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Luthéranisme

confession protestante née de la Réforme conduite par Martin Luther au XVIe siècle. Moine allemand et professeur de théologie à l'université de Wittenberg, Luther s'était d'abord donné comme objectif de réformer l'Église chrétienne occidentale. Mais par suite de l'excommunication de Luther et de ses disciples par le pape, le luthéranisme s'est organisé en de nombreuses Églises nationales et territoriales, rompant l'unité de la chrétienté occidentale.

Le terme «luthérien» fut désapprouvé par Luther et son Église prit le nom d'Église évangélique de la confession d'Augsbourg, ou plus simplement d'Église évangélique. Par la suite, les luthériens scandinaves accolèrent le nom de leur pays à celui de leur confession (par exemple, Église de Suède). Grâce au mouvement missionnaire des XVIIIe et XIXe siècles, le luthéranisme devint une religion internationale et la plus importante confession protestante du monde, avec environ 80 millions de fidèles.

Doctrine et pratiques

Le luthéranisme affirme l'autorité absolue de la parole de Dieu (telle qu'elle apparaît dans la Bible) pour ce qui concerne la foi et la vie chrétiennes; il considère que seule la compréhension du Christ permet de comprendre la Bible.

Le salut par la foi

Selon la doctrine luthérienne, le salut ne dépend ni de la valeur ni du mérite mais reste un don de la grâce divine souveraine. Tous les hommes sont considérés comme des pécheurs et, en raison du péché originel, sont soumis aux pouvoirs du démon et donc incapables de contribuer par eux-mêmes à leur libération. Les luthériens soutiennent que la foi, c'est-à-dire la confiance en l'amour constant de Dieu, est le seul moyen dont dispose l'homme pour répondre à l'initiative salvatrice de Dieu. Par conséquent, le «salut par la seule foi» est devenu le slogan spécifique et controversé du luthéranisme. Ses contradicteurs ont souligné que ce choix ne prend pas en compte la responsabilité chrétienne; mais les luthériens ont répliqué que la foi doit être active dans l'amour, de sorte que les bonnes œuvres suivent la foi comme un bon arbre produit de bons fruits.

Culte

L'Église luthérienne se définit comme l'«assemblée des croyants dans laquelle l'Évangile est prêché et les saints sacrements administrés selon l'Évangile» (Confession d'Augsbourg, VII). Ainsi, depuis le début, la Bible fut au centre du culte luthérien et les sept sacrements traditionnels ont été réduits au baptême et à l'eucharistie, puisque selon la lecture luthérienne des Écritures, seuls ces deux sacrements ont été institués par le Christ. Le culte s'effectue dans la langue nationale (et non en latin, comme ce fut longtemps le cas dans la tradition catholique romaine); le sermon est prêché au cours du service divin. Le luthéranisme n'a pas modifié radicalement la structure de la messe médiévale traditionnelle, mais l'emploi des langues vernaculaires a donné de l'importance au sermon, fondé sur la présentation des Écritures, et encouragé la participation des fidèles au culte, en particulier pour le chant liturgique et les hymnes. Luther encouragea lui-même cette participation chantée en écrivant des hymnes populaires (par exemple Notre Dieu est une forteresse imprenable).

Dans la célébration luthérienne de l'eucharistie, le pain et le vin sont offerts à tous les participants (là où les catholiques romains réservaient le vin au prêtre). Contrairement aux autres protestants, en particulier aux anabaptistes, les luthériens affirment la présence corporelle réelle du Christ «dans, avec et sous» le pain et le vin lors de l'eucharistie. Pour le communiant, le Christ est présent de manière sacramentelle dans le pain et le vin, en raison de la promesse énoncée lors de la première Cène, lorsqu'il déclara : «Ceci est mon corps» et «Ceci est mon sang» (Évangile selon saint Matthieu, XXVI, 26-28).

Le baptême

Le luthéranisme soutient la pratique traditionnelle du baptême des enfants comme un sacrement par lequel la grâce de Dieu s'étend aux nouveau-nés. Pour les luthériens, le baptême représente l'amour inconditionnel de Dieu, qui est indépendant de toute œuvre intellectuelle, morale ou affective humaine.

La vie chrétienne

Pour le luthéranisme, les saints ne constituent pas une classe supérieure de chrétiens mais sont des pécheurs sauvés par la grâce en raison de leur foi en Jésus-Christ; tout chrétien est à la fois saint et pécheur. La doctrine luthérienne du sacerdoce de tous les croyants est liée au baptême, par lequel tous les chrétiens, hommes et femmes, sont prêtres de Dieu et le servent durant toute leur vie en fonction de leur vocation particulière, toutes ces vocations étant égales pour parvenir à la qualité de disciple. La fonction du pasteur est une tâche spéciale du luthéranisme, fondée sur un appel de Dieu et de la communauté des chrétiens. À la différence des prêtres catholiques, les membres du clergé luthérien peuvent se marier.

Les textes de la doctrine

Bien que les luthériens acceptent les livres canoniques de la Bible comme la «seule règle et norme selon laquelle toutes les doctrines et leurs enseignants doivent être jugés» (formule de la Concorde), ils recommandent également les livres apocryphes («deutérocanoniques») de l'Ancien Testament pour l'édification chrétienne et les ont généralement inclus dans leurs versions vernaculaires de la Bible. Les luthériens reconnaissent l'autorité de trois credo œcuméniques (symboles des Apôtres, de Nicée et d'Athanase) et utilisent les deux premiers au cours des services du culte. Les écrits doctrinaux spécifiques du luthéranisme sont les Articles de Smalkalde (1537), le Petit Catéchisme et le Grand Catéchisme, de Luther (1529); la Confession d'Augsbourg (1530), l'Apologie de la confession d'Augsbourg (1531) et le Traité sur la puissance et la primatie du pape (1529), de Melanchthon; enfin, la Formule de la Concorde (1577), rédigée par une commission de théologiens après la mort des premiers réformateurs. Associés aux credo, ces documents constituent le Livre de la Concorde, adopté par les princes et les villes luthériens en 1580. Cependant seuls les credo, la Confession d'Augsbourg et les deux catéchismes de Luther ont été reconnus par l'ensemble des Églises luthériennes.

Organisation et administration de l'Église

Nées au XVIe siècle, les plus anciennes Églises luthériennes d'Europe furent étroitement liées à leurs gouvernements respectifs en tant qu'Églises établies, soit de manière exclusive, comme dans les pays scandinaves, soit parallèlement au catholicisme, comme en Allemagne; dans les deux cas, les autres religions disposent aujourd'hui d'une entière liberté de culte mais non du même appui gouvernemental. Dans les pays non européens, les Églises luthériennes sont des organisations religieuses bénévoles. Dans le luthéranisme, aucun système uniforme de gouvernement de l'Église n'a été développé; les structures congrégationnelles, presbytériennes et épiscopales existent toujours, bien qu'au XXe siècle on ait eu tendance à accorder le titre d'évêque aux dirigeants élus des juridictions (synodes, districts, Églises).

Histoire et influence

À ses débuts, le luthéranisme fut fortement marqué par les événements politiques. L'empereur catholique Charles Quint ne put venir à bout par la force du luthéranisme, car l'Empire était alors menacé par les Turcs. Malgré l'édit de Worms (1521), qui frappait les luthériens d'interdit impérial, le mouvement continua à se répandre. Il s'ensuivit des guerres de Religion intermittentes, qui ne prirent fin qu'avec la paix d'Augsbourg (1555) : celle-ci stipulait que la religion embrassée par le dirigeant de chaque principauté du Saint Empire romain germanique devrait être adoptée par ses sujets. Ce fut une véritable reconnaissance des Églises luthériennes et de l'établissement des princes comme primats de leur Église. Puis la formule de la Concorde (1577), préparée par des théologiens pour mettre fin aux conflits entre luthériens, fut adoptée et signée par leurs dirigeants politiques afin de garantir l'unité luthérienne à un moment où menaçait une nouvelle guerre religieuse. La survie du luthéranisme au terme de la guerre de Trente Ans fut assurée grâce à l'intervention du roi luthérien Gustave II Adolphe de Suède et à la France catholique de Richelieu et de Mazarin, aux côtés des protestants. La paix de Westphalie (1648) mit fin aux guerres de Religion en Europe.

À la fin du XVIIe siècle, un mouvement de réforme appelé piétisme, prêchant la conversion individuelle et une vie dévote, donna un nouvel élan au luthéranisme en Allemagne et se répandit dans d'autres pays. Au XVIIIe siècle, la théologie luthérienne reflèta le rationalisme des Lumières. Au XIXe siècle, le théologien allemand Friedrich Schleiermacher, qui insistait sur l'universalité de l'expérience religieuse, exerça une influence considérable sur les théologiens luthériens libéraux; à la même époque, l'idéalisme des philosophes allemands marqua profondément la pensée luthérienne. Au XXe siècle, l'existentialisme chrétien et la néo-orthodoxie du théologien suisse Karl Barth ont constitué des développements théologiques majeurs.

L'ascension politique de la Prusse au sein des États allemands du XIXe siècle suscita la création, en 1817, d'une Église de l'Union prussienne, qui réunissait calvinistes et luthériens allemands. Un grand nombre de luthériens s'opposèrent farouchement à cette union et certains organisèrent une Église séparée. Au XXe siècle, le nazisme affecta profondément le luthéranisme allemand. Hitler tenta de contrôler les Églises, ce qui entraîna la scission de l'Église luthérienne allemande, l'internement de certains pasteurs (tel Martin Niemöller) dans des camps de concentration et l'exécution d'autres (notamment le théologien Dietrich Bonhoeffer). En Norvège et au Danemark, les dirigeants luthériens jouèrent un rôle prépondérant dans la résistance à l'occupation. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Église de confession allemande, qui s'était opposée à Hitler, contribua à la reconstruction de l'Allemagne de l'Ouest (aujourd'hui partie de la République fédérale d'Allemagne).

Le luthéranisme parvint en Amérique avec les premiers colons européens. Après la guerre d'Indépendance américaine, chaque groupe d'immigrants luthériens fonda ses propres Église et synodes et utilisa sa langue d'origine au cours des services religieux. En raison du grand nombre d'immigrants aux États-Unis et au Canada aux XIXe et XXe siècles, le luthéranisme se trouva divisé en d'innombrables groupes allemands, suédois, norvégiens, danois, finnois et slovaques. Au début des années 1980, des fusions ont renforcé la plupart des groupes luthériens nord-américains. Le luthéranisme est devenu la troisième confession protestante des États-Unis.

Le luthéranisme international

Bien qu'une majorité des luthériens du monde vive encore dans les pays traditionnellement luthériens d'Europe centrale et du Nord, le luthéranisme a connu son plus grand essor en Afrique et en Asie. Ainsi, le seul pays non européen à population majoritairement luthérienne se trouve être la Namibie, en Afrique australe. La Fédération internationale luthérienne (FIL), dont le siège est à Genève, coordonne les activités de presque toutes les Églises luthériennes du monde. Elle s'occupe des relations œcuméniques, contrôle les études théologiques et le culte à travers le monde; elle est dirigée par un comité exécutif international. La plupart des Églises luthériennes sont également membres du Conseil mondial des Églises.

Influence culturelle

Le luthéranisme s'est toujours intéressé aux aspects culturels et intellectuels de la foi chrétienne. Son influence sur la musique, grâce à des compositeurs tels que J.-S. Bach, Dietrich Buxtehude, Michael Praetorius et Heinrich Schütz, a été aussi profonde que dans le domaine de la philosophie. Des penseurs de culture luthérienne tels qu'Emmanuel Kant, J.G. Fichte, G.W.F. Hegel ou S. Kierkegaard, ont formulé leurs idées dans ce cadre, mais souvent aussi par opposition à la tradition luthérienne. Le luthéranisme a également produit un grand nombre d'exégètes et d'érudits bibliques tels que D.F. Strauss et Albert Schweitzer, ainsi que des théologiens tels qu'Albrecht Ritschl, Adolf von Harnack, Rudolf Otto, Rudolf Bultmann et Paul Tillich.