la femme est à la maison, elle s'occupe des enfants, le ménage, file la laine. La femme porte un voile qui la met dans un anonymat total. La conversation avec la femme doit être brève (surtout un scribe ou un maître de la loi), l'homme ne doit pas rester seul avec une femme et ne doit même pas la saluer dans certains cas. On ressent bien cette ambiance dans la rencontre de Jésus avec la samaritaine (Jn 4,1-39). Inutile de dire qu'elles n'avaient pas la même place dans le Temple et la liturgie, les tribunaux, elles n'étudient pas la Loi.

Jésus, lui, tranche dans cette mentalité, il est toujours accompagné par un groupe de femmes (Lc 8,2-3). Ces dernières n'étant pas toujours de bonne réputation, les adversaires de Jésus n'avaient pas de difficulté de l'attaquer sur ce point. Jésus est libre par rapport à son temps mais il n'en va pas de même des douze. Pourtant ce sont les femmes et non les 12 que l'on retrouve au pied de la croix et ce sont les premières à voir le ressuscité et à l'annoncer aux onze et au Peuple. Le témoignage des femmes à l'époque n'était pas écouté… elles ne prêchent pas en public. Leur présence aux moments clés de la vie de Jésus est donc importante, une place unique et particulière. Le fait qu'il n'y a pas de femme parmi les 12 ne veut pas dire que leur rôle comme secondaire. Au contraire elles sont là au moment où se joue la clé de voûte de la vie de Jésus, sa mort et sa résurrection.

Le respect et la sympathie de Jésus à l'égard des femmes dans leur rôle social qui illustrent différents aspects du Royaume et de la vie du disciple:

  • la femme qui accouche (Jn 16,20-22)

  • la veuve qui obtient gain de cause auprès du juge inique (Lc 18,1-8)

  • il y a la femme qui pétrit le levain (Lc 13,20-21)

  • la femme qui cherche le drachme qu'elle vient de perdre (Lc 15,8-10)

  • la femme qui raccommode (Mc 2,21)

  • les vierges qui veillent sur l'huile (Mt 25,1-13)

Jésus refuse pourtant ce seul rôle social, il le signifie à Marthe par rapport à Marie qui a choisi la meilleure part en écoutant la Parole de Dieu (Lc 10,38-42) mais aussi parce qu'il reconnaît le statu de disciple à Marie. Jésus n'enferme donc pas la femme dans son rôle social. Il loue même une femme païenne pour sa foi (Mc 7,24-30) et ouvre ainsi une brèche pour la mission auprès des païens et aide Jésus a comprendre la nature et les exigences de sa mission. On trouve la même situation dans les noces de Cana (Jn 2,1-12).

Jésus dépasse les règles de la loi juive envers les femmes qui les rendent impur, notamment au moment où elles perdent leur sang (Mt 9,18-23). La véritable source d'impureté sort du cœur et non du corps (Mc 7,14-23). Les femmes marginalisées par leurs règles ou par la prostitution, ce qui touche donc au comportement sexuel, sont "démarginalisées" par Jésus (Lc 7,36-50). Aux premières il affirme clairement que ces règles sont stupides et aux deuxièmes il pardonne les péchés. Il est vrai que cette femme met au pied de Jésus, symbole de soumission, ce qu'elle utilisait jusqu'ici pour séduire, ses larmes, ses cheveux, son parfum. Mais, en même temps, le pied est un symbole phallique. Jésus lave les pieds de ses disciples avant d'entrer dans la grande nuit nuptiale ou l'Époux s'unira à son Épouse dans le Corps à Corps eucharistique. Quant à la samaritaine (Jn 4) aux 5 maris, Jésus ne la juge pas, il lui dit simplement que le mari avec qui elle vit n'est pas son vrai mari et c'est à ce moment-là qu'elle reconnaît que Jésus est un prophète.

Lorsque l'on tend un piège à Jésus en lui amenant une femme prise en flagrant délit d'adultère (Jn 8,3-11), Jésus rend chacun à sa conscience : qui n'a jamais péché ? Jésus voulait dénoncer l'hypocrisie des hommes qui ramènent toute la responsabilité sexuelle à la femme. Jésus va même plus loin en invitant les hommes à purifier leur regard sur la femme en dénonçant leur désir de possession (Mt 5,27-28).

Le mariage est indissoluble car le couple ne fait plus qu'une seule chair, ce n'est pas le côté social ou individuel mais la grâce de Dieu qui est indissoluble (Mt 19,1-9). Jésus refuse ainsi la répudiation trop facile de l'époque due à la "tyrannie" des hommes. Par contre, si la grâce de Dieu est donné il ne faut jamais désespérer de ses dons et donc de l'amour.

"Je vous le dis: si quelqu'un répudie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, et en épouse une autre, il est adultère" (Mt 5,32) Les 12 réagissent déjà mal à l'enseignement de Jésus (Mt 19,10).

La résurrection (Mc 12,18-27)

"On ne prend ni femme ni mari" La sexualité n'est pas supprimé pas plus que l'amour du couple mais la manière de s'unir dans la chair (génitalité) change, on n'engendrera plus. Il est impossible que l'amour des époux, signe par excellence de l'Alliance entre Dieu et son Peuple, soit supprimé à la résurrection. Certes le signe (union charnelle) ne sera plus nécessaire dans la vision (il l'est dans l'ordre de la foi) car ce qui est invisible sera pleinement révélé dans la vie éternelle, c'est tout le sens de l'Apocalypse (qui veut dire dévoilement, révélation). Il ne faut pas en conclure qu'il n'y aura plus de communion corporelle puisqu'il y a la résurrection mais cette communion sera tout entière, c'est-à-dire dans tout l'être… à l'image de la trinité comme par compénétration… C'est un mystère dont nous avons peu de représentation. Une image bien imparfaite pourrait peut-être l'expliquer : une forme humaine formée par de l'encre sur un buvard, l'un pénètre dans l'autre entièrement sans pour autant fusionner ou se perdre, se dissoudre en l'autre. Le célibat ne s'oppose pas au mariage et à la sexualité mais pour rappeler que nous sommes dabord fils et filles de Dieu. "qui est ma mère, qui sont mes frères ? Ceux qui écoutent la Parole de Dieu sont ma mère et mes frères. Autrement dit, ce qui me construit est la Relation à Dieu et à partir d'elle je me construis dans la relation humaine.