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Vaudois   (voir Universalis)

Mouvement chrétien hérétique du XIIe siècle qui s'érigea en opposition au clergé établi. Ce mouvement fut fondé en 1173 par Pierre Valdès (ou Valdo), riche marchand de Lyon. Ses membres, appelés les «pauvres de Lyon», étaient des prédicateurs itinérants ayant prononcé un vœu de pauvreté. Leur enseignement a été indûment associé à celui des cathares. Leur discours simple, fondé sur la Bible, s'avéra être plus populaire que l'enseignement ardu des cathares. Ils s'opposaient à la distinction entre les laïcs et les prêtres, à la confession et au culte des saints. En vain, l'archevêque de Lyon leur interdit de prêcher. Ils furent condamnés en 1179 au concile du Latran. Par la suite, ils furent excommuniés et persécutés de la même façon que les albigeois (ou les cathares) dans le sud de la France.

Les vaudois se répandirent partout en Europe. Un de leur groupes s'implanta dans une région retirée des Alpes, à la frontière actuelle de la France et de l'Italie, et y exerça une forte influence, à telle enseigne que ces régions sont aujourd'hui encore appelées les vallées «vaudoises» du Piémont.

Après la défaite des albigeois, les vaudois furent les victimes de l'Inquisition en France. En 1487, le pape Innocent VIII lança contre eux une croisade en Dauphiné et en Savoie. Bon nombre d'entre eux se réfugièrent en Suisse et en Allemagne, se mêlèrent progressivement aux Frères bohêmes et finirent par se joindre aux calvinistes pendant la Réforme. En 1535, ils financèrent la publication, en Suisse, de la première version protestante de la Bible en langue française, préparée par Pierre Robert Olivétan, un théologien calviniste français. Les vaudois furent à nouveau persécutés au cours du XVIIe siècle et ils ne purent jouir pleinement de leur liberté civile et religieuse avant 1848, sous le règne de Charles-Albert, roi de Sardaigne. En 1855, ils fondèrent une école de théologie à Torre Pellice, dans la province de Turin, où ils établirent leurs quartiers généraux. Cette école fut transférée à Florence en 1860 puis à Rome en 1922.

Les vaudois comptent aujourd'hui 29 000 membres en Italie, regroupés en 120 églises environ et 14 000 membres en Amérique du Sud, organisés en églises implantées en Argentine et en Uruguay. Il existe aussi plusieurs congrégations vaudoises aux États-Unis.

VAUDOIS

Le mouvement vaudois, fondé par le Lyonnais Valdès dans le dernier quart du XIIe siècle, s’était donné pour objectifs la prédication itinérante, confiée à des laïques, et la pratique d’une vie conforme à la perfection évangélique. En dépit des condamnations répétées dont il fit l’objet de la part de l’Église romaine, il se répandit à travers toute l’Europe. Au XVe siècle, il entretint des rapports particuliers avec le mouvement hussite et adhéra à la Réforme, au cours du XVIe siècle. Durement persécuté au XVIIe siècle, il ne put subsister que dans les vallées alpines à l’ouest de Turin. Les droits de la liberté religieuse lui furent accordés vers le milieu du XIXe siècle, et, depuis lors, il s’est propagé dans toute l’Italie. Le nombre total des vaudois était estimé à 46 000 en 1985.

1. Les origines et l’expansion médiévale

Valdès ou Valdo (le prénom de Pierre n’est attesté qu’en 1368) était un riche marchand de Lyon qui, ardent à lire les Saintes Écritures, fut amené, vers 1175, à se convertir à la suite de la méditation des paroles de Jésus au jeune homme riche (Matth., XIX, 16-22). Ayant vendu tous ses biens, il donna la moitié du produit à sa femme et à ses deux filles, consacrant l’autre moitié à secourir les gens les plus pauvres ainsi qu’à faire traduire la Bible en langue vulgaire et à en faire établir des copies. Il se mit alors à prêcher l’Évangile, faisant bien vite de nombreux disciples, qu’il rassembla en une fraternité soumise aux trois vœux monastiques et consacrée à la prédication itinérante, mais cette mission leur fut soudain interdite par l’archevêque de Lyon. Durant le IIIe concile du Latran, une délégation des vaudois fut reçue par le pape Alexandre III, qui approuva leur règle de vie, mais ne leur fit aucune concession particulière touchant au droit de prêcher et se contenta de les renvoyer, pour cela, à leur archevêque. N’ayant pas obtempéré aux injonctions de la hiérarchie, ils furent alors excommuniés par le concile de Vérone en 1184. Dès cette époque et au cours des XIIIe et XIVe siècles, ils n’en continuèrent pas moins de se répandre en France, en Italie, dans les territoires de la Suisse actuelle, en Autriche, en Allemagne, atteignant les régions de la Baltique et, à l’est, la Bohême, la Moravie, la Hongrie et la Pologne. Au début du XIIIe siècle, un certain nombre d’entre eux – le groupe des Pauperes catholici – revinrent dans le sein de l’Église romaine. Au synode de Bergame en 1218, les vaudois se divisèrent, selon les tendances qui se manifestèrent dans cette assemblée, en un rameau français – les Pauperes de Lyon – plus conservateur, et en un autre – les Pauperes lombards – plus ouvert à l’idée du travail.

Les vaudois possédaient partout des hospices (hospitia ou studia) où ils tenaient leurs réunions secrètes, avec les fidèles (amici, noti), et préparaient les futurs prédicateurs, appelés barba, c’est-à-dire «oncles». Les femmes appartenant à la fraternité – sorores – faisaient vœu de chasteté et menaient une vie monacale. Les ministères traditionnels d’évêque (maior ou majoralis), de prêtre et de diacre étaient maintenus, et chaque année un synode était réuni (consilium generale). Les vaudois fondaient leur piété principalement sur le Sermon sur la montagne et sur d’autres paroles radicales de l’Évangile; ils refusaient le serment, ainsi que toute effusion de sang, même de la part de l’autorité constituée; ils condamnaient l’Église romaine pour ses richesses et sa corruption, et la société féodale comme étant faussement chrétienne.

S’appuyant sur l’Écriture, ils rejetaient les doctrines du purgatoire et des indulgences, ainsi que la vénération de Marie et des saints, mais, jusqu’à la Réforme, leurs conceptions théologiques demeurèrent essentiellement catholiques, attachés qu’ils étaient au libre arbitre, à la valeur positive des œuvres, aux sept sacrements, à la théorie de la transsubstantiation. Ils furent, au XVe siècle, en relation avec le mouvement hussite, qui exerça sur leurs doctrines une influence notable, et avec les frères moraves, dont ils consacrèrent les premiers ministres. Mais, tout au long du Moyen Âge, ils avaient dû supporter de fréquentes et cruelles persécutions.

2. L’adhésion à la Réforme et les vicissitudes ultérieures

Au début du XVIe siècle, il y avait encore des vaudois dans les Pouilles et en Calabre, dans le Piémont, en Dauphiné et en Provence. À la suite d’entretiens avec G. Farel, Œcolampade et Bucer, ils adhérèrent alors à la Réforme au synode de Chanforan (val d’Angrogne, Piémont), en 1532, mais cela ne se fit pas sans opposition de la part des éléments conservateurs. Ainsi le mouvement vaudois du Moyen Âge perdit-il ses caractéristiques particulières pour devenir une Église réformée. Les vaudois firent traduire la Bible en français (Neuchâtel, 1535) par Pierre Robert, dit Olivétan (1506 env.-1538), cousin de Calvin; par la suite, ils adoptèrent comme confession de foi une refonte abrégée de la Confession gallicane de 1559, et s’organisèrent selon le système presbytérien et synodal.

Aux prédicateurs itinérants ils substituèrent des pasteurs résidents, qui, jusqu’au milieu du XIXe siècle, se formèrent dans les académies de Genève, de Lausanne et de Bâle. Ils construisirent des églises depuis 1555 dans les vallées vaudoises, à l’ouest de Turin, et instituèrent le culte public, contribuant ainsi, sous la domination française, de 1536 à 1559, à la diffusion de la foi réformée dans le Piémont. Les vaudois des Pouilles et de Calabre furent exterminés par les persécutions (1560), et ceux du Dauphiné et de la Provence, ayant pris la dénomination de réformés, partagèrent le destin des Églises de la Réforme en France.

Au XVIIe siècle, les vaudois furent par deux fois durement persécutés: en 1655, la veille de Pâques («Pâques piémontaises») et en 1686, cette seconde persécution marquant le contrecoup, en Piémont, de la révocation de l’édit de Nantes. Expulsés de leurs vallées, ils s’enfuirent en Suisse, mais, en 1689, ils revinrent armés, conduits par leur pasteur et commandant Henri Arnaud et soutenus par Guillaume III d’Orange. Toutefois, en 1698, environ 3 000 d’entre eux furent de nouveau chassés; ils furent accueillis dans le Wurtemberg et en Hesse, où ils s’établirent et tinrent deux synodes. Aujourd’hui encore, certains villages vaudois du Wurtemberg portent des noms français rappelant les villages dont étaient originaires les exilés: Perouse, Pinache, Serre, Villar.

3. Les vaudois en Italie après le milieu du XIXe siècle

En 1848, les vaudois obtinrent du roi Charles Albert tous les droits civils et politiques reconnus aux autres citoyens, et, par conséquent, celui de la liberté religieuse. Ils en profitèrent pour entreprendre et pour développer toujours plus intensément leur œuvre d’évangélisation dans toute l’Italie, en commençant par Turin, puis en suivant le processus d’unification du nouvel État d’Italie devenu indépendant. Les principales étapes en furent: Turin, en 1848; Gênes, en 1850; Nice, en 1853; Florence, du début de 1848 à 1851, puis, pour l’évangélisation régulière, en 1860; Naples, en 1860; Palerme, en 1861; Catane, en 1862; Venise, en 1867; Rome, en 1870. Comme dans les grands centres, cette action missionnaire se développa dans les campagnes; elle donna naissance à une florissante diaspora évangélique dans le Piémont et à de nombreuses communautés rurales en diverses régions d’Italie.

Une émigration compacte de groupes de vaudois piémontais créa en Uruguay, entre 1858 et 1861, une nouvelle région vaudoise, dans le Río de la Plata, qui est aujourd’hui encore rattachée à l’Église mère.

La liberté religieuse et le droit de prêcher accordés précédemment aux vaudois furent de nouveau réduits par le fascisme, en 1929, avec la loi sur les cultes admis, puis, d’une certaine façon, après la Seconde Guerre mondiale, du fait de l’influence prédominante de la démocratie chrétienne sur la vie politique italienne. Mais, depuis 1955, les vaudois jouissent d’une entière liberté religieuse.

Les rapports de ceux-ci avec les autres Églises protestantes d’Italie et de l’étranger ont toujours été animés par l’esprit œcuménique. Les vaudois ont adhéré, dès sa fondation, au Conseil œcuménique des Églises établi à Genève, et ils ont fait de notables efforts, dans le sens de la compréhension, vis-à-vis de l’Église romaine elle-même. Un centre œcuménique important, fondé par un de ses pasteurs après la Seconde Guerre mondiale, travaille au sein de l’Église vaudoise: la Comunità di Agape, à Riesi (Sicile), avec son Servizio cristiano.

Les vaudois tiennent chaque année leur synode à Torre Pellice, chef-lieu des vallées vaudoises; ils possèdent une faculté de théologie, fondée en 1855 et transférée à Rome en 1922, de nombreuses écoles et œuvres sociales établies dans différentes localités d’Italie. Selon les statistiques de 1972, ils sont environ 26 000 dans ce dernier pays, et près de 13 000 dans le Río de la Plata.

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