Éminents théologiens chrétiens, proclamés par l'Église, qui vient du latin doctor ecclesiae. En accordant ce titre, l'Église reconnaît la contribution des théologiens ainsi nommés à la compréhension de la doctrine et de la foi. Celui ainsi désigné doit être un saint canonisé*. En outre, les chrétiens distingués doivent être réputés pour leurs enseignements. La proclamation doit être faite par un pape ou un concile œcuménique.
En voici quelques uns, la liste n'est pas exhaustive :
* Différence notable avec les Pères de l'Église en général, qui ne sont pas tous canonisés et desquels on exige seulement qu'ils aient vécu aux premiers temps de l'Église et qu'ils aient mené une vie sainte. On retrouve donc, parmi les docteurs, des Pères de l'Église canonisés et, remarquable parmi les trois religions du Livre, trois femmes, reçues il est vrai depuis peu (1970 et 1997) mais ceci montre que l'Église catholique abandonne peu à peu sa misogynie millénaire.
Saint Athanase (Athanase d'Alexandrie v. 293-373)
Athanase devint évêque d'Alexandrie vers 328, pendant la controverse arienne. Athanase fut exilé cinq fois : il passa plus d'un tiers de son épiscopat loin de son diocèse. Après son cinquième et dernier exil, qui dura quatre mois et prit fin en 364, il passa le reste de sa vie à travailler à son poste à Alexandrie. Les principaux ouvrages d'Athanase sont les Discours contre les ariens, l'Histoire des ariens et Sur les décrets du synode de Nicée. Le credo d'Athanase lui fut attribué à tort par la tradition. Sa fête est le 2 mai.
Écrivain d'une rare fécondité, Éphrem imprima au genre poétique, créé par Bardesane, le caractère que ce genre conserva pendant les siècles suivants. Ses hymnes et ses homélies métriques restèrent comme le modèle que les auteurs postérieurs imitèrent; elles devinrent même célèbres en Occident, où elles furent de bonne heure traduites en grec. Une partie de ces poésies fut composée pour combattre les différents systèmes gnostiques qui avaient de nombreux adhérents en Syrie et en Mésopotamie. L'histoire y trouve malheureusement peu à glaner; la forme poétique ne convient pas aux controverses, et saint Éphrem était un polémiste ardent et non pas un critique impartial.
Saint Basile dit Basile de
Césarée ou Basile le Grand (v. 329-379)
Ermite, évêque et théologien chrétien, patriarche du monachisme d'Orient, auteur d'une règle monastique et de la liturgie, en usage dans l'Église orthodoxe. La plupart des moines orthodoxes et certains moines catholiques suivent toujours la règle de saint Basile. Il fut appelé par l'évêque de Césarée pour défendre la doctrine chrétienne contre les attaques hérétiques des ariens. En 370, il fut élu évêque de Césarée, charge qu'il occupa jusqu'à sa mort le 1er janvier 379. Basile le Grand a écrit des traités théologiques, des écrits ascétiques, pédagogiques et liturgiques, ainsi que de nombreuses homélies et lettres. En particulier Contre Eunome, trois livres dirigés contre le chef arien Eunome ; Sur l'Esprit saint, un traité doctrinal ; et les Moralias, une anthologie des versets du Nouveau Testament, et l'opuscule Aux jeunes gens, sur la manière de tirer profit des lettres helléniques. Il écrivit aussi une liturgie (la Liturgie de saint Basile), encore utilisée dans le rite byzantin.
Saint Grégoire de Nazianze (v. 330-390)
Père de l'Église et théologien de la Trinité qui lutta contre l'arianisme. En 378 ou 379, Grégoire fut nommé évêque de Constantinople, avec pour charge d'y rétablir la foi catholique contre l'arianisme. Son talent de rhétoricien et sa finesse apparaissent dans ses lettres, ses homélies et ses discours. C'est à Constantinople, entre 379 et 381, qu'il prononça des homélies sur la Trinité qui lui valurent son nom de Grégoire le Théologien. Ses œuvres qui ont survécu comprennent quarante-cinq sermons, deux cent quarante-trois lettres et quatre cent sept poèmes dogmatiques et moraux.
Un des plus célèbres Pères de l'Église et un des quatre docteurs de l'Église latine, à l'origine de la conversion de saint Augustin. Sa production écrite est importante : il cherchait surtout à instruire ses fidèles et à réfuter l'arianisme qu'il combattit activement. Ambroise est connu comme un ami fidèle de sainte Monique, mère de saint Augustin d'Hippone. Il contribua à la conversion de celui-ci et le baptisa en 387.
Après Ambroise de Milan († 397), avant Grégoire le Grand (VIe s.), et avec son contemporain (et correspondant) Augustin, Jérôme appartient à ce «quatuor» des Pères latins, qui se sont vu conférer par excellence le titre de docteurs de l’Église. Seul d’entre eux, il n’avait été ni évêque ni pape. L’exception a valeur d’indice.
Saint Jean Chrysostome dit Jean «Bouche d’Or» (v. 349-v. 407)
(lire sa biographie)
À dix-huit ans, il abandonne les études profanes pour s’adonner à la vie spirituelle. Successivement moine, cénobite, anachorète, il se livre à des pratiques ascétiques excessives, mais n’en continue pas moins l’étude de l’écriture. Jean Chrysostome conservera de cette expérience ascétique la ligne fondamentale de son message : le salut est communautaire, la vraie perfection se situe dans le service d’autrui; la règle d’or du christianisme est de s’oublier soi-même pour penser aux autres. Il écrit alors son livre fondamental Sur le sacerdoce, où il expose les raisons de son choix et trace les principes de son action. Jean Chrysostome combat tous les adversaires de la communauté chrétienne. Il s’acharne ainsi contre les hérétiques anoméens, les astrologues, les fêtes scandaleuses, les riches. Ses attaques contre les Juifs, rassemblées en une série continue, serviront plus tard à alimenter l’antisémitisme, tandis que ses homélies à propos des statues deviendront l’un des monuments de l’art oratoire.
saint Augustin d'Hippone (354-430), (lire ses œuvres)
Mgr. Duchesne (Directeur de l’École Française de Rome) écrit au sujet de St. Augustin: "Par lui les fanatiques furent apaisés, les ignorants éclairés, les penseurs maintenus dans la tradition. II a enseigné tout le Moyen Age. Maintenant encore, après l’inévitable déchet d’une si longue durée, il demeure la grande autorité théologique. C’est surtout par lui que nous communiquons avec l’antiquité chrétienne. A certains égards, il est de tous les temps".
Cité dans "Ecclésia" (p. 568), publié avec l’Imprimatur sous la direction du Chanoine René Aigrain (Bloud et Gay - 1948).
Saint Grégoire Ier dit
Grégoire le grand (v. 540-604)
Pape, Grégoire rehaussa le prestige de la papauté et donna à l'office une dimension nouvelle. Sous le règne de Grégoire, la papauté dirigea la vie politique italienne et réunit l'ensemble de ses domaines disséminés dans tout le pays pour donner naissance aux États pontificaux. Grégoire soutint avec force la primauté ecclésiastique de Rome contre le patriarche de Constantinople et les autres évêques de l'Église. Il s'intéressa également beaucoup à la liturgie, y introduisant un certain nombre de nouveautés, telles que le chant grégorien. Les lettres de Grégoire, réunies dans quatorze livres, nous fournissent de précieux renseignements sur sa vie et son époque. Outre les lettres et un certain nombre d'homélies, il écrivit plusieurs ouvrages qui jouèrent un rôle influent au Moyen Âge et dévoilèrent une approche tant pratique que morale.
Saint Isidore de Séville (560 environ-636)
Tardivement proclamé docteur de l’Église universelle en 1722, mais vénéré de ses contemporains comme «l’image même du savoir antique», Isidore de Séville fut tour à tour l’écrivain latin le plus souvent recopié et lu par le Moyen Âge, et l’un des plus outrageusement décriés par l’hypercritique moderne. En appréciant de manière moins suffisante et plus respectueuse la civilisation du haut Moyen Âge européen, les historiens actuels s’efforcent de comprendre plus équitablement le rôle primordial qu’Isidore n’a cessé de jouer dans la culture du millénaire qui l’a suivi.
Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153)
Moine cistercien français, fondateur de l'abbaye de Clairvaux, mystique et théologien prédicateur de la deuxième croisade. Bernard de Clairvaux joua un rôle politique éminent. Il fut l'une des plus grandes figures de la tradition spirituelle chrétienne occidentale. Il aurait rédigé la règle de l'ordre des Templiers et, en 1128, il obtint des responsables ecclésiastiques la reconnaissance officielle de l'ordre. Bernard fut un opposant résolu des hérésies et de la théologie rationaliste, et notamment de celle du philosophe et théologien français Pierre Abélard, dont il obtint la condamnation au concile de Sens en 1140. Il écrivit un grand nombre de sermons, lettres et hymnes dont certains sont encore chantés dans les églises catholiques et protestantes. Bernard écrit sur la vérité, la liberté, la volonté et la grâce. Il combattit les théologies qui, selon lui, abusaient de la méthode spéculative.
Saint Antoine de Padoue, (1195-1231)
Prêtre et prédicateur franciscain. Chanoine de Saint-Augustin, à l'âge de quinze ans, il rejoignit dix ans plus tard l'ordre franciscain, devenant provincial d'Italie puis administrateur de plusieurs monastères en 1227. Il enseigna la théologie en France et en Italie. En 1230, installé à Padoue, il abandonna son poste de provincial pour se consacrer à la rédaction de ses sermons et à la prédication. Il fut canonisé en 1232 par le pape Grégoire IX. Saint Antoine a été proclamé docteur de l'Église par le pape Pie XII, en raison de son activité de prédicateur et de ses recueils de sermons. Antoine est le saint patron des armées du Portugal et du Brésil et est invoqué pour retrouver les objets perdus. Sa fête est célébrée le 13 juin.
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274)
Surnommé parfois le «docteur angélique» et le «prince de la scolastique», philosophe et théologien italien qui, par ses œuvres, est devenu la figure majeure de la philosophie scolastique et l'un des principaux théologiens catholiques. Il rejoignit l'ordre dominicain avant même de terminer ses études. Il étudie Aristote et l'averroïsme (interprétation de la doctrine d'Aristote) qui menaçait l'intégrité et la suprématie de la doctrine chrétienne. Saint Thomas parvint brillamment à traiter de l'averroïsme en réconciliant foi et raison. Il livra un premier aperçu de sa pensée de la maturité dans le traité De unitate intellectus contra averroïstas (De l'unité de l'intellect contre les averroïstes, 1270). Mieux qu'aucun autre philosophe ou théologien avant lui, saint Thomas parvint à mettre la connaissance de son temps au service de la foi. Par son effort de réconciliation de la foi et de l'intellect, il créa une synthèse philosophique entre les œuvres et les enseignements d'Aristote et celles des autres penseurs.
Canonisé par le pape Jean XXII en 1323 et proclamé docteur de l'Église par le pape Pie V en 1567.
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) (lire ses écrits)
Tertiaire dominicaine et mystique qui joua un rôle significatif au plus haut niveau de la vie de l'Église de son époque. Elle fut vite remarquée pour son ascendant spirituel, son dévouement aux pauvres et sa gaieté. Elle dicta des lettres (382 lettres en italien) qui lui attirèrent l'admiration, et surtout exprima sa pensée dans son Dialogue de la divine providence, traité de l'amour de Dieu qui décrit l'itinéraire de l'âme vers l'union avec la Trinité. Son œuvre lui valut d'être la deuxième femme proclamée docteur de l'Église, après sainte Thérèse d'Avila, en 1970.
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) (lire : Chemin de perfection
- Le château intérieur)
Religieuse et mystique espagnole qui fonda l'ordre des Carmélites déchaussées. Après de nombreuses années marquées par une grave maladie et des exercices religieux de plus en plus stricts, elle connut une expérience mystique où se mêlaient des visions de Jésus-Christ et de l'enfer. Ses écrits témoignent de son action comme de sa grande spiritualité. Outre une autobiographie spirituelle, le Livre de la vie (écrit en 1562-1565), elle raconte l'histoire de son action dans le Livre des fondations (1573, publié en 1610) et destine aux moniales du couvent d'Ávila des conseils pour suivre le Chemin de la perfection (commencé en 1562, publié en 1583) ; le Livre des demeures ou le Château intérieur (1577, publié en 1588) est une description, dénuée de toute sécheresse théorique, des sept degrés que l'âme doit franchir pour parvenir à l'union avec Dieu. Canonisée en 1622, elle fut la première femme à être proclamée docteur de l'Église en 1970.
Saint Pierre Canisius (1521-1597)
Il s’appliqua à la théologie et à la spiritualité. Dès 1543, il publia sous un pseudonyme une traduction allemande de Tauler. Il entra dans la toute jeune Compagnie de Jésus le 8 mai 1543. Diacre en 1544, prêtre en 1546, il continua ses travaux d’édition en publiant saint Cyrille d’Alexandrie et saint Léon le Grand. Il organisa l’université d’Ingolstadt, et entreprit dans tous les pays germaniques le redressement du catholicisme. L’œuvre littéraire de Pierre Canisius est importante et elle connut un succès considérable et durable. Après avoir présenté l’essentiel de la religion dans une Summa doctrinae, il la résuma dans des catéchismes qui eurent un tel succès que, durant trois siècles, on employa en allemand le mot Kanisi pour désigner un catéchisme. Il défendit le culte de la Vierge. Béatifié en 1864, Pierre Canisius fut proclamé saint et docteur de l’Église en 1925.
Sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897)
(lire "Histoire d'une âme")
Carmélite française, exemple d'une sainteté moderne qui marqua fortement l'Église catholique du XXe siècle, Thérèse découvrit et vécut une nouvelle attitude spirituelle, qu'elle appela la «petite voie». Son autobiographie (Histoire d'une âme, 1898), écrite à la demande de ses supérieurs, la rendit célèbre très vite après sa mort. Son influence posthume donna un sens à sa promesse : «Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre», et on lui attribua de nombreux miracles. Thérèse fu t canonisée en 1925 par le pape Pie XI, qui l’a appelée «la plus grande sainte des temps modernes», et proclamée docteur de l’Église par Jean-Paul II en 1997Parmi les textes édités, citons : Histoire d’une âme. Manuscrits autobiographiques (nouv. éd., 1972); Derniers Entretiens (2 vol., 1971); Correspondance générale (2 vol., 1972).

