Les croisades

En résumé :  (aller au sommaire) 

Nom donné aux expéditions parties d’Occident aux XIe, XIIe et XIIIe s. (et menées par des croisés, dont le vêtement portait une large croix) pour délivrer les lieux saints de Palestine de la domination musulmane, puis pour assurer leur défense. On compte 8 croisades principales mais ce nombre ne rend pas compte de la complexité du mouvement, car le va-et-vient des croisés fut continu entre l’Occident et l’Orient. 

La 1re croisade (1095-1099), décidée par le pape Urbain II pendant le concile de Clermont (1095), comporta une croisade populaire (prêchée par Pierre l’Ermite, mais mal organisée et rapidement massacrée par les Turcs en Anatolie) et la croisade des barons, commandée par Godefroi de Bouillon ; celle-ci aboutit à la prise de Jérusalem (juil. 1099), puis à la création du royaume de Jérusalem, dont Baudouin, frère de Godefroi fut le premier souverain (1100). 

La 2e croisade (1147-1149), prêchée par saint Bernard de Clairvaux à Vézelay et commandée par le roi de France Louis VII le Jeune et l’empereur Conrad III, échoua devant Damas. 

La 3e croisade (1189-1192), prêchée par Guillaume, archevêque de Tyr, fut commandée par le roi de France Philippe Auguste et le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion, d’une part, l’empereur Frédéric Barberousse, d’autre part; les croisés ne parvinrent pas à reprendre Jérusalem, que Saladin avait enlevée en 1187. 

La 4e croisade (1202-1204), organisée par le pape Innocent III, prêchée par son légat Pierre Capuano, commandée par Baudouin IX, comte de Flandre, et Boniface de Montferrat, fut détournée de son but (l’Égypte) par les Vénitiens, qui l’amenèrent à se tourner contre Byzance; cela aboutit au pillage de Constantinople (1204), ainsi qu’à la constitution des États latins de Grèce : Empire latin, principauté de Morée, empire maritime de Venise.

 La 5e croisade (1217-1221), décidée par Innocent III, commandée par Jean de Brienne, roi nominal de Jérusalem, et André II de Hongrie, et dirigée contre l’Égypte, remporta quelques succès (prise de Damiette en 1219), puis échoua. 

La 6e croisade (1228-1229) fut commandée, après de multiples tergiversations, par l’empereur Frédéric II, alors excommunié, qui, par un traité avec le sultan d’Égypte Al-Kamil, obtint la cession de Jérusalem. 

La 7e croisade (1248-1254), commandée par Saint Louis, dirigée contre l’Égypte dont le sultan était redevenu maître de Jérusalem (1244), se solda par un échec : défaite de Mansourah et capture du roi (1250). 

La 8e croisade (1270) fut également commandée par Saint Louis, qui mourut de la peste devant Tunis.

 © Hachette Livre, 1997

Encarta

Universalis

  Les causes

1ère croisade

Les armées des croisés

La conquête de l'Anatolie

La prise de Jérusalem

Apogée de la puissance latine en Orient

  2ème croisade

  Saladin et la 3ème croisade

  4ème croisade

  5ème croisade

  6ème croisade

  7ème croisade

  8ème et 9ème croisade

  Résultat des croisades

Définition

1. Les origines de l'idée de croisade

2. Le déroulement des croisades en Terre sainte 

1ère croisade

2ème croisade

3ème croisade

4ème croisade

5ème croisade

6ème croisade

7ème, 8ème et 9ème croisades

3. Signification religieuse des croisades

4. L’organisation des croisades

La prédication

L’évolution de la stratégie

Le financement des expéditions

5. Les croisades non destinées à la Terre sainte

6. La survie des croisades contre l’Islam

7. Les conséquences des croisades

Conséquences économiques

Conséquences politico-religieuses

Les réactions contre les croisades

Croisades

expéditions militaires entreprises par les chrétiens d'Europe occidentale à partir de 1095, habituellement à la demande du pape, pour soustraire Jérusalem (notamment le tombeau du Christ) et les autres lieux de pèlerinage en Palestine (aujourd'hui Israël et Palestine), appelés par les chrétiens les Lieux saints, à la domination des musulmans. Les croisades, au nombre de huit, s'achevèrent en 1270.

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Causes

L'origine des croisades remonte au soulèvement politique qui se produisit à la suite de l'expansion des Turcs Seldjoukides au Proche-Orient, au milieu du XIe siècle. La conquête de la Syrie et de la Palestine par les Seldjoukides musulmans, qui se rendirent maîtres de Jérusalem en 1078, alarma les chrétiens en Occident. D'autres envahisseurs turcs s'enfoncèrent profondément dans l'Empire byzantin chrétien et soumirent de nombreux chrétiens grecs, syriens et arméniens. Les pèlerinages en Terre sainte devinrent dangereux en raison des guerres entre les Turcs et les Byzantins. Les croisades furent, en partie, une réaction à ces événements. Elles furent également la conséquence de l'ambition des papes qui voulaient étendre leur pouvoir politique et religieux. Les armées croisées furent, en un sens, le bras armé de la politique papale.

En tentant de comprendre pourquoi tant d'hommes prirent la croix, les historiens spécialistes du Moyen Âge ont mis l'accent sur l'importance de la croissance de la population européenne et de l'activité commerciale entre le XIIe et le XIVe siècle. Les croisades s'expliquent donc par la recherche d'une zone d'expansion pour une partie de cette population et d'un débouché aux ambitions des seigneurs avides d'exploits, de richesses et d'aventures. Elles offraient également de riches opportunités commerciales aux marchands méditerranéens des cités d'Occident, en particulier les cités italiennes de Gênes, Pise et Venise.

Bien que ces explications ne soient pas dénuées de pertinence, des recherches plus approfondies indiquent que les croisés n'espéraient rien de particulier des croisades sinon le service de Dieu. Mais les risques et les souffrances qu'ils encouraient étaient réels : les maladies, les longues marches et la mort au combat les guettaient. Leurs familles, restées en Europe, devaient souvent se battre pour gérer leurs biens en leur absence. Non seulement les croisés ne tiraient guère de bénéfices de leur participation à une croisade, mais cette participation même était une aventure particulièrement onéreuse : un chevalier qui finançait lui-même son voyage devait probablement réunir l'équivalent de quatre fois son revenu annuel.

Quoi qu'il en soit, les croisades furent un élan pour la société de l'époque. L'Europe catholique se sentait assez forte pour reconquérir sur les musulmans les terres qu'elle avait perdues depuis le VIIIe siècle en Orient. En voulant reprendre les Lieux saints, elle pensait plus largement porter un coup mortel à l'islam avec lequel la lutte était déjà engagée avec la Reconquista espagnole.

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Première croisade

Les croisades débutèrent officiellement le 27 novembre 1095, dans un champ situé au pied des remparts de Clermont-Ferrand. Ce jour-là, le pape Urbain II prêcha devant une foule de laïcs et d'ecclésiastiques réunis pour un concile, les invitant à se porter au secours des chrétiens d'Orient et à libérer les Lieux saints. Il appela ses auditeurs à rejoindre ses rangs, ce qu'ils firent en masse; ils ornèrent leur habit d'une croix d'étoffe, d'où le nom de «croisé». Le pape accorda alors une indulgence plénière à ceux qui entreprendraient le voyage à Jérusalem et ordonna aux évêques de rentrer chez eux prêcher la croisade. Il esquissa également une stratégie : les croisés partiraient par groupes dès août 1096. Chaque groupe, autofinancé et responsable envers son propre chef, suivrait sa propre voie jusqu'à Constantinople (aujourd'hui Istanbul, en Turquie). De là, ils lanceraient une attaque contre les conquérants seldjoukides d'Anatolie et contre l'empereur byzantin. Une fois la région sous contrôle chrétien, ils affronteraient les musulmans en Syrie et en Palestine, avec pour but ultime Jérusalem.

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Les armées des croisés

Dans ses grandes lignes, la première croisade se déroula selon le schéma prévu par le pape. Le recrutement s'effectua tambour battant durant le reste de l'année 1095 et dans les premiers mois de 1096. Les armées composées de chevaliers se rassemblèrent à la fin de l'été 1096. En majorité, ces chevaliers venaient de France, mais également du sud de l'Italie, de Lorraine, de Bourgogne et de Flandre.

Le pape n'avait pas prévu l'enthousiasme ni la ferveur que sa croisade suscita parmi les simples citadins et les paysans : à côté de la croisade des barons se forma une croisade populaire. Cette croisade des pauvres eut pour principal initiateur et prédicateur Pierre l'Ermite, originaire d'Amiens. Partie la première, l'armée commandée par Pierre l'Ermite et Gautier Sans Avoir traversa l'Europe centrale, commettant nombre d'exactions sur son passage (notamment en Allemagne contre les Juifs). Environ 12 000 de ces croisés réussirent à atteindre le Proche-Orient, mais, mal équipés, ils furent anéantis par les Turcs à Nicomédie (aujourd'hui Izmir) en octobre 1096.

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La conquête de l'Anatolie

Les quatre armées de croisés nobles, partis par des voies différentes, arrivèrent à Constantinople entre novembre 1096 et mai 1097. L'empereur byzantin Alexis Ier Comnène passa un traité avec eux pour qu'ils lui restituent tous les anciens territoires de Byzance qu'ils pourraient reconquérir.

En mai 1097, les croisés (environ  30 000 hommes) attaquèrent Nicée, la capitale de l'Anatolie turque (aujourd'hui Iznik, en Turquie). En juin, la cité se rendit aux croisés qui la remirent aux Byzantins ainsi qu'ils le feront pour d'autres villes d'Asie Mineure.

Peu après la chute de Nicée, les croisés affrontèrent l'armée seldjoukide à Dorylée (aujourd'hui Eskisehir, en Turquie). Le 1er juillet 1097, ils anéantirent pratiquement l'armée turque, rencontrant dès lors peu de résistance durant le reste de leur campagne en Asie Mineure. L'objectif suivant était la cité d'Antioche en Syrie septentrionale (aujourd'hui Antakya, en Turquie). Le 21 octobre 1097, les croisés mirent le siège devant la ville qui ne tomba que le 3 juin 1098. Mais à peine eurent-ils enlevé Antioche qu'ils furent attaqués par une armée turque venant d'Al-Mawsil (en Irak) pour aider les assiégés. Les croisés repoussèrent les Turcs le 28 juin. Prenant prétexte de l'absence de secours envoyés par Alexis Comnène aux croisés, le prince normand Bohémond de Tarente s'établit à Antioche.

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La prise de Jérusalem

Après avoir passé à Antioche le reste de l'été, les croisés se mirent en marche pour la dernière partie de leur périple à la fin du mois de novembre 1098. En mai 1099, ils atteignirent les frontières nord de la Palestine et, au soir du 7 juin, ils campaient en vue des murs de Jérusalem.

La cité était alors sous le contrôle des Égyptiens; ses défenseurs étaient nombreux et bien préparés pour supporter un siège. Les croisés attaquèrent, aidés par des renforts en provenance de Gênes et des machines de siège nouvellement construites. Prenant d'assaut Jérusalem le 15 juillet 1099, ils en massacrèrent pratiquement tous les habitants musulmans. À leurs yeux, la cité était purifiée par le sang des infidèles vaincus.

Une semaine plus tard, l'armée élut l'un de ses chefs, Godefroi de Bouillon, duc de Basse-Lorraine, comme souverain du nouveau royaume latin de Jérusalem. Déclinant le titre de roi par humilité, il prit celui d'«avoué du Saint-Sépulcre». Sous sa direction, l'armée mena sa dernière campagne, mettant en déroute une armée égyptienne à Ascalon (aujourd'hui Ashqelon, en Israël) le 12 août 1099. Peu après, la majeure partie des croisés rentrèrent en Europe, laissant Godefroi et une fraction de l'armée pour organiser un gouvernement et contrôler les territoires conquis.

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Apogée de la puissance latine en Orient

Dans le sillage de la première croisade, quatre États latins s'étaient créés au Levant. Le plus important et le plus puissant d'entre eux était le royaume latin de Jérusalem, dirigé, à la mort de Godefroi de Bouillon (1100), par son frère Baudouin. Au nord de ce royaume se trouvait le petit comté de Tripoli sur le littoral syrien; au-delà de Tripoli, la principauté d'Antioche, centrée sur la vallée de l'Oronte; tout à fait à l'est, le comté d'Édesse (aujourd'hui Urfa, en Turquie), en grande partie peuplé de chrétiens arméniens. Pour défendre les États latins, des ordres de moines-soldats furent organisés en armée permanente : ainsi les Hospitaliers en 1113, les Templiers en 1118. Des forteresses furent érigées, tel le fameux krak des Chevaliers. Le commerce méditerranéen entre l'Orient et l'Occident s'intensifia et devint florissant.

Les victoires de la première croisade étaient dues en grande partie à l'isolement et à la relative faiblesse des forces musulmanes. La génération suivante vit le début de la réunification musulmane au Proche-Orient sous l'autorité d'Imad al-Din Zanki, souverain de Mossoul et d'Halab (aujourd'hui en Syrie septentrionale). Sous Zanki, les forces musulmanes remportèrent leur première grande victoire sur les croisés en prenant la cité d'Édesse en 1144.

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Deuxième croisade

La réponse du pape Eugène III à cet événement fut la proclamation d'une deuxième croisade à la fin de 1145. Il chargea Bernard de Clairvaux de prêcher la lutte contre les infidèles lors de l'assemblée réunie à Vézelay à Pâques 1146. La nouvelle expédition attira de nombreuses recrues, dont le roi de France Louis VII et Conrad III, l'empereur du Saint Empire romain germanique. L'armée de Conrad partit de Nuremberg, en Allemagne, en mai 1147 à destination de Jérusalem. Les forces françaises suivirent un mois plus tard. Près de Dorylée, en Anatolie, les Allemands tombèrent dans une embuscade turque : démoralisés et apeurés, la plupart des soldats et des pèlerins firent demi-tour. L'armée française fit route plus longtemps, mais ne fit pas beaucoup mieux : seule une partie des forces initiales atteignit Jérusalem en 1148. De concert avec le roi Baudouin III de Jérusalem et ses chevaliers, les croisés décidèrent d'assiéger Damas en juillet. L'opération fut un échec. Peu après, le roi de France et le reste de son armée rentrèrent chez eux.

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Saladin et la troisième croisade

L'échec de la deuxième croisade laissa les musulmans libres de se regrouper. Zanki était mort en 1146, mais son successeur, Nur al-Din, transforma son royaume en une grande puissance. En 1169, ses armées, sous le commandement de Saladin, vizir du calife fatimide du Caire, prirent le contrôle de l'Égypte. Lorsque Nur al-Din mourut cinq années plus tard, Saladin lui succéda à la tête d'un État musulman qui s'étendait du désert de Libye à la vallée du Tigre et entourait ce qui restait des États latins. Après une série de crises dans les années 1180, Saladin envahit le royaume de Jérusalem à la tête d'une immense armée en mai 1187. Le 4 juillet, il battit l'armée latine à Hattin, en Galilée. Bien que le roi Gui de Jérusalem, avec quelques-uns de ses chevaliers, se rendît et eût la vie sauve, tous les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem furent décapités à proximité du champ de bataille. Dans le sillage de cette victoire, Saladin s'empara de la plupart des forteresses croisées, y compris Jérusalem, qui se rendit le 2 octobre. À ce moment, la seule ville importante encore aux mains des croisés était Tyr (aujourd'hui Sour, au Liban).

Le 29 octobre 1187, le pape Grégoire VIII proclama la troisième croisade, déchaînant l'enthousiasme des populations. Trois grands monarques européens y participèrent : l'empereur du Saint Empire Frédéric Ier Barberousse, le roi de France Philippe II Auguste et le roi d'Angleterre Richard Ier Cœur de Lion. Les rois et leurs nombreux vassaux formèrent la plus grande armée croisée depuis 1095, mais les bénéfices de tous ces efforts furent maigres. Frédéric, arrivé le premier en Asie Mineure, mourut en Anatolie et la majeure partie de son armée retourna en Allemagne immédiatement après sa disparition. Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion atteignirent tous deux la Palestine sans encombre et réussirent à arracher au contrôle de Saladin une série de villes dont Acre (aujourd'hui en Israël) le long du littoral méditerranéen en 1191. Philippe abandonna bientôt la croisade, laissant à Richard la responsabilité de la conquête. Celui-ci reprit Jaffa et Ascalon, mais dut finalement renoncer à Jérusalem en janvier 1192. Il conclut toutefois avec Saladin un traité comprenant une trêve de trois ans et l'accès de la Ville sainte aux pèlerins chrétiens. En octobre 1192, lorsque Richard quitta la Palestine, le royaume latin avait été reconstitué. Moins vaste que le royaume originel et moins fort militairement et économiquement, le second royaume survécut tant bien que mal durant un siècle.

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Quatrième croisade

Les croisades qui suivirent n'atteignirent jamais les succès militaires antérieurs. La quatrième croisade, initiée par le pape Innocent III et qui se déroula de 1202 à 1204, fut marquée par des problèmes financiers. Voulant atteindre l'Égypte, devenue le centre de la puissance musulmane, les chrétiens négocièrent le transport des armées avec les Vénitiens, qui détournèrent l'objectif de la croisade à leur profit. Les chefs s'accordèrent sur un plan d'attaque de Constantinople de concert avec les Vénitiens et un prétendant au trône byzantin, Alexis Ange. Les croisés, de simples chevaliers, réussirent à prendre Constantinople le 17 juillet 1203 et rétablirent le père d'Alexis, Issaac Ange, sur le trône byzantin. Une révolution ayant permis à Alexis Doukas de prendre le pouvoir, les croisés décidèrent de reprendre Constantinople, qu'ils pillèrent sans vergogne (12-13 avril 1204). Ils fondèrent l'Empire latin d'Orient qui survécut jusqu'en 1261 lorsque Constantinople fut reprise par l'empereur byzantin Michel VIII Paléologue; cela ne contribua en rien à la défense de la Terre sainte.

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Cinquième croisade

Également souhaitée par Innocent III en 1215 (IVe concile du Latran), la cinquième croisade (1217-1221) fut précédée par la Croisade des enfants (1212). Le pape Honorius III reprit l'initiative de son prédécesseur avec à nouveau l'Égypte pour objectif. La première offensive fut la prise du port égyptien de Damiette, en 1219. La suite de la stratégie prévoyait de prendre Le Caire et de mener ensuite une campagne pour s'assurer le contrôle du Sinaï. La mise en œuvre de cette stratégie manqua son but. L'attaque du Caire fut abandonnée en raison de l'absence des renforts promis par l'empereur du Saint Empire, Frédéric II. En août 1221, les croisés, encerclés, furent forcés de rendre Damiette aux Égyptiens en échange de leur liberté. En septembre, l'armée chrétienne se dispersa.

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Sixième croisade

La sixième croisade, menée par l'empereur Frédéric II, eut une approche différente. En 1215, Frédéric avait en effet fait le vœu de diriger une croisade. Il renouvela sa promesse à la papauté en 1220, mais, pour des raisons de politique intérieure, il différa son départ. Menacé d'excommunication, Frédéric tergiversa. Le pape Grégoire IX, irrité par ce nouveau retard, mis sa menace à exécution en 1227. Frédéric s'embarqua finalement pour la Terre sainte en juin 1228 et rejoignit à Acre la majeure partie de son armée. Il n'avait toutefois aucune intention de combattre si Jérusalem pouvait être récupérée par des négociations avec le sultan égyptien Al-Kamil. Ces négociations débouchèrent sur un traité de paix (traité de Jaffa, 1229) par lequel les Égyptiens rendaient Bethléem, Nazareth, Silon ainsi que Jérusalem et les routes d'accès aux villes saintes. Ce traité, respecté pendant dix ans, fut toutefois mal perçu par l'ensemble de la chrétienté.

Le succès remporté par Frédéric II fut consolidé par la croisade engagée par Grégoire IX en 1237. Cette «Croisade des barons» obtint par la négociation la restitution d'une grande partie du royaume de Jérusalem (1239-1241).

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Septième croisade

 Le roi de France Louis IX organisa une nouvelle croisade pour reconquérir Jérusalem reprise par les musulmans en 1244. Saint Louis passa quatre ans à préparer soigneusement les plans de son ambitieux projet. À la fin du mois d'août 1248, il s'embarqua avec son armée à Aigues-Mortes pour l'île de Chypre où ils passèrent l'hiver en nouveaux préparatifs. Suivant la même stratégie que lors de la cinquième croisade, Saint Louis et ses hommes débarquèrent en Égypte le 5 juin 1249 et s'emparèrent de Damiette le lendemain. En route pour Le Caire, ils battirent les Mamelouks à Mansoura (8 février 1250), mais, atteints par la peste, ils durent faire retraite et furent finalement capturés le 6 avril 1250. Après avoir payé une énorme rançon et rendu Damiette aux musulmans, Saint Louis vogua vers la Palestine, où il passa quatre années à édifier des fortifications et à renforcer les défenses du royaume latin. Au printemps de 1254, après avoir conclu des trêves avec les princes musulmans, il regagna la France avec son armée.

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Huitième croisade

Saint Louis organisa également la dernière grande croisade en 1270. Cette fois, la réponse de la noblesse française ne fut guère enthousiaste. L'expédition était dirigée contre la Tunisie afin d'obtenir la conversion de l'émir de Tunis. Elle s'acheva brutalement lorsque Saint Louis mourut sous les murs de Tunis le 25 août 1270.

Entre-temps, les postes latins subsistant en Syrie et en Palestine subissaient une pression croissante des forces égyptiennes. L'une après l'autre, les villes et forteresses des États croisés tombèrent aux mains des puissantes armées des Mamelouks. La dernière grande forteresse, la ville d'Acre, fut prise le 18 mai 1291, et les colons croisés ainsi que les ordres militaires des Templiers et des Hospitaliers se réfugièrent à Chypre. Vers 1306, les Hospitaliers s'établirent à Rhodes, qu'ils administrèrent comme un État virtuellement indépendant et comme le dernier avant-poste croisé en Méditerranée jusqu'en 1522, date à laquelle ils se rendirent aux Turcs. En 1570, Chypre, alors sous la souveraineté de Venise, fut également prise par les Turcs. D'autres États latins établis en Grèce à la suite de la quatrième croisade survécurent jusqu'au milieu du XVe siècle.

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Résultats des croisades

Les croisades se soldèrent donc, sur le plan militaire, par un échec. Elles furent toutefois pour la chrétienté un grand élan de foi et une prise de conscience de son unité. En revanche, en agressant le monde musulman qui s'était jusqu'alors montré tolérant à l'égard des chrétiens, les croisades ravivèrent l'idée de guerre sainte qu'exploiteront les souverains ottomans et l'esprit de revanche qui s'assouvira avec la prise de Constantinople en 1453 et la domination sur Europe centrale jusqu'au XVIIe siècle. Les croisades furent pour la papauté le moyen d'étendre son pouvoir et de développer une fiscalité. Les tentatives de la papauté et des monarques européens pour lever des fonds afin de financer les croisades conduisirent au développement de systèmes de taxation générale directe qui eurent des conséquences à long terme sur la structure fiscale des gouvernements européens. Sur le plan économique, le soutien apporté aux Latins d'Orient accrut le commerce méditerranéen au profit des cités maritimes italiennes. Avec l'intensification du commerce et des échanges, de nouvelles techniques bancaires s'élaborèrent.

Les croisades eurent également une grande influence sur la vie politique en Occident : elles renforcèrent le pouvoir monarchique en envoyant la noblesse guerrière en Orient et, en raison des besoins financiers suscités par les expéditions, provoqua des ventes de terres nobles ou l'octroi de chartes aux villes, initiant ainsi le mouvement d'indépendance des communes.

Les effets des croisades se firent principalement sentir en Europe où elles eurent des conséquences sur l'architecture avec l'utilisation des techniques byzantines, et sur la littérature avec le développement de la littérature chevaleresque et l'écriture de l'histoire en langue vulgaire.

Deux siècles de croisades laissèrent peu de traces en Syrie et en Palestine, sinon de nombreuses églises, des fortifications et un chapelet de châteaux impressionnants comme Marqab, sur la côte de Syrie, Montréal en Transjordanie, le krak des Chevaliers, près de Tripoli, et Montfort près d'Haïfa, en Israël.

CROISADES      (Universalis)

Expéditions militaires organisées par l’Église pour la délivrance de la Terre sainte, les croisades trouvent leur origine lointaine dans les prescriptions ecclésiastiques du IXe siècle qui sanctifiaient le combat contre les infidèles pour la défense des chrétiens opprimés.

La lutte qui, de 1096 à 1291, opposa les croisés aux musulmans constitue une des grandes pages de l’histoire de l’humanité: au début, des foules de pèlerins, armés de leur seule foi, se font massacrer. La chevalerie occidentale, qui a pris le temps de s’organiser, leur succède et s’empare de la Palestine. Mais à peine installés, les seigneurs qui ont transposé sur les rives de la mer Morte les structures féodales de l’Europe occidentale, doivent défendre leur conquête contre le retour offensif de l’Islam. Pendant deux siècles, la Chrétienté tentera de leur envoyer périodiquement des renforts qui, souvent, se feront attendre. Aussi, peu à peu, les chrétiens d’Orient et les musulmans, cohabitant sur les mêmes terres, apprendront à se mieux connaître: la diplomatie souvent se substituera à la guerre.

Les Latins finiront cependant par être expulsés du Levant; mais l’esprit des croisades survivra à la perte de la Terre sainte: par tout un système d’indulgences, de protection juridique et de secours financier, la papauté animera la lutte contre les Turcs, contre les Mongols de Tamerlan, contre les païens des pays baltes, mais aussi – à l’intérieur des frontières de la Chrétienté – contre les hérétiques cathares et hussites, et même contre les empereurs Hohenstaufen, qui contestaient l’hégémonie de Rome. Les croisades constituèrent ainsi une tentative pour soumettre l’Europe à un gouvernement théocratique : grâce à elles, les papes parvinrent souvent à imposer la paix entre les princes chrétiens, et ils mirent en place un système fiscal dont le caractère abusif devait, plus tard, provoquer de vives réactions.

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1. Les origines de l’idée de croisade

Il est possible que les circonstances économiques (on a parlé de la surpopulation de l’Occident), politiques ou psychologiques aient contribué au déclenchement des croisades. Mais, depuis le IXe siècle, la défense des chrétiens menacés par les infidèles était considérée comme une œuvre salutaire: le pape Jean VIII avait accordé l’absolution aux guerriers qui mouraient en défendant les chrétiens contre les Sarrasins en Italie. En 1063, Alexandre II renouvela cette disposition en faveur de ceux qui combattaient en Espagne. Et le «mouvement de paix» du XIe siècle érigea en devoir pour les membres de la chevalerie la défense du peuple chrétien contre ses oppresseurs. Or, à la suite de la défaite de Manzikert, infligée par les Turcs seldjoukides aux Byzantins en 1071, l’Asie Mineure avait été envahie par les musulmans; le pape Grégoire VII reçut des appels à l’aide de la part des Grecs et des Arméniens. En 1074, il tenta d’organiser une expédition de secours en convoquant les vassaux du Saint-Siège; il envisageait de se joindre à l’expédition qui devait s’achever par un pèlerinage au Saint-Sépulcre. Le projet échoua.

Urbain II le reprit en 1095. Sans doute (la question reste controversée) avait-il reçu des appels à l’aide de l’empereur Alexis Comnène, qui souhaitait recevoir des renforts d’Occident et négociait avec le pape la fin du schisme qui séparait Rome de Constantinople. En tout cas, au concile de Clermont, le pape invita la chrétienté occidentale à se porter au secours des chrétiens d’Orient persécutés par les envahisseurs turcs. Il fit certainement aussi allusion à l’occupation des Lieux saints par les musulmans, en demandant aux Occidentaux de libérer ceux-ci. Et il accorda aux participants une indulgence plénière: le voyage de Jérusalem (iter hierosolymitanum ) tiendrait lieu de pénitence à ceux qui l’effectueraient après avoir confessé leurs péchés et reçu l’absolution.

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2. Le déroulement des croisades en Terre sainte

La première croisade

La première croisade, prêchée à Clermont par Urbain II lui-même, fut organisée par lui au cours d’un voyage dans le midi de la France. Son appel fut repris par de nombreux prédicateurs, parmi lesquels le célèbre Pierre l’Ermite, auquel la tradition postérieure attribua une part décisive dans la naissance de la croisade (c’est lui qui aurait révélé au pape les souffrances des chrétiens d’Orient). On composa une encyclique attribuée au pape Sergius IV, pour rappeler les profanations commises au début du siècle à Jérusalem par le khalife al-Hâkim. Le pape écrivit lui-même aux Bolonais et aux Flamands pour les inviter à se joindre à l’expédition, dont le départ fut fixé au 15 août 1096.

En fait, des bandes de pèlerins (la «croisade populaire») se mirent en marche avant cette date. Mal équipées, sans vivres et sans argent, elles se livrèrent à des déprédations (notamment contre les juifs d’Allemagne), qui valurent à plusieurs d’entre elles d’être anéanties par les Hongrois. L’empereur byzantin cantonna les survivants sur la rive asiatique du Bosphore pour attendre les barons; mais les pèlerins se firent massacrer par les Turcs.

Les quatre principales armées partirent, l’une de la France du Nord et de la Basse-Lorraine, sous les ordres de Godefroi de Bouillon ; la deuxième, de la France du Midi, sous la direction du comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, et du légat du pape, Adhémar de Monteil ; la troisième, d’Italie méridionale, sous le commandement du prince normand Bohémond ; la quatrième, de la France centrale, avec Étienne de Blois et Robert de Normandie. La première descendit le Danube; la deuxième traversa la Lombardie, la Dalmatie et le nord de la Grèce; la troisième gagna directement Durazzo par mer, comme la quatrième, qui était passée par Rome. Toutes firent leur jonction sur la terre d’Asie, après avoir séjourné à Constantinople (le séjour de Godefroi fut marqué par des incidents avec les Grecs).

Un traité passé avec Alexis Comnène stipulait la restitution à l’Empire byzantin des villes que les Turcs lui avaient enlevées: les croisés s’emparèrent de Nicée et la remirent aux Byzantins, ainsi que quelques autres places d’Asie Mineure. Ils bousculèrent l’armée turque à Dorylée et atteignirent la Syrie, où Édesse fut occupée (1097). Ils assiégèrent longuement Antioche et s’en emparèrent au moment même où une armée de secours, envoyée par le sultan seldjoukide allait arriver; ils étaient bloqués dans Antioche, mais, au cours d’une sortie, parvinrent à écraser l’armée turque (1098). L’empereur n’était pas venu au secours des croisés; Bohémond en tira argument pour s’établir lui-même à Antioche et ne pas remettre la ville aux Grecs. Les croisés se remirent en marche, assiégèrent Jérusalem et prirent la ville d’assaut; après quoi, à la bataille d’Ascalon (1099), ils écrasèrent l’armée égyptienne, qui venait les attaquer.

De nouvelles armées (l’«arrière croisade») s’étaient constituées en Allemagne, en Bourgogne, en Poitou et en Lombardie; descendant le Danube, elles gagnèrent Constantinople. Mais elles furent anéanties au cours de la traversée de l’Asie Mineure et seuls quelques éléments parvinrent en Syrie (1101). En revanche, des contingents venus par mer – Génois, Pisans, Vénitiens, Norvégiens – arrivèrent sans encombre et aidèrent ceux des croisés qui s’étaient fixés en Terre sainte à occuper les villes de la côte.

Il semble que le pape Calixte II, dès 1120, ait envisagé d’organiser une nouvelle croisade pour secourir les «Latins» d’Orient très menacés par les Turcs. Son appel ne rencontra pas un grand succès; mais, pendant tout le XIIe siècle, des pèlerins allèrent, individuellement ou en groupe, accomplir le pèlerinage de Jérusalem et secourir les Latins.

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La deuxième croisade

La deuxième croisade fut provoquée par la chute d’Édesse (1144), qui décida le pape Eugène III à proclamer la croisade en 1146. Saint Bernard prit une part prédominante à la prédication de cette croisade; le roi Louis VII prit la croix à Vézelay, l’empereur Conrad III à Spire (1147). Leurs deux armées descendirent le Danube, atteignirent Constantinople où l’empereur grec, Manuel Comnène, les accueillit bien, mais en leur demandant de prendre les mêmes engagements que les croisés de 1096. Il avait lui-même conclu la paix avec les Turcs d’Asie Mineure. Ceux-ci refoulèrent l’armée de Conrad III après lui avoir fait subir de grosses pertes; celle de Louis VII, qui suivait la côte, parvint à se frayer un chemin jusqu’à Attalia, où le roi put embarquer son corps de bataille pour Antioche, mais où les pèlerins restés en arrière eurent beaucoup à souffrir.

Au lieu de lutter, comme le demandait le prince d’Antioche, contre l’atabeg d’Alep qui avait pris Édesse, les deux souverains gagnèrent Jérusalem et mirent le siège devant Damas, mais en vain. Ils rentrèrent alors en Occident où l’échec de la croisade suscita de profonds remous. Toutefois, les croisés frisons et anglais, qui avaient suivi la route maritime, avaient aidé les Portugais à s’emparer de Lisbonne.

À partir de 1165, il devint évident que, sans l’arrivée de nouveaux secours, l’Orient latin ne pourrait supporter la pression de l’État musulman qui s’était constitué en Syrie et s’étendit bientôt à l’Égypte. Le pape Alexandre III lança alors des appels à la croisade, qui devaient être renouvelés par ses successeurs, mais avec un résultat très limité. Ce sont seulement la destruction de l’armée du roi de Jérusalem par Saladin et la chute de la Ville sainte (1187) qui, provoquant une émotion considérable en Occident, rendirent possible une nouvelle croisade.

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La troisième croisade

Précédée d’une exhortation à la pénitence générale, la troisième croisade fut décidée, dès 1187, par le pape, et divers contingents se mirent immédiatement en route pour rejoindre les Latins d’Orient qui résistaient à Saladin. Trois souverains, l’empereur Frédéric Barberousse, les rois de France et d’Angleterre, rassemblèrent des armées importantes: le premier suivit la route du Danube, traversa l’Empire byzantin malgré l’opposition de l’empereur Isaac Ange, puis la Turquie, mais il se noya dans un fleuve de Cilicie et son armée se disloqua. Les deux autres prirent la route de mer, par la Sicile. Richard Cœur-de-Lion conquit Chypre au passage, puis vint s’associer au siège d’Acre établi par les autres croisés. Après la prise d’Acre et le départ de Philippe Auguste, il dirigea les opérations militaires, s’emparant de plusieurs places (Jaffa, Ascalon), mais sans oser marcher sur Jérusalem. Il imposa cependant à Saladin un traité par lequel le sultan renonçait à éliminer les colonies franques de Syrie (1192). C’est au retour de cette croisade que le roi d’Angleterre fut fait prisonnier par le duc d’Autriche.

L’empereur Henri VI, fils de Barberousse, devenu maître du royaume de Sicile, conçut le projet de reprendre la croisade à son compte, en imposant sa suzeraineté à l’empereur byzantin aussi bien qu’aux royaumes nouvellement institués de Chypre et d’Arménie. Ses troupes arrivèrent en Orient dès 1197; on reprit Beyrouth, mais la nouvelle de la mort de l’empereur amena la dislocation de la croisade (1198).

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La quatrième croisade

Décidée, dès 1198, par le pape Innocent III, la quatrième croisade fut prêchée par le légat Pierre Capuano et Foulques de Neuilly: ce dernier obtint, au tournoi d’Écry, l’adhésion de la noblesse champenoise (1199). Mais la mort du comte de Champagne contraignit les croisés à prendre pour chef à sa place le marquis de Montferrat, Boniface; ils traitèrent avec Venise pour équiper une flotte beaucoup trop importante au regard de l’argent dont ils disposaient. De ce fait, malgré l’interdiction du pape (1202), les croisés durent passer un nouveau traité avec Venise, qui obtint leur participation au siège de la ville dalmate de Zara, alors occupée par le roi de Hongrie. Puis le prétendant byzantin Alexis IV Ange, beau-frère du roi allemand Philippe de Souabe, gagna leur appui en échange de la promesse de subsides et de troupes dont ils avaient besoin pour leur expédition (celle-ci était en principe dirigée contre l’Égypte, pour obliger le sultan à évacuer la Terre sainte). Aussi, toujours en dépit des instructions pontificales, les croisés se portèrent sur Constantinople, où ils remirent sur le trône le père d’Alexis IV, Isaac (1203). Mais Alexis IV ne put tenir ses promesses et, lorsqu’il fut détrôné par Alexis V Murzuphle, les croisés, placés par cette révolution dans une situation très difficile, se décidèrent à prendre Constantinople. Après un siège assez bref, la ville fut prise d’assaut et pillée (12-13 avril 1204) et un Empire latin remplaça l’Empire byzantin. Mais le résultat de cette entreprise fut de détourner une partie des efforts de l’Occident vers Constantinople, et d’aggraver les difficultés entre Grecs et Latins, sans profit pour la Terre sainte, contrairement aux espoirs des premiers empereurs latins.

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La cinquième croisade

Une cinquième croisade n’allait pas tarder à être organisée, toujours par les soins d’Innocent III. Elle fut précédée par un mouvement populaire, la croisade des enfants de 1212; des milliers de jeunes pèlerins allemands et français s’étaient mis en route pour la Terre sainte; mais leur entreprise s’acheva misérablement dans les villes d’Italie et à Marseille. Innocent III chercha à convaincre le sultan d’Égypte de restituer Jérusalem aux chrétiens, de façon à établir la paix entre musulmans et chrétiens; mais la construction d’une forteresse musulmane sur le mont Thabor, qui bloquait Acre, le décida à prêcher la croisade, qui fut organisée par le quatrième concile du Latran (1215). Les rois de Chypre et de Hongrie firent, en 1217, une expédition infructueuse contre le Thabor, et regagnèrent leurs royaumes. Le roi de Jérusalem, Jean de Brienne, en 1218, mena les croisés en Égypte et assiégea le port de Damiette, qui tomba en 1219. Le cardinal Pélage et de nombreux croisés s’établirent dans la ville, qui paraissait fournir une base d’opération en vue de la conquête de l’Égypte; le roi Jean, pour sa part, considérait Damiette comme une monnaie d’échange contre l’ancien royaume de Jérusalem, et le sultan d’Égypte offrait de rétrocéder celui-ci aux croisés. Le point de vue de Pélage ayant triomphé, l’armée se mit en marche vers Le Caire, mais fut encerclée et n’obtint sa liberté qu’en renonçant à Damiette (1221).

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La sixième croisade

L’échec de la cinquième croisade, qui avait soulevé de grands espoirs en Occident et chez les chrétiens d’Orient, n’empêcha pas la prédication d’une sixième croisade, lorsque l’empereur Frédéric II prit la croix, en 1223. L’empereur tarda à s’embarquer; les croisés déjà arrivés en Orient, après avoir restauré quelques places fortes, commençaient à repartir pour l’Occident; le pape Grégoire IX finit par excommunier Frédéric. Celui-ci avait cependant déjà entamé des négociations avec le sultan d’Égypte, profitant de ce que son mariage lui avait valu la couronne de Jérusalem. Il réussit à obtenir pacifiquement, au traité de Jaffa (1229), la cession de Jérusalem (où le Temple restait aux musulmans), de Bethléem et de Nazareth, ainsi que des routes menant aux villes saintes. Ce traité, mal accueilli en Occident et dans l’Orient latin, demeura en vigueur pendant une dizaine d’années.

En 1237, le pape Grégoire IX lança une nouvelle croisade, que dirigèrent le comte de Champagne, le duc de Bourgogne et Richard de Cornouailles. Cette «croisade des barons», après une première défaite à Gaza, reprit la tradition des négociations avec les princes musulmans, en exploitant leurs rivalités, et le comte Richard obtint la restitution d’une grande partie du royaume de Jérusalem (1239-1241), complétant ainsi l’œuvre de Frédéric II.

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Les septième,  huitième,  et neuvième croisades

Toutefois, en 1244, un désastre survint en Terre sainte: la chute de Jérusalem et la destruction de l’armée franque par le sultan d’Égypte, contre lequel les Francs s’étaient alliés à celui de Damas. Le pape Innocent IV lança un appel pour une septième croisade, à laquelle adhérèrent le roi de France, celui de Norvège (qui ne partit pas), des barons anglais et le prince de Morée. Débarquant à Chypre en 1248, l’armée s’empara de Damiette en 1249 et entreprit la conquête de l’Égypte. L’échec de Mansourah fut suivi d’une retraite désastreuse au cours de laquelle Saint Louis fut capturé avec ses hommes (1250). Libéré moyennant une lourde rançon et l’abandon de Damiette, le roi séjourna plusieurs années en Terre sainte pour mettre en état de défense les territoires conservés par les Francs. Il négocia des trêves avec les princes musulmans avant de repartir pour la France (1254).

Mais l’œuvre de consolidation ainsi réalisée ayant été remise en question par les conquêtes du sultan Baïbars, à partir de 1263, le pape Urbain IV déclencha une huitième croisade, dont les départs s’échelonnèrent de 1265 à 1272. Les croisés se consacrèrent à aider les Francs d’Acre à défendre leurs dernières places. Saint Louis entreprit une expédition de vaste envergure, probablement dirigée contre l’Égypte, qui l’amena à assiéger Tunis: il mourut devant la place en 1270, et Édouard d’Angleterre s’estima heureux de pouvoir amener le sultan à accorder une nouvelle trêve aux Latins.

Le pape Grégoire X envisagea alors une nouvelle campagne, à laquelle il entendait associer les Mongols de Perse et l’empereur byzantin Michel Paléologue : cette croisade (la neuvième et dernière) fut décidée par le second concile de Lyon, en 1274. Mais les intrigues de Charles d’Anjou, les atermoiements des princes et les lenteurs de la préparation firent qu’elle ne partit jamais. Une nouvelle menace, celle du sultan Qalaoun, qui s’empara de Tripoli en 1289, décida Nicolas IV à proclamer une autre croisade, qui ne réussit pas à sauver Acre, en 1291.

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3. Signification religieuse des croisades

Les caractéristiques de la croisade se sont définies progressivement tout au long de cette histoire. Urbain II, comme Grégoire VII, paraît avoir envisagé la croisade comme une expédition de secours envoyée aux chrétiens d’Orient pour les défendre contre leurs oppresseurs, au nom de la «charité fraternelle», en attribuant aux participants l’indulgence liée au pèlerinage de Jérusalem, c’est-à-dire la remise des pénitences que le confesseur pouvait enjoindre aux pécheurs repentants. Les croisés, de leur côté, mirent au premier rang de leurs préoccupations le pèlerinage, aux dépens des secours à apporter à leurs frères, et toutes les croisades du XIIe siècle montrent les chevaliers et les pèlerins impatients d’arriver à Jérusalem.

Aussi, dès le temps d’Alexandre III, les papes se sont préoccupés de mieux préciser l’importance du secours à apporter à ces frères en danger que sont désormais les Latins établis en Orient, en accordant des privilèges spirituels plus étendus à ceux qui, le pèlerinage accompli, se mettaient au service des Latins d’Orient. Mais, en fait, c’est la chute de Jérusalem et l’impossibilité où les croisés se trouvèrent dès lors de visiter le Saint-Sépulcre qui donnèrent son caractère définitif au « vœu de croisade» (votum crucis ): l’indulgence accordée à ceux qui partiraient pour le secours de la Terre sainte (subsidium Terrae sanctae ) se distinguait désormais de celle qui était liée à l’accomplissement du pèlerinage.

Le vœu de croisade se différenciait du vœu de pèlerinage par le fait que le croisé portait les armes, ce qui était traditionnellement interdit au pèlerin. Mais, au moment de partir, le croisé recevait la bénédiction réservée aux pèlerins; il devait accomplir son voyage en esprit de pénitence, sans rechercher ni enrichissement ni satisfaction de vaine gloire; il lui fallait éviter le luxe et l’ostentation. Saint Bernard allait jusqu’à assimiler le fait de prendre la croix, c’est-à-dire de porter sur ses vêtements la croix d’étoffe désignant le pèlerin de Jérusalem, à une véritable «conversion», analogue à l’entrée en religion. Tous les croisés, bien entendu, ne satisfaisaient pas à cet idéal; mais un encadrement religieux leur était donné: un légat pontifical accompagnait les armées pour veiller à ce que l’on prêchât la pénitence et à ce que les confessions fussent assurées.

Le vœu de croisade entraînait d’autre part pour le croisé l’acquisition de certains privilèges (privilegium crucis ): ses biens et sa famille étaient placés sous la protection de l’Église. Cela eut pour conséquence l’adoption d’un moratoire pour le paiement des dettes du croisé, et les juridictions laïques supportèrent avec impatience ces prérogatives à leurs yeux exorbitantes. En revanche, le fait de ne pas accomplir le vœu entraînait des peines spirituelles, telles que l’excommunication.

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4. L’organisation des croisades

La prédication

La décision prise par le pape d’organiser une expédition se traduisait par la promulgation d’une bulle de croisade, faisant connaître à la Chrétienté dans son ensemble (ou parfois à certaines contrées seulement) les raisons qui rendaient l’expédition nécessaire, l’octroi des privilèges temporels et spirituels concédés aux croisés, et fixant souvent la date du départ. Les constitutions promulguées par le quatrième concile du Latran et le second concile de Lyon prennent même l’allure d’un véritable code de la croisade, entrant dans le plus infime détail.

Le pape désignait également ceux qui étaient chargés de la prédication: on connaît mal les conditions dans lesquelles cette désignation intervint lors des deux premières croisades, mais on sait que saint Bernard reçut une mission du pape Eugène III et chargea plusieurs cisterciens de prêcher la croisade en 1147; un prédicateur qui s’était attribué lui-même cette fonction et qui excitait les foules contre les juifs fut désavoué par lui. Par la suite, ce sont les légats chargés d’organiser la croisade dans une région donnée qui investissent les prédicateurs de leurs fonctions. Des recueils de sermons existent, qui permettent de connaître les thèmes auxquels recourait la prédication, tel le Tractatus de praedicatione sanctae Crucis  d’Humbert de Romans. D’autre part les trouvères et les Minnesänger  reprenaient les thèmes de la prédication en les adaptant aux auditoires qu’ils touchaient.

Le pape désignait aussi les légats qui accompagnaient l’armée; ceux-ci ont parfois joué un rôle dans la direction des opérations (tel Adhémar de Monteil, en 1096-1098, et Pélage en 1218-1221). Mais leurs fonctions étaient essentiellement de caractère spirituel. La direction de la croisade était laissée à ceux des grands barons ou des chefs d’État qui avaient pris la croix. Peu à peu, toutefois, on s’orienta vers la désignation d’un chef de guerre: les historiens s’interrogent sur le rôle qui avait été réservé par Urbain II à Raymond de Saint-Gilles; Boniface de Montferrat fut choisi comme chef de la quatrième croisade; la désignation d’un capitaneus  devient la règle à la fin du XIIIe siècle. Mais le commandement, lorsque plusieurs personnages de rang équivalent participent à l’expédition, est assuré par un conseil où siègent les grands barons. Et chacun d’eux commande le contingent constitué par ses vassaux et par ceux qui se sont placés sous sa direction – et souvent mis à sa solde – pour la durée de l’entreprise.

En dehors de ces contingents de combattants figurent les pèlerins qui se joignent à l’armée, souvent sans porter les armes: ces personnages vivent de la charité des autres et représentent un élément turbulent, peu accessible à la discipline que les princes cherchent à faire régner; mais ils exercent une certaine pression sur les chefs de l’armée du fait qu’ils sont les «pauvres» et les «pénitents» par excellence. Ainsi obligèrent-ils les barons de la première croisade à reprendre la route de Jérusalem quand ils s’attardaient en Syrie du Nord.

L’évolution de la stratégie

De plus en plus les croisés cessèrent de suivre la route de terre – longue, pénible et périlleuse du fait de la traversée de l’Asie Mineure et des difficultés du ravitaillement – pour adopter la voie maritime. L’équipement d’une flotte de transport devint alors l’un de leurs principaux soucis: Philippe Auguste demanda des navires à Gênes; le marquis de Montferrat, pour la quatrième croisade, à Venise; Saint Louis fit construire des navires pour la huitième croisade; Innocent III fit appel, en 1215, aux armateurs de villes italiennes. Des navires spéciaux (huissiers ) transportaient les chevaux; des galères escortaient les navires de transport (nefs ), où s’entassaient les hommes et les vivres.

Si la tactique des croisés restait fondée sur l’action des chevaliers bardés de fer, appuyés par une infanterie d’archers ou d’arbalétriers, qui rendit de grands services à Richard Cœur-de-Lion et à Saint Louis, la stratégie se modifia; on découvrit, dès 1192, qu’il ne suffisait pas de lancer une armée en Palestine pour essayer d’enlever Jérusalem; la Terre sainte étant soumise au sultan d’Égypte, une campagne dirigée contre l’Égypte, base de sa puissance, paraissait le meilleur moyen de lui faire lâcher prise. Cela entraîna les croisés à utiliser une base voisine de l’Égypte: l’île de Chypre, où Saint Louis avait fait envoyer des vivres et où son armée débarqua en 1248. D’autre part, on rechercha des alliés pour venir à bout du puissant souverain musulman: les Byzantins, dans l’optique des croisés de 1202; les autres princes musulmans (ceux de Damas, comme en 1239-1241, de Turquie, ou de Tunis, comme en 1270); le fabuleux Prêtre Jean; enfin, à partir de 1265, les Mongols de Perse, avec lesquels les princes croisés essayèrent de mener des opérations combinées. On pensa même à l’empereur chrétien d’Éthiopie, qui aurait pu, croyait-on, prendre l’Égypte à revers.

Le financement des expéditions

L’équipement des troupes, leur transport, leur ravitaillement, le paiement des soldes exigeaient de très grosses sommes d’argent. Durant les premières croisades, les croisés se les procuraient exclusivement par leurs propres moyens, en vendant ou en engageant leurs terres: le pape Eugène III édicta un texte en vertu duquel les parents ou les suzerains d’un croisé ne pouvaient s’opposer à l’engagement d’une terre sur laquelle ils avaient des droits. Mais, très vite, les princes et les barons usèrent des «aides»: le départ en croisade était l’une des occasions dans lesquelles leurs sujets ne pouvaient refuser de leur payer un impôt exceptionnel. Louis VII y recourut déjà; la troisième croisade voit le procédé couramment admis.

Cela ne suffisait pas: l’Église se préoccupa de rassembler un trésor de guerre à mettre à la disposition des croisés. Chaque sermon de la croisade se terminait par l’invitation à faire des aumônes destinées à la croisade. Dès la fin du XIIe siècle, les bulles de croisade précisent que l’indulgence peut être acquise à ceux qui, incapables de partir eux-mêmes, fournissent selon la mesure de leurs ressources les sommes nécessaires à l’équipement et à l’entretien des croisés. C’est le système des «rachats de vœux», qui suscite d’ailleurs de vives critiques.

Mais le pape Innocent III mit au point un autre système appelé à une longue fortune: le recours aux «décimes». Le pape lui-même réserva aux croisés une part de son revenu annuel; les cardinaux l’imitèrent; les prélats et les détenteurs de biens d’Église furent invités à payer le centième de leur revenu (1199). Cette proportion monta souvent au vingtième, parfois au dixième du revenu de chaque bénéfice ecclésiastique. En principe, cette taxation était volontaire et arrêtée dans des assemblées. Elle devint vite obligatoire, et le pape désigna des collecteurs pour lever les décimes. Le montant de celles-ci était remis aux chefs de la croisade; ainsi les décimes levées sur le clergé de leur royaume étaient-elles attribuées aux souverains qui prenaient la croix. Certains découvrirent dès le XIIIe siècle qu’il leur était possible d’annoncer leur départ pour se faire octroyer une décime, et de remettre ensuite leur expédition...

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5. Les croisades non destinées à la Terre sainte

La définition de la croisade étant assez imprécise, on assimila peu à peu aux croisades véritables d’autres expéditions regardées elles aussi comme des «guerres justes», menées pour la défense de la Chrétienté ou de l’Église romaine. Urbain II avait dû dissuader les Espagnols de participer à la croisade en 1096, du fait qu’ils devaient se défendre contre les musulmans sur leur propre territoire; dès 1120, Calixte II accordait à ceux qui combattraient pour défendre les chrétiens d’Espagne la même indulgence qu’à ceux qui iraient défendre les chrétiens de Jérusalem. En 1147, les privilèges de croisade furent étendus de même à ceux qui combattraient en Espagne et à ceux qui iraient défendre la frontière allemande contre les Slaves païens. Mais Innocent III précisa au début du XIIIe siècle que ceux qui défendraient les jeunes chrétientés des pays baltes contre les retours offensifs des païens de cette contrée ne recevraient que les indulgences acquises par les pèlerins de Rome ou de Compostelle et non celles des pèlerins du Saint-Sépulcre. L’invasion des Mongols en Pologne et en Hongrie décida Innocent IV à organiser contre ces envahisseurs une croisade (1241), qui fut à nouveau proclamée par son successeur Alexandre IV.

Toutes ces expéditions partageaient avec les croisades d’Orient le même caractère: c’étaient des guerres menées contre des non-chrétiens, non pour les soumettre au christianisme (la croisade se distingue, en effet, fondamentalement de la « guerre sainte » visant à la conversion forcée des infidèles, notion qui n’était pas étrangère à l’Occident carolingien, cependant que les canonistes refusaient de l’admettre), mais pour défendre la «patrie des chrétiens» et les chrétiens en danger. Mais d’autres furent dirigées contre des hérétiques ou des schismatiques. Telle la croisade contre les albigeois, qu’Innocent III se décida à proclamer à la suite de l’assassinat par les cathares du légat Pierre de Castelnau (1208): destinée à protéger contre les hérétiques les catholiques du Languedoc, elle aboutit à la conquête de la France du Midi par les barons du Nord, les domaines des hérétiques et de leurs protecteurs étant considérés comme exposés «en proie». Dès 1108, Bohémond, accusant les Byzantins d’avoir trahi les croisés et attaqué leurs terres, paraît avoir obtenu d’assimiler à la croisade l’expédition qu’il dirigea contre eux et qui échoua devant Durazzo. En 1237, le danger qui pesait sur l’Empire latin du fait des Grecs décida Grégoire IX à essayer de détourner contre ceux-ci la croisade destinée à la Terre sainte, ce qui n’eut d’ailleurs que peu de succès. De même après la reprise de Constantinople par les Grecs (1261): le pape Urbain IV ordonna une croisade, mais on préféra bien vite négocier avec Michel Paléologue, qui offrait de réaliser l’union des Églises pour éviter le déclenchement de cette expédition. L’empereur Michel poursuivit cette politique et réussit à tenir de la sorte en échec les efforts de Charles d’Anjou, roi de Sicile, qui cherchait à obtenir la prédication d’une croisade antibyzantine: ce dernier n’y parvint qu’à l’avènement du pape Martin IV, et les Vêpres siciliennes (1282) firent échouer son projet.

Enfin, l’indulgence de croisade fut également employée pour la défense de l’Église de Rome et de son patrimoine, et spécialement dans les affaires du royaume de Sicile, vassal du Saint-Siège: Innocent III l’accorda à ceux qui luttaient contre Markward d’Anweiler (1199); Grégoire IX à ceux qui envahirent le royaume de Sicile sous la conduite de Jean de Brienne après la première excommunication de Frédéric II (1230); Innocent IV en usa largement dans sa lutte contre le même Frédéric II; Charles d’Anjou en bénéficia lorsqu’il enleva la Sicile à Manfred et la défendit contre Conradin, et il obtint de Martin IV le même privilège pour lutter contre Pierre d’Aragon, qui avait occupé l’île de Sicile; ce fut la «croisade d’Aragon», au cours de laquelle mourut le roi Philippe III de France (1283-1284).

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6. La survie des croisades contre l’Islam

Les croisades survécurent à la chute d’Acre et des dernières places tenues par les Latins en Terre sainte (1291). Les papes ne renoncèrent pas à employer l’indulgence de croisade pour des opérations militaires dirigées contre des envahisseurs menaçant la Chrétienté sur ses frontières (tels les païens des pays baltes au XIVe siècle, ou Tamerlan, dont l’invasion en 1396 menaçait les chrétiens du Caucase); contre des hérétiques tels que les hussites: les expéditions lancées par ceux-ci contre les pays voisins et leur domination sur la Bohême amenèrent les papes et les conciles à diriger cinq croisades contre eux (1421-1435); contre les ennemis de l’Église, notamment durant le Grand Schisme d’Occident (dans le royaume de Naples ou, en 1383, dans le comté de Flandres).

Mais c’était surtout en Orient que la croisade restait indispensable. Les chrétiens d’Occident ne renonçaient pas, en dépit de la perte de leurs bases de la côte syro-palestinienne, à récupérer la Terre sainte. De très nombreux projets de croisade furent élaborés à la fin du XIIIe et au XIVe siècle : les plus célèbres sont ceux du roi Charles II de Sicile, du prince arménien Haython, du franciscain Raymond Lull, des dominicains Raymond Étienne et Guillaume Adam, du Vénitien Marco Sanudo Torselli; plus tard, celui du «viel pèlerin» Philippe de Mézières et, au XVe siècle, celui du Vénitien Emmanuel Piloti. Ces projets réunissaient des plans de campagne où intervenaient les Mongols de Perse ou d’autres alliés éventuels, avec des suggestions telles que le blocus de l’Égypte ou la fondation d’un ordre religieux militaire investi de la garde des territoires conquis par les croisés. La croisade exigeait un Occident parfaitement uni: aussi, dans son De recuperatione Terrae sanctae , le Français Pierre Dubois imaginait-il une réforme complète de la société, de l’Église et de la carte politique de l’Europe...

Quant aux papes, ils préparaient un «passage général» en essayant de réconcilier les souverains ennemis pour les associer à l’entreprise commune; ils prévoyaient et décidaient la levée de décimes. Mais, si l’expédition parut à plusieurs reprises très proche de sa réalisation, seule la croisade menée par le roi de Chypre Pierre Ier, en 1365, aboutit à l’occupation, d’ailleurs éphémère, du port d’Alexandrie. Et encore cette guerre contre le sultan avait-elle commencé pour d’autres raisons que pour la «récupération de la Terre sainte».

C’est que, dès le début du XIVe siècle, un danger nouveau menace la Chrétienté, et d’abord les îles qui représentent ce qui reste de l’Orient latin: la piraterie, forme nouvelle de la «guerre sainte» musulmane, menée surtout par les émirats turcs qui s’établissent sur les côtes d’Asie Mineure. Contre eux, l’ordre des Hospitaliers, qui s’installe à Rhodes, se voue à la police des mers; dès 1333, le pape institue une Sainte Ligue pour lutter contre les Turcs qui font régner l’insécurité en mer Égée.

En 1344, Clément VI renouvelle la Sainte Ligue, dont les participants bénéficient des privilèges des croisés: la prise de la citadelle de Smyrne représente un beau succès, que prolonge la croisade du dauphin Humbert de Savoie (1345). Quelques années plus tard, le légat saint Pierre Thomas emmène de nouveaux croisés contre les nids de pirates turcs, et c’est en luttant contre ceux-ci, non sans succès (prise d’Attalia), que le roi Pierre Ier de Chypre est entraîné à faire la guerre au sultan d’Égypte.

Du côté de l’Afrique du Nord, même politique: en 1390, le duc Louis II de Bourbon conduit une croisade contre Africa (al-Mahdiya), repaire des pirates tunisiens, qu’il ne parvient d’ailleurs pas à enlever.

Le danger créé par les Turcs Ottomans, qui conquièrent peu à peu l’Empire byzantin, donne une nouvelle orientation aux croisades que les empereurs grecs cherchent à susciter: dès 1366, le comte Amédée VI de Savoie se porte au secours de Constantinople. De nouveau, l’Occident prend la croix pour défendre les Byzantins et les peuples des Balkans: en 1396, avec l’assentiment des deux papes rivaux, le roi Sigismond de Hongrie et le comte de Nevers, Jean de Bourgogne, entreprennent la campagne qui s’achève par le désastre de Nicopolis. De nouvelles expéditions, toujours enrichies des privilèges de la croisade, interviennent au XVe siècle. La plus notable est celle du roi Ladislas de Pologne et du voïvode Jean Hunyadi, qui s’achève sur le désastre de Varna après avoir connu de réels succès (1444). Le duc de Bourgogne Philippe le Bon se consacre à la croisade: après avoir envisagé de délivrer le Saint-Sépulcre, il envoie sa flotte participer à la croisade de 1444; après la chute de Constantinople, il prend la croix au Vœu du faisan (1455) et s’associe à la croisade organisée par le pape Pie II, qui voulait prendre lui-même part à l’expédition à laquelle sa mort mit fin (1461).

D’autres indulgences de croisade sont accordées à des souverains qui envisagent de combattre les Turcs: celle du roi de France Charles VIII (1495); celle de l’empereur Charles Quint contre Tunis (1535). La campagne contre les Maures d’Espagne, qui s’achève par la prise de Grenade (1489), et celle des Portugais contre les Maures d’Afrique (1505) sont également des croisades, et le pape accorde des privilèges de croisade permanents aux Espagnols et aux Portugais, qui sont sans cesse au contact des infidèles, par la bulla cruciata  qu’on renouvelle automatiquement.

La pression des Turcs sur la Hongrie et en Méditerranée suscite de nouvelles « saintes ligues », caractérisées par l’octroi de subsides aux princes et l’appel à la pénitence, ainsi que par les privilèges de croisade. En 1470, c’est à la suite de la chute de Nègrepont; en 1481, lorsque les Turcs occupent Otrante; en 1500, Venise, la France, la Pologne, la Hongrie et la Bohême répondent à l’appel d’Alexandre VI. En 1511, Jules II en organise une autre (qui se transforme en ligue contre le roi de France); en 1537-1538, en 1570, de nouvelles ligues sont formées: la dernière parvient à remporter la victoire décisive de Lépante, qui met fin à l’expansion maritime des Turcs. Au XVIIe siècle, ce sont encore des croisades que les expéditions dirigées contre les Turcs et les Barbaresques, celles de Szentgotthárd, de Djidjelli, de Candie et, encore en 1715, celle des Vénitiens en Morée; et la campagne de Jean Sobieski pour faire lever le siège de Vienne, en 1683, est le résultat des efforts du pape Innocent XI, pour constituer une ligue des princes chrétiens.

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7. Les conséquences des croisades

Les résultats des croisades n’ont pas été négligeables. La première croisade a donné naissance aux États latins d’Orient qui ont vécu presque deux siècles sur la rive d’Asie, grâce aux croisades qui se sont succédé à un rythme très inégal jusqu’en 1272 et même en 1291. Le royaume de Chypre est né de la troisième croisade; l’Empire latin de Constantinople, de la quatrième. Et ces États latins d’Orient ont représenté une formation politique originale. Le royaume de Jérusalem, en assurant la sécurité des pèlerinages et la protection des chrétiens orientaux libérés de la domination musulmane, répondait assez bien au but proposé par Urbain II, bien que rien ne permette de dire si le pape et les croisés avaient alors envisagé un établissement permanent. Mais le maintien de cet établissement avait exigé, de la part de l’Occident, un effort soutenu.

Conséquences économiques

C’est dans le cadre de ces États latins surtout que s’est opérée la découverte d’un monde jusqu’alors assez peu familier aux Occidentaux. Les contacts de civilisations auxquels les croisades ont donné lieu ont pris des formes diverses et sans doute la pensée gréco-arabe a-t-elle davantage pénétré en Occident par la voie de l’Espagne que par celle de l’Orient. Mais il reste que, par cette dernière voie, des emprunts non négligeables ont été faits par l’Occident à l’Orient, et que d’autres ont peut-être aussi eu lieu en sens contraire, bien que dans une moindre mesure.

L’économie méditerranéenne n’a pas été bouleversée par les croisades: les grands courants du commerce mondial se dessinaient déjà auparavant. Mais les croisades les ont transformés: à côté de Constantinople et d’Alexandrie, les échanges entre marchands orientaux et occidentaux se sont situés aussi dans les ports syriens, libanais ou palestiniens, voire chypriotes et arméniens. En effet, le transport des pèlerins, du ravitaillement, des secours envoyés d’Occident a amené les républiques marchandes à fréquenter ces ports et à y rechercher le fret de retour. Les marchands ont fini par s’enfoncer plus avant en Asie, jusqu’en Inde et en Chine.

Conséquences politico-religieuses

Des missionnaires furent envoyés en Asie; les Latins avaient, en effet, pris contact dès leur arrivée avec les Églises orientales, et recherché une union plus intime avec ces dernières. Si la prédication de la foi chrétienne aux musulmans soumis resta toujours assez discrète, les négociations en vue de l’union des Églises prirent beaucoup d’importance et les missionnaires, surtout à partir de l’apparition des Mongols que l’on chercha à convertir, s’enfoncèrent eux aussi très loin en Asie. Au XIVe siècle, cette pénétration religieuse aboutit à la fondation de chrétientés de rite latin dans les contrées les plus éloignées. Et il est inutile de dire ce que ces missionnaires apportèrent à la connaissance du monde.

Toutefois, pour l’Occident lui-même, les croisades ont eu des conséquences d’un autre ordre. Elles apparaissent comme le prolongement du mouvement de paix, sous la forme envisagée au temps de la réforme grégorienne. De même que la pacification de l’Occident incombe à la chevalerie animée par l’Église, ces mêmes chevaliers sont appelés par l’Église à assurer la paix aux chrétiens d’Orient; la croisade se double d’un effort pour réaliser la paix entre les princes et les barons chrétiens: la papauté a été amenée à jouer un rôle capital dans l’organisation de cette pacification, comme en vue de la croisade: les croisades ont été l’un des facteurs qui ont favorisé l’élaboration et la mise en œuvre de la doctrine théocratique.

La nécessité de financer les croisades a conduit la papauté à mettre progressivement en place un système fiscal qui est à l’origine de la fiscalité pontificale du XIVe siècle; la protection accordée aux croisés l’a amenée à étendre le domaine de la juridiction ecclésiastique. Ainsi les institutions ecclésiastiques médiévales ont-elles subi l’influence des croisades. La naissance d’ordres religieux militaires (le Temple d’abord) en est un autre aspect. Mais les institutions de la société civile en ont aussi été influencées; la croisade de Louis VII a certainement renforcé l’autorité du roi de France.

La vie chrétienne en a également été marquée: notons l’importance du pèlerinage du Saint-Sépulcre pour la dévotion; le rôle des indulgences; le sens du sacrifice.

Les réactions contre les croisades

Des réactions défavorables se sont vite fait jour, et d’abord chez les Byzantins à l’intention desquels la croisade avait été instituée: plutôt que des auxiliaires, ils ont vu dans les croisés des envahisseurs suspects de convoiter les territoires de l’Empire grec. Cette méfiance, aggravée d’incompréhensions réciproques, parut justifiée par les événements de 1204 et rendit irréalisable l’union des Églises. Du côté musulman, on mit longtemps à reconnaître la spécificité de la croisade, d’autant que les croisés ne pratiquèrent jamais la conversion forcée; mais l’occupation d’une des villes saintes de l’Islam alimenta le développement de la doctrine de la «guerre sainte» (al-jihâd ).

En Occident, c’est l’échec de la deuxième croisade et, plus tard, celui de la cinquième croisade qui suscitèrent les plus vives réactions de scandale, en faisant douter que la croisade fût voulue par Dieu. Saint Bernard en tira la leçon en soulignant que le fait de participer à une croisade, en raison des sacrifices et des souffrances qu’il entraînait, était en lui-même une œuvre de sanctification, quel que fût le résultat de l’entreprise. Plus tard, des doutes s’élevèrent sur la légitimité d’opérations visant à répandre le sang des infidèles et à prendre leurs terres; d’aucuns blâmèrent les croisés d’abandonner leurs familles et leurs sujets envers lesquels ils avaient des devoirs à accomplir. On attaqua l’avidité de l’Église à propos du système de financement des croisades; en outre, on lui reprocha de les avoir détournées de leur but initial: la défense de la Terre sainte.

Des réponses que suscitèrent ces critiques (tel le Dit du croisé et du décroisé , de Rutebeuf), il ressort que c’est la lassitude qui inspirait beaucoup d’entre elles. Les croisades exigèrent la prise de conscience d’intérêts communs à toute la Chrétienté, et contribuèrent à faire naître des formes de pensée et de vie nouvelles; leur rôle dans la formation de la civilisation occidentale ne peut donc être sous-estimé.

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